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ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE JUILLET 1932 ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART --- CE NUMÉRO FRANCE : 10 $

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ART ET DÉCORATION L'ART DÉCORATIF ET LES ÉCHOS D'ART 36e ANNÉE - RÉDACTEUR EN CHEF : L. CHERONNET - TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS ; LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURANT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS ; TOUTES LES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES, ET SERONT POURSUIVIES PAR LES AUTEURS. - PRIX, FRANCE : LE NUMÉRO 10 FRANCS. L'ABONNEMENT ANNUEL (12 NUMÉROS) 100 FRANCES. PAYS À TARIF POSTAL RÉDUIT : AFRIQUE DU SUD (UNION DE L'), ALBANIE, ALLEMAGNE, ARGENTINE, AUTRICHE, BELGIQUE, BRÉSIL, BULGARIE, CANADA, CHILI, COLOMBIE, CONGO BELGE, CUBA, ÉGYPTE, ÉQUATEUR, ESPAGNE, ESTHONIE, ÉTHIOPIE, FINLANDE, GRÈCE, GUATÉMALA, HAITI, HONGRIE, LETTONIE, LIBÉRIA, LITHUANIE, LUXEMBOURG, MAROC (ZONE ESPAGNOLE), PARAGUAY, PAYS-BAS, PERSE, POLOGNE, PORTUGAL ET SES COLONIES, ROUMANIE, SALVADOR, TCHÉCO-SLOVAQUIE, TERRE-NEUVE, TURQUIE, U.R.S.S., URUGUAY, VENEZUELA, YOUGOSLAVIE, LE N° 12 FR. 50 L'ABONNEMENT ANNUEL 125 FRS. AUTRES PAYS : LE N° 15 FRS, L'ABONNEMENT ANNUEL 150 FRS. EMBOÎTAGES JUSQU'A 1931 INCLUS, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE ; A PARTIR DE 1932, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UNE ANNÉE : 15 FRS (PORT EN SUS : FRANCE 3 FRS, ÉTRANGER 4 FRS). COMPTE CHÈQUE POSTAL : PARIS 66-90. TÉL. LOUVRE 33-87. TÉLÉGR. EDALVYDE. III. PARIS. PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE LES ÉDITIONS ALBERT LÉVY --- SOMMAIRE JUILLET 1932 LE XXIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS, par Gaston Varenne. LES ÉCHOS D'ART LE MONUMENT A CLAUDE DEBUSSY, par Fabien Sollar. EXPOSITIONS, INFORMATIONS ET NOUVELLES, CONCOURS. --- jean perzel verrier d'art luminaire 3, rue de la cité universitaire (Parc montsouris) gobelins 77-24 --- manufacture nationaledesèvresfondée en 1738 --- porcelainesôressculpturesvasesservicesappareils lumineux --- Sèvres (pe de Sèvres) --- Paris 210 rue de rivoli21 rue drouotet au musée du Louvre ---

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LE XXIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS ANDRÉ MARE, TAPISSERIE D’AUBUSSON DÉCORANT LE STAND DE L. ROLLIN (Éditée par Hamot) A l’entrée principale de leur Salon, les artistes décorateurs ont érigé un immense pal, juste en dessous des chevaux emballés qui mènent — vers quels abîmes? — le char de la Gloire et de la Renommée. Est-ce un symbole, une déclaration de guerre aux vieilles routines qui ont conduit jusqu’ici les artistes? Est-ce une condamnation de principes estimés dangereux et trop arbitraires, l’indice d’une volonté, plus

