Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

Numéro 19 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LE RÉSULTAT DES ENTRÉES PAYANTES DANS LES MUSÉES NATIONAUX Depuis de longues années, chaque fois que le Parlement avait à voter le chapitre du budget consacré aux Beaux-Arts, la question d'instituer un droit d'entrée dans les collections et monuments publics était régulièrement posée. Deux thèses s'affrontaient : l'une, au nom de la Démocratie, réclamait le libre accès de tous, en tout temps, aux trésors d'art nationaux et déclarait que la perception des droits d'entrée ne procurerait, du reste, que des sommes dérisoires ; l'autre thèse, tout en maintenant la gratuité certains jours de la semaine, prétendait que l'État se privait de ressources appréciables en n'imitant pas la presque totalité des musées étrangers dont l'entrée est payante. La guerre et ses conséquences économiques ont fait triompher la seconde thèse et, depuis le 18 juillet 1922, l'accès des Musées et Palais nationaux a cessé d'être gratuit, sauf les jeudis, dimanches et jours fériés. De plus, le Parlement décida que les sommes ainsi perçues seraient réparties entre les Monuments historiques, les Palais et les Musées nationaux. Maintenant que la loi est en vigueur depuis plus d'un an, il est intéressant d'en examiner les résultats. Un recensement établi à la fin du deuxième trimestre de 1923 montre que, depuis le 18 juillet 1922, le total des droits d'entrée perçus s'est élevé à la somme de 1.366.439 fr., qui se répartissent de la manière suivante : 439.943 fr. pour les Monuments historiques, 151.005 fr. pour les Palais nationaux, et 775.490 fr. pour les Musées nationaux. Ces chiffres sont « nets », c'est-à-dire qu'ils ressortent du calcul fait après défalcation des frais de perception. Ces frais, en ce qui concerne les Musées nationaux, se sont élevés à 150.000 fr., environ. Une commission spéciale se réunit trimestriellement. Elle procède à la répartition des recettes nettes entre les Monuments historiques, les Musées et les Palais nationaux, en proportion de leurs besoins respectifs. Le pourcentage de cette répartition n'est pas fixe ; c'est ainsi que la commission a été amenée, à plusieurs reprises, à augmenter la part faite à la caisse des Monuments historiques, en considérant que c'est elle qui supporte les dépenses d'architecture afférentes à l'entretien des édifices qui abritent les collections nationales. A titre d'exemple, nous indiquerons la répartition qui fut opérée par la commission à la fin de décembre 1922. Sur un produit net de 701.192 fr., 458.013 fr. furent versés à la caisse des Musées nationaux, 225.088 fr. à celle des Monuments historiques, tandis que 18.091 fr. allèrent aux Musées non pourvus de l'autonomie financière. Comme on peut s'en rendre compte, en considérant les chiffres cités, des ressources nouvelles et appréciables sont ainsi apportées à l'entretien et à l'enrichissement des collections nationales. NOUVELLES L'Exposition des Arts Décoratifs de 1925 — Une vive campagne de presse s'est menée ces temps-ci contre l'exposition de 1925, ou, du moins, contre son emplacement projeté. Il semblait que nos informateurs vinssent de découvrir des dispositions annoncées et publiées depuis bientôt deux ans, autorisées par les décisions du Conseil municipal et sanctionnées par une loi du 10 avril 1923. Certes, les projets que nous avons nous-mêmes décrits ici en mars dernier ne vont pas sans inconvénients, notamment au point de vue des « embarras de Paris » ; mais tous ceux qui furent étudiés auparavant en avaient sans doute de plus nombreux et de plus graves... et c'est affaire aux techniciens de les réduire au minimum : on a du reste à plaisir exagéré et amplifié dans le temps et dans l'espace les accaparements de terrains projetés. Les intéressés et notamment la Fédération des Sociétés d'Art appliqué que préside M. François Carnot ont protesté violemment contre ces

