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ART MÉDITATIONS ESTHETIQUES 1911 aux Indépendants, où la salle réservée aux cubistes causa une profonde impression. On y voyait des œuvres savantes et séduisantes de Jean Metzinger; des paysages, l'homme na et la femme aux phlox d'Albert Gleizes; le portrait de Mme Fernande P... et les jeunes filles par Mlle Marie Laurencin. La Tourteau de Robert Delaunay, L'individu de Le Fauconnier, les nus dans un paysage de Fernand Léger. La première manifestation des cubistes à l'étranger eut lieu à Bruxelles, la même année et dans la préface de cette exposition j'acceptai, au nom des exposants, les dénominations : cubisme et cubistes. A la fin de 1911, l'exposition des cubistes au Salon d'Automne fit un bruit considérable, les moqueries ne furent épargnées ni à Gleizes (La chasse, Portrait de Jacques Vrayrat), ni à Metzinger (la femme à la cuiller) ni à Fernand Léger. A ces artistes, s'était joint un nouveau peintre, Marcel Duchamp et un sculpteur-architecte, Duchamp-Villon. D'autres expositions collectives eurent lieu en novembre 1911, à la Galerie d'Art Contemporain, rue Tronchet, à Paris. En 1912, au Salon des Indépendants qui fut marqué par l'adhésion de Juan Gris; au mois de Mai, en Espagne, Barcelone accueille avec enthousiasme les jeunes Français enfin au mois de Juin, à Rouen, exposition organisée par la Société des Artistes romands et qui fut marqué par l'adhésion de Francis Picabia à la nouvelle École. --- Note écrite en septembre 1913 --- > "Quand nous avons fait du Cubisme, nous n'avions aucune intention de faire du Cubisme, mais d'exprimer ce qui était en nous." Picasso. --- Handwritten Notes: - 4/1 - IX - 1A10 - Hansane - e - hors alinéa - Le cubisme est l'art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments empruntés, non à la réalité de vision, mais à la réalité de composition. - Il ne faudrait pas pour cela faire à cette peinture le reproche intellectuelisme. Tout homme a le sentiment de cette réalité intérieure. Il n'est pas besoin d'être un homme cultivé pour concevoir, par exemple une forme ronde. - L'aspect géométrique qui a frappé si vivement ceux qui ont vu les premières toiles / abstest venait de ce que la réalité essentielle y était rendue avec une grande pureté et que l'accident visuel et anecdotique en avait été éliminé. - En représentant la réalité-conçue, le peintre peut donner l'apparence de trois dimensions, peu en quelque sorte cubiquer. Il ne le pourrait pas en rendant simplement la réalité-vue, à moins de faire du trompe-l'œil en raccourci ou en perspective, ce qui déformerait la qualité de la forme conçue. - Les derniers tableaux de Cézanne sont des œuvres cubistes. - L'école moderne de peinture me paraît la plus audacieuse qui ait jamais été. Elle a posé la question du beau en soi. --- Additional Annotations: - Méditations Esthétiques - Le cubisme est l'art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments empruntés, non à la réalité de vision, mais à la réalité de composition. - Il ne faudrait pas pour cela faire à cette peinture le reproche intellectuelisme. Tout homme a le sentiment de cette réalité intérieure. Il n'est pas besoin d'être un homme cultivé pour concevoir, par exemple une forme ronde. - L'aspect géométrique qui a frappé si vivement ceux qui ont vu les premières toiles / abstest venait de ce que la réalité essentielle y était rendue avec une grande pureté et que l'accident visuel et anecdotique en avait été éliminé. - En représentant la réalité-conçue, le peintre peut donner l'apparence de trois dimensions, peu en quelque sorte cubiquer. Il ne le pourrait pas en rendant simplement la réalité-vue, à moins de faire du trompe-l'œil en raccourci ou en perspective, ce qui déformerait la qualité de la forme conçue. - Les derniers tableaux de Cézanne sont des œuvres cubistes. - L'école moderne de peinture me paraît la plus audacieuse qui ait jamais été. Elle a posé la question du beau en soi. --- Footer: Picasso.

