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ART et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne Sommaire - La Peinture aux Salons. - (2e Article) - GUSTAVE SOULIER. - La Sculpture aux Salons. - MARCEL NICOLLE. - Les Objets d'Art aux Salons. - (2e Article) - ÉMILE MOLINIER. - Planche hors texte : - Bijoux, par R. Lalique. --- JUILLET 1901 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 5e Année — N° 7.

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LEONGE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT Secrétaire de la Rédaction: GUSTAVE SOULIER *** Abonnement annuel: PARIS & DEPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ETRANGER . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison: 2 francs L'Année parue ...

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Art et Décoration La Peinture aux Salons (Deuxième Article) POUR pleinement comprendre la Promenade après la Course de Taureaux, de M. Zuloaga, et répondre à l'objection que nous avons mentionnée, il faut songer à la volonté de faire œuvre décorative qui a guidé l'artiste, sa toile devant prendre place à Berlin dans une situation nettement désignée : il a donc cherché à ne pas laisser de trous dans sa composition, à ne pas ouvrir aux regards des échappées d'horizons; la peinture devait observés, car l'œuvre de M. Zuloaga est toujours l'œuvre d'un réaliste, le peintre a su obtenir cette limitation des plans, et la qualité de la couleur ne saurait être trop louée. Il y a là des robes rouges d'une tonalité admirable, chaude, concentrée et harmonisée, et les morceaux de virtuosité curieuse abondent dans cette admirable page, tels que le châle brodé, le nègre portant des fruits, ou le lévrier, qui rappellent par leur richesse et leur désinvol- Le Thé. CARO-DELVAILE. jouer un rôle identique à celui d'une tapisserie, sans avoir la liberté de plans d'un tableau ordinaire. Loin de fausser les effets naturels directement ture les plus beaux exemples des peintures de fête, les fameuses fresques de Tiepolo au Palais Labia, si l'on veut, quoique dans une gamme tout autre.

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Art et Décoration Le talent de M. Zuloaga, que le jury de son pays n'avait pas voulu voir figurer l'an dernier au Grand Palais, pour l'Exposition Universelle, prend aujourd'hui une éclatante revanche; et si cette œuvre est encore méconnue dans certains milieux espagnols, elle est déjà admirée dans toute l'Europe. De tels ouvrages n'ont pas besoin d'être défendus ; ils se chargent de survivre aux dénigrements. Sérénité qui vient de prendre place au Musée du Luxembourg et que nous avons reproduite à son heure. Parmi les groupes rêveurs, la Muse flotte sur la campagne, dégageant pour nous le mystère et le charme de cet instant, la spiritualité de la nature. La composition est elle-même pleine de poésie et d'expression par ses lignes et sa distribution, et elle revêt un aspect nouveau de tendresse vague, de grâce quasi inconsciente, qu'exprime bien le titre, tandis que la Sérénité comportait un accent plus marqué de mélancolie, sur les visages plus définis, dans les attitudes plus nettement expressives. La figure douloureuse du poète, dans le coin du tableau, ajoute cette année une complexité qui n'est pas sans apporter quelque incertitude sur le sens complet de l'œuvre. Dans un tableau plus restreint et de sens plus intime, Le Peintre, se retrouvent précisément de façon poignante ces qualités d'émotion et de mélancolie, qui donnent à l'œuvre E. DINET. Dans ses vastes compositions, M. Henri Martin fait constamment œuvre décorative, tant par la disposition même du sujet que par son choix et par l'accord adouci des formes et des couleurs. La pensée de M. Henri Martin aime à se reprendre elle-même, à s'exprimer plusieurs fois sous des images rapprochées, lorsqu'il a trouvé un thème qui lui paraît capable d'exprimer sa pensée. C'est ainsi que la poursuite de la chimère a inspiré plusieurs fois le peintre, puis il a traité à diverses reprises le sujet des Troubadours, et sa Bucolique de cette année (Artistes Français) est parente de la

