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Numéro 17
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
ÉGLISES MODERNES
Joris-Karl Huysmans, qui écrivait à une époque d'ignorance et de pastiche — au moins en architecture, — regrettait amèrement l'absence totale d'art religieux. Avec une âpreté et une liberté ils disparu? Nul ne le croit. Cependant, parfois, la parure des officiants, le mobilier du culte, la construction des sanctuaires se sont nettement modernisés.
Depuis vingt ans, un art, que J.-K. Huysmans désespérait de voir renaître, s'est créé, pour ainsi dire, tout entier, s'est développé, digne émule des arts périmés. Parmi la générale renaissance moderne, de vrais artistes se sont attachés à renouveler les objets et les monuments destinés aux
Cliché Bernard
Eglise du Raincy, par MM. PERRET Frères
de langage que lui permettaient à la fois son atticisme et son catholicisme bon teint, il fulminait et accumulait les imprécations. Pour lui, les bronzes d'église participaient de la robinetterie, les ornements vestimentaires confinaient au déguisement de carnaval, les statues étaient taillées dans du saindoux, les édifices s'élevaient en pâtisserie.
Le mauvais goût, l'indifférence qui, jadis, décourageaient l'ardent critique de Ligugé, ont-
Cliché Bernard
Eglise du Raincy, par MM. PERRET Frères Le maître autel
pompes ou aux mystères ecclésiastiques. Bravant l'esprit conservateur, faussement considéré jusqu'ici comme rituel, et l'esprit du quartier Saint-Sulpice, ils ont lutté contre les fabricants, les do-
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nateurs, les fabriciens et les prêtres eux-mêmes.
Pieux ou non, des hommes ont compris quel intérêt social, quelle esthétique s'attachent aux cérémonies publiques ou au recueillement individuel. Laisant à d'autres l'étude du mobilier et des ornements cultuels, tels que les Artistes décorateurs ou l'Union Centrale nous les font admirer, nous
signalerons aujourd'hui quelques exemples d'architecture religieuse.
Après de Baudot et Magne, MM. Lucien Roy, Woog, Barbier, Courcoux, Sardou, Perret, Placide Thomas, Gaudibert, Marrast, ont édifié, dans le diocèse de Paris, des églises de goût moderne.
Léon Gaudibert, à l'église Saint-Dominique, rue de la Tombe-Isoire, utilise la pierre, le ciment moulé, le ciment armé. La façade s'adorne de pierre sculptée; à l'intérieur, l'architecture conduit l'œil du visiteur, du sol au faîte, par les piles rondes du chœur et leurs girandoles d'enduits et de mosaïque. La forme, étudiée par cet artiste délicat et persévérant, a contraint l'exécutant à un soin parfait. Le profil est cherché, nerveux et fini.
Au Raincy, l'Eglise Notre-Dame ne rappelle aucun édifice religieux antérieur. Une table de béton est posée sur un piétement grêle, sans ornements. Autour de ce piétement, et pour clore la nef, court un tissu d'éléments bétonnés, dont les mailles monotones sont voilées de verre. Les pa-rois verticales d'une part, les pieds et le plateau
d'autre part, sont indépendants. En avant de cette nef, un clocher carré, en ciment armé, superpose ses assises vers le ciel. Je dis bien : assises, car, ici, le sentiment de l'unité de matériaux semble perdu. On dirait d'un gratte-ciel de Manhattan à étages empilés. L'effet en est, par ailleurs, grandiose, et la proportion en est belle. Les constructeurs, MM. Perret frères, ont su donner, avec ce clocher, l'impression de l'énorme, à l'aide de faibles moyens; il convient de les en féliciter.
La verrière de la nef — seule richesse apparente — est habilement nuancée. Blanche à l'entrée, elle va se colorant successivement des tons du prisme, à mesure qu'elle se rapproche du chœur, pour s'irradier en bleus fluides, aériens, derrière l'autel. Des parties d'ornements ou de verres peints par Maurice Denis, coupent la monotonie, d'ailleurs voulue. Elle provient de l'emploi exclusif de rares éléments moulés, pour lesquels le laisser-aller de l'exécution donne une fâcheuse impression d'inachevé et de barbare.
Sous le vocable de Saint-Louis, une paroisse vient de naître en la cité du roi juste, à Vincennes. Les architectes, MM. Marrast et Droz, en construisent le sanctuaire. C'est là une œuvre hautement remarquable, pour laquelle cependant nul besoin de résoudre un problème ou d'exercer un magistère, ne hanta ses heureux auteurs.
Quatre gigantesques arcs brisés partent du sol. Leur rencontre, deux à deux, détermine un carré aérien, sur lequel repose un lanterneau octogonal.
Une abside spacieuse et trois murs nus forment clôture; une immense rosace, plaquée de vitraux harmonieux, perce chaque mur d'une étincelante géométrie. Au-dessous, prennent place des fresques de Maurice Denis et d'Henri Marret.
L'octogone, les pans coupés extérieurs aux arcs brisés, l'abside sont couverts d'une forte charpente apparente.
