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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Le Pochoir, M.-P. VERNEUIL.
- L'Art photographique et l'Ecole Americaine, Ed.J. Steichen.
- La Décoration des Assiettes, EDOUARD GARNIER.
- Poignées de Cannes, G. S.
- L'Exposition des peintures de la Société Nihon Gwakai de Tokio, E. R.
Planches hors texte :
- Pochoirs, par M.-P. Verneuil
- Assiettes, par Habert-Dys.
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SEPTEMBRE 1901
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFOYETTE PARIS
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Prix de la livraison : 2 fr.
5e Année — N° 9.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
Secrétaire de la Rédaction: GUSTAVE SOULIER
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L’Année parue ...
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Le Pochoir
Dans le nombre des préoccupations qui s'imposent à l'esprit du rénovateur ornemental, l'une des principales est certainement celle du renouvellement du décor mural, et la possibilité de varier celui-ci suivant les besoins du parti décoratif.
Il ne faut pas se le dissimuler, c'est une des questions les plus difficiles à résoudre.
On ne saurait exiger, en effet, que le décorateur qui crée un intérieur, qui en dessine les meubles et les vitraux, les bronzes et les céramiques, se trouve forcé, pour l'ornementation murale de cet intérieur, de recourir à la banalité désespérante des papiers peints courants, ou des cretonnes, des soieries même, dont nous abreuvons les décorateurs attitrés.
Outre la monotonie presque inévitable du décor, celui-ci n'a et ne peut avoir aucun lien de parenté
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Art et Décoration
Pochoir sur étoffe. — Deux tons et un décoloré.
H. SAUVAGE.
avec l'esprit ornemental qui a présidé à la composition de la pièce; et de plus, la gamme qu'a rêvée l'artiste y sera-t-elle réalisée? Le plus souvent non.
Certes, des moyens nous sont offerts. L'artiste peut dessiner un papier peint, une étoffe, et les faire exécuter spécialement pour orner les murs de son ensemble.
Mais alors, trois partis se présentent à lui : il peut s'adresser à un fabricant qui exécute le papier, l'étoffe, et fait entrer ceux-ci dans sa fabrication courante. Donc, le décor que nous avions rêvé exceptionnel se trouve à la portée de chacun. Ou encore, le fa-
Pochoir en deux tons.
H. SAUVAGE.
bricant ne fabrique le modèle donné que pour les décorations de l'artiste exclusivement; celui-ci se trouve alors en quelque sorte forcé d'employer constamment, et le plus souvent contre son désir, des tentures sans doute parfaites pour leur premier usage, mais qui se trouveront beaucoup moins à leur place d'autres fois. Sans compter la banalité et l'ennui d'un même modèle vu trop souvent.
Enfin, l'artiste fait fabriquer uniquement pour son ensemble la quantité d'étoffe ou de papier qui lui sera nécessaire. Ceci est certainement le meilleur des trois partis, théoriquement, et c'est celui que nous désirons sûrement adopter.
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Le Pochoir
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De plus, très bien pour les frises, les panneaux, elles sont peu pratiques pour les grandes surfaces. Que nous reste-t-il alors? La peinture et le pochoir.
Mais, pratiquement, n'allons-nous pas être obligés de recourir à autre chose?
Dans le premier cas, il suffit de trouver un fabricant de bonne volonté, amoureux du progrès, et auquel le dessin proposé puisse plaire. Cela peut se rencontrer, si sa clientèle ordinaire fait espérer à l'industriel une vente rémunératrice.
Dans le second cas, si l'artiste décorateur a un emploi assuré assez considérable de sa tenture, il peut encore trouver, mais plus difficilement, un fabricant de bonne volonté.
Pour le troisième cas, les frais d'établissement des planches, pour le papier peint; de mise en carte et de cartons pour les étoffes tissées, sont si considérables, que sauf de trop rares exceptions, l'artiste n'y peut penser même un instant.
Voyons donc quels moyens lui restent, en dehors de ceux-ci, s'il ne peut ou ne veut y avoir recours.
