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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- René Lalique.
- POL NEVEUX.
- L'Ameublement à l'Exposition (2e article).
- @USTAVE] SOULIER.
- Les Appareils d'Eclairage Electrique à l'Exposition.
- G. L.
- Planche hors texte :
- Bijoux,
- Par René Lalique.
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NOVEMBRE
1900
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LOFAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
4e Année — N° 11.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent.
III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité.
IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis.
V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais.
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L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.
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RENÉ LALIQUE
L'an dernier, à pareille époque, M. Roger Marx a étudié ici même avec son soin coutumier, sa technique tout à la fois si documentée et si littéraire, le talent de René Lalique. Aussi ne serons-nous pas assez hardis pour essayer de dégager à notre tour la psychologie d'une œuvre que notre savant confrère a déterminée avec tant de précision et de bonheur. Nous tenterons seulement de résumer en quelques lignes l'impression personnelle ressentie aux Invalides devant l'exposition du jeune maître.
Sous un vol de chauves-souris se poursuivant dans un ciel de couleur scabieuse, des femmes gaies de vivre parmi tant de merveilles tordent leurs bustes de bronze amoureusement modelés, éploient leurs ailes dont les nervures se joignent et s'unissent pour une molle ronde devant les fabuleux joyaux qui s'étalent à leurs pieds. Sur des fonds pâles les bijoux se serrent, bagues et bracelets, chaînes et pendentifs, peignes et devants de corsage, multiples de lignes et de couleurs et cependant harmoniques entre eux, formant dans leur ensemble une nappe diaprée, mariée de tons comme une prairie printanière, ou le fond transparent et mystérieux de quelque gave reposé. Et cette réunion d'objets d'art constitue la victoire française, entre tant d'autres la moins discutée, la moins discutable, de l'Exposition Universelle de 1900.
Victoire d'autant plus décisive qu'on ne saurait même un instant établir valablement un parallèle entre le révolutionnaire René Lalique, précurseur d'un art nouveau et les intelligents industriels qui, utilisant ses recherches et ses créations, exposent à ses côtés des tentatives envieuses : lui, n'a pas recours à des collaborateurs plus ou moins talentueux; lui, n'a pas besoin d'appeler à la rescousse des dessinateurs multiples à l'originalité plus ou moins sûre, et les bijoux qu'il lui arrive de vendre, il peut en revendiquer hautement l'intégrale paternité: ils ne sont pas le fruit d'associations obscures, ils ne sont pas nés sous l'anonymat d'une quasi raison sociale.
Le talent de René Lalique apparaît cette année nettement dégagé de toute influence antique ou orientale. A coup sûr les chefs-d'œuvre des Egyptiens, des Italo-Grecs n'ont jamais été considérés d'un œil plus pénétrant que le sien, et l'art des Byzantins, des Florentins et des Japonais ne fut jamais plus jalousement étudié que par lui. Nous en avons pour mémoire les bonnes journées vécues
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écrivain coloré et rigoureux, à ce prodigieux artisan des « rustique figulines » que fut Bernard Palissy. Tous deux ont observé la nature avec une curiosité identique; ils se sont attachés aux plus légers détails et se sont attardés aux événements les plus menus. Ils n'ont rien trouvé de négligeable ni de méprisable dans le spectacle des choses.
Comme Bernard, Lalique semble s'être « pourmené par les champs, la tête baissée pour contempler les œuvres de nature », avoir lui aussi scruté du regard ces fossés de Saintonge pour y interroger le monde et la flore aquatiques, avoir étudié la germination, l'épanouissement, les maladies et la mort des végétaux, les habitudes et les gestes des oiseaux et des insectes, la « forteresse du loriot », les « coquilles du buxiné » l’« halacret » du hérisson de mer. L'orfèvre s'est souvenu qu'il était de la même terre que La Fontaine, et comme le fabuliste, il a chéri les bêtes et les plantes, en Champenois avisé, d'une foi touchante mais renseignée. C'est une connaissance aussi profonde de la vie rustique acquise dans les jardins et les bois, à l'atelier, voire même au Muséum, qui lui a permis de donner dans ses œuvres à la nature la seule interprétation qui soit propre à l'art ornemental. Ni copie servile, ni traduction littéraire au symbolisme prétentieux, telle a été sa formule. Et pour y être demeuré fidèle, pour avoir souhaité que le bijou ne fût pas la reproduction d'une planche d'album botanique ou d'atlas entomologique, et cependant que sa pensée demeurât simple et promptement saisissable, Lalique a excellé dans cette interprétation de la faune et de la flore qui triomphera toujours de la mode et des esthétiques passagères.