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ART ET DÉCORATION implacable que jamais, de revenir au froid bon sens? Je ne sais. Toujours est-il que ce Salon est sage, très sage, mais que l'on passe des heures agréables au milieu des multiples œuvres d'art qu'il contient. Sans doute on y cultive encore l'esthétique que j'appellerais «de la grande Pénitence». Car les temps sont durs et la crise économique impose à tous cette austérité que le goût de quelques artistes avait jugé nécessaire, pour nous guérir à tout jamais de l'abus du décor. On essaie du moins de nous dédommager par un grand confort de cette obligation d'austérité. Et je crois qu'aux premiers signes d'embellie, la recherche du confort saura se parer à nouveau de fantaisie, de charme, de grâce. Ces qualités françaises sont un peu en sommeil. On les sent prêtes à se réveiller. On les trouve et bien vivantes, dans le stand de Ruhlmann et cela ne nous surprend pas. Ruhlmann a toujours su être de son temps en ne brusquant pas nos meilleures traditions. Si l'on songe qu'à la gaité des meubles et du décor de ce «rendez-vous de pêcheurs de truites» réalisé en collaboration avec l'architecte Porteneuve, au souci d'une parfaite mise au point de chaque détail, s'ajoute la participation des sculptures de Pompon, Janniot, Le Bourgeois, Marchegay, des peintures de Degallaix et Picart Le Doux, des céramiques de Mayodon, J. Besnard, des laques de Dunand, des orfèvreries de Tétard, des verreries de Jean Luce, on se rend compte de l'extraordinaire qualité de cet ensemble, résumé de ce que notre art moderne a de meilleur. Un égal souci de magnifique présentation se retrouve dans la salle à manger en acajou de Cuba, comme dans le boudoir de dame en bois de violette, de Lucien Rollin : peintures ou sculptures de Marquet, Marie Laurencin, Despiau, Pompon, glaces gravées de Max Ingrand, tapisseries d'Aubusson d'après les cartons d'André Mare, ferronneries de Poillerat, luminaire de Perzel. Les meubles finissent par ne plus jouer dans de B.-J. LACROIX. LAMPE MÉTALLIQUE A DOUBLE ÉCLAIRAGE POUR TABLE DE SALLE A MANGER

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LE XXIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS telles orchestrations qu'un rôle secondaire. Et peut-être est-ce bien ainsi qu'il faut comprendre l'organisation idéale d'un intérieur. Nous voici loin de l'austérité des purs cubistes : quatre murs nus et, entre ces murs, des solides géométriques pouvant être à volonté Dieu, table ou cuvette... La chambre conçue par Laffaille et Fraysse pour Mme Francis Carco est d'une somptuosité aussi certaine obtenue à moins de frais. Il lui manque un peu de cette fantaisie dont nous parlions au début de ces lignes, et qui existe, discrète, mesurée, dans le charmant ensemble de Maurice Dufrène. Le bronze doré joue agréablement, associé à la ronce d'amboine, tandis que l'intérieur des meubles de ce « Bureau de dame » est traité en érable et laque noire. C'est d'un raffinement exquis. Je préfère la salle à manger de Fréchet, son élégance simple et son confort à sa chambre de jeune fille dont l'accord blanc et rose est un peu fade, tandis que le profil des meubles marque quelque sécheresse. Du même artiste une ingénieuse toilette formant bureau de dame, en acajou et bronze doré. Dans la chambre de dame de Jean Pascaud on regrette une insuffisance de volonté constructive, un abus de galbes inutilement tourmentés. Le salon-living-room d'André Champetier de Ribes est scindé en trois parties, le salon proprement dit qui se rétrécit en un petit boudoir intime, puis le living-room en contre-bas du salon, séparé de celui-ci par une balustrade dans laquelle on remarque une belle dalle aurée de J.-K. Ray. Le bureau pour orfèvre de Thomas, le bureau de dame de Mme Renaudot, cette fois-ci dans une organisation industrielle, (mais que de bureaux de dames, cette année!) le boudoir d'Haentgès, en palissandre de Rio et recouvrement métal, ont des qualités qui s'imposent. Le métal que tant d'artistes cherchent à introduire dans l'ébénisterie, souvent associé à des plaques de verre, leur joue en général d'assez mauvais tours. Il faut faire exception pour le meuble de Dufet où le métal n'est employé que dans les parties portantes et avec discrétion, comme pour le fragment de salon de Printz. La chaise et le divan à piétement de cuivre sont d'une élégance indiscutable, ainsi que le petit meuble à trois portes, en palissandre de Rio, marqueté d'écaillles des Indes. Paul Follot fait un retour offensif vers les formes rondes, aussi bien dans le meuble que dans l'orfèvrerie. Mais avait-il jamais désarmé? Peut-être sa coiffeuse en bois doré et laqué repose-t-elle sur un soubassement métallique un peu massif. Le cabinet à trois corps, en bois laqué noir, gravé de blanc, est mieux équilibré. La coiffeuse de Guiraud destinée à une salle de JEAN PERZEL. LAMPE A CALOTTE MOBILE

