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Art et décoration DÉCEMBRE 1921

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art et décoration REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Cinquième Année — Numéro : 240 --- DÉCEMBRE 1921 --- AU SALON D'AUTOMNE : - La Peinture et la Sculpture . . . . . . . . . . . François Fosca. - Le Mobilier et l'Art décoratif . . . . . . . . . . Gaston Varenne. PLANCHE HORS TEXTE FEMME ALLAITANT SON ENFANT . . . . . . . . Jean MARCHAND. Chronique : NOTES ET INFORMATIONS. — LES MUSÉES. — VILLES ET MONUMENTS. — LES EXPOSITIONS. — L’ŒUVRE GRAVÉ D’ALBERT BESNARD, par Charles Saunier. — MUSÉE CÉRAMIQUE DE SÈVRES, par Maurice Savreux. — L’EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES. — LES VENTES, par Tristan Leclère. — LIVRES ET REVUES. • • • --- PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L’ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. De 1897 à 1914 : la livraison. 3 francs. En 1919 : 5 livraisons à 5 francs. L’Année : Brochée. 36 fr.; Reliée. 56 fr. --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS Ie COMpte DE CHèQUES POSTAUX, N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87

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AU SALON D'AUTOMNE La Peinture et la Sculpture Enoncer des vues d'ensemble sur un Salon sera toujours aussi tentant que dangereux. Tentant, parce qu'il est plus intéressant de chercher les directions, de tracer la carte de l'art actuel, que de se livrer à une monotone énumération. Mais c'est bien dangereux. Après tout, quoiqu'on en pense, un Salon n'est nullement le résumé de la production contemporaine. Les absents comme toujours, ont le tort de l'être. Ceux qui ont exposé, cent raisons diverses peuvent les avoir contraints d'envoyer des œuvres qui les représentent peu, ou mal. Aussi ne faut-il pas chercher dans un Salon une unité qui n'y est pas, et ne peut y être. On ne peut établir un diagnostic sur des données incomplètes. Tout au plus peut-on découvrir certains courants, auxquels on risquerait, si on les prenait trop au sérieux, d'attacher trop d'importance. Depuis vingt ans, nous avons vu se produire nombre de ces obsessions collectives. On pensait assister à la naissance d'une école nouvelle : ce n'était qu'une mode passagère qui courait les ateliers, aussi fugitive que celles qui courent les rues. On dirait parfois qu'une question se pose simultanément à des artistes dont les recherches sont communes : c'est tantôt une attitude, un thème plastique, une harmonie colorée. Six mois après, on n'en parle plus ; personne ne se soucie de la solution du problème, qui souvent ne fut pas élucidé, et celui qui viendrait le remettre en question passerait pour un retardataire. Cette année-ci, la pose d'une femme nue, couchée, et la tête renversée en arrière, a préoccupé divers artistes. Il y a moins de vingt ans, de même, la pose de

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Art et Décoration TRISTAN KLINGSOR. l'Olympia — la femme nue couchée, équi- librée par une nature morte — hantait les cer- velles. Il ne faut voir là que quelque chose d'assez superficiel, de passager, et qui n'in- flue guère sur les destinées de la peinture. Quant aux écoles, le lien qui rassemble des artistes est assez lâche. Tout au plus pourrait- on indiquer, et sans appuyer trop, une ten- dance assez vague, à la « construction », comme on dit, tendance, représentée par deux groupes; l'un dont le chef de file est Lhôte, l'autre où se groupent des artistes en réalité assez différents, Dunoyer de Segonzac, Con- rad-Kickert, Favory, Halicka, d'autres encore. Un de leurs points de contact est leur goût pour des harmonies assez sourdes, où domi- nent les bruns-roux et les verts, ainsi qu'un même amour pour une matière épaisse; encore faudrait-il préciser bien des nuances. Comme de juste, les médiocres exagèrent: sous pré- texte de « construction », de « solidité », ils taillent les for- mes dans du bois, et maçonnent des mortiers b:ueux. Mais ces remarques, je le répète, doivent rester très approximatives. Ce qu'il y aurait de plus significa- tif, c'est que beaucoup des ar- tistes les plus intéressants de ce Salon n'ont pas exposé; ce sont ces absences nombreuses, qui font qu'il est impossible de ti- rer des conclusions un peu net- tes. La liste mérite d'être no- tée: Vuillard, Bonnard, Roussel, Desvallières, Denis, Ma- tisse, Piot, Rouault, Dufresne, Luc-Albert Moreau, Lombard, Boussingault; et j'en ou- blie. Sans chercher plus loin que ces brèves remarques, je me bornerai à une simple énu- mération. Faute de mieux, elle aura le mérite de la prudence. L'ensemble des toiles exposées par Asselin confirme ce que son exposition du printemps A. OUVRE.