Les étoffes appliquées et brodées sont certes d'un bel effet, mais combien coûteuses.
MORISSET.
les décorer? Le pochoir répond à ce désir comme nous allons le voir.
Mais qu'est-ce qu'un pochoir?
On nomme pochoir une surface de matière quelconque, carton, papier ou métal, découpée et ajourée de façon à reproduire, par ces ajours mêmes, les différentes parties d'un dessin lorsque par un procédé quelconque on projette ou on dépose une matière colorante,
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Figure Caption:
Pochoir sur étoffe en trois tons.
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M. DUFRÈNE.
peinture ou teinture, sur cette surface découpée.
Prenons un exemple. Si nous voulons pocher des carrés noirs sur un fond blanc,
dans une feuille de carton ou de métal mince, nous découpons un carré de la dimension désirée. La feuille, ou pochoir, présente alors un trou suivant cette forme.
Appliquons cette feuille sur la surface blanche à décorer, et par un moyen quelconque, projetons une couleur noire. La surface blanche sera protégée par la feuille de carton sauf à l'endroit du carré découpé. Le noir passant par cet ajour reproduira la figure désirée, autant de fois qu'il sera nécessaire.
Ceci est le cas le plus simple, mais suffit à nous faire comprendre ce qu'est le pochoir.
M. DUFRÈNE.
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Le Pochoir
Comme nous l'avons dit, la matière importe peu pour le fabriquer. Qu'elle soit imperméable, souple, résistante, se coupant nettement, voilà tout ce que l'on doit en exiger. Papier ciré ou huilé, carton, feuilles minces de zinc ou de cuivre, tout est bon. Il est certain, cependant, que pour un long usage le métal est recommandable. La fabrication du pochoir est souvent assez longue, minutieuse, et mieux vaut n'avoir à l'établir qu'une fois.
Nous savons ce qu'est le pochoir. Mais comment le fabriquer? D'abord, il importe de composer le motif ornemental à reproduire, et cette composition doit être faite spécialement pour ce procédé de reproduction. Reprenons un autre exemple. A la place du carré en surface, supposons que nous voulions pocher un carré évidé, une ligne limitant un carré, en un mot. Là, notre découpage nous donnera bien un carré plein; mais qui protégera la surface intérieure contre la matière colorante? De là l'obligation de laisser, intérieurement au premier, un autre carré, plein, celui-là; de cette façon, entre la feuille du pochoir et ce carré intérieur il restera un espace vide qui recevra la couleur et reproduira la figure demandée.
Mais ce carré intérieur, qu'aura-t-il pour le soutenir? à quoi tiendra-t-il? A des parties pleines ou tenons que nous réserverons, ainsi que l'indique la figure de la page 67. Ces
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Art et Décoration
tenons interrompent forcément la ligne, mais sont indis-
pensables. Ils donnent du reste au pochoir un caractère
qui lui est particulier. Il ne faudrait cependant pas partir
de là pour les multiplier inutilement sous prétexte de don-
ner du caractère à la composition. Que les différentes par-
ties se tiennent et résistent à l'usage, c'est tout ce que
l'on doit demander.
Les Japonais, passés maîtres dans l'art du pochoir,
se sont cependant avisés d'un stratagème pour res-
treindre autant que possible le nombre des tenons. Ils
arrivent même à les supprimer tout à fait. Mais c'est
là un tour de force qui restreint singulièrement le
temps d'usage des pochoirs ainsi faits. Leurs artisans
soutiennent par des fils de soie tendus et collés des par-
ties flottantes qui prennent ainsi la consistance qui leur
manquait. Puisque nous parlons des Japonais, voyons donc comment ils exécutent leurs
pochoirs. Ceux-ci leur servent pour l'impression des étoffes, et deux procédés sont en usage :
ou bien ils pochent la couleur directement sur l'étoffe, ou bien, au contraire, ils déposent sur
l'étoffe une réserve, et teignent l'étoffe en entier. Le premier procédé donne un motif en couleur
sur fond blanc, alors qu'au contraire le second donne un motif blanc sur un fond de couleur.