Page 2

BEAUX-ARTS attaques. Le Gouvernement et la Municipalité sont décidés à poursuivre l'exécution du projet et à en maintenir la date, le programme et surtout l'esprit. L'alerte paraît calmée; mais il n'est que temps de se mettre au travail et de faire savoir d'abord aux futurs exposants, nationaux ou étrangers, ce que l'on attend d'eux et ce sur quoi ils peuvent compter. *** Concours d'architecture. — Un concours pour la composition d'une façade à édifier dans les Champs-Elysées avait été organisé par la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie. Quarante-quatre projets furent soumis à un jury présidé par M. Louis Bonnier. Dans l'ordre de mérite suivant, quatre primes furent attribuées aux projets de M. Boutron; de MM. Chollet, Mathon et Souzy; de MM. Duvaux, Birr et Roi; de M. Hourlier. *** Dans les bibliothèques parisiennes. — Les bibliothèques de l'Arsenal et de Sainte-Geneviève, aux destinées desquelles présidaient, avec distinction, depuis de longues années, deux excellents érudits, MM. Henry Martin et Mortet, perdent simultanément leurs administrateurs qui sont admis à faire valoir leurs droits à la retraite. C'est M. Louis Batiffol, conservateur-adjoint à la Bibliothèque nationale, qui succède à M. Henry Martin dans l'administration de l'Arsenal, tandis que M. Richard Cantinelli, conservateur de la bibliothèque de la ville de Lyon, remplace M. Mortet, à Sainte-Geneviève. *** A la commission du Vieux-Paris. — Au cours d'une des dernières réunions tenues par la commission du Vieux-Paris, M. Victor Perrot, après un intéressant historique du château de Longchamp, a fait adopter les vœux suivants: 1° Que la perspective du carrefour de la cascade sur la plaine de Longchamp et ses abords soit respectée par l'enlèvement d'arbres et d'arbustes qui la masquent; 2° Que le vieux moulin soit débarrassé de la masse de verdure sous laquelle il disparaît, de manière qu'il reprenne dans le paysage la place pittoresque et décorative pour laquelle il a été conservé par Haussmann et Alphand; 3° Qu'une plaque soit apposée sur le nouveau château de Longchamp, rappelant le souvenir d'Haussmann, créateur de cette partie du Bois et habitant de la villa démolie. Enfin, sur une motion de M. André Hallays, la commission, en prévision des transformations que sont menacés de subir un certain nombre d'immeubles compris entre la rue des Lions, la rue Saint-Paul et le quai des Célestins, a décidé d'entreprendre des démarches en vue de sauvegarder l'hôtel de la Vieville qui est l'un des plus remarquables hôtels du Vieux-Paris. *** Société des Amis du Vieux Saint-Germain. — Le 10 novembre, la Société qui avait été conviée le mois dernier à visiter les curieux restes du Château-Neuf de Saint-Germain, dont il a été question dans notre dernier numéro, s'est réunie pour visiter le pavillon de chasse de Louis XV, bâti par Gabriel, sur l'emplacement du château de la Muette et y a entamé une conférence de Madame la Duchesse d'Uzès, sur les Chasses royales dans la Forêt de Saint-Germain. *** En souvenir de Cézanne. — Jusqu'à ces derniers temps, les Aixois avaient hésité à considérer Paul Cézanne comme une des gloires de leur ville, mais la célébrité de l'artiste s'affirmant, ils commencent à sortir de leur réserve. C'est ainsi que le 29 octobre dernier, le conseil municipal d'Aix-en-Provence, se fit représenter à la cérémonie qu'organisèrent en son souvenir, les amis et les admirateurs du maître. Après les discours d'usage et la lecture de la Prière pour Paul Cézanne, de M. Henri de Régnier, une gerbe de lauriers des Lauves fut déposée sur la tombe de l'artiste qui repose dans le cimetière de sa ville natale. *** Les sculptures préhistoriques de la caverne de Montespan (Haute-Garonne). — La presse a signalé cet été la découverte sensationnelle faite dans une grotte de la Haute-Garonne, par M. Norbert Casteret, de figurations animales en ronde-bosse. Voici à ce sujet quelques renseignements précis donnés par M. le comte Begouen, dans une communication récente faite à l'Institut. Actuellement encore, l'accès de la grotte est bien difficile et il faut se mettre à l'eau à mi-corps pour arriver à la galerie sèche. Celle-ci renferme des dessins et des statues en argile malheureusement parfois fort dégradées. Un ourson, de 1 m 10 de longueur, est placé à 1 mètre de la paroi, sur une plateforme préparée à cet effet. Il n'a jamais eu de tête. Un crâne d'ours, trouvé à ses pieds, semble indiquer que, lors des cérémonies magiques, qui avaient lieu dans la caverne, une tête d'ours était fixée sur le corps. On voit encore la trace de la cheville de suspension. Deux grands félins sont appliqués sur les parois. Ils sont très abîmés. Le cou et le poitrail sont lardés de coups. Des chevaux sont modelés sur le sol, mais les crues du ruisseau les ont en partie rongés. M. Begouen insiste sur les traces de blessures que présentent toutes ces figures et qui confirment les théories de l'envoûtement. Comparant les modelages avec les statues du Tuc d'Audoubert, il fait remarquer que ceux-ci ont été faits dans un autre dessein, magique également, celui de favoriser la fécondité des bisons, comme cela se pratique chez certains sauvages de l'Australie. Enfin, M. Begouen signale la présence sur les parois de traces de travail en argile encore inexpliquées. Des fentes de rocher ont été colmatées avec de l'argile et cette couche, parfois couverte de stalactites, est percée de trous. Une petite niche a été faite avec des boudins d'argile. Des silex ont été collés sur la roche avec des boules de terre maintenant concrétionnées, c'est-à-dire recouvertes d'une couche calcaire. *** La Belgique et les artistes français. — La loi française du 20 mai 1920, qui frappe d'un droit les ventes publiques d'œuvres d'art au profit des artistes auteurs, avait été étendue aux artistes belges par

