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ART et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- La Verrerie.
- Gustave Kahn.
- Une maison de rapport.
- René Sergent.
- Grün.
- Gustave Soulier.
- Les Sièges.
- G. S.
- Planche hors texte :
- Étude au Pastel.
- Grün
NOVEMBRE
1901
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
5e Année — N° 11
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
Secrétaire de la Rédaction: GUSTAVE SOULIER
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E'Année parue ...
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La Verrerie
Verrerie usuelle. — Les Services de table.
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Flacon.
BRACQUEMOND.
Cristallerie de Sèvres.
L'art ornemental et l'évolution de ce principe esthétique qui consiste à rechercher dans l'objet usuel un caractère de beauté, uni et soumis à son caractère d'utilité, ont profondément modifié la verrerie. En cette branche de l'art industriel, plus qu'en toute autre, la nécessité d'un renouvellement des formes usitées et d'une recherche de beauté se démontrait facilement. D'abord, le verre en ses formes de coupes, de verres à boire, d'ornements prismatiques de la lumière dans les lustres, est associé à nos joies et à nos fêtes dont nous ne voulons plus que la beauté d'art soit absente. Le verre, consacré au vase, au porte-bouquet, au bibelot, offre par sa fragilité un symptôme joli de richesse, et sa ductilité sous la volonté de l'artiste lui permet d'affecter un rien de chimérique et d'imprévu qui a sa place dans le beau décoratif. La matière, d'ailleurs, se prête à toutes les légèretés, à tous les élans frêles, comme elle peut affecter les plus massives solidités. Son domaine s'étend depuis la coupe tenue des Vénitiens jusqu'à la pierre de verre de M. Garchey, utilisée par le Métropolitain; les états de densité et de dureté qu'elle réalise entre ces deux pôles de ses affectations sont nombreux. L'email, le vitrail, la mosaïque, les perles de verre, le verre filé, le verre trempé, autant de cas offerts à l'ingéniosité du verrier et au talent du décorateur! L'état malléable de la pâte de verre la rend propre à obéir à toute impulsion de l'artiste,
et c'est bien la matière abondante et multi-forme, car les éléments du verre sont communs et de coût minime. Le travail d'art y est d'une réalisation facile, mais d'une invention difficile. Ainsi se réunissent, dans le verre, les principaux éléments d'une œuvre d'art décoratif.
La recherche de formes et de colorations nouvelles, dans la verrerie, n'est point originellement le fait des industriels, ne ressortit pas de demandes du public. Ce sont des artistes qui élevèrent le niveau de la verrerie. L'influence d'Henry Cros et d'Émile Gallé s'exerça indirectement sur la gobeletterie et la cristallerie de luxe, ou usuelle, par le prestige dont leurs travaux relevèrent la matière utilisée. Henry Cros, artiste excellent, praticien de premier ordre, traitant le verre à l'état de pâte, retrouvant une des ressources de l'art antique dont quelques médaillons nous avaient légué la preuve, pratiquement mystérieuse, réalisa au bénéfice de ses conceptions d'art une matière excellente pour la sculpture polychrome, pour le bas-relief, la frise, le médail-lon. Émile Gallé, embellissant les formes du vase, de la corbeille, de la carafe, du verre, très artiste et très lettré, innovait dans le bibelot décoratif, l'élevant à l'œuvre d'art, par la valeur de forme et de couleur de ses créations. En Angleterre, William Morris dans ses belles
Pichet.
Dessin de Bracquemond.
Cristallerie de Sèvres.
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recherches d'art social, d'art dans la vie, rattachant ainsi au préraphaélitisme les essais d'esthétisation du verre, se préoccupa du verre usuel, du verre de table; il en donna un modèle inspiré du vieux verre à liqueur des Hollandais, en forme d'arum. C'était, plutôt qu'une trouvaille, un choix dans les éléments du passé, une preuve d'attention plus qu'une réalisation.
En France, Bracquemond donna ses soins à trouver quelques modèles de verrerie (nous en reproduisons plusieurs ici). Le principe de cette recherche, où il ne semble pas avoir persisté, semble avoir été d'appliquer à la verrerie
d'eau, ce carafon monté sur des boules sont de coloration jaune pâle, pour le corps de l'objet, avec, pour les parties accessoires, anses, bouchons, boules de support, des bleus pâles. Ces modèles étaient destinés à créer de la verrerie usuelle pouvant être débitée à bon compte; leurs colorations étaient a peu près celles de produits courants de la verrerie de Bohême.
Ils ne furent point vulgarisés par le commerce, et ce fut un Anglais, M. Powell, qui résolut, le premier, le problème d'offrir au public une verrerie de table, de forme élégante et neuve, toujours blanche, au plus opalescente.