Tous ceux qui ont gardé le souvenir de ces fleurs inouïes, taillées dans des lames d'opales, qu'il exposa aux derniers salons, regrette-
naguère ensemble à la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts, penchés sur les vieux albums de du Cerceau, de Woeriot, de Collaert, des frères Marot. Mais de ce que tel peintre contemporain a pénétré l'âme des primitifs italiens ou des maîtres hollandais, il ne s'en suit pas qu'il en devienne nécessairement l'imitateur, le « détrousseur » selon l'expression de J.-K. Huysmans. La précision sérieuse de la vision de Lalique semble au contraire le relier directement à la claire tradition française. Fatalement le spectacle de ses bijoux, de ses aquarelles, nous a toujours fait songer à cet
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ront leur absence dans cette vitrine des Inva- lides où l'artiste a résumé son œuvre. Quels rêves émanaient de ces corolles aux reflets doucement irisés et où la disposition savamment étudiée et toujours si heureuse des pétales faisait jouer harmonieusement les reflets et les ombres. Fleurs de légendes, à la fois délicates et vivaces, fleurs de chair qui appelaient la de ceinture. L'artiste semble lui préférer main- tenant et l'émail translucide et l'émail opa- que ciselé. Il a tiré de cette matière discrète et multiple à l'infini, en la mariant à l'or et aux pierreries, des ensembles savoureux.
Regardez cette branche de fuchsias dont les feuilles si souples à retomber, s'ordonnent avec tant d'harmonie et dont les fleurs si closes, si caresse! Nous les retrouvons sur un de ces peignes où Lalique a utilisé cette matière simple et solide qu'est la corne, remise par lui en honneur après le long triomphe de l'insignifiante écaille blonde. L'opale taillée y forme le cœur doré de grands chrysanthèmes dont les pétales projettent mollement leurs rayons et qui semblent des astres mourants. Le rôle joué par la pierre ensorceleuse dans la reproduction de la fleur est plus restreint cette année, et c'est tout au plus si elle figurera la face blême des grands chardons alpestres sur le plat des bracelets ou au centre des agrafes chastes, s'égrappent avec tant de grâce. Voici une touffe d'anémones des bois dont la can- dipe blancheur semble pointer des feuilles mortes; des fougères naissantes, d'une architecture infiniment compliquée et précieuse; des pommes et des pignes, produits du pin sauvage, de l'épicea et du pin parasol. Voici des fruits, voici des semences : sur un tour de cou, des noisettes non mûres encore et que l'on devine molles, aqueuses, gardent leur justaucorps vert, et sur un pendentif, fragiles comme des éphémères, flottent les graines sveltes du sycomore, si délicieusement im-
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palpables que les enfants de la campagne les nomment les ailes d'anges. Ainsi toute une flore s'étale, précieusement choisie, tantôt épanouie et tantôt fanée, toujours captivante et mystérieuse. Dans la composition d'une chaîne ou d'un collier, des profils temps autour des festons violets des glycines et les gros coléoptères bruns qui s'enfuient gauchement à l'automne dans les flaques transparentes où verdissent les mousses. Il semble marquer pourtant une préférence pour la guêpe et la libellule. Au croissant en recueillis et graves se penchent parfois, respirent des lis avec ivresse ou baisent longuement des bleuets tendres comme des yeux : la fleur semble s'animer alors, palpiter du contact de la femme.