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Couverture --- Pages des “Peintres cubistes”corrigées par Apollinaire --- Léon Degand --- 1 Situation et signification du cubisme --- Daniel-Henry Kahnweiler --- 3 Naissance du cubisme --- Léon Degand --- 9 La Peinture cubiste --- Herta Wescher --- 33 Les Collages cubistes --- Julien Alvard --- 43 L’Espace cubiste --- Pierre Guéguen --- 50 La Sculpture cubiste --- R. V. Gindertael --- 63 De quelques Dessins cubistes --- Léon Degand --- 71 Apollinaire et le Cubisme --- Gabrielle Buffet --- 74 La Section d’or --- Pierre Albert-Birot --- 77 A propos d’cubes --- Hors texte --- Planche tirée dans notre atelierde sérigraphie par Arcay avec lacollaboration de Pierre Lacombe,d’après “Le compotier” de Juan Gris. 1923. --- Le choix des documents des pages 20, 29,32, 41, 59, 60, 61, 62, 68, 70, 73, 76et 80, la présentation, la composition, etla mise en pages de ce numéro ont étéréalisés d’après les maquettes de Sarisson. --- Nous sommes heureux de remercier tous ceuxqui ont spontanément remis des documents pourl’édition de ce numéro, et plus particulièrementM.M. Alfred Barr, Directeur du Musée d’ArtModerne de New-York, P.A.-Birot, L. Biton, S. Férat,D.-H. Kahnweiler, H.P. Roché, Sweeney, D’ de laFondation Solomon R. Guggenheim de New-York. ---

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SITUATION Le présent numéro d'Art d'Aujourd'hui n'a pas la prétention d'apporter une documentation complète ou des vues définitives sur le Cubisme. Ce serait le rôle du grand ouvrage de fond que l'on finira bien par nous offrir un jour et qui exigera de l'historien un sérieux dépouillement d'archives, la compétence, la lucidité et l'objectivité les plus rares. Nous nous sommes efforcés seulement de considérer les aspects principaux du Cubisme, mais dans l'espoir, non dissimulé, qu'une signification globale de ce magnifique mouvement se dégagerait de l'ensemble de notre étude. Peut-être, plus que nos quelques prédécesseurs dans semblable entreprise, avons-nous bénéficié du recul. Le recul, dit-on, met tout à sa vraie place. C'est possible. Ce n'est pas certain. Quoi qu'il en soit, nous osons affirmer que le Cubisme appartient désormais au passé. Et nous nous déclarons convaincus de ne pas avoir trahi les intentions du Cubisme, même si nos conclusions ne concordent pas toujours avec celles des acteurs et des témoins de l'époque. Le Cubisme est né en 1907, année des Demoiselles d'Avignon de Picasso. Ainsi en a-t-on décidé beaucoup plus tard, car en 1907, personne, pas même Picasso, ne s'avaisait de l'existence, effective ou probable, du Cubisme. On pouvait supposer alors qu'il ne s'agissait que d'une réaction contre l'impressionnisme. Et l'on était encore en droit de s'en tenir à cette supposition au moment où les Cubistes, en raison des « cubes » qui apparaissaient dans leurs œuvres, furent pour la première fois accusés de faire du cubisme. Dans la suite, cependant, cette appellation devait s'avérer fort loin de convenir pour définir le Cubisme en entier. Dès 1910 les Cubistes ne sacrifiaient plus tellement au « cube ». Et si l'on veut bien admettre, conformément à la réalité, d'ailleurs, que le Cubisme ne s'arrêta pas en 1914 et continue bien au delà de 1918, il faut reconnaître que le Cubisme ne fut une révolution du « cube » qu'à l'origine et pendant fort peu de temps. On aurait tort de se figurer que le Cubisme fut immédiatement et au cours de toute son existence quelque chose de bien défini. Ce fut, au contraire, une conception dont ceux qui la créèrent et la développèrent ne prirent conscience qu'au fur et à mesure qu'ils la pratiquaient et lui suscitaient des avatars. Le recul seul nous permet aujourd'hui de concevoir le Cubisme comme un tout, possédant un début et une fin. Encore cette fin est-elle beaucoup moins nette que le début. Elle se perd, en effet, au sein d'évolutions ultérieures des arts plastiques, à la manière du grain qui meurt. Est-ce à dire que les Cubistes n'eurent vraiment aucune idée d'un désir profond qui, malgré la diversité des résultats, guidait l'esprit de leurs recherches ? Non. Assurément, le grand problème de base, qui divise à nos yeux les arts plastiques en deux branches distinctes, n'était pas encore posé avec autant de clarté et dans les mêmes termes qu'aujourd'hui. Mais on savait assez bien tout de même, vers 1907, dans quelle direction les arts plastiques étaient entraînés : dans la direction inverse de celle d'un art photographique, et avec une tendance très marquée à l'autonomie. Depuis