On peut néanmoins considérer, étant donnés Bracquemond, Gallé et Cros, la renaissance des formes utilisées dans la céramique, et stylisées en vue de l'usage nouveau.
Ce pichet, ce petit flacon partie d'un Verre
Cristallerie de Sevres
Service flamand.
LEVEILLÉ.
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sance du verre comme de source française. Après eux les beaux travaux de MM. Tiffany, Koepping, Rippl Ronai, Knowles, Powell, Koloman Moser, Behrens, Hoffmann, etc., hors de France ; de MM. Daum, Leveillé, etc., en France, ont élargi la question et développé des idées originales, et fait aboutir des tendances diverses.
Actuellement le vase de verre, le verre traité ornementalement, est de préférence polychrome; le verre usuel est blanc, quelquefois rehaussé d'or, rarement doté de l'ornement de la couleur (sauf dans le cas spécial des verres à vin du Rhin). L'influence de Powell y peut être de quelque importance, mais surtout, en France, cela procède du goût français. Au moment où l'on tenta d'appliquer,
celle des verreries de Bohême, celle des cristalleries françaises, et surtout de Baccarat. La première ressuscitant ou conservant des modèles pour ainsi dire romantiques, gravait le verre blanc de deux transparences graduées,
en verrerie, des recherches d'art nouveau, deux courants se disputaient ce terrain. Les gracieuses et légères et si jolies fantaisies du Venise appartenaient au bibelot; le goût considérait, pour les verres d'usage, deux tendances,
peignait sur le verre des arabesques, des motifs décoratifs, des feuillages, le dorait sur ses bords et dans ses détails. La cristallerie française opposait des formes classiques, gravait et taillait, taillait surtout, multipliant les
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POWELL.
facettes. Ces deux tendances générales (sauf exception, car la Bohème donnait parfois des verres blancs pour ainsi dire guillochés et la cristallerie française hasarda sobrement le verre de couleur gravé, ou rehaussé de cou-
BEHRENS. (Maison Moderne.)
leur) représentaient deux principes possibles de l'esthétique du verre usuel. Ce verre peut être considéré comme un objet devant fournir en soi, de plus que par lui-même, l'utilité pratique, un agrément esthétique. En ce cas, rien ne s'oppose à ce qu'il admette la couleur comme un ornement de plus. Il peut aussi, et c'était le goût français, être considéré comme devant recevoir la couleur de sa destination, c'est-à-dire du liquide qu'on y versera, et ne présenter par lui-même qu'une beauté de ligne et de galbe. En surplus, pour l'effet général d'un service et la concordance des lumières dans l'ordonnance artiste d'une table bien dressée, le goût germanique, un peu romantique, aime placer des verres de couleur sur des nappes de couleur et en obtient de beaux effets; le goût français, goût classique, n'admet le plus souvent que les valeurs des lumières dans les facettes du verre, réfléchissant aussi les éclats divers des argenteries, et se plaît à cette gamme de blancheurs graduées et piquées de couleurs par les fleurs et les vins. Le courant d'art nouveau a adopté généralement cette tendance; il y a peut-être là un excès, et un rien de polychromie serait, je crois, souhaitable. Le goût français a dépassé la frontière, et nous trouverons dans des verres allemands qu'autrefois le goût régnant aurait fleuris de cabochons de couleur, luttant avec la topaze, le rubis ou l'émeraude, la place du cabochon indiquée dans la ligne du verre, n'apportant plus qu'une variation de forme et non de couleur.
Industriellement le verre remonte à la plus haute antiquité. Phéniciens ou Egyptiens commencent une fabrication du verre qui s'affine à l'art durant le monde romain. La Pâte de verre n'a été retrouvée que de nos jours. On n'a reconstitué que récemment les secrets de Venise
MOSER. (Maison Moderne.)
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Les éléments du verre sont la silice, « dont (1) une variété, le quartz hyalin, n'est autre que le cristal de roche qu'on pourrait appeler un verre naturel » et des oxydes : la chaux et le minium. Pour fondre la silice il faut y ajouter des fondants, soude ou potasse. Le verre est un mélange de silicate de potasse (ou de soude) et de silicate de chaux, le cristal est un mélange de silicate de potasse (ou de soude) et de silicate de plomb.
Ces substances se combinent dans des creusets pour produire le verre.
On se servait de creusets découverts ; la fumée de la houille altérait la limpidité du mélange; on inventa de remplacer la potasse par le minium, et le cristal était trouvé. Néanmoins, la science marchant, Baccarat fit du cristal au bois et maintenant on chauffe à la houille des foyers découverts. On chauffe aussi au moyen d'un fluide gazeux obtenu par la combustion incomplète du charbon dans un gazogène éloigné du four.
