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ART D'AUJOURD'HUI --- REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN - N° 9 - AVRIL 1950 - LA GRAVURE DE 1900 À 1950 - PRIX DU N° : 125 FRS

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SOMMAIRE PAGES 1. COUVERTURE, composition d'après la photographie d'un cuivre de J. Villon. 2. CINQUANTE ANNEES DE GRAVURE, par M. Adhemar, Conservateur adjoint au Cabinet des Estampes. 7. L'ARTISTE ET L'ARTISAN, par Léon Degand. 9. MATIERE ET MAIN, par G. Bachelard. 10. GRANDEUR ET MISERE DU LIVRE D'AMATEUR FRANCAIS, par G. Blaizot. 11. GRAVURE AU BURIN, par R. Vieillard. EAU-FORTE 1950, par Fautrier. 12. MOTO-PORTRAIT, par Yersin. - IMPROVISATION DE LA GRAVURE, par H. Goetz. 13. L'ELOGE DU BURIN, par A. Flocon. 15. L'ARDOISE GRAVEE, par R. Ubac. 16. EAU-FORTE ET MATIERES, par R. de Solier. 18. LETTRE de Chastel. 20. MEFIONS-NOUS DES GRAVEURS ET POURTANT..., par P. Descargues. 22. LES EXPOSITIONS DU MOIS. 24. BIBLIOGRAPHIE Ce numéro d’« ART D'AUJOURD'HUI », consacré à la gravure, a été réalisé en grande partie avec le concours du Groupe Graphies et grâce à la collaboration très active d'Albert Flocon, à qui nous exprimons notre reconnaissance. 300 exemplaires numérotés contiennent, au choix, un hors-texte tiré sur une planche originale de : Boumeester, Bertholle, Chastel, Durand, Duthoo, Fautrier, Friedländer, Fiorini, Flocon, Goetz, Le Louarn, Le Moal, Plaubert, Prébandier, Signovert, Singier, Ubac, Vieillard, Villon, Vulliamy, Yersin, Zoo-Wouki. ABONNEMENTS FRANCE : 800 fr. — ÉTRANGER : 1.000 fr. ART D'AUJOURD'HUI COMITE DIRECTEUR : André BLOCH - Léon DEGAND Pierre FAUCHEUX - Edgard PILLET Secrétaire général de la Rédaction : E. PILLET Revue Mensuelle C. Ch. P. Paris 1519-97 Editions de l'Architecture d'Aujourd'hui Boulogne (Seine) Molitor 61-80 --- PICASSO. Le repas frugal. Eau-forte. 1904. CINQUANTE ANNÉES DE GRAVURE Chaque fois qu'on parle de gravure, il faut toujours présenter d'abord une défense de cet art trop négligé. Et pourtant l'estampe, vantée par de grands esprits de tous les temps, a une valeur, une force toute particulière. Mais le public ne s'y intéresse pas assez, et cela sans doute parce que la gravure reste hors de l'éducation : on apprend aux enfants à dessiner, à peindre dans les classes, personne ne leur apprend à graver, personne ne leur parle d'estampes, alors que, jusque vers 1850, chacun pouvait au moins graver une planche à l'occasion et chacun savait le plaisir qu'on peut éprouver à regarder des estampes. Lorsqu'il eut 12 ans, le futur Edouard VII reçut de sa mère un memorandum, lui traçant un programme de vie ; la Reine Victoria y recommandait notamment de consulter des estampes, afin de former son goût et « nourrir sa conversation » ; peut-être les pays anglo-saxons remettront-ils cette pratique en usage, certaines universités américaines semblent en avoir l'idée, le public français n'en est pas encore là, malgré les GHAGALL. Eau-forte.

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efforts des Sociétés de gravure et de quelques trop rares critiques, c'est d'autant plus dommage que l'école de Paris, qui a pris depuis cinquante ans la première place dans le monde, compte des graveurs d'un talent immense, et qui constitueront une des formes les plus valables du message de l'art contemporain. Ces graveurs peuvent se classer en trois générations, celles de 1908-1911, de 1920 et de 1940. Voyons-les l'une après l'autre en regrettant que le cadre trop étroit de cet article ne nous permette pas de rendre hommage à tous ceux que nous estimons. Tout d'abord, en 1900, à l'aurore du siècle, lorsqu'on voulait, dans le monde des amateurs et des marchands, parler d'un graveur hardiment moderne, on prononçait le nom de Whistler. Celui-ci, alors âgé de 70 ans, avait certainement, par ses abréviations hardies, par son impressionnisme papillotant, renouvelé l'estampe, et aboli le culte qu'on portait jusqu'au milieu du XIXe siècle à la gravure «finie», à l'estampe savamment cuisinée. Mais cette révolution avait été accomplie par les Vues de Venise, de Whistler, gravées après 1873, et près de vingt ans s'étaient écoulés; les Nabès, Gauguin avaient eu le temps de rénover la lithographie et le bois dans le sens de l'archaïsme. Vers 1900, le grand graveur est en réalité non pas Whistler, mais Picasso. Celui-ci, qui croit en la valeur expressive de l'eau-forte, gravera, en 1904, son Repas frugal qui marque une date d'une importance considérable. Son style linéaire, comme son sujet, constituent une révolution; la sûreté du trait, l'étrangeté de cette suite d'Arlequins et de Saltimbanques, apportent un élément tout nouveau, et qui, par son MAILLOL. Eau-forte. MARCOUSSIS. G. Apollinaire. Eau-forte. PASCIN. Composition. Eau-forte.