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Au Salon d'Automne dernier avait prouvé : que c'est un des meilleurs de sa génération. J'ai revu avec plaisir le Profil, et ce visage méditatif au front bombé. Le Torse, l'Enfant à la fenêtre, et le Goûter d'Elaury ne sont pas moins beaux. Dans ce dernier, une jeune fille qui coud recourbe une nuque souple, d'un mouvement plein à la fois de grâce et de force. Sans se soucier des modes picturales, Asselin développe posément de remarquables dons. Conrad-Kickert a beaucoup étudié, sans contredit, Courbet, ses pâtes agatisées, les dégradés subtils qu'obtient le couteau à palette. Mais il n'est pas moins personnel pour cela, et y ajoute un sens très intéressant de la couleur et de la matière, notamment dans le Matin d'Été à Talou. Cet emploi du couteau a ses dangers ; mais tant de puritains aujourd'hui affectent Pauline au chapeau rouge. MAURICE RÉTIF. L'Enfant blond. VICTOR DUPONT. de mépriser la matière picturale, et ceux qui l'apprécient, qu'il est préférable de laisser Conrad-Kickert manier ses marbres et ses jaspes. Il sera toujours temps de l'avertir quand il en abusera. Certains reprocheront à Corneau de balancer entre Cézanne et Segonzac. Il est permis de subir des influences, quand c'est avec autant de goût et d'intelligence. Le Pont de Provence est une des meilleures toiles de ce Salon. Quant à Dunoyer de Segonzac lui-même, ses paysages sont, comme d'habitude, excellents. Il se montre personnel et arbitraire, sans qu'on sente chez lui la nature violentée et amputée. Réduisant la multiplicité qu'elle lui offre à un nombre restreint de valeurs et de tons, il nous force à l'imaginer telle qu'il la représente. Nous ne nous rebellons point ; surtout, nous pouvons faire

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Art et Décoration ALBERT MARQUET. le départ entre ce qu'il laisse et ce qu'il garde. Nous acceptons telle quelle sa vision, ses harmonies sourdes et rares. Cette même vérité fait le mérite de Jules Flandrin; moins arbitraire que Segonzac, plus soumis à la nature, il en reproduit tout l'éclat, toute la crudité. Si l'on devait choisir entre la Bucolique et les Fleurs d'Italie, on s'en tirerait peut-être en s'emparant de l'Echarpe bleue, où toute l'âme ingénue et franche de Flandrin est accumulée, ainsi que du miel dans un rayon. Pourtant la Bucolique est bien belle : rien que le bras droit de la femme de gauche suffirait à proclamer la maîtrise de l'auteur. A côté, Charlot, par exemple, se révèle bien médiocre, rondouillard, froid, et singulièrement monotone. Dubreuil n'expose qu'une toile, mais excellente ; l'avant d'un bateau, avec un panier de poissons. Cela est fort et sobre. André Fraye a de très beaux paysages, ceux de Belle-Isle et des Sables d'Olonne, surtout; une petite note, le Jumper jaune, est d'une couleur exquise. Les qualités de Friesz sont bien différentes : lui possède le don de pénétrer de grandeur tout ce qu'il touche. Donnez-lui le spectacle le plus terne, le plus vulgaire ; il en tirera une sorte d'épopée âpre et brusque. De plages, de baigneurs, il compose, dans ses harmonics éteintes de briques et de bleus-verts, des aspects étonnants. Sa vue du Havre, avec les grandes plaques étincelantes sur les eaux plates, est imprégnée de l'odeur de la mer et de nostalgie. Mme Halicka, dans une toile intitulée Moissons en Ile-de-France, se montre influencée par Poussin, et pousse un peu trop loin une méthode picturale qui pourrait s'appeler le camaïeu local. Elle obtient ainsi de la simplicité ; malheureusement les feuillages des arbres sont traités d'une façon gauche. Aux paysages de Sunyer, je préfère son Portrait de M. G., un peu sec, mais d'un accent extraordinaire, à la fois large et aigu. Le Portrait de femme en bleu, de René Thomsen, quoique bien différent, possède des qualités analogues. Les paysages, tantôt sourds, tantôt frais, de Thorn-

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Au Salon d'Automne JULES FLANDRIN. dike, révèlent de la sensibilité et du talent. La Mère et Enfant d'Urbain, est agréable; mais sa grande toile, l'Espiègle, est d'une lumière commune. On se croirait chez le photographe. N'omettons point un petit Intérieur de Widhopff, qui est charmant. Je crains qu'on ne se rende pas assez compte à quel point Guindet a de talent. Chaque année il expose quelques paysages, qui ne raccrochent point l'œil, ne proposent point des bouleversements picturaux. Ils sont d'une couleur singulière et rare: on s'étonne d'abord des rapports que Guindet découvre, et puis l'on s'aperçoit qu'ils ne sont pas moins justes que beaux. Cette fois-ci, à ses paysages, il a ajouté un portrait un peu peiné, où l'on retrouverait plus sûrement les qualités précieuses de l'artiste, s'il était mieux placé. Tristan Klingsor nous montre, auprès de charmants paysages fins, et pleins d'une poésie spontanée, deux portraits, où les qualités picturales n'étouffent pas le sens psychologique. On retrouve chez Lebasque ses dons délicieux de fraîcheur et de coloris; mais il y a là une sorte de désaccord, les fonds étant traités plus librement que les figures. Les paysages de