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ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE DE L'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS SEPTEMBRE 1932 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART CE NUMÉRO FRANCE : 10 fr.

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ART ET DÉCORATION L'ART DÉCORATIF ET LES ÉCHOS D'ART 36e ANNÉE - RÉDACTEUR EN CHEF : L. CHERONNET TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS; LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURONT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS ; TOUTES LES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES, ET SERONT POURSUIVIES PAR LES AUTEURS. PRIX, FRANCE : LE NUMÉRO 10 FRANCS. L'ABONNEMENT ANNUEL (12 NUMÉROS) 100 FRANCS. PAYS À TARIF POSTAL RÉDUIT : AFRIQUE DU SUD (UNION DE L'), ALBANIE, ALLEMAGNE, ARGENTINE, AUTRICHE, BELGIQUE, BRÉSIL, BULGARIE, CANADA, CHILI, COLOMBIE, CONGO BELGE, CUBA, ÉGYPTE, ÉQUATEUR, ESPAGNE, ESTHONIE, ÉTHIOPIE, FINLANDE, GRÈCE, GUATÉMALA, HAITI, HONGRIE, LETTONIE, LIBÉRIA, LITHUANIE, LUXEMBOURG, MAROC (ZONE ESPAGNOLE), PARAGUAY, PAYS-BAS, PERSE, POLOGNE, PORTUGAL ET SES COLONIES, ROUMANIE, SALVADOR, TCHÉCO-SLOVAQUIE, TERRE-NEUVE, TURQUIE, U. R. S. S., URUGUAY, VENEZUELA, YOUGOSLAVIE, LE N° 12 FR. 50 L'ABONNEMENT ANNUEL 125 FRS. AUTRES PAYS : LE N° 15 FRS. L'ABONNEMENT ANNUEL 150 FRS. EMBOÎTAGES JUSQU'A 1931 INCLUS, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE ; A PARTIR DE 1932, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UNE ANNÉE : 15 FRS (PORT EN SUS : FRANCE 3 FRS, ÉTRANGER 4 FRS). COMPTE CHÈQUE POSTAL : PARIS 66-90. TÉL. LOUVRE 33-87. TÉLÉGR. EDALVYDE, III. PARIS. PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE LES ÉDITIONS ALBERT LÉVY --- SOMMAIRE SEPTEMBRE 1932 IVOIRS ET BRONZES DU BENIN, par Jacqueline Lallemant. VARIATIONS SUR UN THÈME HORTICOLE, par L. Ch. INFLUENCE DE PICASSO SUR LA DÉCORATION MODERNE, par Paul Fiérens. MARCEL COARD, par Jean Gallotti. LES ÉCHOS D'ART L'EXPOSITION DES MÉTAUX DANS L'ART A GALLIERA, par Fabien Sollar. SYMPHONIES EN COULEURS. INFORMATIONS ET NOUVELLES, BIBLIOGRAPHIE, CONCOURS. --- LUMINAIRES MODERNES VITRAUX Etablissements Damon 4, av. Pierre Ier de Serbie - - PARIS (16e) - - Passy 61-46 Ateliers A BOULOGNE (Seine) --- manufacture nationale --- porcelaines gres --- de --- sèvres --- seculpturesvasesservicesappareils lumineux --- fondée en 1738 --- Sèvres (pl. de Sèvres) --- Paris 210 rue de rivoli21 rue drouotet au musée du Louvre --- ---

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IVOIRES ET BRONZES DU BÉNIN Ci-contre : MASQUE PENDENTIF EN IVOIRE ET CORAIL APPARTIENT AU PITT-RIVERS MUSEUM Ci-dessous : PENDENTIF EN BRONZE REPRÉSENTANT UN EUROPÉEN À CHEVAL APPARTIENT AU MUSEUM FÜR TIER UND VÖLKERKUNDE, DRESDEN Un art puissamment caractérisé où les courants d'influences sont hasardeux à déceler, scabreux à suivre, une technique impeccable attestant une maîtrise à laquelle seuls de très grands praticiens purent atteindre aux meilleures époques, une vie sociale fortement organisée, sinon évoluée et qui dépasse de très loin le stade élémentaire que nous assignons, avec une complaisante facilité, aux civilisations dites primitives, telles sont les dominantes de cette exposition de Bronzes et Ivoires du Bénin qui furent groupés pour les semaines d'été au Musée d'Ethnographie du Trocadéro.