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C'est spacieux, haut, simple... et superbe. On se sent empoigné, devant cet ensemble, par une fervente admiration.
Puisse cette trop hâtive description — que le cadre de cette revue nous oblige à réduire — inciter les lecteurs bienveillants à se renseigner davantage sur l'incontestable valeur et l'évidente beauté de l'architecture moderne!
Adolphe DERVAUX.
NOUVELLES
Conseil des Musées. — M. Louis Barthou, député, membre de l'Académie française, est nommé membre du conseil des musées nationaux, en remplacement de M. O. Sainsère, décédé.
Nouveau règlement à l'Ecole des Beaux-Arts. — Un nouveau règlement proposé par M. Albert Besnard et approuvé par le conseil supérieur des Beaux-Arts, se substitue à celui du 30 septembre 1883, qui réglait jusqu'à ce jour l'organisation de l'Ecole des Beaux-Arts. Des modifications importantes ont été apportées, notamment aux conditions d'admission, à la limite d'âge des études, aux conditions des concours et des prix attribués en cours d'étude.
Le but poursuivi par le nouveau directeur est de désencombrer l'Ecole des non-valeurs, et de rendre plus profitable l'enseignement, pour les élèves qui veulent travailler.
Dans les bibliothèques parisiennes. — Un décret du 29 août vient de modifier notablement le régime de nos grandes bibliothèques parisiennes en attendant d'autres mesures annoncées par le rapport ministériel qui le précède et l'explique.
La Bibliothèque Mazarine sera désormais réunie à la Bibliothèque Nationale, dont elle constituera un département. Décorée d'objets d'art remarquables, dotée de fonds anciens très riches, la «Mazarine» gardera son caractère de musée; des échanges pourront être faits et certaines collections précieuses y trouveront un cadre approprié.
Des mesures administratives, d'autre part, rapprochent dès maintenant nos trois autres grandes bibliothèques, Nationale, Arsenal, Sainte-Geneviève, et s'efforceront de coordonner leur développement sous un régime analogue à celui de nos musées nationaux.
Etat des peintures décoratives de l'Hôtel-de-Ville de Paris. — M. Riotor, conseiller municipal, a attiré l'attention de ses collègues sur des détériorations qui se remarquent dans quelques toiles qui décorent les murs de l'Hôtel-de-Ville de Paris. Un Willette, marouflé sur les murs de la buvette, paraît souffrir du voisinage des bouches d'un calorifère, un Roll, dans un des grands salons de réception se décompose lentement sous l'influence d'émanations ammoniacales, l'Hiver, de Puvis de Chavannes, dans un autre Salon de réception est peu à peu envahi par la rouille d'une plaque de fer scellée dans le mur derrière lui.
Fouilles d'Alésia. — Les fouilles que poursuit à Alise-Sainte-Reine, — l'ancienne Alésia, — le commandant Espérandieu, viennent de provoquer la découverte de quelques sculptures extrêmement intéressantes Ce sont deux bas-reliefs, une statuette de Mercure à caducée, et surtout un groupe de divinités gauloises : le dieu au marteau Sucellus et sa parèdre Aerecura. Le mont Auxois a déjà fourni cinq exemplaires de ce type. Mais les statuettes trouvées jusqu'ici n'avaient guère que de 16 à 30 centimètres et étaient d'un travail assez grossier. Ce nouveau groupe mesure 55 centimètres sur 43; sa facture est très soignée, et l'on peut y reconnaître le style du deuxième siècle.
Fouilles françaises en Albanie. — Le Parlement albanais vient de ratifier une convention passée entre la France et l'Albanie, donnant à la France le privilège de pratiquer des fouilles archéologiques dans un certain nombre de territoires.
Cette convention, négociée par M. Justin Godart, député, réserve à la science française l'exploration des vastes nécropoles illyriennes de la vallée du Drin, ainsi que des sites de Durazzo et d'Apolonie, dont les immenses ruines grecques et romaines pourront être mises à jour.
Le peu de distance qui sépare les terrains concédés à la France en Albanie des écoles françaises d'Athènes et de Rome constitue un avantage pratique qui s'ajoute à tout l'intérêt scientifique de la concession.
Au Musée de Berlin. — La détresse financière officielle de l'Allemagne n'arrête pas l'enrichissement de ses collections publiques. Le 10 juillet dernier, à la vente des tableaux anciens du château de Nijelrode, qui eut lieu à Amsterdam, le Musée de Berlin a acquis un ensemble de sept panneaux représentant des scènes de la Vie de Sainte Dymphne, peints par Goswin van der Weyden, pour l'abbaye de Tongerloo. Le prix de 100.000 florins représente environ 700.000 francs; on renonce à évaluer ce qu'il représente de marks!
