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ART & DECORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS AOÛT 1930 2, RUE DE L'ECHELLE, PARIS CE NUMÉRO FRANCE : 10 fr.
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ART & DECORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS AOÛT 1930 2, RUE DE L'ECHELLE, PARIS CE NUMÉRO FRANCE : 10 fr.
AOUT 15 PARTIR! AOUT 1 JUILLET 14 > "Partir... qu'il est grissant ce mot. On dirait une porte ouverte sur le monde". > > Roland DORGELES --- ÉDITION JTED Voyager confortablement, si dûre que soit la route. Etre certain d'arriver, si longue que soit l'étape. Toujours se sentir en sécurité, sans le moindre souci. Est-il plaisir plus grand, avec une bonne voiture. Est-il plaisir plus grand, avec une belle HOTCHKISS 154. CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS 168, B° ORNANO, SAINT-DENIS
UNION DES ARTISTES MODERNES Hall d'entrée ROBERT MALLET-STEVENS, architecte ANDRÉ SALOMON, ingénieur-éclairagiste LE PREMIER SALON DE L'UNION DES ARTISTES MODERNES L'Union des Artistes Modernes, dont la première exposition s'est récemment ouverte au Pavillon de Marsan, est un groupement nouveau qui s'est séparé de la Société des Artistes Décorateurs. Parce que ce groupement est nouveau, parce qu'il est « schismatique », son exposition est un bon prétexte à « faire le point ». L'exposition des Arts Décoratifs de 1925 nous montra la vulgarisation du cubisme, le caprice du triangle et des plans syncopés. Le cubisme se superposait ornementalement à la nudité du meuble rationnel. Déjà le cubisme est en régression. Bientôt l'ornement cubiste rejoindra l'ornement Louis XVI. Voici quelques meubles sobres, voici quelques meubles nets. C'est la descendance, c'est la lignée de Francis Jourdain, le thérapeute moderne dont l'esprit inspira nos médecins du meuble. Avant lui, nous n'avions eu que des médecines de bonne femme. Mais le meuble était trop malade pour guérir par les simples. Nous vivons une époque où les styles vont vite ou du moins les modes qui ne sont que la surface des styles. On voit bien à l'exposition des Artistes Décorateurs au Grand Palais que le style rationaliste qui nous semblait définitif, il y a dix ans, ou ce même style corrigé par la syncope, atteint aujourd'hui son point de vulgarisation. Voici
ART ET DÉCORATION GÉRARD SANDOZ --- des plans nets — on a cru que le rabot était l'instrument de la raison, comme on avait cru que le syllogisme créait la vérité — voici des plans nets, mais décalés, j'allais dire hyperboliquement décalés. Ces meubles en escalier, on voit bien qu'ils ne viennent pas du Musée. Mais on n'est pas très sûr qu'ils ne subissent pas à nouveau la servitude de ce qui fut, il y a un demi-siècle, l'esprit du Faubourg Saint-Antoine. Ce décalage en escalier n'est pas si différent du décalage que subit le Louis XV dans le meuble romantique. Parfois on constate au Grand Palais un salmis d'inspirations et de tendances, qui rappelle les salons de la bourgeoisie vers 1880. Ce bar a je ne sais quel aspect 1830. Parfois il semble aussi que la foi n'y est plus. Trop d'électisme nous inquiète : le même exposant montre une chambre à coucher nickelée et un salon quasi-romantique. Et, malgré leurs pans nus en bois clair, une salle à manger, un boudoir peuvent nous sembler mièvres, « coco », d'un charme périmé. L'ornementation même des étoffes — c'est toujours du Grand Palais que je parle — paraît exprimer une époque, qui ne croyant plus aux seules vertus de la surface nue, a déjà perdu sa foi dans la géométrie, qui ne pense plus faire son salut par le triangle ou le quart de cercle et qui n'ose pas non plus retourner à la foi de ses pères, à la fleur. C'est ainsi que l'on peut voir des étoffes brodées où la fleur et le triangle jouent à cache-cache et se camouflent l'un l'autre. Tout cela indique une crise. Ayant compris d'abord qu'un meuble n'est pas un poème, les décorateurs découvrirent qu'un meuble n'est pas non plus un théorème. Ils se sont cognés à la machine, ils se sont cognés au client. Cognés à l'économique. Cognés, c'est le mot. Cognés au point qu'ils en sont parfois comme étourdis. Et qu'ils cherchent à tâtons le moyen de concilier