Page 3

un décret présidentiel. Le gouvernement de la Belgique, en fidèle allié, a tenu à nous rendre la pareille et un arrêté royal en date du 5 septembre dernier, vient d'être publié, qui accorde aux artistes français, dont les œuvres sont vendues publiquement en Belgique, des droits équivalents à ceux que la loi française reconnaît aux artistes belges. Inaugurations de monuments. — Deux monuments aux morts de la guerre viennent d'être inaugurés à Paris. Le premier élevé en mémoire des élèves de l'Ecole centrale est l'œuvre de l'architecte Leprince-Ringuet et du sculpteur Gaumont; le second dédié à la mémoire des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, est dû au sculpteur Max Blondat. Quelques jours auparavant, M. le Président du Conseil avait inauguré celui de Nevers, œuvre du sculpteur Marquet. Distinction honorifique. — Dans une récente promotion de la Légion d'honneur, au titre du Ministère du Commerce, nous relevons le nom de M. Boileau, architecte. Le centenaire de Luca Signorelli à Orvieto. — La ville d'Orvieto, qui s'enorgueillit de posséder les célèbres fresques de Luca Signorelli, a tenu à commémorer solennellement le 4e centenaire de la mort de l'artiste. Un grand nombre de personnalités appartenant au monde politique, littéraire et artistique participèrent à la cérémonie au cours de laquelle l'historien de l'art bien connu, Corrado Ricci prit la parole au nom du gouvernement italien. Il mit en parallèle l'œuvre de Signorelli et celle du Pérugin; il montra que ces deux peintres, quoique contemporains, nés dans la même région et formés à la même école, s'engagent dans des voies artistiques opposées. Le premier adopta une manière puissante tandis que le second se plut aux suavités de la couleur et de la forme; celui-ci se laissa influencer par l'Angelico, tandis que celui-là, plus réaliste et plus personnel, demandait des leçons à la nature même. L'orateur termina son discours en expliquant comment toute la production de Signorelli avant 1500 peut être considérée comme la préparation de l'artiste à l'œuvre prodigieuse qui fait la gloire de la cathédrale d'Orvieto. Le Tombeau de Toutankhamon. — On se souvient du retentissement qu'eurent, l'hiver dernier, les fouilles entreprises par lord Carnarvon, en Egypte, dans la vallée des Rois. L'archéologue anglais, en poursuivant l'exploration du tombeau du roi Toutankhamon, avait réussi à ramener au jour un mobilier funéraire dont l'importance et la richesse dépassaient tout ce que les découvertes du même ordre avaient révélé jusqu'à présent. Les travaux avaient dû être interrompus à cause des chaleurs excessives de l'été égyptien, alors que les fouilles venaient d'atteindre la chambre sépulcrale où repose, pense-t-on, la momie de Toutankhamon. Peu après, lord Carnarvon décédait en Egypte. Le silence, qui a régné, durant tout l'été, dans la vallée des Rois, vient d'être rompu par l'équipe de travailleurs que M. Howard Carter, l'ancien collaborateur de lord Carnarvon, vient d'y ramener. Malgré la chaleur, encore intense à cette époque de l'année, le travail a repris avec activité et l'on espère avoir bientôt enlevé les 1700 tonnes de terre qui empêchent d'atteindre à la momie royale. NÉCROLOGIE L'archéologie française vient de faire une grande perte. M. Eugène Lefèvre-Pontalis, né à Paris, en 1862, est mort le 31 octobre dernier. Professeur à l'école des Chartes, il était, en même temps, directeur de la Société française d'Archéologie qui lui doit un renouveau d'activité remarquable. Il laisse une œuvre considérable dispersée, en grande partie, dans le Bulletin monumental et les publications issues des congrès archéologiques qu'il présidait avec tant de science et d'autorité. Son ouvrage le plus important est une histoire de l'Architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons au xi° et au xii° siècles. Le même jour mourait accidentellement à Vernon Louis Régnier, inspecteur de la Société française d'Archéologie; il laisse des études archéologiques très estimées sur la Normandie, le Vexin, etc. Le chanoine Ulysse Chevalier, membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vient de mourir à Romans (Drôme), à l'âge de 82 ans. Ancien professeur à la Faculté catholique de Lyon, le chanoine Chevalier était connu pour ses remarquables travaux d'archéologie, d'histoire et de bibliographie. Il avait publié notamment un Répertoire des sources historiques du Moyen âge, qui est devenu un ouvrage classique. Il avait été, avec Mgr Duchesne, un des rénovateurs de l'histoire religieuse et de l'hagiographie en France. Jacques Seligmann, l'antiquaire bien connu, vient de mourir. Il avait contribué à la formation des collections de Pierpont Morgan et avait organisé, à plusieurs reprises dans l'hôtel de Sagan, qu'il possédait, d'intéressantes manifestations artistiques. Un charmant musicien, Félix Fourdrain, vient de disparaître prématurément. Né à Paris, en 1889, il débuta brillamment à l'Opéra-Comique par le Point d'Argentan. Il donna ensuite la Glanèuse, Vercingétorix, les Contes de Perrault et dans un genre plus léger des pièces comme Cadet Rousselle, le Secret de Polichinelle et Dolly, qui connurent la grande vogue. Il avait écrit plusieurs partitions de musique de scène et donné aux grands concerts quelques œuvres applaudies. L'Opéra-Comique vient de monter une pièce de lui, la Griffe. On annonce, de Fécamp, la mort de Julien Brateau, décédé à l'âge de 79 ans. Il avait été un des fondateurs de la section d'art décoratif de la Société Nationale des Beaux-Arts. Parmi les premiers, il entreprit de renouveler en France, vers 1890, l'art des potiers d'étain. Le peintre Joseph Van Driesten est mort dernièrement. Spécialisé dans l'art de la miniature, il se montrait le digne continuateur des grands enlumineurs du xve siècle. Il avait notamment donné une série de compositions pour illustrer une histoire de l'ordre de la Toison d'Or.