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Le grand public ne possède, bien entendu, que des données très sommaires sur l'histoire de ces empires soudanais : Yorumba, Dahomey, Mayombe, Bénin. Des chroniques, des relations de voyageurs, ouvrent des brèches qui laissent entrevoir de curieux horizons, mais ces témoignages ne rendent guère plus accessible cet hermétique passé. Une semblable exposition apporte beaucoup plus et révèle aux Français des trésors artistiques qu'ils étaient fort éloignés de soupçonner. Depuis la fin du siècle dernier l'étranger a fixé son attention sur la question. D'importantes études furent consacrées au Bénin. Signalons pour mémoire : F. von Luschan, Die Altertümer von Benin, Berlin, Leipzig A gauche : TÊTE DE JEUNE FILLE (BRONZE) MUSEUM FÜR WÖLKERKUNDE BERLIN A droite : TÊTE DE FEMME (BRONZE) 1919; Pitt Rivers, Antique Works of Art from Benin, London 1900; H. Ling Roth, Great Benin, its customs, art and horrors, Halifax 1903, qui constituent une excellente documentation. Quant aux Musées plus heureux que les nôtres, ils possèdent une part très importante des quelques 2.400 pièces recensées. Citons le Musée de Berlin qui compte 580 numéros, le British 280, les Musées de Dresde, Leipzig, Stuttgart, Vienne, Cologne, Francfort, Farnham (Angleterre) et la Collection du Général Pitt Rivers riche de 277 pièces. Par contre, les Musées Nationaux français semblaient jusqu'à ce jour ignorer l'existence de cet art tropical. Le Musée de Saint-Germain possédait tout juste une tête de Bronze et le Cabinet des Médailles, 4 trompes d'ivoire. A l'occasion de l'exposition le Musée d'Ethnographie a reçu 4 objets remarquables. C'est exactement tout notre

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IVOIRES ET BRONZES DU BÉNIN avoir. Ce bilan se passe de commentaires. Heureusement des amateurs ont su compenser par leurs efforts privés l'inertie des institutions publiques, c'est ainsi que les collections Louis Carré et Charles Ratton groupent en France de très rares chefs-d'œuvre. En 1474, Ruy de Sequeira découvrit le Bénin pour le compte du roi du Portugal. Dès cette époque des échanges nombreux s'établirent, et un ambassadeur du roi du Bénin fut même envoyé au roi de Portugal. Les Hollandais suivirent d'assez près les Portugais; les Suédois, les Français, les Anglais vinrent ensuite. En réalité, les Européens s'aperçurent vite que les ressources du Bénin étaient moins grandes qu'on ne l'avait présumé tout d'abord. On renonça donc aux comptoirs, non aux voyages. Il est important de savoir quelle part d'influence les Européens purent avoir sur les Binis. On leur a pendant longtemps décerné le mérite d'avoir introduit au Bénin la technique du bronze. Cette hypothèse semble ne plus mériter aucun crédit et tombe par le simple examen des faits. D'une part, les plaques contemporaines des expéditions européennes (et en particulier celles qui représentent des Européens en costume du xvi°) témoignent d'une maîtrise très éloignée des tâtonnements d'un art encore à ses débuts, d'autre part, aucune œuvre portugaise de cette époque ne révèle des qualités aussi fortes et une technique aussi consommée, enfin des objets très nombreux et déjà fort beaux exécutés eux aussi à la cire perdue, doivent être attribués à des âges encore plus anciens. D'ailleurs, les relations de tous les navigateurs s'accordent à nous dépeindre un royaume curieusement évolué dont la capitale était un admirable exemple d'urbanisme rationnel, avec ses trente rues principales larges de cent vingt pieds et qui se coupaient toutes à angle droit, ses maisons bien construites, aux murs d'argile rouge lisses et polis, aux vastes galeries soutenues par des piliers revêtus de plaques de bronze. La religion des Binis ne laisse pas de nous révéler une mentalité aussi barbare qu'ingénieuse. Ils croient à un Dieu tout puissant, omniprésent et bon qu'ils ne représentent jamais, car il est impossible de réaliser l'invisible, et qu'ils n'adorent pas, car il est inutile d'implorer un Dieu favorable. Par contre, des démons innombrables causent tous les malheurs et il est indispensable de se les concilier par des sacrifices farouches. C'est ainsi que les figures de bronze, les clochettes sacrées, les parures de corail du roi étaient rituellement arrosés par le sang de TÊTE DE BRONZE APPARTIENT A M. BACRI

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ART ET DÉCORATION PLAQUE DE BRONZE EN FORME D'ÉCU AJOURÉ REPRÉSENTANT DEUX EUROPÉENS (?) SE FAISANT FACE APPARTIENT À M. RATTON

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IVOIRES ET BRONZES DU BÉNIN FRAGMENT DE PLAQUE EN BRONZE REPRÉSENTANT UN HOMME BARBU TIRANT DE L'ARC AU PIED D'UN ARBRE APPARTIENT AU MUSEUM FÜR WÖLKERKUNDE, BERLIN

