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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Le Théâtre des Chamos - Élysées - Textes de MM. MAURICE GUILLEMOT, J.-L. VAUDOYER, ROBERT BRUSSEL - 8 Planches en couleurs d'après les œuvres de MAURICE DENIS, LEBASQUE, Mme MARVAL, K.-X. ROUBEL, VUILLARD. - Chronique du mois P. MONOD --- AVRIL 1913 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 13, RUE LAFOYETTE • Télèp. n° 139-22 Prix de la Livraison : 2 fr. — Étranger : 2 fr. 50 17e Année, N° 4

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL Paris & Départements . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs Étranger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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Le Théâtre des Champs-Élysées N homme d'initiative, d'énergie et de foi s'est avisé d'une lacune, évidente à ses yeux, dans le théâtre lyrique français. Il a entraîné des artistes, des musiciens, des amateurs et des amis de la musique, et avec leur concours a résolu d'édifier à Paris une nouvelle salle de spectacles qui fût en même temps un monument à l'art musical. Cette grande idée, qui est aussi une belle idée, n'atteindrait qu'à demi son but, on peut même dire qu'elle démériterait du premier coup, si sa réalisation n'avait été demandée toute entière à des éléments modernes. Le Théâtre des Champs-Élysées, qui vient d'être inauguré, n'est pas seulement le premier théâtre édifié en France avec la préoccupation exclusive d'y présenter dans les conditions les plus parfaites un choix de grandes œuvres lyriques de tous les temps. Dans son architecture extérieure et intérieure, dans sa décoration, dans ses dépendances, comme dans sa conception elle-même, il constitue une application résolue, une démonstration pratique des idées actuelles en art. C'est là ce qui donne à son inauguration le caractère d'un événement dont notre Revue ne se pouvait désintéresser, le caractère d'un événement d'un genre trop rare, car l'architecture contemporaine, par la force des choses, est devenue presque exclusivement industrielle, et elle n'invite que bien rarement la peinture et la sculpture à remplir leur vrai rôle en s'associant à elle. On l'a ici trop souvent déploré pour ne point accorder au bel édifice de l'avenue Montaigne toute l'attention que mérite l'effort de ceux qui l'ont rêvé, construit, embelli, décoré.

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Art et Décoration Par sa nouveauté d'abord, par sa nouveauté surtout, l’œuvre est intéressante. Il se peut que toutes ses parties n’échappent point à de justes critiques. Ce qui est certain, et ce qui est incontestablement méritoire, c’est qu’ayant résolu de construire un théâtre à Paris, dans ce Paris où il existe tant de modèles médiocres, insignifiants, mauvais, et même assez bons, des hommes en ont profité pour construire un théâtre vraiment nouveau, dont toutes les parties, dont tous les détails ont été l’objet d’une étude consciencieuse, ayant en vue l’adaptation parfaite de chaque organe à sa fonction, et l’obtention du meilleur résultat par les moyens les plus harmonieux, les plus simples. Ceci dit pour expliquer le développement particulier de ce numéro, où nos lecteurs trouveront une illustration plus abondante encore qu’à l’ordinaire, nous pouvons laisser la parole à M. Maurice Guillemot, qui va résumer les principes et les réalisations des architectes, à M. Jean-Louis Vaudoyer, qui étudiera l’œuvre des décorateurs, enfin à M. Robert Brussel, à qui nous avons demandé d’exposer les grandes lignes de l’organisation artistique et de révéler par avance quelques-unes des belles fêtes d’art qui attendent au Théâtre des Champs-Élysées les amis de la noble, de la grande musique. L’exemple donné, non sans hardiesse, par les fondateurs du Théâtre des Champs-Élysées mérite d’attirer l’attention de quiconque s’intéresse, par devoir ou par goût, à l’avenir des arts d’aujourd’hui. Les administrations publiques, toujours si attachées aux traditions lorsqu’il s’agit d’agencer ou de meubler leurs services, voire leurs palais, ne devraient pas rester insensibles à une telle démonstration. Sans avoir une signification absolument décisive, l’œuvre des architectes et des décorateurs du nouveau théâtre donne, à un certain point de vue, la mesure de ce qui pourra être tenté et réalisé dans notre pays lorsque la République sera lasse enfin des Hôtels de Ville Renaissance et des Bureaux de Postes néo-grecs. L’art décoratif français est désormais en mesure d’aborder les entreprises les plus considérables et les plus décisives. C’est dans cette direction que l’Etat devrait maintenant l’aider, l’encourager, le diriger. La danse (bas-relief). MAURICE DENIS.