Page 4

BEAUX-ARTS ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 26 octobre M. René Dussaud étudie une curieuse statue d'art syrien du deuxième siècle de notre ère, découverte dans le Djebel-ed-Druz (Syrie), et que signale le commandant Trenga. D'un travail assez lourd, mais non sans caractère, taillée dans le basalte, cette sculpture doit représenter, en tant que génie et fondateur de la ville de Dionysias, le dieu nabatéen Dusarès, qu'on identifie à Dionysos. M. le comte Begouen donne des détails sur la découverte de sculptures en argile de l'époque magdalénienne faite par M. Norbert Casteret dans la caverne de Montespan (Haute-Garonne), découverte au sujet de laquelle nous avons donné une note plus haut. M. Babelon achève la lecture de son étude sur les «cistophores». M. Salomon Reinach lit une communication sur l'origine du groupe des Trois Grâces, dont déjà Pausanias, vers 170, constate la diffusion, tout en déclarant qu'il en ignore l'auteur. M. Salomon Reinach pense que l'original sculpté et reproduit en nombre vers l'an 200 par un artiste inspiré de Praxitèle, a été exposé dans le temple des Kharites, à Cyrène, et que c'est de là que le motif s'est répandu par le monde. Académie des Beaux-Arts Séance du 27 octobre. Le général Gouraud présente à l'Académie, M. Eustache de Lorey, directeur de l'Institut français d'archéologie et d'art musulman de Damas. Il signale à l'Académie l'importance des découvertes faites en Syrie par ce savant, découvertes dont nous avons entretenu nos lecteurs à propos de l'exposition qui a eu lieu récemment au pavillon de Marsan. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 17 octobre M. Prinet continue sa communication sur les armoiries décrites dans un rôle d'armes composé en Angleterre à la fin du xiiie ou au début du xive siècle et étudie les armoiries allemandes qui y figurent. Séance du 21 octobre M. de Mély, par l'étude des comptes, confirme les conclusions de M. Deshoulières sur les différentes époques de construction de la cathédrale de Meaux et apporte, en même temps que les noms des architectes, des précisions sur les dates de leurs travaux. M. Enlart commente les photographies de divers chandeliers de fer du Moyen âge conservés à Jérusalem, en Chypre et en Catalogne et montre par leur comparaison que les exemplaires importés dans les églises des Croisés, sont d'origine catalane. LE CENTENAIRE DE BRÉGUET au Musée Galliera L'exposition organisée par MM. Ed. Gélis et G. Brown, que nous présente le Musée Galliéra réunit, prêtés par des collectionneurs divers, plus de 200 montres, pendules et instruments de précision dus au célèbre horloger (né à Neufchatel en 1747, mort à Paris en 1823), en sorte qu'on peut se faire une idée de son labeur étonnant, si l'on songe que la plupart de ces pièces, dont le prix, d'ailleurs, était assez élevé (de 2.000 à 8.000 fr.), représentent moins des objets pratiques que des «problèmes posés et résolus» par cet artisan qui pourrait avoir le droit posthume au titre d'artiste, comme il eut de son vivant, et contre l'usage, celui de membre de l'Institut. Pourtant, en fait, personne moins qu'Abram Louis Bréguet ne semble s'être préoccupé des rapports d'expression, d'analogie entre le fond et la forme, qui caractérisent véritablement l'œuvre d'art. Il se satisfait de la science et de la recherche technique. Quand il avait réglé un bon «mouvement», quand il avait trouvé, par exemple, cette amusante pendule «sympathique» qui remonte et corrige une montre placée dans son sein, comme une mère ferait de son enfant, il était satisfait. Cette mésestente entre l'art et la science remplira tout le xixe siècle. Regrettons-le. Lorsqu'on regarde ces rouages parfaits aboutissant à des cadrans d'une rigueur mathématique, ces boîtiers d'émail d'une sobriété de décor qui touche à la sécheresse, on songe à ces théâtres dont les coulisses sont encombrées de machinistes, tandis que la scène est vide. Le public attend anxieusement que tout ce mouvement intérieur se traduise en visions expressives. Devant une montre de Bréguet, on éprouve la même déception. Le grand horloger n'a pas soupçonné cet accord nécessaire du mécanisme intérieur avec la forme, qui constitue l'œuvre parfaite, ou bien lorsque des motifs de décor se rencontrent dans ses productions, comme dans cette pendule dont les bronzes sont de Thomire, l'art paraît surajouté à la science. Ce qu'Abram Louis Bréguet n'a pas soupçonné, cet accord du mécanisme et de la forme, il est piquant de le voir recherché actuellement par son arrière-petit-fils. On sait que Louis Bréguet se passionne pour les essais de locomotion aérienne. Or, le problème de l'avion consiste de plus en plus à trouver la forme la plus adéquate au mouvement, c'est-à-dire, en somme, la plus parfaite au point de vue artistique. Ainsi, après un divorce prolongé, la science rejoindrait-elle l'art? Jean-Gabriel LEMOINE.