La statue de Poniatowski, par Thorwaldsen à Varsovie. — On a inauguré cet été à Varsovie, un monument dont l'exécution, fait assez bizarre, remonte à une centaine d'années, c'est celui de Joseph Poniatowski qui fut fait maréchal par Napoléon sur le champ de bataille de Leipzig. La statue équestre fut commandée en 1817 par souscription nationale polonaise au grand sculpteur danois Thorwaldsen qui s'inspira très nettement dans son exécution du Marc-Aurèle de Rome.
Le monument était achevé en 1832; mais les autorités russes ne tolèrent pas son érection; la statue, cachée à Mohilew pendant près d'un siècle, vient seulement de connaître les honneurs de la place publique.
Exposition d'orfèvrerie napoléonienne à Pittsburg. — Sous les auspices de l'Institut français aux Etats-Unis et du musée d'art français, fondé par l'Hon. Mac Dougall Hawkes, l'institut Carnegie de Pittsburg (Etats-Unis) vient d'exposer un service de table exécuté pour Napoléon Ier. Ce service, qui au poids du métal seul est évalué à environ deux millions de francs, a une valeur historique et artistique toute particulière.
Il fut exécuté par l'orfèvre Biennais pour l'empereur, qui en fit usage pendant les Cent-Jours. A la Restau-
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ration des Bourbons, il devint la propriété personnelle du roi Louis XVIII, qui fit frapper ses armoiries sur chacune des 919 pièces qui le composent. A la mort du roi, ce service fut donné au comte de Chambord; puis il resta en Autriche et fut, après la guerre, acheté pour l'Amérique.
La «Pompei» anglaise. — Les fouilles de «Viroconium», une localité située près de Wroxetep appelée avec beaucoup d'exagération la «Pompei» anglaise, sont intéressantes pour la lumière qu'elles jettent sur la Grande-Bretagne romaine et préromaine. C'est une chose aujourd'hui démontrée qu'avant l'invasion romaine, les habitants de la Grande-Bretagne avaient une civilisation relative, frappait des monnaies d'or et fabriquaient des écus de bronze décorés avec des émaux de couleur rouge. A partir de Claude, l'évolution de la civilisation romaine s'accen tua toujours davantage, quoique dans des proportions moindres qu'en Gaule et restant plus superficielle dans certaines régions comme la Cornouaille et le pays de Galles; les classes cultivées parlaient latin et se déclaraient orgueilleusement romaines.
L'agglomération de «Viroconium» reçut un camp de la 14e légion romaine, une des quatre expédiées par Claude en l'année 43 de l'ère vulgaire, à la conquête de l'Angleterre méridionale. Peu à peu, le camp prit de l'extension au point de former une cité industrielle. Les fouilles, commencées en l'année 1912 et interrompues pendant la guerre, ont permis de retrouver de la vaisselle, des bronzes, statuettes, lampes, des centaines de monnaies romaines de l'année 41 à l'année 408, des fours pour le traitement de l'argent. On a découvert un squelette étroitement attaché à une cassette contenant une grande quantité de monnaies. Enfin, on a retrouvé les ruines d'un temple avec un portique de six colonnes.
NÉCROLOGIE
L'orfèvre CHARLES RIVAUD, dont le talent original si puissant s'était exprimé principalement dans ses bijoux exposés au Salon de la Nationale, au Salon d'Automne et à celui des Artistes Décorateurs, vient de mourir subitement à la Trinité-sur-Mer (Morbihan).
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 7 septembre.
M. Fougères donne lecture à l'Académie d'une étude sur Socrate critique d'art, étude destinée à être lue à la séance publique annuelle.
M. Tafrali, professeur à l'université de Iassy (Roumanie), donne lecture de son rapport sur son expédition à la frontière bulgaro-roumaine, expédition au cours de laquelle il a reconnu dans la petite ville de Balchic l'antique Dionysopolis: des fouilles lui ont permis de mettre à jour plusieurs objets sacrés se rapportant au culte d'Osiris.
Séance du 14 septembre.
M. Tafrali donne lecture d'un rapport sur le trésor byzan-
tin du monastère de Putna, fondé en 1469 par Etienne le Grand, prince de Moldavie. Parmi les objets sacrés de ce trésor, il convient de signaler une croix faite avec du bois de la vraie croix et provenant du basileus Romanos (891), ainsi qu'un ornement sacerdotal du quatorzième siècle, sauvé par la princesse Marie, femme d'Etienne, lors de la prise de Constantinople par les Turcs.
Séance du 28 septembre.
La séance est consacrée au rapport de M. Picard, directeur de l'école d'Athènes, sur les fouilles pratiquées en Attique, à Delphes, Délôs et Thasos, ainsi qu'à Philippes (Macédoine) dans le premier trimestre 1923.
A Delphes a été complétée l'étude de la Tholos de Marmaria, du trésor des Athénien, et celle du portique du théâtre. Près de là, a été exploré l'Hermeion. A Délôs, on a trouvé la seconde tombe des Hyperboréennes, et reclassé les monuments de l'Artemision. A Thasos, se complète la fouille de l'Agora flanquée de sanctuaires archaïques, avec une inscription relative au commerce des vins au cinquième siècle. Par ailleurs ont été poursuivies des recherches sur le Dionysion, où a été exhumé un grand monument choragique en forme de temple jadis décoré de neuf statues, en partie retrouvées (inscriptions relatives à la vie artistique et littéraire à Thasos au troisième siècle). A Philippes, on a retrouvé un lieu de culte de Némésis près du théâtre, et l'emplacement des portiques de l'Agora latine, avec le temple d'Hermès.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 22 septembre.