LE SALON DE L'UNION DES ARTISTES MODERNES 35 Broche, or gris et platine Brillants et émail noir RAYMOND TEMPLIER Broche, or gris et platine Brillants hématite et émail noir Bague, or gris, or rouge RAYMOND TEMPLIER leur besoin de chef-d'œuvre et leur volonté de subordination à la technique industrielle. Ils sont un peu comme des Bernard Palissy qui méditeraient, les uns avec enthousiasme, les autres avec dégoût, les notions de série et de standard. Ce n'est pas impunément en effet qu'on invoque le moteur d'avion et la ligne de l'auto. Invocation lyrique, tout d'abord. On ne prévoit que des conséquences lyriques. Du moins on croit rester dans le monde des formes, dans le vieux monde esthétique des formes. On compte encore sur soi-même, sur le coup d'œil et le coup de crayon. Sans doute nos architectes, nos décorateurs avaient appris les grâces austères du renoncement. Renoncement d'abord aux grâces postiches de l'ornement. Mais depuis quelques années, au lyrisme de la raison se superposa le lyrisme du métal. On décou- Broche cuvette, or gris, platine et brillants RAYMOND TEMPLIER vrait que notre âge était l'âge du métal. Cette découverte fut assez tardive. Les locomotives roulaient depuis longtemps, sans qu'on eut pensé à établir un lien entre la voie ferrée et l'intérieur de la maison. Cependant les décorateurs se déclarèrent prêts à renoncer à la chaleur du bois. Quelques-uns en étaient un peu affligés, comme s'ils avaient dû renoncer à la chaleur du sein. Ils allaient endosser Bague, or gris, or rouge RAYMOND TEMPLIER
ART ET DÉCORATION une nouvelle discipline, un nouveau cilice. Mais ils ne voyaient rien au delà d'une mortification individuelle. Ils n'abandonnaient pas tout à fait le monde de la religion et de l'esthétique. Un galon de métal sur la tranche d'une planche... et ils pensèrent que le dieu jaloux du changement, du moderne et de l'industrie allait être apaisé. C'est ainsi qu'au Grand Palais on constate déjà une tradition à son point de chute. On aperçoit les signes d'un académisme naissant, l'académisme de la surface et du plan nus. Souvent même cet académisme se renonce lui-même, ne sachant plus s'il doit retourner au passé ou simuler l'anticipation. C'est ainsi qu'on y peut voir un lit, dont les flancs étoffés dessinent des bourrelets cylindriques en escalier. On ne sait pas s'il faut penser au Second Empire ou à la syncope. Ou plutôt, c'est une résurrection du pouf dans l'âge du jazz. Au Pavillon de Marsan, l'exposition de l'Union des Artistes Modernes ne dissimule pas les contradictions que l'époque impose à de tels problèmes. Là est son intérêt. Si on la considère en bloc, on aperçoit nettement ces contradictions. Voici d'abord des solutions d'architecte- ture. Dans le hall d'entrée de Mallet-Stevens — et Mallet-Stevens manifeste une fois de plus ce pouvoir qu'il a de créer de «l'espace gai» — le mur semi-circulaire est creusé de niches horizontales pour la réflexion de la lumière. L'optique détermine ici les ruptures d'une monotonie de surface. Problème technique, austèrement technique. Prétexte à beaucoup de pressentiments. Le mur d'Orange nous émeut. Pendentif platine, onyx et brillants par JEAN FOUQUET