Page 5

BEAUX-ARTS Cl. Serv. Phot. B.-A. Château d'Oiron MONUMENTS HISTORIQUES Deux-Sèvres. — Le château d'Oiron, auquel se rattache le souvenir de la famille des Gouffier et des Bonnivet, que la faveur des rois de France, de François Ier surtout, a portée aux plus hautes dignités, est assurément l'une des plus magnifiques demeures seigneuriales que nous aient laissées les siècles passés. Elle ne pouvait rester en dehors des monuments dont le classement assure la conservation intégrale. Le château figurait jadis sur la liste des édifices classés, mais la mesure fut malheureusement rapportée et un certain nombre des richesses qui l'ornaient furent aliénées, en même temps qu'une partie du petit parc. La propriétaire actuelle qui a le souci, dont on ne saurait trop la féliciter, de rendre à son château son ancienne splendeur, a donné son consentement à une nouvelle inscription et a interdit par là même que, dans l'avenir, cet ensemble unique fût dépouillé de ses œuvres d'art. L'édifice comprend une aile construite au milieu du xvie siècle par Claude Gouffier, le descendant direct du grand maître Artus Gouffier, dont le riche tombeau se trouve à côté de celui de l'amiral de Bonnivet, dans l'église paroissiale voisine, ancienne chapelle du château; un corps de logis principal, accosté de deux pavillons carrés, reconstruit au xviiie siècle; enfin, une aile en retour qui ferme le troisième côté de la cour d'honneur (celle-ci ne comporte qu'un rez-de-chaussée de la fin du xviiie siècle); enfin, deux pavillons circulaires termi- nent les ailes. Sur les jardins, une terrasse à balustrade forme un soubassement à la construction. La partie du château qui date de la Renaissance se compose, au rez-de-chaussée, d'une galerie ouverte à grandes arcades en anse de panier que soutiennent des piliers à nervures en spirales d'une inspiration encore toute gothique; au premier étage, une grande salle rectangulaire avec sa Cl. Serv. Phot. B.-A. Oiron. Cheminée de la Galerie décoration peinte et son plafond à caissons, également peint, témoigne de la magnificence de son constructeur. L'artiste, Pierre Foulon, croit-on, y

Page 6

BEAUX-ARTS a représenté des sujets tirés de l'Enéide, séparés par des guirlandes de décoration florale, qu'on retrouve au plafond; on a remarqué, depuis longtemps, qu'il avait choisi pour ce décor, les fleurs du pays: roses, ronces, pavots, œillets, et qu'il en a reproduit les formes et les couleurs avec une exactitude assez étonnante pour l'époque. Cette décoration, qui est une œuvre capitale de l'Ecole dite de Fontainebleau et qui a le mérite de s'être conservée plus intacte et sans retouches que celle du fameux château royal, a fait l'objet de relevés pour les archives des Monuments historiques. C'est dans cette salle que se trouve la belle cheminée à cariatides qui porte au linteau du manteau la devise de Claude Gouffier: «Hic terminus haeret». La propriétaire actuelle a rassemblé dans une pièce voisine, les fragments de carrelage et de revêtement en faïence de Saint-Porchaire, qu'elle a pu retrouver soit sur place, soit dans le commerce. On prétend que c'est à Hélène de Hangest, mère de Claude Gouffier, que l'on doit la création de la faïencerie de Saint-Porchaire ou d'Oiron, dont les ateliers ont fourni ces pièces de céramique si remarquables, qui atteignent à l'heure présente des prix fantastiques. L'escalier qui se trouve à l'extrémité de l'aile Renaissance, et dont la voûte a été refaite au xve siècle, est le point de liaison avec le pavillon de gauche du grand logis. A l'extérieur, cette dernière construction, d'un style sobre et d'une proportion particulièrement heureuse, présente de grandes baies rectangulaires aux linteaux et aux pieds-droits appareillés en bossages, au fronton triangulaire orné d'une sculpture décorative largement traitée, et une balustrade que couronnent des trophées sculptés. Cl. Serv. phot. B.-A. Oiron. Peinture de la Galerie (D'après un relevé de l'architecte Lameire.) L'intérieur de ce corps de logis principal n'est pas moins intéressant par la riche décoration qui orne la plupart des pièces, notamment la Chambre des Muses, ainsi appelée en raison des figures qui y sont représentées sur les lambris, tandis Cl. Serv. phot. B.-A. Oiron. Chambre des Muses. que le trumeau de la cheminée représente, comme on le voit sur la gravure ci-contre, Diane en chasseresse entourée de ses nymphes, et le plafond Jupiter assis sur son aigle. La pièce voisine comporte un plafond de la même époque, avec des pendentifs et de lourdes guirlandes; dans les caissons figurent les Parques, Mars, Minerve, Junon, Phaëton et la chute d'Icare. Toute cette décoration, ainsi que celle du grand salon dit Salon du Roi, malgré quelque délaboration, conserve un aspect de richesse digne de l'ensemble du château. Elle date, ainsi que la construction même, du duc de la Feuillade, qui avait acquis le domaine de son beau-frère Artus II Gouffier et fit transformer presque tout le château. Allier. — L'ancienne église de Molinet est un modeste édifice qui ne mériterait pas le classement récemment prononcé, si elle ne conservait à son abside de très curieuses peintures murales de la fin du xve siècle et du commencement du xvie siècle, qui devaient être sauvegardées. Dans le cul de four, se voit un Christ de Majesté, dans une gloire elliptique, entourée d'angelots et des symboles des évangélistes; en dessous, une suite d'apôtres que couronne une frise d'amours jouant avec des chèvres, exécutée dans le goût italien et datée de 1521, complète la décoration. Jean VERRIER.