L'Académie a décidé à l'unanimité de s'associer à l'organisation d'une école d'art qui doit être annexée au Conservatoire américain de Fontainebleau, récemment fondé et déjà en pleine prospérité.
Séance du 29 septembre.
Le président de l'Académie des Beaux-arts, M. Albert Besnard, a annoncé officiellement que M. Léon Bonnat a fait à la Compagnie deux legs: l'un, de 100,000 francs, dont les revenus serviront à secourir des artistes peintres dans l'infortune; l'autre, de 50,000 francs, dont les revenus seront employés en subventions à allouer aux titulaires du prix de Rome de peinture.
UNE EXPOSITION DE L'INSTITUT FRANÇAIS DE DAMAS au Pavillon de Marsan
Nous avons entretenu nos lecteurs (1) de l'Institut Français d'Archéologie et d'Art musulmans, fondé par le général Gouraud, à Damas, en octobre 1922, et placé sous le patronage de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de l'Académie des Beaux-Arts. L'exposition actuellement ouverte au
(1) Beaux-Arts, 1er juin 1923.
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Musée des Arts Décoratifs, est organisée par M. Eustache de Lorey, directeur de l'Institut de Damas, et elle a pour but de présenter les premiers résultats de ses efforts. Elle fortifie l'espoir qu'on peut fonder en France sur cet organisme, qui sera, si l'on veut, à la fois une Villa Médicis et une Ecole d'archéologie musulmane.
L'exposition est disposée de façon à faire voir d'abord le travail archéologique de la mission française. D'excellentes photographies, des agrandissements, nous conduisent sur les chantiers d'Ananieych, où l'on a trouvé des céramiques antérieures au xne siècle; de Bab-ech-Cherqui, d'où l'on a extrait des céramiques du xme siècle jusqu'au xve siècle, portant la marque de l'influence persane. Quelques spécimens nous en sont même présentés, qui seront du plus grand intérêt pour les spécialistes.
Nous voyons ensuite d'autres photographies relatives à la Syrie et destinées à donner, au visiteur français, une bonne idée de la couleur locale: ce sont des vues de Damas et des types populaires syriens, ainsi que de l'Institut français qui est, comme on le sait, installé dans un palais du xvme siècle, d'un très significatif aspect musulman, le palais Azem.
Les recherches poursuivies en Syrie portent particulièrement sur une période mal connue en Occident, celle de la fin du monde antique, dont l'évolution se prolonge en Orient jusqu'en plein Moyen-Age. Depuis l'écriture jusqu'à l'architecture, depuis le bijou jusqu'au vêtement, tout, à ce moment, est, là-bas, significatif, car cela marque une étape de cette évolution: ce sont les idées du monde ancien, mais déjà elles se transforment par transitions insensibles, déjà elles se colorent d'esprit moderne. Telle page d'écriture du Coran, datée du ixie siècle, garde encore le dessin animé de l'écriture copte, venue du dessin hiéroglyphique égyptien, le signe écrit se souvient de son origine et prétend garder son caractère décoratif. Elle semble tressaillir, cette page d'écriture coranique, prête à s'envoler en arabesques vivantes sur les murs de la mosquée! D'autre part, tel cachet syrohittite montre des personnages aux formes élancées, des animaux synthétiques, qui évoquent des silhouettes analogues, celles que nous voyons sur les cachets et sur les amulettes trouvées en Grèce et en Crète, et qui nous rejettent dans les ténèbres de l'Histoire. Des pierres et des intailles gnostiques, dont on nous présente quelques spécimens, seraient susceptibles, au contraire, de renouveler les notions que nous croyons posséder sur les origines de l'art religieux du Moyen-Age, et sur celles de la symbolique chrétienne. Troublantes, apparaissent en Syrie les influences réciproques de l'art musulman et de l'art chrétien. Par exemple, cette fleur de lys découverte dans le «Maristan de Nour-Eddin», qui, au xne siècle, donne déjà le modèle de celle qui sera l'emblème de nos rois, un siècle plus tard.
Cliché de l'Institut français de Damas
Portail du Maristan de Nour-Eddin
On voit combien passionnantes peuvent être les recherches commencées et poursuivies actuellement en Orient syrien: on dirait une médaille dont on a toujours vu le revers et dont on distinguerait soudain et peu à peu la face.
L'Institut de Damas, on le sait, poursuit aussi un but pratique: la résurrection des métiers locaux. Des cours sont faits aux artisans indigènes, pour les inciter à reprendre la sculpture sur bois, la verrerie gravée et émaillée, etc., métiers qui sont presque complètement abandonnés. L'exposition montre, par exemple, à côté de magnifiques broderies musulmanes classiques, des spécimens encourageants de travaux modernes, exécutés sous la direction des maîtres de l'Ecole des Arts décoratifs arabes.
