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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Ce que doit être l'Étude de la Nature M. P.-VERNEUIL - Adolphe Willette CLAUDE ROGER - Bijoux d'Iribe ROBERT CARSIX - Planches hors texte: Parce Domine (en trois fragments), par ADOLPHE WILLETTE. --- JANVIER 1911 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAYETTE PARIS Prix de la Livraison: 2 fr. — Etranger: 2 fr. 50 15e Année, N° 1

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, ROTY, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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Ce que doit être l'Etude de la NATURE Comment on doit l'INTERPRÉTER Dans une suite de deux articles parus dans cette même Revue (1), M. Grasset, l'éminent décorateur, parla longuement, et de façon instructive, sur la Stylisation. L'étude qu'il en fit est des plus attachantes, et plus d'un y put puiser des enseignements profitables, tant au point de vue archéologique qu'au point de vue du travail personnel. Ce n'est donc point pour traiter à nouveau ce sujet que les lignes qui suivent sont écrites; ou plutôt c'est pour le traiter d'autre manière. Mon but est de prendre l'artiste devant la nature, d'étudier celle-ci avec lui, et de la suivre jusqu'à la réalisation de l'œuvre ornementale qu'il en déduit; tout en indiquant avec soin les méthodes qu'il emploie, ou qu'il devrait logiquement employer. Ce programme est vaste; il comprend sous un titre modeste, tout le principe de l'art ornemental, et un lourd volume pourrait s'écrire sans que le sujet fût épuisé. Je m'efforcerai, dans le cadre restreint de cet article, de faire tenir l'essentiel, sans plus, et cela, sous une forme très condensée qui, je l'espère, n'en formera pas moins une étude que je veux croire utile. Les ornements puisent leurs principes à deux sources distinctes : dans le domaine de l'imagination pure, ou dans celui, plus riche, de la nature entière. (1) Art et Décoration, E. Grasset. — Stylisation (Etude sur les Arts anciens (Octobre 1906). — Etude sur les Arts modernes (Juillet 1907).

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Art et Décoration Parmi les premiers se rangent les décors purement linéaires ou géométriques : jeux de fonds, entrelacs, et autres ornementsations fournies par des combinaisons, qui peuvent être illimitées, de lignes, de points, de surfaces définies. La géométrie forme la base plus ou moins apparente de ce système. On y peut joindre les motifs purement imaginatifs, encore que ceux-ci ne soient souvent que des réminiscences, volontairement déformées ou incomplètes, de principes naturels, infiniment plus beaux et plus nobles en eux-mêmes dans leur intégralité. Un système ornemental basé sur ces principes est vite monotone et froid, et les ressources y sont restreintes, quoique des limites ne puissent être assignées à l'imagination de l'artiste. Combien plus vivant, plus chaud, plus riche et plus varié est un art prenant de solides assises sur l'étude de la nature ; la flore, la faune, s'offrent à l'artiste avec leurs ressources infinies, toujours nouvelles; et l'on reste confondu et émerveillé, après une vie d'études longues et patientes, de voir le peu de chemin que l'on a parcouru, et tout ce que l'on aurait à apprendre encore de ce maître admirable qui tient en réserve tant de pure beauté. Le printemps à la campagne nous en donne une sensation vive; alors que de toutes parts percent les fleurs nouvelles et grouillent les insectes; et le mois de mai est un perpétuel émerveillement. Ce sont les arbres des vergers qui revêtent leurs robes printanières, blanches ou roses; ce sont, sous les forêts qui peu à peu M. P.-VERNEUIL

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Ce que doit être l'Étude de la Nature M. P.-VERNEUIL verdisent, les anémones et les muguet, les sceaux de Salomon et les jacinthes bleues, les parisettes aux larges colerettes, les violettes, les coucous, les fougères et les mousses; ce sont les fleurs des champs, la pyramide rose du sainfoin, la haute lance du plantin, véritable sceptre de fée; l'ortie blanche, toute la famille des orchidées étranges qui poussent sur nos coteaux; ce sont encore les fleurs de nos jardins, des vieux jardins surtout, jardins de curés, qui conservent les fleurs d'autrefois, délaissées aujourd'hui dans leur grâce rustique et familière : les gueules de loup étranges, les digitales pourprées, les ancolies légères; les œillets de poète et les juliennes aux floraisons abondantes; les verveines, les mauves, les bourraches, que ne remplaceront jamais les fleurs exotiques qui nous demeurent étrangères, et que la mode voudrait pourtant nous imposer. Quelle différence entre la chair cirouse d'un bégonia et le tissu léger et soyeux d'une mauve! La beauté nous entoure, surgit de toute part, s'offre à nous avec profusion; la nature en est follement prodigue. Penchons-nous vers elle et nous y puiserons des enseignements précieux, variés, inestimables. Et délaisant de parti pris la flore et la faune exotiques, bornons-nous à étudier avec amour les fleurs et les animaux qui nous entourent. Ils nous sont plus proches; nous les comprenons...