Page 7

[121] 1er NOVEMBRE 1923 295 BULLETIN DES MUSÉES Le Siège de Douai (d'après une gravure de la Chaleographie) LES TAPISSERIES DE VERSAILLES Nous avons dit dans notre dernier numéro comment, dans la nuit du 22 octobre, deux malfaiteurs, entrant par le saut de loup des Cent marches, grimpant à l'aide de la chaîne d'un paratonnerre, s'étaient introduits, après minuit, par une fenêtre du Salon de Mercure et avaient arraché deux des magnifiques tapisseries tendues dans cette salle des «grands appartements du roi». C'étaient deux pièces de la fameuse tenture de l’«Histoire du Roi». Voici, d'après l'ouvrage classique de M. Maurice Fenaille — Etat des tapisseries exécutées par la Manufacture des Gobelins. XVIIe siècle. Période de Louis XIV — la désignation exacte des deux pièces, reproduites ci-contre : I. Entrée de Louis XIV à Dunkerque, le 2 décembre 1662. Carton exécuté par Antoine Mathieu et Pierre de Sève, d'après Le Brun et Van der Meulen (conservé au Musée de Versailles, n° 1067). Grande série de haute-lisse, 2e pièce tissée aux Gobelins, atelier de Janns fils, de 1669 à 1673. (Hauteur : 5 m., 10; largeur : 6 m., 90.) La première pièce fut exécutée dans l'atelier de Lefebvre, entre 1668-1671; elle est conservée au Garde-Meuble national. II. Louis XIV sortant de la tranchée au siège de Douai, 4 juillet 1667. Carton exécuté par Baudoin Yvart, d'après Le Brun et Van der Meulen (conservé au Musée de Versailles, n° 2077, exposé au Salon de Mercure). Grande série de haute-lisse, 2e pièce tissée aux

Page 8

BEAUX-ARTS Gobelins, atelier de Lefebvre, de 1672 à 1685. Au bas, dans les ornements de la large bordure, deux vues de villes : Douai, à droite, et Courtray, à gauche. (Hauteur : 4 m., 90; largeur : 6 m., 85.) La première pièce fut exécutée de 1668 à 1672, elle appartient au Garde-Meuble national. On voit qu'il existait, par bonheur, des répliques des pièces volées, sans compter les répétitions en basse-lisse, faites à plusieurs exemplaires. L'Entrée à Dunkerque Grâce aux actives recherches de la police, l'un des malfaiteurs fut arrêté à Versailles même, où il demeurait; l'autre, en fuite, devait être rejoint rapidement. Et, par bonheur, les deux tapisseries furent découvertes, le 2 novembre, cachées dans une soupente d'un hôtel garni du 23 de la rue des Récollets, c'est-à-dire dans le quartier du vieux Versailles, à quelques pas du Château. La pièce du Siège de Douai n'a aucunement souffert du rapt, elle est intacte (étant d'ailleurs dans un remarquable état de conservation); l'autre, l'Entrée à Dunkerque, a malheureusement été découpée en douze morceaux inégaux (plusieurs de grandes dimensions). Mais aucun fragment n'a été égaré. Il sera relativement facile de reconstituer la tapisserie; c'est un travail qu'exécuteront parfaitement les habiles artisans de l'«atelier de ren-traiture» des Gobelins. A la suite de ce vol, qui a causé une profonde sensation et démontré l'insuffisance de la surveillance nocturne du Château de Versailles, des mesures ont été prises immédiatement: augmentation du personnel de garde, accroissement du nombre des rondes, éclairage des salles, installation de postes dans l'intérieur du Château. Des projets de défense sont étudiés sous l'impulsion de la Direction des Beaux-Arts. Mais on estime que tous les plans seront inefficaces tant que le vaste parc restera à l'abandon dès la nuit tombée et les grilles fermées, et tant que tout le personnel de gardiennage n'obéira pas à un seul chef responsable. Des changements dans la décoration des grands appartements du roi ont suivi l'acte criminel: les autres pièces de la grande série ont été enlevées, par prudence, et retournées au Garde-Meuble. Les Salons de Mars et d'Apolon ont repris leur aspect ancien avec leurs cartons peints, modèles des tentures de l'«Histoire du Roi»; dans le Salon de Mercure, 3 pièces de petite série ont été placées: le Siège de Dôle, l'Entrée à Dunkerque et la Tranchée devant Tournay. C'est en 1907 que, sur l'initiative de Jules Guifrey, appuyé par M. Maurice Fenaille et d'autres membres de la Commission de perfectionnement des Gobelins, le projet de placer la suite de la grande série de l'«Histoire du Roi» avait été formulé et accueilli par M. de Nolhac avec empressement. Depuis 1908, l'on voyait, au Château, sept tapisseries de cette création illustre. Si ces splendides tentures donnaient une joie aux yeux, elles avaient le grave inconvénient de dépasser la dimension des panneaux et aussi d'être accrochées de manière «provisoire». Les proportions des salles se trouvaient faussées. On étudiera une nouvelle installation de tapisseries aux grands appartements, en même temps qu'une restauration des lambris pour effacer, autant que possible, les laideurs des aménagements de l'époque Louis-Philippe. Versailles doit offrir avant tout des modèles de cet art d'appropriation, de justesse dans les rapports, que les architectes et décorateurs y avaient multipliés et que trop de transformations modernes ont altéré. MUSÉE DU LOUVRE Peintures et dessins. — Le Département a reçu le don magnifique d'un portrait de David, représentant la marquise d'Orvilliers, offert par la comtesse de Fitz-James. Le Conseil des Musées a eu connaissance de ce don dans sa dernière séance et nous y reviendrons très prochainement. Il a également reçu en don un beau paysage de Wynants, offert par Mme Schlésinger. Objets d'art. — Le Département a reçu en don de Mme de Luze, en souvenir de son oncle, le pasteur Goulden, un joli fauteuil Louis XVI, recouvert en tapisserie d'Aubusson, dont le bois est signé de J.-B. Séné. Ce fauteuil prendra place dans les séries du mobilier français du xvième siècle.