Jean-Gabriel LEMOINE.
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MONUMENTS HISTORIQUES
Dordogne. — Le 30 septembre dernier, M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, a inauguré le Musée préhistorique des Eyzies, constitué par les patientes recherches de M. Peyrony, instituteur du village, que guidait de ses conseils et de son érudition M. le Docteur Capitan. En fouillant une par une, les très nombreuses grottes des bords de la Vézère, M. Peyrony a réuni une très grande quantité d’armes de silex taillé et des objets usuels, aiguilles, attaches de vêtements de peaux, bijoux même, lampes de pierre. Il a signalé aussi des bas-reliefs fort curieux, de multiples représentations d’animaux gravées, quelques figures peintes en noir et ocre. Soutenu depuis 1907, par la section des Monuments préhistoriques de la Commission des Monuments historiques, cet érudit, qu’on ne saurait trop féliciter de ses découvertes, et qui vient, d’ailleurs, d’être décoré de la Légion d’Honneur, a pu rassembler ces témoins importants de la civilisation des époques aurignacienne et magdalénienne, dont il aura désormais la garde.
Vienne. — Près de Civaux, existe un très important cimetière mérovingien qui contenait, dit un érudit du xvm siècle, plus de 16 000 tombes. Ce cimetière fut fouillé et en partie détruit en 1734, par un intendant du Poitou trop zélé. Il subsiste encore un très grand nombre de sarcophages non explorés. En classant ce cimetière, la Commission des Monuments historiques a voulu qu’on pût poursuivre, à l’avenir, ces recherches avec méthode, et empêcher la commune d’y introduire des tombes modernes, sans souci des vestiges historiques qu’elles anéantiraient ou rendraient inaccessibles.
Tarn. — Burlats, pittoresquement située au fond d’une gorge de l’Agout, non loin de Castres, conserve d’un passé magnifique sa belle église romane et le pavillon dit d’Adélaïde, dont les cinq fenêtres romanes aux archivoltes richement décorées, méritaient le classement parmi les Monuments historiques. M. Jean Laran a montré jadis que rien n’était moins sûr que la tradition qui donnait ce pavillon comme berceau de naissance à Adélaïde de Toulouse, femme de Roger II Trencavel, vicomte de Béziers, Albi, Nîmes et Carcassonne, célèbre aussi pour avoir été l’héroïne des Chants d’amour du Troubadour Arnaud de Marviel. C’était beaucoup plus probablement une partie de l’antique abbaye bénédictine, qui existait dès le xe siècle à Burlats.
Chapelle du château de La Voulte-sur-Rhône
Ardèche. — M. Nodet, inspecteur général des Monuments historiques, a signalé à la Commission, qui s’est empressée de demander le classement du monument, tout l’intérêt que présentait la conservation intégrale de la riche décoration sculptée de la chapelle du château de La Voulte sur Rhône. Remontant, pour une partie au moins, à la fin du xve siècle, elle fut, dit-on, exécutée aux frais de la famille de Ventadour. Un grand bas-relief en stuc, représentant la Résurrection, garnit tout le tympan de la voûte au-dessus de l’autel; il est, semble-t-il, d’inspiration italienne. Le reste de la décoration, à la place du seigneur notamment, avec ses colonnes cannelées ornées de guirlandes de feuillages, et ses dessins de broderies à très faible relief est, quoiqu’un peu chargé, extrêmement curieux.
Jean VERBIER.
Pavillon d'Adélaïde, à Burlats
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BULLETIN DES MUSÉES
LA SALLE DES FAÏENCES FRANÇAISES au Musée du Louvre
Les anciens habitués du Musée se rappellent que les faïences françaises étaient, il y a vingt-cinq ans, exposées dans une salle de l’aile nord du Vieux-Louvre, occupée maintenant par les dessins.
Cl. Serv. phot. B.-A.
BERNARD PALISSY. — Aiguière
Legs de la Baronne Salomon de Rothschild
Depuis lors cette série avait été transportée à la Colonnade où, par suite d’enrichissements successifs, elle était répartie entre deux salles, tandis que certaines pièces du xvie siècle avaient trouvé place au milieu du Mobilier. Notre prédécesseur et ami, M. Gaston Migeon, avait eu l’idée de grouper à nouveau toutes ces céramiques dans la salle où nous avions, jusqu’à l’an dernier, réussi à faire tenir tant bien que mal les collections, sans cesse accrues, de l’Orient musulman; et on a pu, cet été, mettre ce projet à exécution.