Mais voici d'autres amants des plantes : les insectes. René Lalique les a suivis dans leurs métamorphoses et dans leurs mœurs. Il a aimé les papillons et les bêtes à bon Dieu, les gros bourdons velus qui bruissent au prin- cristal de roche d'une épingle de robe, ivres et gavées, les guêpes se sont enroulées; leurs corps élégants de princesses ailées se sont confondus et l'arrangement de cet essaim jaune et noir est un délice pour l'œil; les couleurs éclatent traduites en émaux opaques, les anneaux semblent onduler et les antennes vibrer, inquiètes. Rien n'est à reprendre dans ce bijou de composition simple, d'exécution parfaite, et nous doutons fort qu'au musée de Stockholm, où il va figurer, beaucoup de pièces modernes aient à gagner à son voisinage.
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Monstrueuse, fantastique, la libellule au vol hésitant, enivré, s'aplatisit pour former un devant de corsage. La « demoiselle », la fée des saules déploie ses ailes transparentes, ses ailes bleu pâle et vert tendre, qui envelopperont les seins de leur palpitation continue. La tête de l'insecte a été remplacée par un visage féminin, une rigide figure de songe, taillée dans la chrysoprase, cette pierre qu'affectionnait le vieux Laborde et que Lalique à son tour aime trop. Ce splendide bijou nous enchante-rait par sa légèreté flexible, par son étincelante curiosité, n'était cette substitution que nous ne nous expliquons guère. La tête même de l'insecte, cette tête qu'envahissent des yeux d'émeraude valait mieux d'être reproduite que ce buste énigmatique dont la présence sur ce corps de tulle, si fidèlement interprété, nous étonne et nous contrarie.
Nous ne citerons que pour mémoire de ces solides coléoptères, de ces diables descendants de l'an-tique scarabée, qui encer-clent si magnifiquement sur des fonds vitrifiés les cols des vases de Lalique, pour nous occuper de ces oiseaux dont les attitudes figées, hiératiques, devaient passionner l'artiste français.
Au point de vue du caractère, ils n'ont rien à envier aux éperviers éployant leurs ailes du musée de Boulacq, ces cygnes qui, sur les pen-dentifs, glissent majestueux parmi les iris, déchirant les moires des étangs, dans des soirs dorés, ces cygnes fa-buleux qui nous condui-
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recèlent, la vérité de leurs couleurs métalliques, la maîtrise de leur anatomie dissipent toutes les répulsions. La vérité est victorieuse de la répugnance physique et devant cette hydre merveilleuse la contemplation ne se lasse pas. Seule demeure en l'esprit la mémoire des vers de Boileau et de la phrase du vieil auteur : « il y avait certains serpents, aspicz et vipères, couchez et entortillez en telle sorte que la propre nature enseigne ».
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Entraîné par sa fantaisie, René Lalique a utilisé aussi le paysage. Sur de grands bijoux, pendants ou agrafes, il a montré dans l'émail des bords de lacs aux reflets mordorés, des sapinières où les bran-
sent au pays des légendes plus sûrement que les proses médiévales de quelques subtils contemporains. Voici des faisans et des paons, dont le plumage égale en richesse le costume de ce roi Salomon, que nous voyons portraicturé au Petit Palais, sur les hautes lisses de Sens : tantôt ils se regardent, affrontés parmi des arabesques de pierres fines, et tantôt solitaires, ils sont branchés fièrement sur un pin dont les racines plongent dans la mer, qu'incendie le crépuscule du soir. Derrière le sombre lacis des ramures, l'artiste nous fait entrevoir des oiseaux de proie, buses et vautours, dont les silhouettes menaçantes se découpent sur des nuits sans lune.
La vie, l'agitation reparait. Des hirondelles s'enfuient sur un ciel d'opale; autour d'un bracelet, des chauves-souris dansent leurs sarabandes entre des étoiles de roses, tandis que sur un peigne, plus lentes, plus funèbres, elles se jouent autour d'astres pâles que figurent des pierres de lune. Plus loin des coqs en bataille agitent leurs crêtes, tandis qu'un autre enserre en son bec nerveux un énorme diamant jaune.