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Art et Décoration nons mieux pour être issu du même sol, pour avoir vécu ensemble. Ils font partie du décor familier de notre enfance, de notre vie entière. Et les ornementsations qu'ils sauront nous inspirer seront, elles aussi, plus facilement compréhensibles, s'adapteront mieux au génie de notre race. Notre flore et notre faune sont assez riches pour que nous puissions repousser sans remords les fleurs et les animaux étrangers, qui nous apportent plus de bizarrerie inquiétante que de beauté. Pour être plus simples, nos fleurs n'en sont que d'une beauté plus pure et plus touchante. Sachons les comprendre et les aimer. L'artiste, le décorateur surtout, doit être pourvu d'une documentation variée et abondante. Les œuvres qu'il rêve, ou qui lui sont demandées, peuvent comporter l'emploi de fleurs dont la saison est encore lointaine, ou d'animaux qu'il ne peut à l'improviste se procurer. Il doit donc posséder des renseignements suffisants et nombreux pour se documenter d'une façon satisfaisante et complète. Car l'œuvre sera d'une venue plus belle si l'effort a été moins grand pour la composer; on emploie mieux ce que l'on connaît bien, et l'on n'interprète bien que ce que l'on connaît parfaitement. L'artiste en possession parfaite de la structure intime d'un élément naturel, compose et interprète avec une liberté absolue que rien ne vient entraver. Il est tout à son motif, sans avoir besoin pour chaque fleur, pour chaque feuille, d'avoir à recourir à son document. Celui-ci n'est là que pour parer aux défaillances de mémoire, comme complètement à la connaissance que l'artiste possède en lui. Or, cette connaissance, comment l'acquérir autrement qu'en étudiant longuement et avec méthode l'élément que l'on veut interpréter? L'étude en elle-même est longue, dira-t-on? Cela est vrai, sans doute; mais ce temps est vite regagné par la facilité remarquable de composition qu'elle procure. On ne devra surtout pas la limiter aux croquis purement pittoresques, absolument insuffisants, si charmants soient-ils. Notre étude doit être mieux que cela. Si votre connaissance du cerisier en fleur se borne à un ou plusieurs croquis de branches fleuries, vous n'aurez d'autre ressource que de copier et recopier à l'infini ces branches toujours les mêmes. Notre étude doit nous donner une connaissance assez parfaite de l'élément naturel considéré pour que nous puissions le recréer à notre volonté indéfiniment. Ornemanisations. M. P.-VERNEUIL

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Ce que doit être l'Étude de la Nature Notre étude ne sera donc autre chose qu'une analyse, aussi complète que possible, de l'élément naturel que nous prétendons connaître, et assez méthodique aussi, pour que les renseignements recueillis, s'ajoutant méthodiquement les uns aux autres, forment le tout complet que nous désirons, et qui constituera la documentation parfaite. Voyons maintenant ce que doit être cette analyse et quelle méthode nous suivrons en la faisant. Ce que nous allons dire de l'étude s'applique non seulement aux études florales, mais bien aussi à toutes les recherches documentaires. On trouvera avantage à étudier la faune suivant les mêmes principes méthodiques, comme nous le dirons plus loin. Car on ne saurait assez insister sur ce point : l'étude du décorateur ne saurait en aucun cas, se confondre avec l'étude du peintre. Celui-ci n'a pas besoin, le plus souvent, de connaissances constructives aussi complètes, et l'étude pittoresque peut lui suffire. Cela ne saurait aucune- ment satisfaire le décorateur. Disons donc de suite ce que sera notre étude. Ce sera l'analyse méthodique de la forme naturelle choisie, afin de pénétrer le sens intime et la constitution constructive de cette forme. Mais ce n'est pas tel individu isolé que nous étudierons ; c'est l'individu représentatif de l'espèce, en portant toutes les caractéristiques nettement définies. Ce n'est pas un lis, ce n'est pas un paon que nous voulons connaitre, mais c'est le lis et c'est le paon. Prenons un exemple, pour définir notre étude; et puisque nous parlions du lis, conservons-le, et puisons à son étude d'utiles enseignements. Nous plaçant à une distance assez grande d'une touffe de lis, nous en notons l'aspect général, la masse, le port particulier, comment se groupent les inflorescences. Ceci c'est l'impression d'ensemble. Nous approchant, nous allons détailler notre végétal. Mais encore une fois, ce n'est pas tel lis que nous étudions, mais le lis. Et pour ce faire, nous portons nos observations non pas sur un, mais sur une série d'individus sains et bien constitués. Nous dégagerons ainsi de façon plus certaine la caractéristique de l'espèce. Observons le port d'ensemble de la plante de plus près. Puis détaillons en toutes les parties successivement, car nous voulons avoir de la plante complète une connaissance appro- Ornemanisations. M. P.-VERNEUIL