Maintenant, les œuvres de Nevers, de Rouen, de Marseille, de Sceaux, voisinent, dans une salle bien éclairée, avec la suite si riche des Palissy et avec le précieux petit groupe des Saint-Porchaire. Dans le couloir adjacent, sont placées les autres céramiques du xvie et du xviie siècles (Beauvais, La Chapelle des Pots, Lyon, etc.) et une petite série, plus archéologique, de carreaux. D’ici quelque temps (quand les vitrines nécessaires seront prêtes), les porcelaines de Sèvres viendront garnir le vestibule voisin. Ainsi sera constitué un ensemble qui montrera que la céramique française est dignement représentée au Louvre. C’est d’ailleurs une des séries que la générosité des amateurs a le plus contribué à former: il convient de rappeler, avec gratitude (1), les noms de Ch. Sauvageot (1856), du Dr Malécot (1895), de F. Giraudeau (1895), d’Albert Gérard (1900), de Ch. Séguin (1908), de M. Bichet (1911), de M. M. Pannier (1918), de Mme la baronne Salomon de Rothschild (1922).
L’organisation de cette salle a entraîné diverses modifications dans les salons d’apparat de la Colonnade, reconstitués, comme on le sait, par l’architecte Fontaine, il y aura bientôt cent ans. La collection des armes et celle des étains (peu nombreuses mais importantes) ont été groupées dans la grande chambre du roi; les grès allemands ont pris place dans la chambre du roi; les beaux verres italiens, légués par Mme la baronne Salomon de Rothschild, sont exposés dans l’antichambre garnie des boiseries provenant de Vincennes.
J. M. V.
(1) Sans oublier M. Thiers et le comte Isaac de Camondo, dont les collections forment des ensembles séparés.
LES COLLECTIONS DE LÉON BONNAT Cinquième Exposition au Musée du Louvre
Malgré l’ouverture officielle du Musée de Bayonne, les collections de dessins de Léon Bonnat continuent à être exposées par séries au Louvre, avant d’aller enrichir le magnifique dépôt provincial, constitué par la volonté du donateur.
Voici, cette fois, les dessins flamands et hollandais du xvie siècle, et il y aura encore, à la suite de celle-ci, trois expositions au moins consacrées aux dessins français.
RUBENS ET REMERANDT triomphent ici. Le premier est représenté essentiellement par cet admirable tête de Christ mort, que nous reproduisons, par une feuille de croquis pour une Visitation et une étude d’homme debout avec une épée. Son élève
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VAN DYCK l'accompagne avec deux portraits d'homme, une fringante tête de cheval et deux compositions biblique et mythologique. TÉNIERS est bien représenté; mais on remarquera surtout deux très rares dessins de BRAUWER, des personnages dans un intérieur d'auberge.
Du côté hollandais, un large et classique paysage de RUYSDAEL, un autre de BORSUM, nous attirent moins que le groupe formé par REMBRANDT et ses élèves. Malgré les prélèvements faits en faveur du Louvre et les premiers envois à Bayonne, si considérables déjà, Bonnat avait encore conservé par devers lui une magnifique série de dix ou douze Rembrandt incontestables, et d'au moins autant d'intéressantes compositions de son entourage, telles que la Leçon de Géographie de RENESSE, ou le Jeune homme assis en prières attribué à NICOLAS MAES. Mais il faut tirer hors de pair des feuilles étonnantes de lumière et de vie, telles que l'Abraham et Melchisédech, ou les Frê-
res de Joseph réclamant Benjamin à leur père; une grande esquisse pour un Sacrifice de Jephté est traitée à la sanguine, procédé moins courant chez l'artiste que le lavis. Signalons enfin une Adoration des bergers, qui est une préparation pour le tableau de Munich, et le délicieux jeune homme long vêtu, tenant un carton, que l'on appelle tra-
ditionnellement, et sans grande raison valable, le Jeune étudiant de Leyde.
MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS
Nous avons noté, dans notre chronique des ventes du 1er juin, le rachat, par la famille de M. Léon Orosdi, d'un important tableau de Sisley, le Remorqueur, qui vient d'être offert par elle au Petit Palais.
MUSÉES DE STRASBOURG
Nous avons rendu compte (1) de la publication, par la direction des Musées de Strasbourg, d'un fascicule très instructif et très parlant aux yeux, relatif à la réorganisation de ces musées qui a suivi l'armistice. MM. Hans Haug et Adolphe Riff viennent d'en publier un second, mentionnant les enrichissements des collections strasbourgeoises en 1922. Ils l'ont fait suivre d'une intéressante étude sur les tapisseries alsaciennes du xvime siècle.
La disposition générale du Musée des Beaux-Arts n'a pas été modifiée depuis sa réorganisation. Les collections du xvime siècle alsacien se sont accrues de quelques œuvres de Loutherbourg et de Drolling. Mais l'année 1922 avait vu s'ouvrir, à Paris, une exposition en faveur des Musées de Strasbourg (2). Les fonds récoltés ont permis aux conservateurs du Musée des Beaux-Arts d'acquérir surtout un charmant tableau de Corot (Paysage du Morvan), et cette manifestation
(1) 1er février 1923.
(2) Cent ans de peinture française.