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Palier du 1er étage. L'ÉDIFICE LA SALLE ET LA SCÈNE L y a vingt-cinq années, à un retour de voyage à Milan, ayant encore dans les yeux la vision de la salle de la Scala, si curieuse avec ses seules petites loges juxtaposées sans la saillie des balcons, avec ses couloirs dont les portes donnent accès à des cabinets de toilette particuliers plus ou moins luxueusement aménagés selon les titulaires, avec son foyer étroit sobre de peintures sans décorations, avec son escalier minuscule, — j'allai, guidé par Charles Garnier, l'architecte à la tête florentine embroussaillée, visiter l'Opéra, errance curieuse, fantastique même parfois, sans l'éclat factice du soir, sans les mille lumières des candélabres, des torchères, des lustres, mais sous une après-midi grise et terne, une lueur atténuée pénétrant par les grandes baies de la place, descendant des fenêtres ménagées dans la voussure. A Milan, lorsque du square qui entoure la statue de Léonard de Vinci on regarde la façade de la Scala, il est impossible de se douter que c'est là le fameux théâtre dont on parle tant; le monument a l'air sale, est laid, ne satisfait le regard par aucune élégance ornementale; n'importe quelle petite ville de province s'enorgueillit de son théâtre dont l'aspect est sans aucun doute plus coquet. D'après Garnier, architecte du second Empire, d'une époque futile et de luxe, la façade d'un monument devait être, comme la reliure d'un livre pour certains bibliophiles, en rapport avec l'intérieur, et il s'appliqua à enrichir Paris d'un décor inattendu, ruisselant de couleurs, tentative de polychromie fastueuse qui, avec le fameux escalier, déchaîna les blâmes et les enthousiasmes. Je me suis remémoré ces déjà lointaines impressions, tandis que je parcourais, sous la conduite d'un ingénieur cette fois, le nouveau Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne. Le chantier était en pleine activité à la veille de l'inauguration, et, si je n'ai pas eu

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Art et Décoration la vision définitive qu'auront les abonnés, j'ai peut-être été ainsi initié davantage au formidable travail entrepris, à la réalisation de cette audacieuse tentative, j'en ai mieux compris les intéressantes innovations modernes. Par une loi que l'on constate sans la pouvoir expliquer, les agglomérations humaines mopolitisme du succès s'adressent les qualités d'un triple programme : confortable anglais, technique anglo-saxonne, esthétique et goût français. Le résultat atteint a dépassé en perfection l'idéal que l'on se fait d'une scène lyrique. La façade sur l'avenue Montaigne, au nu- A. et G. PERRET. tendent toujours à s'étendre vers l'ouest. Le centre de Paris, après avoir été à la place des Vosges, au quartier du Marais, puis au boulevard du Crime, au Palais Royal, à la place de la Concorde, est maintenant aux Champs-Élysées, en attendant que Paris se continue jusqu'à la terrasse de St-Germain ; il était donc naturel que M. Gabriel Astruc veuille loger son théâtre à portée de la ville de demain, et il ne pouvait mieux choisir que ce quartier désormais le plus central, le plus luxueux, le plus aéré, une grande voie aristocratique et toutes les facilités de transport et d'accès. Au cos-méro 15, n'a ni la sobriété morne de la Scala ni les clinquantes surcharges de l'Opéra, elle donne tout à la fois une impression de richesse par le marbre uni et les sculptures en bas-reliefs, de stabilité par sa masse imposante et régulière, d'art sérieux et ému par la simplicité des lignes, la nudité voulue des ouvertures, son aspect de grand portique triomphal, se développant sur une largeur de 40 mètres derrière laquelle l'édifice entier a une profondeur de plus de 100 mètres. Trois larges portes surmontées d'une marque protectrice donnent un accès facile dans

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Le Théâtre des Champs-Élysées un premier vestibule de 24 mètres sur 15 d'où l'on entre dans un vaste péristyle de 2.000 mètres cubes orné simplement de colonnades sans chapiteaux ; une galerie circulaire permet de s'accouder, d'avoir de haut la vue d'ensemble, et d'assister à l'entrée ou à la sortie des spectateurs. Deux escaliers aux marches très douces de 13 centimètres montent aux loges, entre eux une large baie conduit aux fauteuils d'orchestre ; les dégagements circulaires n'ont rien de cet étriqué auquel nous sommes malheureusement habitués dans nos théâtres parisiens, ici les couloirs se déve- A. et G. PERRET.

