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ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 4 • N° 8 • DÉCEMBRE 1953 • 300 FRS
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ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 4 • N° 8 • DÉCEMBRE 1953 • 300 FRS
Théo Van Dœsburg, par Michel Seuphor et H. Buys . . . . . . . . . . . . . . . . 3 L'Aubette de Strasbourg, par Michel Seuphor . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Pour un large débat : interwiev de M. Mario Pedrosa, par Edgard Pillet . . . . . 14 Hommage à Francis Picabia, par René Clair . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 La situation sociale et économique de l'artiste, par Léon Degand . . . . . . . 17 Le groupe Espace, par Edgard Pillet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 L'Art et la Technique : Herbin, Poliakoff et Pevsner, par Roger Bordier . . . . 19 EXPOSITIONS : Le Corbusier, par Michel Seuphor . . . . . . . . . . . . . . . 26 Kandinsky, par Léon Degand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 Dewasne, par Léon Degand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Agam, Breuil, Bursens, Carrey, Dmitrienko, Gillet, Jonas, Kalinowski, Kolos-Vari, Lapicque, Leppien, Lipsi, Lolo, Néjad, Pillet, Tsue-ta-tee, Marry Webb, Zao-Vou-Ki, par Roger Bordier, Léon Degand, Delahaut, Michel Seuphor et Herta Wescher . . . 29 Informations, Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32 --- LES EXPOSITIONS A PARIS ET DANS LE MONDE ART FOLKLORIQUE ROUMAIN Maison de la Pensée française à Paris Novembre - Décembre ART SUÉDOIS Galerie Apollo à Bruxelles du 23 novembre au 3 décembre ATELIER Gravures Amsterdam du 26 novembre au 23 décembre AVATI Estampes et dessins Galerie Simone Badinier à Paris du 13 au 30 novembre BAERTLING Peintures Upsal (Suède) Novembre BEOTHY Sculptures Galerie c. a. w. à Anvers du 5 au 17 décembre BETTINA Peintures Galerie d'art del Naviglio à Milan Décembre BLOC André Peinture, sculpture, architecture Galerie Denise René à Paris du 15 janvier au 10 février BOGEN Peintures et sculptures Préface de Madeleine Rousseau Ateneo de Valencia-Venezuela Novembre BOUCOIRAN Peintures murales 5 Rue de Suger à Paris du 1er au 30 décembre BOURDIN Photographies Galerie Huit à Paris du 15 novembre au 1er décembre BURY Pol 10 plans mobiles Préface de Jean Séaux Galerie Apollo à Bruxelles du 4 au 17 décembre DUCHAMP Marcel et Francis PICABIA Peintures Rose Fried Gallery à New-York du 7 décembre au 8 janvier FAHR-EL-NISSA ZEID Peintures Galerie Dina Vierny à Paris du 4 décembre au 7 janvier GALICIA JOSÉ LUIS Peintures Galerie Estilo à Madrid du 16 au 28 novembre GILIOLI Tapissières Galerie La Demeure à Paris du 15 décembre au 2 janvier GILIOLI, PILLET, DEYROLLE Galerie Arnaud à Paris du 17 décembre au 6 janvier GIORDANO Edouard Peintures Galerie del Naviglio à Milan Décembre GRAFIK Art graphique Berne novembre GROMAIRE Aquarelles et dessins Galerie Carré à Paris du 15 décembre au 15 janvier (Suite page III couverture) La couverture a été spécialement composée par Jean Dewasne. Le hors-texte en couleurs a été exécuté en sérigraphie par Arcay, d'après un relief de 1927 de Sophie-Taueber-Arp. Ce numéro a été composé et mis en pages par Sarisson.
Théo van Doesburg 1883 1931 Théo van Doesburg en 1924. Ph. de Mme Lucia Moholy-Nagy. Ci-dessous : Poème extrait de « De Stijl », n° 11, de nov. 1921 Blikken trommel RANSEL BLikken trommel Blikken trommel Ransel Blikken trommel Ransel Blikken trommel RAN Rui schen Ruischen Ruisch... Rui... Ru... R... r... Je le revois encore tel qu’il m’apparut la première fois, au début de 1922, lors d’une conférence qu’il vint faire à l’Athénée d’Anvers, tout de noir habillé, la veste de velours boutonnée très haut, l’air sévère, inquisiteur, un de ces hidalgos des Pays-Bas descendus tout droit d’un tableau du Greco. Ce qui m’impressionna plus encore c’est qu’il était accompagné de deux très jolies femmes. Mais il avait une voix de tête et l’on suivait mal la diction. Les projections lumineuses des œuvres des peintres du Stijl qui illustraient le discours ne furent, je crois, convaincantes que pour moi. C’était un merveilleux propagandiste, un bagarreur de premier ordre. En cela, il était juste le contraire de Mondrian. Cependant les deux hommes étaient du même type : visage étroit, allongé, dolichocéphales de type ibérique évident. Mondrian était timide, excessivement prudent. Doesburg était casse-cou, effronté, agressif avec de brusques accès d’amitié. L’un disait en bougonnant : « Ça n’est pas si grave, ça passera »; l’autre criait : « Je ne laisserai pas passer ça ! » et il sonnait l’attaque. De Stijl est autant l’œuvre de l’un que de l’autre. Mondrian faisait de la théologie conventuelle, Doesburg la divulguait, la faisait entrer dans la lice, exécutait pour elle de hautes œuvres, faisant même l’office de bras séculier. Ils s’étaient connus en 1915 lorsque Mondrian, qui avait onze ans de plus que son nouvel ami, venait d’accomplir la transformation du cubisme en abstraction pure. Doesburg ne l’oublia jamais et rappela opportunément, en 1923, que Mondrian était « le père » du mouvement. Mais ce que Doesburg a apporté à Mondrian par la création du Stijl n’est pas négligeable. Sans la revue, Mondrian n’aurait jamais codifié le néoplasticisme en des articles mémorables. Le fourgon chargé d’or avait besoin de la locomotive ; la locomotive n’aurait pas eu de sens sans le fourgon chargé d’or. Mais cet engin piaffant avait le goût de l’aventure. Il lâchait le fourgon, à la fin. Si van Doesburg n’était pas mort prématurément, en 1931, il nous aurait ménagé quelques surprises. Michel SEUPHOR.