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Art et Décoration M. P.-VERNEUIL fondie. Observons donc le bulbe écailleux qui se cache sous terre; voyons comment s'y attachent les racines, et comment y prend naissance la tige. Puis, suivons celle-ci dans son ascension aérienne; notons suivant quelle loi définie les feuilles viennent s'y insérer. Cela a son importance, chaque loi d'insertion étant constante et caractéristique pour chaque espèce différente. Voyons maintenant la forme de la tige; étudions la constitution de la feuille, ses ner- vures, son attache, ses inflexions caractérisi- ques. Puis, élevons-nous davantage, et arrivons à l'inflorescence. Prenons-la lorsque les bout- tons se cachent encore sous les feuilles; voyons- les se développer; notons toutes les phases de ce développement, de l'épanouissement du bouton en fleur; considérons systématiquement celle-ci : de dessus, de dessous, de face, de profil, sous les aspects permettant de bien juger de ses formes. Sachons suivant quelles lois se groupent les fleurs de l'inflorescence; voyons les boutons dressés s'incliner peu à peu et se renverser lorsque la fleur s'épanouit; regardons, les pétales et les sépales tombés, se gonfler l'ovaire; voyons-le se redresser à son tour en se déve- loppant, lorsque s'opère la fructification. Mais nous n'aurons pas négligé, cependant, de nous renseigner sur les parties plus intimes de la fleur : d'étudier les étamines, le pistil, leur groupement. Tout enfin doit être pour nous matière à fructueuse étude; et la couleur, cela va sans dire, ne sera aucunement négligée dans ses variations caractéristiques. Et cette étude terminée, nous devons avoir de la plante étudiée une connaissance si com- plete que l'étude ne nous servira plus que comme source de renseignement possible, en cas de défaillance de mémoire. Nous viendrons y puiser un renseignement, éclaircir un doute, mais non y copier une forme. Car nos études ne sont pas de beaux dessins; mais bien seule- ment des analyses. Nos études d'après l'animal seront d'autant plus complexes que l'animal s'élèvera dans l'échelle des êtres. Un mollusque sera plus rapidement étudié qu'un poisson; celui-ci le sera à son tour plus qu'un oiseau ou un qua- drupède; car dans l'étude des animaux, le mouvement intervient, en même temps que la nécessité d'une construction plus parfaite. Nous ne nous contenterons donc pas de connaître les formes de l'animal au repos; mais nous devons encore les connaître l'animal étant en mouvement, et dans les diverses allures susceptibles d'être prises par lui. Le pas, le saut, la course, le repos doivent être étudiés dans leurs manifestations caractéris- tiques pour chaque animal envisagé; ou bien

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Ce que doit être l'Étude de la Nature M. P.-VERNEUIL le vol ou la nage; car chaque allure nécessite des attitudes spéciales et intéressantes, fertiles en enseignement. Et ce n'est qu'après avoir acquis cette connaissance intime, et aussi parfaite que possible, des formes naturelles que nous voulons employer, que nous songerons à l'interprétation ornementale de ces formes. Nous voici en possession d'une méthode nous permettant d'acquérir de façon logique et complète la connaissance des éléments naturels que nous prétendons employer. Nous en avons élaboré de patientes analyses, desquelles nous allons faire découler des ornements diverses. Quelle méthode allons-nous suivre, ou plutôt, quel travail de transformation va s'opérer, qui va faire passer notre motif de l'état nature à l'état ornemental? Pour réaliser son œuvre décorative, l'artiste, reprenant son analyse, fera des éléments étudiés dans la nature une synthèse raisonnée, tenant compte en faisant celle-ci, de besoins définis, d'exigences diverses, et subissant, volontairement ou involontairement, des influences que nous étudierons tout à l'heure. Et en retraversant sa propre personnalité, sous ces influences conscientes ou inconscientes, ces éléments qu'il analysa et qu'il groupe maintenant en une synthèse raisonnée, ces éléments prennent un caractère nouveau, spécial, un style qui constitue le propre d'une œuvre d'art. En un mot, l'élément nature aura été interprété. La synthèse suit donc logiquement l'analyse ; et nous devons constater, en appuyant fortement sur ce point, que la synthèse, ou si l'on aime mieux, l'interprétation sera d'autant plus libre, et, par là même, d'une plus haute valeur esthétique, que l'analyse aura été plus parfaite. Les préoccupations de l'artiste composant une œuvre sont en effet nombreuses et complexes : préoccupations de suivre les lois de la nature dans la contruction et la juxtaposition des éléments puisés en elle ; préoccupations esthétiques de composition ; préoccupations techniques de réalisation. L'œuvre sera d'autant plus belle que ces préoccupations, essentielles cependant, auront été moins perceptible à l'artiste, qui aura su les subir inconsciemment en quelque sorte. Connaissant à fond l'élément naturel employé, il n'aura pas à consulter ses études ; et sans hésitation il saura le construire logiquement ; technicien consommé, connaissant bien la matière qu'il emploie, ses qualités, ses défauts, il use largement des ressources qu'elle lui offre. Les seules préoccupations esthétiques subsistent, auxquelles il peut dès lors se donner tout entier, sans faiblesse, sans incertitude de