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La Peinture aux Salons d'Henri Martin son caractère personnel et son souci constant de pensée. Il faut considérer le triptyque de M. Roche-grosse, La Légende merveilleuse de la Reine de Saba et du Roi Salomon (Artistes Français) pour ce qu'il est réellement, c'est-à-dire C'est de la féerie, mais une féerie intelligente et artiste, où le metteur en scène a le sens aigu de la couleur, du groupement et du détail curieux. Nous regrettons que la photographie n'ait donné que des résultats trop imparfaits pour que nous ayons pu placer E. MAXENCE. pour une grande page d'illustration. Ceux qui veulent y chercher une peinture à caractères risquent fort d'être injustes à son égard et de ne pas goûter la belle imagination fastueuse ainsi que les très rares qualités de peintre qui s'y font jour. une reproduction sous les yeux de nos lecteurs. Il y a, au fond du panneau central, un groupe de femmes, assistant à la réception de la Reine par Salomon, qui constitue un morceau d'une délicatesse et d'une richesse infiniment savou-reuses, dans une peinture aisée et homogène.

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Art et Décoration Il y a aussi, répandue partout, une recherche du décor ingénieux et minutieux, recréant un style magnifique et oriental qui, pour n'être pas d'une archéologie authentique, n'en est que d'un intérêt plus personnel et plus varié. Je signale, entre autres motifs, dans le pan- J. BLANCHE. neau de gauche, un dessin de grille formé par un oiseau aux plumes éployées, création de ferronnerie très intéressante. Le grand carton décoratif de M. Victor Koos, Fécondité (Société Nationale), est une œuvre sérieuse et forte, peinte dans une harmonie grave. Le dessin est précis et nerveux, et la composition même est très réfléchie, avec cette guirlande d'enfants, s'élevant des deux côtés au-dessus du couple presque inconscient de l'homme et de la femme, et se bousculant pour arriver aux seins nourriciers que leur tend la figure de la Fécondité impassible. Les rameaux touffus qui s'ajoutent à la composition, l'idée que l'on démêle, tout cela contribue à donner sa haute valeur à l'œuvre de M. Koos. Le même artiste expose un autre tableau, l'Écho, où le paysage aux amples ondulations d'arbres prend un très grand caractère, accentué par la figure expressive qui lui donne sa signification. M. Victor Koos se recommande à l'attention, et nous pouvons attendre de lui de très belles œuvres. Il est à regretter que, dans le panneau à destination essentiellement décorative de M. Quost (Artistes Français), commandé par l'État pour être exécuté en tapisserie par la Manufacture de Beauvais, les premiers plans et les fonds ne soient guère en rapport de tonalités, trop gris sans doute dans les fonds, ce qui donne un aspect inutilement triste, plus vibrants et mieux compris dans les fleurs du premier plan, auxquelles les grisailles du fond donnent cependant un éclat trop vif. M. Osbert a cherché aussi un effet décoratif dans sa Sérénité (Société Nationale), où l'on retrouve ses qualités habituelles de vision irradiée; mais il est à craindre qu'une fois en place, la

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--- Fécondité. VICTOR KOOS.

