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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- L'Orfèvrerie à l'Exposition.
- PAUL VITRY.
- L'Ameublement à l'Exposition (3e article).
- GUSTAVE SOULIER.
- La Céramique à l'Exposition.
- ALEX. SANDIER.
- Planche hors texte :
- Soupière (Porcelaine).
- Manufacture de Rorstrand.
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DÉCEMBRE
1900
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
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4e Année — N° 12.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER
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IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d'une insuffisance notoire des projets soumis.
V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s'ils sont l'objet d'une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d'envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais.
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L'Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.
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L'Orfèvrerie à l'Exposition
The Goldsmiths & Silversmiths Co.-Ltd.
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COMME toutes les branches de nos arts industriels, l'orfèvrerie traîne derrière elle un bagage extrêmement lourd de formes et de modèles anciens. Ces modèles sont très souvent de véritables chefs-d'œuvre, et le goût de nos contemporains, qui n'est, hélas! que trop éclairé dans son amour des choses du passé, a très bien su le reconnaître et imposer à nos artistes modernes la simple copie de ces chefs-d'œuvre de leurs prédécesseurs.
On invoque, je le sais bien, pour renoncer à toute invention, à toute recherche, la tradition et le droit de se rattacher au passé en le continuant. Mais je crois que c'est ici un singulier abus de langage, et qu'il ne peut s'agir chez nous, à l'heure actuelle, de tradition, mais bien de copie et de pastiche. Dans tous ou presque tous les domaines de l'art, la véritable tradition nationale a été brisée par la Renaissance; il y a eu rupture également de celle qui s'était créée dans nos ateliers du XVIIe et du XVIIIe siècle et avait redonné naissance à un nouveau style français, et cette seconde rupture vient justement de cette série d'aberrations qui caractérisent l'art décoratif de notre siècle et qui nous ont mené du style néo-classique de la Révolution et de l'Empire à l'imitation de ce style lui-même, à un pastiche de pastiche! Joignons-y encore la confusion des genres, l'envahissement des arts du mobilier par un débordement de formes architecturales et sculpturales. Voilà à peu près ce que nous montraient les diverses Rétrospectives ou centennales que l'on avait organisées avec grand soin dans chaque classe de l'Exposition, aussi bien celle de l'orfèvrerie que celle de l'ameublement. Cela aurait dû être, pour des esprits sains, une démonstration éclatante de tout ce qu'il faut fuir et, dans l'état actuel du goût public, cela ne servira peut-être qu'à une remise en honneur du style Louis-Philippe et du pseudo-gothique de 1835!
Cependant, en dehors des rétrospectives, dans les expositions modernes, si mêlées, on voyait lutter avec acharnement les reproductions de styles et les essais de rénovation, tentés depuis plusieurs années; et à moins d'avoir l'esprit prévenu, on a dû s'apercevoir de la légitimité de ces derniers, de leur succès progressif, quels que soient le goût plus éclairé et l'habileté extrême que l'on apporte de notre temps dans la copie ou l'interprétation des modèles anciens.
En orfèvrerie, par exemple, il est certain que l'on sait aujourd'hui où aller chercher les bons modèles, que nos ouvriers ont acquis une virtuosité presque égale à celle de leurs ancêtres, mais ainsi que nous le disions en
Plateau (étain).
LERCHE.
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Art et Décoration
Ramasse-miettes.
CHRISTOFLE ET CIE.
commençant, c'est très artificiellement qu'ils se sont mis à l'école de ceux-ci : ils ne les continuent pas, ils les pastichent, soit qu'ils exécutent quelque ornement d'église sur des dessins et par des procédés approchant de ceux des orfèvres limousins du xiiie siècle, soit qu'ils confectionnent quelque nef monumentale, ou quelque cafetière à lambrequins ou à godrons, d'après les dessins de Robert de Cotte, de Bérain ou de Germain.
Heureux encore lorsqu'ils ne se contentent pas de reproduire triomphalement telle soupière ou tel service à thé dus aux orfèvres du siècle dernier, comme d'autres croient triompher en reproduisant le bureau de Louis XV ou les commodes de Marie-Antoinette. Il y a là un renoncement à toute personnalité, une abdication de parti pris, presque monstrueuse si l'on y réfléchit, et qui serait bien inquiétante si elle était tout à fait générale.