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Art et Décoration tiste, en même temps que la liberté de facture donne à l'œuvre une vie que l'on chercherait en vain dans celles où l'artiste, dans une recherche malheureuse de perfection, se force à une exécution impeccable, froide, compassée, ennuyeuse, sans chaleur et sans vie. Mais revenons à notre interprétation. Comme nous le disions, l'élément nature que nous avons choisi aura été interprété. Car, comme le faisait remarquer M. Grasset dans son article, toute représentation par l'homme d'un élément puisé dans la nature est conventionnelle, quelle qu'elle soit, et si sincère que l'artiste prétende la faire; car l'homme ne saurait recréer l'élément lui-même en sa propre matière. C'est donc toujours une interprétation, aussi fidèle que puisse être la représentation, et quelle que soit la sensation de nature qu'elle nous donne. Ces moyens de représentation sont divers et multiples. Mais ils peuvent cependant se ranger en deux groupes bien distincts : celui des représentations planes et celui des représentations en volume. Prenons en exemple une fleur de lis. Nous pourrons la dessiner, la peindre, en faire une broderie, un vitrail, une dentelle, un batik, une étoffe tissée; ce sont là des représentations planes. Mais nous pourrons aussi la modeler en terre, la tailler dans le bois, la pierre, le marbre, la fondre en bronze, la forger en fer, la ciseler en or ou en argent; Ornemanisations. M. P.-VERNEUIL documentation, sans hésitation de métier ni de main-d'œuvre. Il crée dès lors sans effort, d'un jet, joyeusement, tout entier à la recherche et à la réalisation de la beauté de l'œuvre. On ne saurait assez insister sur le charme certain et considérable de l'œuvre exécutée librement. Le décor en est moins parfait, peut-être, dans le sens étroit du mot; mais combien plus vibrant! Il semble qu'un peu de l'âme de l'artiste passe en son œuvre pour la faire plus vivante, plus forte et plus belle. Les faïences persanes en sont un exemple. C'est pourquoi l'on peut émettre cette sorte de loi: la beauté d'une œuvre est en raison directe de la facilité et de la liberté de sa composition et de son exécution; cette facilité dépend elle-même de l'instruction et de la science de la mémoire. Cette liberté de composition et d'exécution facilite aussi singulièrement le développement de l'individualité de l'ar-

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Ce que doit être l'Étude de la Nature représentations en volumes. Et suivant les moyens employés, et suivant la difficulté de main-d’œuvre et les ressources que nous donnent chacune de ces matières mises en œuvre de façon logique et rationnelle, chacune de ces représentations empruntera à ces matières même, et aux moyens techniques employés à la réaliser, un caractère spécial et conventionnel; car nous donnerons une représentation plus ou moins fidèle, plus ou moins exacte de ladite fleur de lis, mais jamais nous ne l’aurons recréé en sa matière propre. Nous avons fait autant d’interprétations différentes, et de caractère nettement différent, quoi que nous ayons représenté le même motif. Nous voyons donc que le caractère de l’interprétation d’un motif nature est imposé en partie par la matière dans laquelle on le traduit aussi bien que par les moyens de travail et d’expression que cette matière comporte. Dans la plupart des cas, l’interprétation dictée par la matière et la main-d’œuvre est une simplification des formes naturelles, ramenées d’une façon plus ou moins marquée à leur principe. M. P.-VERNEUIL Ornemanisations. Mais dans d’autres, la matière peut aussi réclamer un enrichissement. Ainsi, le fer forgé, matière peu souple, rude et rudement travaillée, exige une grande simplification des formes, en même temps que la suppression des détails, pour ne laisser subsister que le principe même du motif naturel ornemanisé. Mais si la dentelle veut, elle aussi, une simplification de la silhouette, elle exige en même temps, étant une matière riche en soi, un plus ou moins grand enrichissement des formes, enrichissement dont les éléments seront le plus souvent pris très en dehors de la nature même. Donc, en interprétant, l’artiste modifiera toujours, consciemment ou inconsciemment, les formes naturelles; et ces modifications lui seront en partie dictées par la matière et la technique du métier qui la met en œuvre. Elles seront aussi inspirées, en dehors du caractère donné volontairement par l’artiste, et qui sera l’empreinte de sa personnalité, par