Nous reviendrons plus loin, du reste, sur ces procédés, et donnons page 69 la reproduc-
tion d'un pochoir japonais, montrant les fils de soie destinés à renforcer les parties faibles.
Passons à l'exécution.
Je cite ici un passage de l'intéressante introduction qu'a placée M. A.-W. Tuer, en tête
de son « livre de dessins charmans et étranges contenant cent spécimens fac-similé de l'art
du graveur-sur-papier japonois ».
« L'explication qui suit n'est croyable que si l'on se rappelle ce que les Japonais sont
capables de faire avec leurs doigts.
« L'artiste ouvrier prend une demi-douzaine de feuilles de fort papier, fait de la
fibre du mûrier préparé avec le jus du coix larme, et rendu imperméable par une
addition d'huile, qui sèche dure comme un vernis. Il place au-dessus de ces feuilles
le dessin que l'artiste a tracé à l'encre. Puis, les feuilles étant fermement fixées, il commence à cou-
per avec un long canif très mince qu'il pousse devant lui comme nos graveurs sur cuivre poussent le burin.
Lentement et sûrement la lame affilée mord au travers de la petite pile de papier gris et suit fidèlement les courbes du dessin. Pour
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Le Pochoir
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les trous ronds ou points, le couteau fait place à un emporte-pièce très fin, car si l'ouvrier se servait d'une épingle, des bosses se produiraient, — ou plutôt le papier baverait tout autour de chaque petite ouverture, et le dessin ne pourrait pas s'imprimer avec une netteté parfaite.
« Lorsque le découpage est terminé, deux des feuilles sont mouillées pour qu'elles se dilatent, et, ce qui est d'une importance égale, pour qu'elles se contractent ensuite uniformément en séchant. Puis, l'une est étalée et couverte d'une substance adhésive.
« Les fils sont alors placés un par un en position, les bouts collés à la marge. La deuxième feuille est ensuite étendue exactement par-dessus la première avec l'aide d'épingles placées perpendiculairement dans les trous que nous avons appelés plus haut marques de contrôle, les deux feuilles sont parfaitement superposées et les fils sûrement emprisonnés.
« La jointure est maintenant si précise, qu'une forte loupe ne peut révéler aucune irrégularité, aucune inégalité.
« Que tout autre qu'un Japonais puisse exécuter un travail aussi difficile est tout simplement une impossibilité. »
Nous sommes ici pleinement de l'avis de l'auteur. Mais, heureusement, nous n'aurons pas à lutter contre des difficultés semblables.
La composition une fois établie, nous devons déterminer combien de pochoirs sont nécessaires pour son exécution. Car, nous ne l'avons pas encore dit, une ornementation au pochoir n'est pas forcément monochrome, au contraire. On comprendra dès lors facilement que nous de vrons avoir autant de pochoirs spéciaux que nous aurons de couleurs différentes dans la composition. Lors de l'impression, la parfaite concordance de ces pochoirs différents sera établie grâce à des points de repère habilement ménagés.
Donc, nous avons décidé qu'il nous faut deux pochoirs, par exemple, comme c'est le cas de la composition de M. Dufrène, page 68.
Nous prenons un calque très soigné et absolument exact de chacune des couleurs; soit deux calques différents, un pour le vert, un pour le noir. Nous fixons chacun de ces calques sur une feuille de métal, de carton ou de papier qui doit former le pochoir. Puis, nous les posons sur une matière assez molle pour ne pas émousser notre canif, et exempte de veines, de stries qui le feraient dévier. La toile cirée est très bonne pour cet usage. Le tout en place, nous enlevons au moyen d'un canif parfaitement aiguisé toutes les parties qui formeront les ajours, coupant à la fois le calque et le métal mince. Nous nous sommes inquiétés de ménager des tenons maintenant les parties flottantes, et des points de repère nous permettant de repérer exactement les diffé-
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Art et Décoration
Pochoir en un ton et un décoloré.