Il n'en est rien heureusement, et l'orfèvrerie est un des domaines où il semble que l'art moderne, nouveau, actuel, ou simplement contemporain, comme on voudra l'appeler, soit le plus près d'arriver à créer quelque chose de définitif, à trouver une formule inaugurant une nouvelle tradition, un style enfin.
Nous pouvons nous en rendre compte en examinant les efforts très souvent heureux que nous résume l'Exposition de cette année, tant en France qu'à l'étranger.
La tâche n'était pourtant pas ici sans difficulté, et cette formation d'un style nouveau pouvait rencontrer bien des obstacles. La matière d'abord restait toujours la même. L'orfèvre n'a pas rencontré, comme le céramiste moderne, par exemple, des ressources infinies dans les combinaisons chimiques de pâtes et d'émaux ; le nombre des métaux précieux, dans lesquels l'orfèvre doit trouver la matière de son œuvre, a peu varié depuis les origines de l'humanité ; il tendrait plutôt à se restreindre, l'or n'étant plus guère employé chez nous comme il le fut jadis dans l'antiquité ou au moyen âge pour la confection d'objets mobiliers, vaisselle ou objets du culte, et étant plutôt
Plat.
DEBAIN.
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L'Orfèvrerie à l'Exposition
réservé à la parure, à la bijouterie. Reste l’argent, de plus en plus répandu, il est vrai, et ayant perdu de son prix, plus abordable par conséquent.
Nous avons assisté aussi de notre temps à une sorte de renaissance de l’étain, renaissance un peu artificielle, du reste, l’étain n’étant guère susceptible de rentrer dans notre usage journalier, et les potiers d’étain ayant peu de chances de faire servir leurs œuvres comme jadis à une destination pratique, amenés par conséquent à créer de simples bibelots d’étagère. La mode s’y plut un moment, on s’enthousiasma pour les tons gris et doux, fins et discrets de ce métal, sans réfléchir à ce qu’ils ont de peu durable et aux oxydations fatales qui rendent tristes et ternes, au bout de quelque temps, les objets en étain quels qu’ils soient. Pourtant d’excellents artistes ont consacré leurs efforts à retrouver ou à créer pour cette
Légumier.
CARDEILHAC.
Chocolatière et Cafetière.
CARDEILHAC.
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Art et Décoration
LINZELER (Propriété exclusive).
culières, ce que leurs efforts ont pu apporter de secours à la rénovation générale de l'orfèvrerie et aussi les dangers inhérents à certaines de leurs tentatives. Constatons seulement, et l'Exposition nous en est une preuve manifeste, que cette rénovation de l'étain n'a pas pris toute l'extension que pouvait faire présager sa vogue du début, que ce mouvement intéressant s'est vite limité : Brateau, par exemple, paraît un peu isolé au milieu de ses confrères, revenus presque tous à l'orfèvrerie d'argent. C'est celle-ci qui constitue la masse de la production et qui nous intéressera surtout ici.
A côté des métaux dits précieux, dont l'étain nous avait déjà fait quelque peu sortir, il convient de faire une place très importante-
BRUCKMANN.
matière une technique nouvelle : Brateau entre autres, qui nous offre, au centre de l'Exposition de l'orfèvrerie, une vitrine toute pleine de ses productions des dix dernières années ; d'autres encore, comme Baffier, dont l'absence est assez injustifiable à cette Exposition, comme Desbois, Ledru, etc. Nous dirons tout à l'heure, en dehors de leurs réussites parti-
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L'Orfèvrerie à l'Exposition
croyons-nous, aux différentes combinaisons de métal argenté, multipliées par les progrès de la science, acquérant des qualités de résistance, de ductilité, de sonorité, presque égales à celles des métaux nobles, et susceptibles aussi bien qu'eux de recevoir des formes artistiques. Leur peu de valeur intrinsèque leur permettra de pénétrer partout, de servir à l'exécution d'objets d'usage très général et de vulgariser les progrès du style créé par les artistes modernes. On ne saurait trop insister en effet sur la nécessité, pour ceux-ci, de faire autre chose que des «œuvres rares», des œuvres d'exception. Il faut qu'ils soient en contact, pour créer des œuvres saines, non seulement avec les raffinés, mais avec la masse, et si le grand luxe s'obstine à se réfugier dans le passé et à se contenter d'œuvres mort-nées, c'est par le luxe moyen et par l'usage courant que l'art vivant devra se répandre; s'il est assez naturel, en effet, que l'on se plaise à voir, sur la table des czars, des orfèvreries comme en commandait la grande Catherine, et que
Guillaume II aime à vivre dans un mobilier Louis XIV, il est presque aussi ridicule et absurde de remplir tous nos buffets bourgeois d'argenteries Louis XV que de meubler nos habitations à bon marché de contrefaçons de meubles Henri II, comme cela se fait journallement chez nous. Il n'y avait qu'à aller voir, pour s'en convaincre, l'exposition des Maisons ouvrières françaises à l'annexe de Vincennes.