LE SALON DE L'UNION DES ARTISTES MODERNES Bracelet verre gravé Nous pouvons pressentir d'analogues émotions par les murs de nos monuments. Mais les lois de la physique s'ajouteront, pour les déterminer, au calcul brut des proportions. Un autre mur nous est présenté par Jean Dourgnon, celui-ci en tant que mur, hors toute architecture déterminée et comme en fonction de la lumière qu'il reçoit par un double éclairage invisible et latéral. Et la porte métallique de Prouvé nous propose la solution d'un problème essentiellement technique. Mais, si près du mur de lumière et de la porte de fer, des problèmes nous sont posés qui ne sont que d'art et de goût. Posés et parfois résolus. Le salon de M. Lallemant est chose de goût. Surfaces nues, formes simples, rapport unique de beiges et de noirs. J'ai écrit salon, j'aurai pu écrire : studio. M. Lallemant dit : coin de repos d'un navigateur. Sans doute... Mais ce titre n'est justifié que par les deux lampes de bateau accrochées au-dessus du divan. Elles ne sont qu'allusion ou note pittoresque. Faut-il voir ici le signe que le goût, ce goût qui naquit de la raison retrouvée ne nous suffit plus, qu'il faut le corser d'on ne sait quoi de littéraire ou d'on Bracelet-montre, or gris et or jaune JEAN FOUQUET
ART ET DÉCORATION ne sait quoi de mécanique? Ainsi aux extrémités du divan, ces deux ingénieux rabattants métalliques. Ailleurs on cherche à atteindre le présent par les routes déjà usées du mélansisme. C'est aux nègres qu'on a demandé le salut. Ou à ce style composite qu'on pourrait appeler mélano-cubiste. Les tapis du stand mélano-cubiste sont d'un goût plaisant. Mais si le lit était gothique, il ne serait ni plus ni moins moderne. Et du moins aurait-il cette qualité de n'être pas démentiellement désorienté dans le temps et l'espace. De même si un support, qui a honte d'être pied de table, se déguise en escalier, le public d'aujourd'hui le tient pour plus moderne que s'il était gothique. Sophisme que soutient une mode fugitive. Salles de conseil d'administration, bureaux pour l'industrie chimique, bureaux pour industriels ou cabinet de penseur, salon de musique (Pierre Chareau, RenéHerbst, Louis Sognot). Le goût n'y manque pas, ni l'imagination, ni l'agrément, ni le talent. Ni le métal. Mais tant d'ingéniosité et l'agrément même de certaines solutions ne fait que souligner davantage une antinomie du moment présent entre la recherche individuelle et les moyens d'exécution qui sont demandés à l'industrie. Conflit non résolu encore entre l'artisanat et l'usine, entre l'art et la technique. Sans doute l'artiste fait effort pour aller à l'usine. Mais il y va comme naguère on allait au peuple. Il y va d'un élan lyrique. Tantôt il est prêt à tout renoncer devant la technique. Tantôt il demande à l'industrie ce qui fut demandé soit au mélansisme, soit au cubisme : une apparence et, pour tout dire, une vertu qui n'est que d'ordre ornemental. Réserver les droits de la personne humaine, je veux dire de la personne d'art et la subordonner en même temps à l'ordre mécanique, à l'ordre industriel, voilà la contradiction. Elle apparait dans toute sa force au Pavillon de Marsan. Que dans ce même groupement des exposants puissent concevoir leur ensemble à la façon d'un poème (mélanique, mélano-cubiste, fantasque ou rationaliste) et qu'un autre réalise une conception en JEAN FOUQUET
LE SALON DE L'UNION DES ARTISTES MODERNES JEAN PUIFORCAT quelque sorte mécanique et montre une salle à manger à sièges métalliques pivotants et table s'allongeant par l'action d'une manivelle (Charlotte Perriand, Le Corbusier, Jeanneret et Thonet), voilà qui marque les points limite. Et cette contradiction est soulignée encore par le fait que l'on voit ici des objets d'art, il faut bien dire : des bibelots, qui n'ont de raison d'être que l'utilisation des matériaux qui brillent, des matériaux chirurgicaux. Objets en verre et métal, qui ne sont plus invocation à la fleur ou à l'animal, mais allusion au matériau lui-même, poèmes consacrés au verre et au métal en tant que tels. Agenouillement sans doute nécessaire