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Art et Décoration Coupole, au-dessous des peintures plafonnantes de Maurice Denis, qui, troquant un instant le pinceau pour l'ébauchoir, a sommé le rideau argenté, entre les tuyaux de l'orgue, motif inédit d'ornementation, de deux bas-reliefs patinés or. Ni cariatides, ni écussons, ni statues allégoriques dans des niches. Seulement un grand cadre de marbre gris, avec, à droite et à gauche dans la partie latérale, deux portes dissimulées permettant à l'acteur du prologue de passer devant le rideau. En somme, la décoration ne s'impose pas. Elle règne avec douceur, et contribue avec les lignes calmes de l'architecture à donner une impression de grâce sobre et tranquille. C'est là, avec aussi les qualités de confort et de commodité, ce qui caractérise avant tout l'ensemble de la salle. Ces qualités sont évidemment très différentes de ce qu'on trouve dans la plupart des autres théâtres parisiens. Mais je ne crois pas que personne s'en plaigne. La forme circulaire de la salle, sans colonnes, sans rentrées, sans trouées, constitue une boîte de résonnance parfaite. Pas d'avant-scène et non plus de loges sur la scène ; à l'orchestre 500 fauteuils en amphithéâtre, larges et munis de deux accoudoirs; entre les rangs, de larges espaces pour la circulation des spectateurs; en arrière, huit baignoires seulement toutes orientées face à la scène. Ainsi que dans la salle Ventadour que l'on évoquait récemment, les fauteuils s'étagent jusqu'aux balcons et sont adossés aux loges loppent sur des largeurs de 4 à 6 mètres. A droite et à gauche deux ascenseurs montent jusqu'aux troisièmes galeries; signalons encore avant de pénétrer plus avant un salon-boudoir pour les dames, un bar pour les hommes. Dans les couloirs sont aménagés de larges vestiaires correspondant par leur emplacement aux diverses catégories de fauteuils. Ces dispositions ont été combinées non seulement pour le confort mais aussi pour la sécurité, car ces espaces réservés à l'entour de la salle permettraient la sortie en 3 minutes des 2.000 spectateurs. La salle de théâtre proprement dite, tout à la fois vaste par ses proportions et très intime par l'harmonie de ses lignes, occupe un carré de 36 mètres de côté, son diamètre est de 27 m. 50, elle a trois étages de balcons en encorbellement qui sont soutenus en porte à faux par quatre forts pylônes placés en arrière des spectateurs; la décoration très simple est produite par le gros œuvre lui-même, pas de colonnes ou de point d'appui pouvant gêner le regard, aucune surcharge de sculpture, de staff, de luminaires; dans une harmonie discrète de gris, d'or et de soie ou velours amarante, l'aspect général est sobre, quasi sévère mais élégantisé par les courbures savamment rythmées des balcons, par les filets dorés qui encadrent le marbre, par les grillages dorés encore des loges du quatrième étage ceinturant la

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Le Théâtre des Champs-Élysées La salle (croquis). A. et G. PERRET. découvertes; de chaque côté, les fauteuils de corbeille; derrière ceux-ci, très spacieuses et prolongées par de véritables salons, les grandes premières loges dont cinq au centre peuvent se réunir en une seule pour les réceptions de chefs d'état. Au second étage, fauteuils de galerie et deuxièmes loges; au troisième étage un immense amphithéâtre de places sur cinq rangs superposés; au quatrième étage les loges grillagées dont j'ai parlé tout à l'heure; la salle peut contenir 2.000 spectateurs qui tous, de n'importe quelle place, cintre ou par-

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Art et Décoration terre, ont une visibilité complète de la scène. L'orchestre est caché, comme à Bayreuth, dans une fosse modifiable suivant les nécessités, et pouvant être couverte par le proscénium qui est mobile; 120 musiciens y sont à l'aise. Pour les séances de concerts purs, la scène sera entourée d'un décor panoramique peint par Maurice Denis dans les données mêmes de la salle comme si elle se continuait au-delà de la rampe. L'orgue qui contribue, ainsi que nous l'avons dit, à la décoration du cadre de fond de la scène, est composé de 52 jeux et est actionné électriquement par un clavier placé sur le plateau près de l'avant-scène ou dans l'orchestre même suivant les circonstances. L'éclairage est partout inapparent, aucune lampe visible; l'atrium, les couloirs, les foyers sont garnis de coupes et de caissons lumineux ; dans la salle, au lieu du lustre banal et gênant, un immense bouclier de 15 mètres de diamètre, formé de nervures droites et courbes complétées par des dalles en cristal, cache les foyers éclairants de cent bougies, forme un tamis à travers lequel s'étend de façon égale une buée de lumière très douce et mystérieuse. Au devant des loges, dans le bandeau supérieur de l'encorbellement, les lampes sont masquées par des gorges qui servent de réflecteurs. La rampe, dont les colorations sont variables à volonté, éclaire le rideau de drap lamé d'argent qui scintille avec des friselis de vaguelettes ourlées d'écume. Dans cet édifice construit entièrement en béton armé et dont les fondations sont protégées contre les inondations par une véritable

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Le Théâtre des Champs-Élysées cuirasse de ciment qui empêche tout péril et peut résister à toutes les pressions, on s'est appliqué à traiter de façon complète les questions d'hygiène et de sécurité, la salle est à lation chaude en hiver, fraîche en été; cheminées qui au sommet de la construction aboutissent aux trois grandes terrasses échelonnées dominant le panorama merveilleux de la ville Le cadre de la scène. A. et G. PERRET. l'abri des accumulations de poussière et de microbes par le fait qu'il n'y a aucune saillie, les seuls ornements indispensables sont des motifs ajourés derrière lesquels sont disposés des appels d'air et les bouches des calorifères: huit cheminées sont les artères de cette venti- et donnant l'illusion de jardins suspendus. Le monument est protégé contre tout risque d'incendie, le gros œuvre étant incombustible d'abord, puis, à côté de la canalisation d'eau, court ça et là une autre canalisation secrète composée de couloirs de 80 mètres de long