Les outils du verrier furent longtemps très simples et les mêmes que ceux qu'on voit aux peintures égyptiennes: c'est la canne qui sert à souffler ; on a déposé sur le mors (une des extrémités de la canne) la paraison, c'est-à-dire une certaine quantité de verre en pâte, au moyen d'une palette. Le verrier souffle dans l'embouchure de sa canne; la paraison s'élar-
(1) Pour les détails historiques et techniques, voir un excellent petit livre, Le Verre, par M. Paul Frick, Encyclopédie populaire Schleicher frères, à qui nous empruntons quelques définitions techniques.
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MOSER. (Maison Moderne.)
qui provenaient de Byzance ; les verriers de Bohême en connaissaient une partie par des transfuges, comme les miroitiers français obtinrent de par Colbert de précieuses indications d'ouvriers vénitiens transplantés.
De découvertes qui puissent modifier la technique du verre, il s'en présente une, la première, au XVIIe siècle, dépendante de la découverte de la houille. En voulant utiliser pour le chauffage de leurs fours la houille au lieu du bois, les verriers anglais trouvèrent le cristal.
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MOSER. (Maison Moderne.)
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MOSER. (Maison Moderne.)
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la taillerie. Pour graver un service de table on a généralement recours au décalquage. Le dessin est reporté sur pierre, on en tire des épreuves sur papier pelure qu'on applique, l'encre en dessous, sur les pièces à décorer. Par une méthode spéciale on détache le papier, tandis que l'encre reste adhérente au verre, fait office de vernis, et préserve les parties protégées contre l'acide fluorhydrique; les contours et la décoration sont ainsi obtenus.
La taille s'obtient en exposant le verre à une série de meules de toutes grandeurs, selon les complications du dessin à obtenir; pour la verrerie de luxe et d'art nouveau, où habituellement l'entrelacs décoratif est compliqué volontairement de courbes hardies et contrariées, on se sert de très petites meules; on se fie, pour l'exécution, au tour de main de l'ouvrier.
Les deux procédés, taille et gravure, peuvent être convoqués pour le même objet.
Les colorations du verre sont obtenues par le précipité dans le liquide vitreux en
git, devient piriforme; le verrier balance sa canne en soufflant, la paraison s'étend, prend une forme quasi-cylindrique, s'allonge de par ce balancement. Le souffleur, alors, plonge, en soufflant toujours, la masse vitreuse dans le marbre, bloc de bois, ou le moule en terre qui lui donne la forme désirée. Comme la plasticité du verre doit être entretenue, on le réchauffe à l'ouvreau ou ouverture du four, autant qu'il est nécessaire. Une pièce se fabrique aussi par parties qui se soudent, quand on les a portées au rouge.
Les progrès modernes, qui se sont appliqués à créer des fours plus économiques et plus puissants, aident les souffleurs par une soufflerie mécanique qui leur épargne la fatigue en leur laissant l'impulsion; ils ont aussi multiplié les moules qui ont diminué le travail du ciseau et de la pince du verrier. Une nouvelle découverte permet de ramener à trente minutes le refroidissement gradué du verre qui autrefois durait plusieurs heures, dans le four à recuire.
La pièce est alors livrée à la gravure ou à
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fusion, d'oxydes métalliques dont les propriétés sont connues; on a ainsi une palette d'effets réalisables, sauf surprises inhérentes à tout art du feu. On sait aussi que le verre coloré peut s'obtenir par la juxtaposition de deux couches de verre superposées, l'une blanche, l'autre teintée. Le Val-Saint-Lambert réussit par un procédé semblable de petits vitraux. On soude une feuille blanche entre deux feuilles colorées, et par la taille on obtient des transparences en diminuant l'épaisseur de l'une ou l'autre des feuilles colorées.
M. Tiffany soudera des feuilles de verre colorées les unes aux autres, jusqu'à ce qu'il ait obtenu la nuance désirée. En prenant la matière chargée d'oxyde, à l'état de pâte, on obtient des vases, des verreries dont l'aspect évoquera l'idée d'un marbre de couleur, d'une pierre précieuse, de toute autre substance. Nous reviendrons à ces techniques, pour lesquelles les anciens attributs du verre sont les moins importants, et qui ne lui demandent pas de leur donner avant tout de la blancheur,
COLONNA. (Maison Bing.)
COLONNA. (Maison Bing.)
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Art et
de la limpidité et une absolue transparence.
Considérons d'abord parmi les efforts nouveaux ceux qui n'ont cherché leur raison d'être que dans un affinement inédit de la forme d'un verre, d'une buire, d'une carafe. Ces efforts sont de deux sortes. Les uns tentent une heureuse reconstitution d'un modèle ancien, comme ce service à la flamande de M. Leveillé qui a gardé le calice traditionnel en harmonisant le pied dont il allonge les boules composantes, un peu massives dans les originaux ordinaires. Sa buire est bien campée, avec l'anse forte qui convient aux buveurs de Jordaens, légèrement diminuée d'épaisseur pour des mains de Parisiens.