Page 9

[123] BULLETIN DES MUSÉES 297 LES COLLECTIONS DE LÉON BONNAT Sixième Exposition au Musée du Louvre Après les dessins flamands et hollandais, les Amis du Louvre ont été conviés, le 6 novembre, à voir, dans la salle où tant de chefs-d’œuvre se sont déjà succédé, une séduisante réunion de dessins français des xvie, xviiie et xviiiie siècles. La série chronologique s’ouvre par quelques portraits précis de l’école des CLOUET, puis viennent, à côté de quelques POUSSIN, de très beaux paysages et de libres études de feuillages de CLAUDE LORRAIN. On notera particulièrement un dessin de PUGET, représentant un homme nu assis, peut-être un Hercule, avec plusieurs figures d’enfants jouant à ses pieds. Le xviiie siècle s’ouvre par quelques feuilles exquises de WATTEAU, jeunes femmes assises en des poses abandonnées, ou études réalistes pour les « Figures de différents caractères », entre lesquelles se placent deux rares études de paysages ; LANCRET et PATER font suite au maître, comme il se doit. BOUCHER nous apparaît avec une belle académie de femme nue couchée : il est figuré lui-même, ainsi que sa femme, dans deux charmants portraits, dont l’un est reproduit ci-contre, et qui, attribués jadis au maître lui-même, sont donnés aujourd’hui avec plus de vraisemblance à PORTAIL. Voici enfin quelques HUBERT ROBERT, des GREUZE de belle qualité, des SAINT-AUBIN représentant soit Cl. Serv. Phot. B.-A. WATTEAU. Fenille d’études des scènes de mœurs, une Vente de tableaux et une Séance de musique, soit un épisode mythologique, celui de Pygmalion. PAJOU figure avec un beau dessin, projet de statue assise publié jadis par M. Stein. Enfin, PRUDHON, qui, décidément, est considéré au Louvre comme se rattachant au xviiie Cl. Serv. Phot. B.-A. PORTAIL. Portrait de la femme de Boucher siècle, clôt la présente réunion, avec une magistrale étude pour le portrait de l’Impératrice Joséphine, qui eût heureusement complété jadis la rétrospective du Petit Palais. MUSEE DE VALENCIENNES Les collections du Musée de Valenciennes ont déjà, depuis un certain temps, repris leur place dans le joli édifice construit peu avant 1914 par M. Paul Dusart; celui-ci avait eu la fortune d’abriter, pendant la guerre, les trésors réunis par les Allemands de toutes les régions envahies, et avait ensuite, évacué hâtivement, subi les atteintes assez graves des dernières luttes de 1918. Quelques traces de chanci, quelques accrocs, auxquels il sera facile de remédier, quelques pièces (heureusement secondaires) égarées — ou volées — dans les transports, qu’il sera plus difficile de pouvoir récupérer, sont presque les seuls souvenirs des épreuves passées. Un nouveau catalogue sommaire, dit « provisoire », dû à la louable diligence de M. Lefrancq et de ses collaborateurs, et qui devra être suivi et complété ultérieurement, a même paru ces dernières semaines, pour la plus grande commodité des visiteurs.