Mais voici qu'apparaît au centre de la vitrine un bijou d'une rare somptuosité et d'une incomparable réalisation. D'un nœud de serpents tordus et contractés partent neuf têtes qui s'étalent en éventail, crachant des chapelets de perles baroques. On ne saurait traduire l'horreur et la beauté de cette masse vivante. La sensation de la force que ces bêtes
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René Lalique
ches ploient sous le fardeau des neiges, une futaie profonde où la dame des romances se promène avec son lévrier.
Dans le cristal de roche, le silex ou la chrysoprase il a sculpté la figure féminine, visages d'allégories ou visages de réflexion et de rêveries, et selon les vers de Heredia il a souventes fois:
Casqué les blonds cheveux de quelque bête ailée Et fait bomber les seins sous la gorgone d'or.
Il s'est aussi abandonné à son rêve et il a mêlé l'effigie des fées à l'entrelacement des plantes et des bêtes enchantées. Un conte délicieux de Jean Lorrain lui a donné le motif d'un collier de chien inoubliable : une tête de jeune femme qu'auréolent et que coiffent de charmantes reinettes, merveilleuses de couleurs et de vie.
Nous ne saurions oublier deux joyaux qui provoquent l'admiration de tous. Le premier est un devant de corsage où l'artiste a réalisé son plus suave poème de nuances. Il symbolise la nuit, et tandis qu'aux extrémités deux figures de songes, immatérielles et tièdes, telles des âmes de fleurs, se convulsent et s'étirent dans des attitudes lassées, un grand bandeau s'étale entre elles, fleuri de gros saphirs et de petits diamants qui peignent la voie lactée, les nébuleuses perdues dans l'azur infini. La tonalité bleue, si nuancée, si variée, de cette merveille, où la matière et le dessin se marient étroitement, est une suggestive trouvaille d'art. Aucune œuvre de symbolisme plus saine d'exécution, plus éloquente, ne s'est peut-être produite depuis des siècles dans l'histoire de l'orfèvrerie. Elle pourrait être placée côte à côte de ce chef-d'œuvre de Benvenuto du musée de Chantilly, où l'on voit s'envoler le char d'Apollon à travers l'éther impalpable. Et voici ce diadème de Bérénice, reine de Palestine, où s'insèrent entre les rouges grenats de fragiles évocations de la vie antique, taillées dans des émaux plus suaves de colorations que ces vieilles porcelaines de Wedgwood qu'ils rappellent. Des scènes d'une grâce incomparable, où le charme des peintures étrusques s'unit à la candeur des primitifs, et où l'artiste a révélé avec une douceur toute racinienne sa délicate compréhension des siècles classiques.
Lorsqu'on s'arrache à ces merveilles, on rêve aux bijoux d'Homère, aux joyaux que portaient les fières dames des mémoires de Cellini et des discours de Brantôme. Et volontiers on évoque Salammbô... « des perles de couleurs va-
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riées descendaient en longues grappes de ses oreilles sur ses épaules et jusqu'aux coudes. Elle portait, autour du cou, de petites plaques d'or quadrangulaires représentant une femme entre deux lions cabrés, et son costume reproduisait en entier l'accoutrement de la déesse.
Or voici qu'ils nous sont rendus, conçus selon nos idées modernes, ces joyaux dont notre imagination paraît les belles d'autrefois. Et ils nous sont restitués grâce à René Lalique. Comment résumer le secret de sa maîtrise? De plus autorisés ont cru le trouver dans l'union intime du dessin et des matières employées, dans une sensibilité des couleurs très aiguë et toute nouvelle surgissant à une époque où le summum de l'art semblait résider dans le mariage du diamant sur les bagues avec le saphir ou le rubis, conception de lapidaire qui choquait l'œil le plus novice. D'autres enfin ont surtout admiré en lui l'artisan qui remettait en honneur les métaux méprisés et ne s'était plus contenté de «ces douze pierres rares, lesquelles Saint Jean, en son Apocalypse, prend comme par une figure des douze fondements de la sainte cité de Jérusalem».