M. Koloman Moser, dont l'effort a considérablement marqué dans l'art décoratif viennois par des frises, des dessins d'étoffes, encapuchonne un peu lourdement si son anse est légère un flacon de formes agressives. Il se rencontre avec M. Leveillé à présenter des services où la place du cabochon indiqué par une légère facette donne à l'objet ainsi traité quelque nouveauté. Un broc de M. Koloman Moser à l'anse courte et stricte, à la panse d'une heureuse courbure, fait oublier par des proportions heureuses ce que son dessin général a d'un peu massif et de bien statique.
Les verres à boire de son service pour le restaurant Konss, assez neufs pour des yeux de Paris, s'ils sont pratiques, n'en offrent pas moins quelque lourdeur, et l'un d'eux a quelque
Dessin schématique (Dufrène.)
POWELL. (Monture de Dufrène.)
Décoration
affinité de lignes avec un modèle répandu de porte-allumettes. Mais parmi des gobelets dont l'effet est cherché dans le renflement de la forme s'élargissant à partir de la base, et qui, bien calculés, n'offrent point de particularité spéciale, en voici un, contrasté, qui au contraire se rétrécit vers l'orifice par une ligne lentement, presque insensiblement courbe, et d'un fort joli effet, presque classique, tout à fait classique même en sa savoureuse simplicité. Des verres de la maison Bing où la forme de la tulipe voisine avec des reliefs à la fois accentués et harmonieux dans un second élan du calice, entourent des carafons dont le bouchon semble une flammèche heureusement fixée dans un de ses vacillements. M. Behrens, s'inspirant des verreries dont le pied est un long jet fragile et tenu, corrige cette ténuité par un renflement symétrique à mi-hauteur; on trouvera dans un de ses modèles la forme de la tulipe chère aux vieux verriers hollandais; M. Powell, après avoir égayé le pied tout à fait classique de forme de son verre par un joli striage filigrané à la vénitienne, blanc mat dans le blanc transparent, arrêtera la forme élancée de son calice, comme par un pli, multipliant ainsi le jet hardi comme par un élan nouveau; aussi dans un verre très simple donnera-t-il cet accord du calice et du pied, ce rapport exact qui est la beauté du verre si on ne la recherche pas dans l'ornement.
Les verres de M. Powell s'évadent de minces tiges torsées avec une apparence de stable harmonie, et des filets très heu-
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reux en longues coulées, capricieuses, il semblerait, ornent un de ses carafons; dans les verres qui l'accompagnent, le dessin de l'ornement se synthétise comme de petites vagues successives montant vers l'orifice. Une sobre monture de M. Dufrène munit le carafon d'un bord et d'un bouchon où l'arabesque du flacon semble se clore, se fermer et rabattre l'un sur l'autre ses éléments, comme une fleur paradoxale qui renfermerait un bouton. C'est d'ailleurs de M. Dufrène, verrerie et orfèvrerie, ce service fait par Bacarat pour la Maison Moderne, qui est une des plus jolies choses que la verrerie ait récemment produites. On conçoit que le goût de la valent. Je ne parle point d'en donner l'illusion, mais la solidité de la pâte de verre lui permettrait d'être employée pour les anses et les poignées aussi utilement que le métal; un service y gagnerait peut-être d'être présenté avec un peu plus d'art ou au moins de ne point comporter de suite et au premier coup d'œil une idée de richesse intrinsèque, qui n'est pas très esthétique. Ces réflexions ne s'appliquent pas surtout au travail de M. Dufrène; au contraire, elles s'y appliquent le moins possible; mais il est actuellement telles productions de verriers qui se vouent à contresens, esthétiquement, à entourer le cristal taillé et trop taillé, d'ornements de métal, si copieux, si lourds, si
verrerie montée en orfèvrerie, rehaussée de la parure du vermeil ou du bronze doré, dure, malgré les efforts de ceux qui préféreraient voir la verrerie tirer toute sa beauté de sa propre matière, traitée en transparence et traitée en polychromie. D'ailleurs plus on admettra la polychromie dans l'esthétique du verre, moins on sentira le besoin du rehaut d'un métal dont la verrerie peut donner l'équi-fouillés que l'on se croirait plutôt en présence de réductions en cristal de cénotaphes, que de corbeilles ou de candélabres.
La verrerie n'est pas l'architecture; sans étudier dans cet article la question de la taille du cristal et du goût qu'on y dépense, on peut dire qu'en général la monture orfèvrée d'une verrerie doit un peu chercher au premier abord à se faire légèrement oublier, à moins