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l'Europe entière à cette époque. La section de céramique a acquis deux très intéressants spécimens de la fabrication des faïences et porcelaines strasbourgeoises des Hannong (1720-1780); il s'agit de deux pièces exceptionnelles, une assiette en faïence de Paul Hannong, la seule conservée du genre, peut-être, qui porte des hachures pourpre en bordure, tandis que le décor est de forme simple et une statuette de Flore, par J.-G. Lanz, exécutée en porcelaine par Paul Hannong, remarquable par ses formes trapues qui indiquent que le statuaire, travaillant auparavant pour la faïence, n'était pas encore familiarisé avec les ressources de la porcelaine. L'intention qui préside aux enrichissements de cette section céramique est d'abord de réunir une collection aussi complète que possible des faïences et porcelaines fabriquées par les artistes précités qui furent, à Strasbourg, des initiateurs, de présenter ensuite des ensembles des grandes manufactures issues de celle de Strasbourg, soit Niederviller (1754-1827) et Frankenthal (1755-1800); enfin de réunir des échantillons représentatifs de toutes les manufactures ayant exercé une influence sur ces trois fabriques, ou ayant été influencées par elle.
Cliché du Musée de Strasbourg.
Boilly. Portrait de Sir Thomas Lawrence.
leur a amené des dons intéressants. Elle a été aussi le point de départ d'une Association des Amis des Musées de Strasbourg.
Il faut mentionner, parmi les dons, un Portrait peint de Sir Thomas Lawrence, par Boilly, un Chintreuil et un Georges Michel. Des œuvres de peintres contemporains alsaciens, comme René Beels, Jacques Gachot, Lucien Hueber, Emile Schneider; des sculptures, comme deux statues en bois sculpté, de la fin du xve siècle, et de petits bronzes de Rupert Carabin, actuellement directeur de l'Ecole des Arts décoratifs, montrent l'éclétisme qui a présidé au choix ou à l'acceptation des œuvres.
Le dernier compte-rendu indiquait la réinstallation, au Musée des Arts décoratifs, des sections du métal et du mobilier du xvme siècle; dix autres salles ont pu être aménagées dans le courant de cette année 1922.
Quelques pièces nouvelles ont pris place dans les deux sections, notamment un banap en argent doré, du maître strasbourgeois Ph.-J. Ehret, reçu maître en 1639. On sait que les objets d'orfèvrerie alsacienne, et notamment les timbales d'une forme très particulière, étaient recherchées dans
Cliché du Musée de Strasbourg.
L'Ancienne « Pfalz », à Strasbourg.
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Le précédent compte-rendu signalait la création, à la Grande Boucherie, d'un Musée Historique. Ces collections locales se sont considérablement agrandies. Les acquisitions qui nous intéressent le plus, sont celles de vitraux et de cartons de vitraux aux armes de la ville et des habitants de Strasbourg, et qui figuraient dans la collection Engel-Gros. Elles illustrent, d'une façon curieuse, l'histoire de la ville au xvie siècle. Nous signalerons aussi un dessin à la plume du xviiie siècle portant une inscription manuscrite qui indique qu'il figure l'ancienne « Pfalz », bâtie en 1321 et démolie en 1870, ainsi qu'un devis original, daté de 1754 et signé de la main de Pigalle, relatif à l'exécution du Mausolée du Maréchal de Saxe. Enfin, le Musée Alsacien a complété ses collections d'art populaire, notamment par l'acquisition de statuettes et reliefs religieux en céramique de Soufflenheim.
MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE D'ORLÉANS
Une note de presse, parue au mois d'août, encourageait la municipalité orléanaise à reprendre un projet élaboré, paraît-il, avant guerre, et à créer, entre l'ancienne maison des Créneaux, qui abrite le Musée des Beaux-Arts, et l'hôtel Cabu, plus connu sous le nom de maison de Diane de Poitiers, où est logé le Musée historique, un « Musée archéologique en plein air qui rappellerait certaine place célèbre de Bruxelles » (?), en déplaçant et groupant, autour de cette place, diverses façades de maisons gothiques ou Renaissance.
La nécessité s'impose, parfois, pour sauver quelques vénérables pans de bois, de les transférer ainsi sur quelque mur neuf, ou de remonter quelque maçonnerie ancienne frappée d'alignement. Cela s'est déjà produit à Orléans, et, plus souvent encore, hélas ! à Rouen. L'effet en est généralement déplorable, et il vaut infiniment mieux, tant qu'on le peut, protéger, en nettoyant leurs abords, les fragments d'architecture, à la place pour laquelle ils ont été créés, et ne pas aller, de gaieté de cœur, démolir des ensembles historiques pour en créer de factices. Le Musée d'architecture, tel qu'Alexandre Lenoir le concevait, et tel que nous le voyons encore réalisé, dans les cours de l'Ecole des Beaux-Arts, avec les débris de son Musée, a fait son temps. Nous sommes persuadés que les archéologues orléanais sont de notre avis, et nous avons confiance en eux pour faire triompher, cette fois encore (ce ne sera pas la première), le bon sens, contre les fantaisies municipales ou autres.