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ART ET DÉCORATION JACQUES LENOBLE. POTS VERTS ET BLANCS EN CÉRAMIQUE DE GRAND FEU JEAN DUNAND. VASES EN MÉTAL LAQUÉ

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LE XXIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS JEAN BESNARD. POTERIES, DÉCOR « A LA DENTELLE » MAURICE MARINOT. VERRERIES

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ART ET DÉCORATION MARYVONNE MÉHEUT. RETOUR DE CHASSE CRÉTOIS. FAIENCE bains, parfaitement logique dans sa construction, est aussi plaisante à l'œil. On fait plus de réserves devant l'envoi de Boulanger, encore un bureau de dame, en verre et métal, et devant le coin de boudoir de Suzanne Guiguichon dont le mobilier en loupe de frêne se passerait fort bien de toute association de verre ou de métal. Même réflexion à propos de la salle à manger de Domin. Le rôle joué par le métal y est cependant plus discret. Le fauteuil en aluminium exécuté par Leyritz pour le compositeur Maurice Ravel, paraît-il, est souvent mal jugé par le public irrespectueux. Je l'ai entendu comparer à une chaise à électrocuter! J'apprécie davantage la fantaisie déployée par le même artiste dans sa fontaine en coquillages. Elle introduit une note bien amusante dans la salle de fraîcheur, en rocaille, imaginée par Coquerel, pour le sous-sol d'une maison de campagne. Mettons à part la salle à manger intime de Lalique, fantaisie de poète et tour de force de technicien. Le seul reproche que l'on puisse lui faire est de manquer d'intimité. Voici encore d'Adnet une chambre toute en glaces noires, verre, miroirs et encadrement de métal. L'essai est intéressant et d'une indiscutable nouveauté. Djo-bourgeois reste fidèle à la volonté de soumettre nos intérieurs à la plus stricte discipline et de nous priver du superflu, c'est-à-dire de ce à quoi nous tenons le plus. Chaque chose à sa place; une place pour chaque chose. Tout est soigneusement compartimenté, fixé aux murs, jusqu'aux fauteuils. Discipline nécessaire, sans doute, quand on veut obtenir le maximum de commodités dans le minimum de place. A cette discipline Damon et Marrast apportent les assouplissements, que le français réclame presque toujours, dans une suite de trois pièces pour appartements à prix modérés: une pièce

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LE XXIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS 199 commune avec alcôve formant chambre des parents, une chambre de garçons et une chambre de jeune fille. Très bonne tentative qu'il faut encourager. Il y a longtemps que nous attendons des artistes qu'ils ne laissent pas aux seuls industriels le soin d'établir des mobiliers pour classes moyennes, que nous leur demandons de penser aux nombreux Français qui ont le malheur d'avoir quelque goût et un budget modique. Félicitons aussi Léon Bouchet de l'avoir compris. A côté d'une salle à manger de luxe, il a osé présenter une salle à manger de prix modéré, composée d'un buffet de chêne ciré, d'une table à allonges, de six chaises et d'une petite bibliothèque, ensemble simple et harmonieux. L'initiative de Couallier et Lamy qui exposent une chambre de série très étudiée et dans une jolie note gaie, n'est pas moins excellente. On peut rapprocher de ces recherches la salle à manger pour villa de campagne de P.-E. Petit, toute en chêne clair, mobilier, lambris et parquet, sur lequel la mosaïque rouge placée sous la table compose un accord chantant des plus agréables. La frise décorative de Dieupart eût ajouté aux murs une autre note de couleur plaisante, si ce décor avait été plus à l'échelle des dimensions de la pièce. Le bureau de Kohlmann pour un directeur d'entreprise, et celui de Baucher-Féron pour un administrateur, ajoutent à la conception américaine du bureau un esprit d'ordre tout cartésien. Je ne voudrais pas omettre enfin l'énorme meuble d'appui de Bailly, la cuisine électrique de Barret, le mobilier en tapisserie au petit point d'Adrien Karbowsky et les deux bahuts sculptés d'André Selmersheim. Il reprend, mais avec quelque excès, B.J. LACROIX. POT A TABAC EN BOIS FORMANT RATELIER A PIPES