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Ci-dessus : GRANDE PANTHÈRE DE BRONZE APPARTIENT A M. CH. RATTON Ci-dessous : PETITE PANTHÈRE DE BRONZE APPARTIENT A M. A. DERAIN centaines de captifs ou bien d'esclaves. A vrai dire, le Bénin atteint son apogée entre la fin du xve et celle du xviiie siècle, mais une décadence, que des guerres civiles accélèrent, détruit rapidement la brillante organisation du royaume. Nous n'entrerons pas dans le détail des classifications archéologiques qui assignent les œuvres d'art aux cinq grandes époques historiques. A savoir : époque archaïque, 1140 à 1360 : clochettes; époque ancienne, 1360 à 1500 : têtes portraits; grande époque 1500 à 1690: plaques de revêtements, têtes à destination rituelle, etc... ; 1691 à 1819, époque tardive : productions médiocres; temps modernes : déchéance complète. Choisies parmi les plus belles d'Europe, cent trente pièces de bronze et d'ivoire du Bénin ont été groupées temporairement pour la joie de nos yeux. Les bronzes sont des fontes à la cire perdue, si belles que, suivant la parole de von Luschán « Benvenuto Cellini, n'aurait pu faire mieux, ni personne avant ou après lui. » Or, ce procédé, s'il donne les plus admirables résultats, présente les difficultés techniques les plus considérables, ne permet d'obtenir qu'un exemplaire unique et reste, jusqu'au terme des opérations, aléatoire et incertain. Bronzes ou ivoires témoignent d'un sentiment artistique vif et sensible. Tous annoncent un métier solide. Parfois le sculpteur noir, créant des objets d'une saisissante authenticité étreint la nature en cherchant le réel. Voici une petite tête du Musée de Berlin, persuasive comme un portrait. Le

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IVOIRES ET BRONZES DU BÉNIN visage est d'une individualité rigoureuse à laquelle la bouche têtue et bonasse, le nez épaté, les arcades sourcilières charnues et attentives, le front musclé, apportent mille nuances finement senties. Le modelé très délié des surfaces ajoute encore au charme exquis de cet émouvant petit chef-d'œuvre qui n'est pas sans nous rappeler l'art memphite. En d'autres cas, dédaigneux du modèle, l'artiste a su trouver des volumes admirables et des rapports plus attachants que des proportions. Le choix d'un détail finement observé suffit à accréditer l'œuvre toute entière. La densité de sa masse et une certaine puissance interne difficile à définir, mais éclatante, l'imposent comme une affirmation. En dehors des pièces ciselées et fouillées, qui sont d'un art d'orfèvre, la plupart des œuvres sont si sobrement traitées, avec de beaux échanges de lumière et une profonde unité d'intention que, malgré leurs dimensions relativement réduites, elles atteignent à une véritable monumentalité. Enfin, un sens décoratif qui ne se dément jamais, intervient dans toutes les figures, soit dans une symétrie manifestement primitive, soit dans l'interprétation des formes (têtes de serpents qui ornaient au xvi° les toits des maisons) ou encore dans un répertoire ornemental de la plus riche ingéniosité, (pagne du Joueur de trompe de la Collection Louis Carré). Il se retrouve dans la composition générale de chaque scène, dans l'interprétation renouvelée de l'espace. Cet art devait être compris de notre âge. Ce parallélisme avec le réel qui n'est plus géométriquement rigoureux, cette stabilité vigoureuse, cette spontanéité élémentaire et sans détours, guident nos inquiétudes vers le but que nous cherchons. Tant de qualités esthétiques, un si merveilleux maniement d'une technique difficile entre toutes, laissent les archéologues et les ethnographes indécis. La question se pose de déterminer la part des mérites indigènes et des apports étrangers. Cet art auquel tous les degrés de la plastique sont familiers depuis la ronde bosse jusqu'à la ciselure imperceptible des fonds en passant par tous les degrés des demi-reliefs, cet art divers de portraitistes, d'animaliers, de décorateurs, cet art né du bronze, de l'ivoire ou du bois, par sa diversité même et sa vigoureuse abondance s'avère autochtone en profondeur. --- PLAQUE DE BRONZE REPRÉSENTANT UNE PANTHÈRE EN RELIEF APPARTIENT AU MUSEUM FÜR TIER UND WOLKERKUNDE. DRESDE

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ART ET DÉCORATION Au vrai, les influences sont impossibles à déterminer. Il est assuré que les Binis reçurent aussi bien des apports de l'Est par les caravanes, et des Etats voisins en relation avec le Nord, que des Européens introduits chez eux dès la fin du xve siècle. Une origine égypto-soudanaise ne peut-elle pas être assignée avec une grande vraisemblance à leurs procédés techniques? Pour le reste que pourrait-on affirmer? Ces éléments hétérogènes quels en sont au juste l'importance et les contours? Jusqu'à quels points sont-ils techniques, esthétiques, formels? Comment furent-ils introduits, reçus, assimilés? Dans le jeu si fluide des échanges que pouvons-nous distinguer? Tout reste encore à démontrer et les études africaines connaîtront de beaux jours. JACQUELINE LALLEMAND. TÊTE DE SERPENT EN BRONZE. ORNEMENT DE TOITURE APPARTIENT AU MUSEUM FÜR WÖLKERKUNDE, BERLIN

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VARIATIONS SUR UN THÈME HORTICOLE QUATRE PROJETS DE JARDINS PAR J.-C. MOREUX ET PAUL VÉRA POUR UNE PETITE TERRASSE À PARIS