Van Doesburg 1900 1916 1. Paysage. 2. Dessin. 3. Reconstruction d'une figure. 4. Arbre maison. 5. Etude pour une composition. $\mathcal{S}$
1917 Van Doesburg 1. Sculpture pour un monument. 2. Composition. Le développement de Théo Van Doesburg Le langage de van Doesburg est difficile à comprendre, même pour ceux qui voient se dérouler en face d'eux la vie de cet artiste, divisée en ses réalités tangibles et visibles. Au début, en 1906, son œuvre était encore tranquille, sans complications, naturaliste. Il employait crayon et pastel. En 1910 et 1911 on note une singulière subtilité dans la ligne et dans les tons vert tendre et gris. De 1914 à 1917 il fait preuve d'une véritable victoire sur l'objet, qui deviendra caractéristique de son œuvre par la suite. La représentation naturaliste ouvre la voie à la représentation dynamique. Les créations sont immatérialisées jusqu'à ce que l'ensemble soit absorbé dans un rythme de lignes qui, généralement, symbolisent un mouvement. Van Doesburg écrit alors ces mots significatifs : « Le cubisme a mis en lumière le but et la véritable signification de l'art de la peinture, c'est pourquoi il est la fondation qui doit supporter le solide monument de l'expression de l'art futur. « Le cubisme signifie la mort de l'art mineur, la renaissance de l'art plastique. C'est l'expression riche et fertile d'une prise de conscience. » Si Cézanne a composé le nouvel alphabet pictural, le cubisme le transforme en un langage plastique, qui parle d'esprit à esprit. Par le cubisme fut révélé ce qui était resté caché pendant des siècles et ne pouvait que se maintenir timidement. Les composantes de l'art de la peinture : espace-plan-ligne-couleur ont été utilisées à faux et déshonorées à d'autres fins. Van Doesburg suit un processus analogue dans ses tableaux. Au début — dans la période brune — on discerne un tempérament extrêmement sensible qui s'exprime par le naturalisme ; mais bientôt apparaît une tendance vers l'abstraction, qui se manifeste de plus en plus, avec le temps. La couleur change aussi : « Nous devons remplacer le monde brun par le monde blanc », écrit-il quelque part avec une juvénile assurance. En effet, nous voyons la touche devenir plus légère, les couleurs plus transparentes ; les formes des objets s'estompent. Nous sommes frappés par une expression en partie expressionniste, en partie abstraite ; il manifeste un caractère mystique d'une clarté exceptionnelle, et finalement ses œuvres s'affirment ; sous la poussée d'un vigoureux élan intérieur, elles s'élèvent au-dessus de l'objet et atteignent à ce que les hommes appellent « l'universel ». Peu à peu ses œuvres sont devenues spatiales et architectoniques, une nouvelle notion de l'espace a été projetée sur l'espace à deux dimensions : Van Doesburg a concrétisé d'une manière très personnelle le problème temps-espace. Dans ses « contre-compositions simultanées » il emploie une terminologie apparemment dérivée du mathématicien Poincaré. Van Doesburg s'est dépassé lui-même, comme il était fréquent aux artistes de la période naturaliste. Il a rendu visible l'espace à quatre dimensions et, en même temps, le processus que devait suivre l'homme pour devenir conscient, ce qui est peut-être une représentation totale du monde dans son expression la plus simple. C'est pourquoi les œuvres de van Doesburg et de Piet Mondrian sont importantes, non (Suite page 6)
Cette revue d'art contemporain, numéro 8 de sa quatrième série, présente des articles sur Théo Van Doesburg, l'Aubette de Strasbourg, Francis Picabia, et la situation sociale de l'artiste. Elle inclut également des critiques d'expositions sur des artistes comme Kandinsky et Le Corbusier, ainsi qu'une section d'informations et de bibliographie.