H. SAUVAGE.
rents pochoirs de chacune des couleurs, l'un par rapport à l'autre, et chacun des motifs qui viendront former la déco- ration totale entre eux. Rien n'est plus simple, on le voit. Du soin, beaucoup de soin est la seule condition imposée.
Notre pochoir ou nos pochoirs découpés, nous pas- sons de suite à l'exécution.
En cas de motifs réguliers, se raccordant entre eux par exemple, nous avons d'abord divisé notre surface à décorer, établissant la place de chaque motif. Puis, prenant notre pochoir, et le fixant bien à plat sur cette surface, nous déposons la matière colorante. Suivant sa nature, celle-ci peut être tamponnée, brossée ou projetée.
Le tamponnage servira lorsque la couleur offrira une certaine consistance; ce sera le cas pour la gouache, la colle, l'huile même; car, afin que la couleur ne file pas sous le pochoir, on est obligé de la tenir assez épaisse. De plus, le tamponnage mate les couleurs, en leur donnant un grain. On se sert à cet effet de brosses spéciales, en poil de porc, coupées carrément et à manche assez épais, bien en main; voir page 71. On les trouve du reste dans le commerce sous le nom de brosses à pocher.
Lorsque les couleurs à employer sont plus liquides, comme des couleurs à aquarelle, par exemple, on a avantage à les brosser. On se sert pour cela de brosses très fournies, à poils plus longs et plus souples.
Dans ces deux cas, on ne doit charger la brosse que de très peu de couleur à la fois, ne pas empâter. On se
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Le Pochoir
servira de couleurs couvrantes (gouache, colle, huile) ou transparentes (aquarelle, teintures), suivant les cas et les résultats que l'on veut obtenir.
Ces deux moyens, le tamponnage et le brossage, nous donnent des teintes plates et uniformes.
Enfin, avons-nous dit, les couleurs peuvent être projetées. On se sert pour cela de couleurs très liquides et d'un pulvérisateur semblable à ceux employés pour projeter le fixatif sur les dessins à fixer. Ce procédé a l'avantage de nous permettre des dégradés, des fondus, etc.
Dans le cas de pochoirs multiples, on fera successivement la même opération avec chacune des couleurs différentes, veillant scrupuleusement au repérage parfait des différents pochoirs entre eux.
On aura, bien entendu, déterminé la nature des couleurs à employer d'après la nature de la surface à décorer; on ne saurait en effet se servir de peinture à l'huile sur du papier ordinaire, où l'huile ferait tache; ni, par contre, de couleurs à aquarelle pour un mur peint à l'huile, sur lequel elles ne se verraient pas.
Des couleurs à l'eau s'emploieront sur les papiers, de même que les couleurs à la gouache ou à la colle. Celles-ci pourront encore servir pour les tissus divers, de même que les couleurs à l'huile quelquefois. Enfin ces dernières sont tout indiquées pour les surfaces peintes elles-mêmes à l'huile, ou encore pour le bois, la pierre, le plâtre, les métaux. On pourra au besoin les mater plus sûrement par l'adjonction d'un peu de cire; en y mélangeant de la pierre ponce pilée, on leur donnera en outre un grain plus ou moins apparent, suivant la grosseur de la poudre employée.
Enfin les teintures diverses serviront pour les papiers et surtout les étoffes.
Ceci est l'énumération des procédés à la portée de chacun. Mais pour la décoration des tissus, les industriels disposent de moyens divers qui élargissent singulièrement leur champ d'action.
Dans la composition même du pochoir, des moyens divers sont à notre disposition, à seule fin de produire des effets divers eux aussi.
C'est ainsi que, dans le cas d'une ornementation à un pochoir, c'est ou le fond ou le motif qui peuvent être pochés, produisant dans les deux cas des impressions diverses. Page 69, nous donnons de cela deux exemples. Il faut, sur un fond orangé, faire se détacher en blanc un ensemble de graines de pavots.
A gauche, sur une surface orangée, nous avons poché un dessin blanc. Ici, pour la contexture
Pochoir en un ton et un décoré.
P. JOURDAIN.