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Art et Décoration composition ne paraisse sur le mur un peu blanche et vide : la difficulté de l'entreprise était grande, et l'effort, même s'il n'a pas tout à fait atteint son but, n'en demeure pas moins estimable. D'autres peintures encore, pour la tendance révélée par leurs compositions, doivent être placées auprès de ces œuvres diverses. De ce nombre est la Chasse de M. Grau (Artistes Français), très cherchée dans son ensemble, où la tonalité des chairs de chasseresses et des feuilles mortes s'unifie. Citons aussi, au même Salon, le tableau de Mlle Dufau, simplement intitulé Rythme, où les parties de nu et de nature sont très pleinement peintes, dans une tonalité chaude. Le fragment de frise de M. Abbey, destiné à la Bibliothèque publique de Boston, et qui emprunte son sujet à l'histoire du Saint-Graal, Galabad, le libérateur, arrive au Château des Demoiselles (Société Nationale), contient des morceaux d'une grande élégance de facture et d'un grand charme d'expression, sur ces visages limpides de jeunes filles dont le pays de l'artiste, qui est Américain, fournit tant de modèles exquis. M. Leftwich-Dodge est également originaire des États-Unis, et l'on retrouve une grâce égale et une égale délicatesse dans son Hyménée, dont l'aspect général pourrait susciter le rappel de la manière de M. Raphaël Collin. Dans une gamme plus corsée, un jeune homme, M. Jacquot-Defrance, a apporté une œuvre des plus intéressantes, Les Bœufs (Artistes Français), qui tire dès maintenant le nom de l'artiste de la multitude obscure. La scène est traitée avec un grand sentiment et par des moyens très sincères, dans un cadre de larges dimensions qu'elle remplit parfaitement. L'émotion et la poésie qui ont animé l'artiste ne lui ont rien fait perdre de ses solides qualités de peintre. Ces qualités véritables du peintre se retrouvent chez un artiste belge, M. Lévêque, dans le couple entouré d'une verte nature auquel il donne le titre de L'Hymne d'Amour (Artistes Français). M. Lévêque avait déjà attiré l'attention à l'un des derniers Salons par une toile de qualités analogues. On sent chez lui une certaine fougue de sentiment, un dessin mouvementé et passionné que discipline l'excellente étude des maîtres. Son trait est précis et fouillé, et l'on pourrait le classer dans un même groupe, parmi les peintres de son pays, avec Léon Frédéric et Jean Delville. A côté des morceaux où l'intention décorative est évidente, affirmée par la destination de l'œuvre ou le souci spécial de composition, on peut ranger toute une classe de peintures qui, tout en voulant rester des tableaux, se sont bien prêtées à leur rôle ornemental et où se révèle une volonté délibérée de composition, ou un sentiment d'interprétation particulier. De telles œuvres, mises en place dans un appartement, s'allieront parfaitement à la disposition de l'ensemble et prendront véritablement une valeur décorative. De ce nombre sont spécialement quelques portraits ou tableaux à figures. Il est bien évident, par exemple, que l'on ne saurait nier aux portraits de Au Pavillon de l'Asie Russe (dessin). P. RENOUARD.

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La Peinture aux Salons M. Aman-Jean une allure décorative, qui se révèle par l'arrangement de la figure dans le paysage, comme dans le Portrait de Mlle S. Poncet, ou par la disposition même des modèles, la composition du sujet, comme il en est pour le portrait de deux jeunes femmes (Société Nationale). Il en est de même chez M. Ridel, que je rapproche à dessein de écharpe légèrement soulevée par le vent, nous met encore en présence de ce même souci du sentiment décoratif, qui nous fait renouer, du reste, avec une tradition dont les dernières traces ne remontent pas très haut. Le second tableau du même peintre, les Gerbes, par ses plans largement établis, ses formes simples, son parti de colorations chaudes, se rattache HENNER. M. Aman-Jean, avec lequel il a quelque ressemblance. Il est intéressant d'observer, dans l'Adieu exposé aux Artistes Français, non seulement le groupement des figures, le mouvement des robes, mais aussi la façon dont le fond, qui représente pourtant une vue d'Océan et de bateaux, s'assourdit et se ferme, presque semblable à une tenture. Le Portrait de ma femme, de M. Paul-Albert Laurens (Artistes Français), peint dans un bosquet aux lointains vaporeux, avec une aussi nettement à une vision décorative de la nature. Les figures recueillies que modèle dans la pénombre M. Eugène Carrière lui-même reçoivent de leur caractère synthétique, comme de la cohésion entre les diverses parties du tableau et de la force du sentiment exprimé, une certaine signification décorative et allégorique. Par des attitudes et des physionomies, une heure de la vie s'y trouve célébrée et magnifiée : tel est, cette année, le Baiser du