Page 10

On sait qu'une importante section du Musée est formée par le Musée Carpeaux, où les œuvres sculptées, peintes ou dessinées du génial sculpteur valenciennois apparaissent dans une abondante variété, joliment disposées dans une partie du hall de sculpture et une suite de cabinets. Cette collection déjà fort importante s'est complétée, depuis la guerre, de pièces capitales. M. Lefrancq y a ramené d'abord de l'hôtel de ville deux maquettes de dessus de porte, exécutées pendant la jeunesse de Carpeaux, pour une maison de la rue de Famars, qui a été précisément détruite pendant la guerre. Il y a installé aussi un grand modèle au tiers du motif sculpté par Carpeaux pour le frontispice de l'hôtel de ville de Valenciennes, représentant la Défense de la ville, qui lui avait été donné par l'architecte Dusart. D'autre part, des dons ou des dépôts précieux ont amené au Musée, parmi les esquisses et les plâtres, quelques œuvres exécutées en matière définitive : deux bustes de jeunes gens en marbre, puis surtout le délicieux buste de Mlle Anne Foucart, bronze daté de 1868, don de Mme Sauteau. Enfin, une pièce capitale, promise dès longtemps au Musée par le prince Stirbey, y est entrée dès l'année dernière, avec l'assentiment de ses héritiers. C'est le marbre de l'Amour blessé, qui figura longtemps dans le parc du château de Bécon et dont M. Gulbenkian possède un bronze qu'il avait déposé au Louvre avant la guerre. MUSÉE DE DOUAI Le Musée de Douai est un de ceux qui ont le plus souffert pendant la guerre; ses multiples collections, artistiques, scientifiques, archéologiques, ethnographiques n'avaient été que partiellement « protégées » et évacuées par les services allemands, et le Musée, comme la ville, connut des jours de pillage en 1918. Il a été réinstallé avec soin et rouvert au public par son nouveau conservateur, M. Leroy. S'il manque bon nombre de pièces à l'appel, si d'autres ont gardé les traces de l'invasion, les principales œuvres ont repris leur place, retour de Bruxelles ou de Valenciennes. Le Musée a même bénéficié du dépôt (que l'on souhaiterait définitif) du célèbre polyptyque d'Anchin, de Jean Bellegambe, qui y trône maintenant en place d'honneur et en belle lumière. En juillet dernier, une petite salle y a été inaugurée, qui est consacrée à un ensemble d'œuvres du peintre Henri Duhem, groupées par lui-même à côté de celles de sa femme, Marie Duhem, et de son fils, Remy Duhem, hommage pieux à ces deux disparus dont le talent, avec des nuances délicates, avait reçu du sien propre une forte et indéniable empreinte. Ce sont les paysages voilés et lumineux à la fois, les figures d'une finesse mélancolique que l'on connaît bien et dont le Musée de la ville qui dut tant, pendant ses souffrances, à l'activité civique de Henri Duhem, pourra s'enorgueillir dans l'avenir. MUSÉE VOISIN A FAUVILLE Un article de Georges Dubosc, l'éрудit et avisé critique du Journal de Rouen, signalait cet été au touriste et à l'amateur ce Musée local créé dans un bourg un peu perdu du pays de Caux, par le zèle patient d'un fureteur à l'ancienne mode, Léon Voisin, mort aujourd'hui, mais dont les fils suivent la tradition en entretenant dans un vieux logis normand, libéralement ouvert, cette collection de souvenirs et de créations régionales qui va depuis les vases funéraires gallo-romains, trouvés aux environs de 1905, jusqu'aux assiettes fleuries sorties des fabriques de Rouen, en passant par les meubles les plus divers et les plus pittoresques, les cuivres, les dentelles, etc., recueillis dans la campagne normande. MUSÉE LAPIDAIRE DE BORDEAUX Ce Musée, dont la collection gallo-romaine est justement célèbre, vient d'être l'objet de remaniements et d'améliorations. On y a mis en place une partie des pierres antiques trouvées au cours de fouilles faites en 1921-1922, place Gabriel, et données à la Ville par la Chambre de commerce. On a dressé, avec ces pierres, un portique, fait de bases, de fûts et de chapiteaux, supportant sept fragments de corniches décorées de masques humains, qui ont fait l'objet d'une intéressante communication de M. Formigé, à la Société des Antiquaires de France. Divers autres monuments ont été mis en place, entre autres un écusson municipal du xve siècle. Enfin, les pierres ont été munies d'étiquettes indiquant leur nature, leur date et leur provenance. MUSÉE ARBAUD A AIX-EN-PROVENCE Le rapport annuel sur l'exercice 1922-23 de M. Raimbault, conservateur du Musée Arbaud, à Aix, nous apporte l'indication d'un certain nombre de dons qui ont enrichi les collections. Nous y noterons un lot d'antiquités préhistoriques, don de l'abbé Davin, divers portraits dessinés ou gravés, une maquette du sculpteur Ramus, représentant le Christ aux Oliviers; enfin, une coupe en porcelaine de Sèvres et deux assiettes en faïence de Marseille, signées de la Veuve Perrin, à décor or, d'un type dont l'exposition d'art provençal de 1909 ne contenait aucun spécimen et dont celle de 1922 n'en contenait qu'un seul.

Page 11

BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE L'Art ancien dans les collections gantoises L'active revue « Gand Artistique », qui travaille si vaillamment à maintenir et à développer les traditions de culture esthétique dans les Flandres, vient d'organiser à Gand, au Cercle artistique et littéraire, grâce à l'activité de M. Frédéric de Smet, une exposition de peintures, sculptures et meubles anciens, provenant des collections privées de la région : initiative intéressante qui sera suivie, nous le souhaitons, par d'autres villes, après Bruxelles et Gand. Sans doute, on ne peut adopter toutes les attributions d'un catalogue (1) qui entend respecter Cl. Gand Artistique Statuette d'ange xve siècle Collection Pierre Verhaegen de Sainte Elisabeth, de l'autre les scènes réalistes et vivantes de la grande inondation de 1421 dans la région de Dordrecht, peintures d'un grand intérêt documentaire, exécutées sans doute par quelque disciple secondaire de Gérard de Saint-Jean, entre 1470 et 1480 (1) (nos 1 et 2, Collection Paul de Hemptinne). Une charmante Vierge avec l'enfant (no 764), probablement d'un flamand travaillant dans la seconde moitié du xve siècle, sous l'influence de l'école allemande. Un triptyque, avec une madone entre deux saints gantois, d'une jolie qualité et qui (1) Voir Jos. Casier. Le Sint Elisabethsvloed, près Dordrecht, en 1421. Annales de l'Acad. roy. d'Archéol. de Belgique, 1923. les indications fournies par les propriétaires, et un choix rigoureux s'impose, mais les œuvres remarquables restent nombreuses. Nous signalerons entre beaucoup d'autres : Les volets de retable avec, d'un côté, la légende (1) Voir le numéro d'octobre de Gand artistique, avec nombreuses illustrations.