Une autre gêne inhérente à l'art de l'orfèvre vient de la difficulté d'inventer à proprement parler des formes nouvelles, surtout si nous nous restreignons à la partie de cet art qui doit nous occuper et si nous laissons de côté la bijouterie et la joaillerie. Là en effet, et nous en avons eu de notre temps d'admirables exemples qui ont été étudiés ici même, à propos de cette Exposition, la faculté de renouvellement par l'imagination créatrice est presque infinie, et chaque artiste est libre de traduire son idéal propre et celui de son temps par des formes nouvelles. Ici, au contraire, l'usage est souverain maître, et l'on risque, à vouloir le
Crosse.
POUSSIELGUE-RUSAND.
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Art et Décoration
Pendule. THE GOLDSMITHS & SILVERSMITHS C°-L^ld.
violenter, de faire œuvre inutile, fausse et mal venue; car les formes acceptées se sont créées peu à peu par des observations répétées et séculaires. Est-ce à dire cependant qu'il n'y ait rien à trouver et tout à prendre dans les styles anciens ? Non certes. Il y a d'abord certaines formes dans les styles anciens qui sont parfaitement illogiques, il y en a d'autres auxquelles nous ne tenons que par une simple accoutumance et dont l'abandon ou la transformation nous surprend, mais ne saurait révolter notre bon sens, si elles sont rempla-
cées par des formes simples et rationnelles. Ainsi MM. Keller nous proposent toute une série d'études de galbes nouveaux dont la plupart sont très ingénieuses et très robustes, d'une simplicité un peu hardie et déroutante quelquefois, mais qui s'imposent par leur beauté propre, sans supercherie de décor dissimulant une fantaisie irrationnelle. Tel un vaste bol à punch avec un plateau et des verres. Telle une série d'essais de cafetières ou de brocs.
Mais, d'autre part, lorsqu'il y a rencontre avec des modèles d'une bonne époque, d'une époque où les artistes se sont laissé guider uniquement par les nécessités de la matière et de l'usage, ce n'est pas une raison pour crier au plagiat. En quoi telle forme d'assiette, de cafetière, de plateau, de broc, de légumier appartient-elle en propre au style Louis XV? Si elle a été choisie par un Germain ou par un Roettiers, c'est qu'elle s'imposait à lui, pour
Gobelet (modèle de L. Hirtz). BOUCHERON.
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L'Orfèvrerie à l'Exposition
ainsi dire. Il y a une part de création évidemment dans son œuvre, mais cette création rentre dans le domaine commun : elle cons-
Jardinière.
titue la tradition légitime et féconde pour les artistes qui viendront ensuite et comprendront les mêmes nécessités. Ceux-ci interpréteront à leur manière cette forme primordiale et nécessaire, bien différents en cela de ces copistes acharnés dont nous parlions tout à l’heure, qui calqueront aussi
THE GOLDSMITHS & SILVERSMITHS C$^{\text{e}}$-L$^{\text{d}}$.
rales de Perrier et Fontaine, qui surtout ne feront pas la différence entre le galbe d’un objet qui est éternel et peut appartenir à tous les temps et son décor qui est transitoire et particulier. C’est dans l’adaptation du décor et de la forme que réside le principe même d’un style, et c’est parce que certains de nos artistes ont
Cafetière et crémier.
DEBAIN.
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Art et Décoration
réalisé de façon très personnelle cette adaptation qu'ils ont créé ou sont sur le point de créer une formule originale.