plus de vingt ans les déclarations, plus ou moins conscientes, réticentes ou enveloppées, se multipliaient en faveur de cette orientation. On la discernait sans trop de peine dans l'évolution si particulière de toute la peinture d'avant-garde. Et, à défaut de ces informations, il suffisait presque de respirer l'air du temps. En somme, depuis et y compris l'impressionnisme, à quelle espèce de manœuvre la peinture d'avant-garde se livrait-elle ? À un singulier déploiement de ruses à l'égard de la représentation du monde extérieur. Les Impressionnistes avaient donné l'exemple. Fervents du travail « sur le motif », ils offraient apparemment le spectacle d'une fidélité absolue à la figuration. En réalité, sur leur toile, ils ne se gênaient pas pour réduire l'image du monde extérieur à la seule représentation des impressions lumineuses. La figuration était si bien altérée que Kandinsky, à Moscou, à la fin du siècle dernier, ne parvint pas à identifier par lui-même les objets représentés par une Meule de Claude Monet. Les Impressionnistes avaient transmis leur obsession de la couleur à leurs transfuges et à leurs successeurs, à Cézanne, Gauguin et Van Gogh, à Seurat, aux Nabis et aux Fauves. Justifiée d'abord par la représentation de la lumière, cette couleur ne l'avait plus été, bientôt, que par le besoin du peintre d'exprimer un sentiment aussi exclusivement pictural que possible. On passait à l'arbitraire, à l'autonomie de la couleur, préjudant à une autonomie plus complète de la peinture. Or, c'est dans cette atmosphère d'affranchissement que naquit le Cubisme. Il n'y fut pas insensible. À la volonté d'une autonomie de la couleur, il n'eut de cesse d'avoir joint une volonté d'autonomie de la forme. Le mouvement s'étendit aux sculpteurs. Une formidable invitation était lancée, à fuir désormais tout ce qui pouvait entraver la réalisation du nouvel idéal, à pousser l'effort jusqu'au bout. La voix des Cubistes s'unissait, en fait, à celle des Fauves. L'appel fut entendu. Par les Fauves ? Non. Par les Cubistes ? Oui, par quelques-uns. Ce qui démontre que l'on n'est pas nécessairement porté soi-même par les tempêtes que l'on déclenche ou, plus exactement, que l'on contribue à déclencher. Ennemis de l'impressionnisme en ce qui concerne sa technique, son amour de la lumière et ses « délégences », les Cubistes étaient néanmoins les continuateurs et les propagateurs vigoureux de l'état d'esprit anti-figuratif qu'il avait inauguré. Et si le Cubisme ne fut pas le père de tous les Abstraits qui surgirent sous son règne, son effort, en tout cas, doit compter au nombre des encouragements les plus précieux qui aidèrent l'Abstraction à se former. par Léon Degand

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Daniel-Henry Kahnweiler NAISSANCE DU CUBISME Il me paraît inutile de raconter une nouvelle fois l’origine du terme. (Cf. mon Weg zum Kubismus, p. 15). Qu’il suffise de dire que son auteur est — comme ce fut le cas pour le Fauvisme — Louis Vauxcelles qui parle, sans doute, à la suite d’une boutade de Matisse, de « cubes », dans son compte rendu de l’Exposition Braque à ma Galerie de la rue Vignon (Gil Blas, 14 novembre 1908), et de « bizarreries cubiques » au printemps suivant, lors des « Indépendants », dans le même journal, toujours à propos de Braque (24 mars 1909). Il s’agit donc d’un nom inventé par un adversaire. Quand, dans l’hiver 1906-1907, Picasso peint la grande toile appelée, bien plus tard, Les Demoiselles d’Avignon, il semble bien ne plus être resté insensible au problème qui était, autour de lui, le grand souci de tous. (Celui de la couleur.) Dans ce tableau il s’attaque, en effet, en même temps qu’au problème de la forme, à celui de la couleur. Les trois femmes placées sur la gauche du tableau sont encore dans la tradition de l’époque rose, peintes en camaïeu, couleur chair. Toutefois, ce ne sont plus des dessins rehaussés, et l’aspect n’en est plus classiciste. Les formes sont modelées fortement, le corps, comme disaient les premiers spectateurs déconcertés, « équarris à coups de hache ». Sur la droite, par contre, deux autres femmes, l’une debout, l’autre accroupie, témoignent de recherches bien plus hardies. Elles sont violemment colorées et la couleur, non étalée, mais étirée en traits parallèles, s’efforce de créer la forme, non par l’ombrage du clair-obscur (comme dans la partie gauche) mais par le dessin, par la direction des traits dont elle se compose. C’est proprement cette partie droite des Demoiselles d’Avignon qui constitue le début du cubisme.