Pour nous, son originalité réside en ce qu'il a presque toujours trouvé une architecture pour les bijoux qu'il créait. Lalique n'a pas suivi l'erreur essentiel de nos décorateurs contemporains, lesquels semblent se préoccuper tout d'abord du détail, en laissant au hasard le soin de leur enseigner par la suite cette ligne d'ensemble que ne leur donne pas l'architecture contemporaine. En cette époque où l'on n'offre guère au public que des œuvres fragmentaires, il a cru que les bijoux devaient être des touts. Nous concevons mal, en effet, ce paradoxe ingénieux qui consiste à ne voir dans un joyau qu'une œuvre d'art nulle en elle-même, et qui ne prend d'importance qu'autant qu'elle participe à l'ornementation, disons le mot, à l'ensemble de la toilette féminine.
Le bijou doit exister par lui-même: il a le droit de bénéficier de certaines présentations heureuses, mais il faut qu'il garde sa saveur propre, porté par la brune ou la blonde, par la laide ou par la jeune, étalé parmi les dentelles ou fixé dans la vitrine du collectionneur. — Il doit être aussi chose précieuse et achevée, et il ne saurait sous aucun prétexte se contenter de l'indication ou de l'esquisse: les médiocres tentatives de peintres ou de sculpteurs avisés et chercheurs, mais ignorants de toute technique, nous ont, ces temps derniers, suffisamment édifiés.
Ces idées nous paraissent être parmi celles qui ont conduit René Lalique au point de perfection où le voici arrivé; mais toutes les explications contingentes seraient impuissantes à justifier son talent, si nous n'avions la certitude que, maître ciseleur, maître joaillier, maître émaileur, Lalique a aimé passionnément ses bijoux de toute son âme d'artiste, et sans arrière-pensée de lucre, ni de sacrifice à la mode. Là réside, croyons-nous, son vrai secret, sa «recepte véritable».
Pol Neveux.
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L'Ameublement à l'Exposition
Deuxième article
n a examiné dans un premier article quelques ensembles d’ameublements français; nous allons nous arrêter devant quelques autres, mais il est déjà utile de chercher à dégager, à travers les exemples étudiés, quelques caractères généraux qui nous feront saisir dès maintenant l’orientation du mobilier moderne dans notre pays.
Un premier examen nous a conduit à relever des particularités de recherches personnelles, chaque artiste poussant sa réflexion et ses investigations dans une voie un peu spéciale, et préoccupé surtout d’assurer à ses meubles telle ou telle qualité. M. Charpentier, par exemple, guidé par son instinct de sculpteur, cherche les modèles et la décoration de détail, prenant une part importante dans compter tout d’abord, tandis que M. Gaillard tient aux formes plus copieuses, dégagées de la masse du bois comme dans une matière cohésive.
Et cependant, malgré ces divergences souvent capitales en apparence, des principes communs arrivent à se préciser, et la construction même du meuble, en dépit souvent de la conviction de l’auteur, qui pense avoir fait œuvre entièrement originale, revêt un caractère général, caractéristique du temps et du milieu, provenant des influences communes que l’on a subie à notre époque, et d’où se dégagera un peu plus tard, plus nettement qu’aujourd’hui même, l’impression d’un style déterminé. Il est évident, en effet, que tous ceux qui s’efforcent de nos jours avec sincérité de nous donner notre mobilier, logiquement conçu en vue de nos habitudes d’esprit et de nos besoins pratiques, sont amenés à se ren-
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l’aspect général du meuble; M. Majorelle enrichit encore cette ornementation par le rôle accordé en particulier aux panneaux de marqueterie; pour M. Colonna, c’est la grâce légère et aisée de la ligne générale qui semble contrer, les éléments du problème étant les mêmes pour tous, et chacun devant, en dernière analyse, les comprendre comme on les comprendra autour de lui. Et de fait, nous pouvons voir que le mobilier anglais nous a habitués à
JANSEN.