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Art et Décoration soir (Société Nationale), que l'on verrait admirablement placé dans une école ou un orphelinat, ou même dans la famille. L'œuvre de M. Carrière est grande par l'intensité d'émotion qu'elle répercute : ce sont toujours, même dans les figures isolées qu'il a peintes, de petits drames de la pensée ou du sentiment qui se jouent dans le silence et l'intimité. Avec une tout autre compréhension de la toilette sombre qu'elle a dévêtue et rejetée en désordre, prend des colorations mauves, fraîches et nuancées, qu'avivent les coups de lumière accrochés çà et là sur les étoffes ou les détails de la pièce. La pénombre s'endiamante en halo autour de cette forme rose et grise, nonchalamment abandonnée. Avec un modelé plus arrêté, le Portrait de $M^{me} X...$ , où le profil du visage prend un beau caractère, nous fait retrouver encore d'exquis raffi- JACQUOT-DEFRANCE. couleur, une autre œuvre peut prétendre à un égal caractère décoratif, c'est celle de M. Albert Besnard, dont nous avons déjà étudié les panneaux destinés à la chapelle de Berck. Mais l'artiste est encore représenté cette année par deux tableaux, La Féerie Intime et le Portrait de $M^{me} X...$ , qui resteront assurément parmi ses œuvres les plus complètes. La première est d'une fantaisie d'imagination que le titre ne décèle qu'à demi et d'une étourdissante virtuosité de facture. L'invention même du motif révèle un goût fastueux : dans le clair-obscur de cette chambre tendue de laques, le corps de cette jeune femme reposant sur un fauteuil, au milieu des éclats pailletés de sa nements de tons, les rubans orange s'avivant sur les blancheurs de la robe et du teint. Toutes ces merveilles de couleurs, qui sont du maître le plus subtil et le plus sûr, nous donnent bien raison lorsque nous regrettons que, dans les cartons de Berck, l'absence de la coloration nous empêchât de sentir encore l'aspect définitif, et par suite, chez un artiste de cette nature, la composition vrai de l'œuvre. Avec ces pages, où le caractère et le style sont si profondément recherchés et qui nous rendent, en même temps qu'une physionomie précise, l'image significative de tout un milieu, nous en pouvons ranger quelques autres. (A Suivre.) Gustave Soulier.

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La Sculpture aux Salons Dans le domaine de la sculpture décorative, les Salons de cette année ne laisseront le souvenir ni d'un choix d'ouvrages vraiment importants, ni d'une réunion notable de tentatives originales. On explique communément cette pénurie comme la conséquence immédiate et fatale de la production surabondante précédemment occasionnée par l'Exposition Universelle. Mais un tel moment d'arrêt ne se légitimerait logiquement que s'il succédait en réalité non seulement à des travaux matériellement considérables, mais surtout à un ensemble de recherches nouvelles et de progrès sensibles; or, comme on le sait bien, il n'en fut pas précisément ainsi, et l'an dernier nous n'avons guère rencontré de résultats inattendus, d'œuvres inédites ou de noms jusqu'alors inconnus; et surtout il ne nous fut pas permis de constater l'intense poussée en avant que nous étions en droit d'attendre en pareille occasion, l'essor complet vers un art plus jeune et plus libre, complètement dégagé des traditions surannées et des formules usées. La Décennale nous montra simplement, en foule tassée confusement dans la nef du Grand Palais, les mêmes sculptures déjà exposées aux précédents Salons, et loin de voir une décoration plus moderne et mieux appropriée se manifester et s'épanouir à l'aise sur les fragiles murailles des palais éphémères, ou dans la matière plus durable des monuments qui devaient survivre à la fête, nous n'avons retrouvé encore une fois, à bien peu d'exceptions près, que le banal et le déjà vu. La faute n'en fut guère aux seuls sculpteurs; ils durent le plus souvent se soumettre à des données architecturales dont le plus grand nombre marquait un recul considérable sur la précédente Exposition. Plus que jamais triompha l'odieuse pâtisserie, reine du mauvais goût, et s'étalèrent copieusement les motifs les plus surannés, les défroques sorties du vieux magasin d'accessoires traditionnels, les arrangements tout faits qui ont trainé dans tous les projets d'école. Le manque de temps acheva de détourner les artistes de toute recherche Penseur. FIX-MASSEAU.