devant le matériau, comme fut nécessaire l'agenouillement devant la raison. Mais l'absolu du métal n'existe pas plus que l'absolu de la raison. Hommage à Vulcain. Période en quelque sorte mystique. Mais adorer Vulcain ne suffit pas. Il faut utiliser, interroger, interpréter l'usine, la technique. Conflit entre la vieille esthétique et la jeune technique. Il faut renoncer peut-être au chef-d'œuvre conçu par un individu pour un individu. Standard, série. La technique ne se paye pas de mots, elle ne se contente pas d'un lyrique hommage par allusion. Que l'exposition de l'Union des Artistes Modernes nous permette de saisir des points limite, des oppositions presque absolues de tendances, nous en retrouvons la preuve dans l'ordre même du bijou. Selon qu'on tourne la tête à droite ou à gauche, ce commentaire peut sembler éloge ou blâme. Voyez par exemple la vitrine de Raymond Templier. Ici la technique inspire la nouveauté. Exemple : ce bijou où les jeux de la lumière sont déterminés sur la concavité d'une surface par d'invisibles et minuscules réflecteurs. Ainsi nous n'éprouvons pas de malaise devant les objets déjà ordonnés par la technique ou devant les objets dont la matière n'est pas encore « menacée ». Les niches horizontales de Mallet-Stevens, l'éclairage latéral de Jean Dourgnon, ne nous déçoivent pas. Et ceux qui reprocheraient à la salle à manger de Charlotte Perriand d'être orthopédique seraient dupes de la même illusion que ceux qui disaient, il y a vingt ans : « Le moderne, c'est très bien, mais pour la campagne ». De même,
ART ET DÉCORATION L'aigle FRANCIS JOURDAIN --- Artistes Modernes, nous sentons davantage les limites de la raison et du goût fondé sur elle seule. Il est vrai que la raison est raisonnable, mais il n'est pas vrai qu'elle suffise à reconstruire le monde ou le meuble par déduction. La raison, dans sa tour carrée, donne des vérités premières, mais la vie s'engage dans des directions où l'immobile raison ne peut la suivre. D'où le malaise actuel, d'où ce conflit actuel de l'esthétique, de la technique et de l'économie, gros de toutes les complications et contradictions de notre époque. LÉON WERTH. --- nous ne résistons pas aux étoffes d'Hélène Henry. La laine et la soie ont le privilège du verre. Matières anciennes, elles ne se démonétisent pas. Ici point d'artisterie. Ni de mode. Quand Hélène Henry exécutait un dessin cubiste, elle résorbait le cubisme. Un sens instinctif de l'époque ou peut-être le génie du tissage. Rien de ces audaces faciles, de ces fantaisies intellectuelles qui ne sont pas si loin de la fantaisie, telle que la concevait le calicot d'avant-guerre, quand les Grands Magasins ignoraient le cubisme. Du nouveau par une « disposition » écossaise, par la diversité des trames, par un camaïeu de gris argentés. Ailleurs, le Deutsche Werkbund a exhibé, avec un art très vif de la présentation, des diffuseurs, de la vaisselle, des meubles de nickel. Le nickel n'est jamais ici un snobisme. Peut-être telle chaise canne n'est-elle pas d'un bien agréable effet? Mais la vie est là, la vie d'aujourd'hui. On objectera : « Objets de bazar... ». Mais objets sauvés de la littérature. Acceptation du robinet. En France tantôt on chante le robinet, tantôt on l'abandonne à l'aveugle industrie. En visitant l'Exposition de l'Union des --- L'arbre JEAN LAMBERT-RUCKI
SCULPTURE par J. et J. MARTEL

Cette publication d'Art et Décoration, datant d'août 1930, présente le premier Salon de l'Union des Artistes Modernes. L'article analyse les tendances du mobilier et de la décoration, contrastant le style rationaliste avec des influences plus éclectiques et la crise de l'ornementation. Il explore la tension entre la recherche individuelle et les contraintes de la production industrielle, ainsi que l'influence du métal dans le design moderne.