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ART ET DÉCORATION une vieille tradition que l'utilisation des bois contreplaqués a laissé se perdre et qui a été jadis un des titres de gloire du meuble français. Il me reste peu de place pour parler de l'architecture, de la céramique, de la ferronnerie, de la verrerie, des vitraux, émaux, reliures, tissus, de la production si diverse de tous nos artistes du décor. Retenons de notre visite quelques idées générales seulement. Les architectes se plaisent à étudier de plus en plus les problèmes nouveaux qu'impose la transformation de la vie et c'est heureux. Projets de gare métropolitaine pour taxis aériens, de gare pour compagnie d'auto-routes, piscines municipales, vastes bâtiments pour les services des P.T.T., rues de cités-jardins, groupes scolaires, hôtels de tourisme s'ajoutent à une maquette de phare destiné au Rond-Point de la Défense. Dédié au génie français, il doit, d'une hauteur de 110 mètres, projeter ses faisceaux lumineux dans le ciel parisien. Les meilleurs sculpteurs de notre temps seront invités à collaborer au décor de ce que l'architecte Favier appelle « la cathédrale des temps nouveaux ». Défions-nous un peu des résultats que peut donner la collaboration d'artistes aussi nombreux, même excellents. Decrion, Heckly, Poillerat avec le sculpteur Pourquet, Raymond Subes, Szabo et Szetlak exposent de magnifiques travaux de ferronnerie. La céramique toujours abondante groupe les œuvres de Cazaux, Jacques Lenoble, Soudbinine, Lundgren, de Mmes Baillot-Jourdan, Alexandre, Luc-Lanel, dont les envois sont d'une rare qualité de tons, de Maryvonne Méheut, très tumultueuse, et les poteries de Jean Besnard, d'une noblesse de style qui s'affirme dans une simplicité toujours plus grande de la forme, de la couleur et du décor. Nos laqueurs sont incomparables. A la suite de Jean Dunand et de son fils Bernard, voici André Caverne, Ducuing, A. Selmersheim. Si l'on regrette de ne pas trouver au catalogue, parmi les orfèvres, quelques noms qui font autorité comme créateurs de modèles, il reste en face de l'excellent groupe danois, Jean Serrière et Daurat, pour soutenir la réputation de la production française. Le bijou et le vitrail n'ont pas l'importance qu'ils mériteraient d'avoir. Mais la reliure, hélas! déborde, envahit tout. En dehors d'œuvres de valeur, que de fautes de goût, que d'erreurs on pourrait relever! Trop de dames, trop de jeunes filles nous imposent leurs premiers ou leurs derniers travaux. L'absence de personnalité est souvent la marque la plus certaine de leur débordante activité. GASTON VARENNE. MARIE CHAUVEL. PRÉSENTATION DE FLEURS STYLISÉES EN VERRE ET EN TOILE CUIR

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GASTON LE BOURGEOIS AIGLE EN TECK AVEC CHAPE DE PLOMB. Photo Buffotot GABRIEL LACROIX TIGRE ACCROUPI, ARGENT MARTELÉ.