Il y a certains domaines où l'originalité est à peu près impossible, et dont nous n'aurions pas d'elle au point de vue artistique. Elle s'est réfugiée tout entière dans le passé, elle est remontée aux siècles qui avaient vu sa force et sa gloire. Ses sanctuaires n'ont été que des copies des basiliques primitives ou des églises, soit romanes soit gothiques. Pour son mobilier, des archéologues, comme Didron, comme Viollet-le-Duc et bien d'autres, lui ont dessiné des tabernacles, des châsses, des reliquaires, des vases d'autel qui n'ont eu que le mérite de refléter un art admirable sans jamais l'atteindre. On trouvera des spécimens de ces productions honorables, mais sans personnalité, aussi bien à l'Exposition rétrospective de l'orfèvrerie (chasse exécutée par Armand Cailliat, reliquaire de la Vraie Croix du trésor de Notre-Dame) que chez M. Froment-Meurice, que chez M. Poussielgue-Rusand. Mais ce dernier, à côté de ses habiles pastiches d'ancien style, de ses imitations de gothique et de son autel pour la déplorable chapelle de la rue Jean Goujon, conçu dans un style baroque qui ne détonnera pas dans cet ensemble d'un luxe si lourd et si banal, nous montre plusieurs essais curieux d'adaptation de style moderne à des objets religieux. C'est un calice dont tous les éléments décoratifs sont empruntés à la tige, aux feuilles et à la fleur du lis. Il eût été facile de modeler simplement le métal en forme de corolle; l'artiste a fait mieux encore en décorant régulièrement une forme élégante, bien que sortant à peine de celles en usage, d'éléments empruntés à la fleur, pétales, étamines, etc. Notons aussi une petite lampe d'autel, qui se compose d'un verre opalin soutenu par une monture en métal formée de trois pieds aux formes souples et végétales et d'une couronne
Calice.
POUSSIELGUE-RUSAND.
à parler ici si nous ne tenions à y signaler quelques tentatives, très isolées du reste, celle, par exemple, de l'orfèvrerie religieuse. L'Église vit surtout de traditions. Cela ne l'a pas empêchée autrefois, dans l'art qu'elle a produit ou suscité, de suivre, de diriger même parfois le mouvement général; mais dans notre siècle on peut dire que rien de vivant n'est sorti
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L'Orfèvrerie à l'Exposition
de feuilles de lierre. Enfin une croix en bois et en métal, dessinée par MM. E. et O. Le-lièvre, est une très heureuse combinaison de branches et de feuillages. Quel accueil est réservé à ces nouveautés? Quel évêque consentira à se servir de cet insigne qui n'aura rien d'archéologique ? Nous l'ignorons. Ne trouvera-t-on pas cette ornementation trop profane et dépourvue de grands souvenirs? Mais l'Eglise a bien consenti, il y a plus de trois siècles, à endosser le vêtement classique de la Renaissance, à accepter un style qui n'était pas sorti d'elle et qui était de plus d'origine païenne. Pourquoi n'accepterait-elle pas celui-ci, qui s'inspire des mêmes principes que le plus grand et le plus fécond des styles anciens, le gothique?
Les raisons d'attachement aux anciens styles sont moins fortes, moins respectables en tous cas en ce qui concerne l'orfèvrerie civile. Et pourtant, que de surtouts Louis XV dans cette Exposition! Mais passons, nous avons dit déjà ce qu'il fallait penser de ces copies et de cette soi-disant tradition.
Il y a une autre tendance qui nous paraît également fâcheuse dans ces grandes pièces d'orfèvrerie d'apparat, c'est celle qui les transforme en véritables monuments d'architecture ou de sculpture. Le type du genre, c'est le grand surtout exécuté par Christofle pour les Tuileries en 1863, et qui ressemble à quelque colossal sujet de fronton. Avec moins de solennité, c'est ce qui apparaît dans nombre de pièces d'orfèvrerie de cette époque, signées Carrier-Belleuse ou Froment-Meurice. Tout cela n'est plus que de la petite sculpture aussi grouillante, aussi peu adaptée que possible à la forme logique des objets qu'elle décore, candélabres, jardinières, etc.
Lorsque l'on fera l'histoire de notre art industriel depuis trente ans, on verra, dans ce genre d'orfèvreries monumentales et soi-disant décoratives, se substituer aux faunes, aux nymphes, aux bacchantes du second Empire des sujets plus simples, plus rustiques, plus réalistes; tels ceux des petits groupes en argent donnés comme prix dans des concours d'agriculture, que l'on voyait à la rétrospective et dont les sculptures sont dues à Coutan, à Gautheron, etc., mais qui ont encore le tort de n'être que des réductions ou des contrefaçons de statues. Tout en restant dans ce même esprit, nous
BRATEAU.