PALAIS DES PAPES D'AVIGNON
Ce serait une heureuse entreprise que d'animer de quelques souvenirs et documents relatifs à l'histoire de la papauté et de l'Eglise de France, les vastes salles du palais d'Avignon, abandonnées par le génie militaire. On a annoncé, cet été, que le pape Pie XI faisait exécuter, à ses frais, et enverrait à la ville d'Avignon, le moulage du tombeau du cardinal Philippe d'Alençon, à l'église Sainte-Marie du Transtévère, et, d'autre part, que le roi d'Espagne faisait don à Avignon d'un moulage du tombeau du cardinal Gil Carillo de Albernoz, qui se trouve dans une chapelle de la cathédrale de Tolède. Ne serait-il pas naturel que l'administration des Monuments Historiques fit mouler, de son côté, la figure du pape Clément VI, qui est à la Chaise-Dieu, pour la faire figurer dans le même lieu ?
On annonce, d'autre part, pour cet hiver, dans les salles du Palais, une exposition de tapisseries des Gobelins et de tapis de la Savonnerie, prêtés par le Mobilier national et tirés des plus belles séries anciennes de ses collections.
La municipalité avignonnaise s'est entendue, pour l'organisation de cette manifestation, qui ranimera pour un moment les admirables salles du Palais, avec M. Dumonthier, administrateur du Mobilier national. M. Henri Algoud a été désigné comme secrétaire du comité d'organisation.
AU MUSÉE DE LILLE
L'Association générale des conservateurs de collections publiques de France a consacré la seconde de ses réunions générales annuelles, le 6 octobre dernier, à une visite approfondie du palais des Beaux-Arts de Lille, sous la conduite de M. Emile Théodore, conservateur général, qui lui a présenté notamment les dispositions nouvelles réalisées au cours de la restauration nécessaire du palais et qui ont porté spécialement sur l'aménagement rationnel du chauffage et de l'aération.
Quant aux collections qui ont fait l'objet de soins spéciaux, elles sont dès maintenant remises en état et pourront être replacées sous les yeux du public lorsque les services d'architecture auront terminé leur tâche, c'est-à-dire, espère-t-on, l'été prochain.
MUSÉE MASSÉNA DE NICE
La collection de bijoux européens et orientaux de M. et Mme Georges Chapsal, que l'on avait admirée au Musée Galliéra, l'automne dernier, vient d'être inaugurée au Musée Masséna. L'installation somptueuse de la salle, dont les généreux donateurs ont assumé tous les frais, présente dans toute sa valeur cet ensemble très intéressant qui renferme des pièces de premier ordre.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ITALIE
Les maladies des objets antiques et leur guérison
Près du Musée National Romain aux Thermes, il existe, déjà depuis quelques années, un Cabinet pour la physico-chimie et la technologie des antiquités. Les résultats déjà obtenus, et dont le nombre augmente presque chaque jour, sont de la plus grande utilité pour les études d'art ancien, et il faut en être reconnaissant à M. Francesco Rocchi, qui a été l'inventeur et l'apôtre de ce système. Après avoir été l'élève de Francesco Bianchi — qui, comme directeur du Medagliere Vaticano, a gravé plus de cent médailles — l'étude faite dans les Musées des chefs-d'œuvre de l'antiquité l'a poussé à la recherche des moyens les mieux adaptés à restituer l'état primitif de leur surface aux objets provenant des fouilles. Les expériences, basées sur une très grande connaissance des sciences physiques et chimiques, permettent d'obtenir, dans la plupart des cas, une régénération très remarquable, sans modifier les objets.
M. Rocchi est parti de la considération que les maladies du corps humain se guérissent en adaptant les remèdes aux causes : il est parvenu à déterminer une sorte de pathologie des antiquités, et à fixer les lois qui doivent régler les remèdes à appliquer. Après avoir constaté l'état de l'objet, on doit chercher l'influence, ordinairement chimique, qui en a causé l'altération, c'est-à-dire la décomposition et la déformation ; l'influence connue, l'on cherche à provoquer un mouvement moléculaire, contraire à celui qui a causé le dommage, et, presque toujours, l'on parvient à une rénovation qui paraît miraculeuse. Déjà, les savants, — entre autres le chimiste allemand Zinkener — avaient fait des recherches à ce sujet : avec M. Rocchi, on est arrivé aux applications concrètes. M. Rocchi travaille ordinairement pour le gouvernement italien, mais il a aussi prêté son concours au Vatican et aux Collections publiques de la Suisse, et s'est déjà fait connaître des particuliers en Angleterre et aux Etats-Unis. A l'aide du microscope, de l'analyse chimique, de l'électrolyse, du spectroscope, de la magnétographie, les bronzes antiques se révèlent à notre admiration et à notre étude, d'une manière inconnue jusqu'à nos jours; son procédé, dans certains cas, peut aussi être appliqué aux marbres. Su-tout pour les monnaies (il en a déjà régénéré plus de quatre mille!) et pour les miroirs gravés, les résultats sont particulièrement brillants.