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DUNCYER DE SECONZAC. Eau-forte. Le port de Saint-Tropez. amère beauté, devait frapper tous les esprits. Malheureusement, il n'en fut rien, les gravures de Picasso restèrent presque inconnues ; en 1910, il portait les cuivres de son Saint Matorel à Eugène Delâtre, fils de l'imprimeur des premiers aquafortistes, et qui dut en être bien surpris. Il y avait là, en effet, des recherches cubistes, toutes nouvelles pour l'estampe, et qui semblent avoir empêché le succès du livre. A cette même époque, Jacques Villon, qui gravait en couleurs des sujets parisiens avec un métier prodigieux et dans un style très agréable, se détache progressivement de ces estampes qui ont grand succès, et, en 1911, il sort sa première planche cubiste, Le Petit Equilibriste. Sort est une façon de parler, car ni Picasso ni Villon ne peuvent montrer leurs œuvres, les éditeurs les refusent, les revues d'art les ignorent, et leurs cuvragos ne dépassent pas un petit cercle d'amis peintres. Ce sont les peintres, en effet, qui s'intéressent alors à l'estampe, le nom de peintre-graveur prend une valeur réelle, et ce sera des peintres que nous devrons attendre les révélations de l'estampe actuelle. Parmi ceux-ci, citons Rouault qui, hanté par l'hypocrisie et la lâcheté bourgeoise, nous montrera comme Picasso en 1903 le monde des clowns, des filles et des salimbanques, et Gromaire aussi dont les recherches s'apparentent à celles de Rouault, mais avec une expression différente. Dufy grave sur bois le Bestiaire de Guillaume Apollinaire (1909) tandis que Maillol illustre les Eglogues (1912) ; le bois, négligé alors, reprend grâce à eux sa place dans l'illustration. Le cubisme, cependant, en gravure, gagne du terrain, plus vite, peut-être, qu'en peinture, et cela grâce à une revue de modes, La Gazette du Bon Ton, qui paraît entre 1912 et 1917. Dans cette revue, les planches, exécutées au trait, se ressentent très nettement de l'esthétique nouvelle. Labourer, qui est un des collaborateurs, donnera, dans ses Petites images de la guerre sur le front britannique (1916), comme l'apothéose de ce mouvement, avec ses burins incisifs, et ses personnages au corps carré surmonté d'une tête minuscule. Après la guerre, Max Ernst, arrivé à Paris, grave des eaux-fortes surréalistes qui ne sont pas alors remarquées. C'est qu'alors, une nouvelle génération de graveurs s'est manifestée, dominée par Segonzac. Celui-ci, qui a pris dans le cubisme le goût de la construction et de la force, compose, avec une fécondité merveilleuse, plusieurs suites de paysages : la vallée du Morin, la Provence lui permettent de réaliser son rêve d'un univers d'une tranquille noblesse, et M. Roger-Marx a bien montré la beauté expressive de son métier, et comment il sait suggérer l'atmosphère et la succession des plans par « l'accumulation de travaux parallèles, de faux traits qui, juxtaposés, créent l'illusion du mouvement, définissent aussi bien la vie de l'eau que celle du ciel, les ondulations d'un terrain que celles du corps, l'enchevêtrement des rameaux que celui d'une chevelure ». ED. COERG. Eau-forte. Oiseaux chassés du ciel. ROUAULT. Portrait de l'artiste. Le paysage qui a tant de faveur après 1918 exprime une détente, une libération ; une école de paysagistes se développe : les meules beauceronnes de Soulas, la Lorraine de Jacquemin attestent la pérennité du calme paysage de France, traduit par d'excellents graveurs. Fulant trouve des accents sincères et âpres pour rendre la beauté de sa chère Bretagne, et Bersier rapporte de la Hollande qu'il connaît bien des vues sensibles. Dans son atelier du quai Voltaire, Decaris grave pour lui-même, sur des cuivres énormes, des compositions grandiose, dans un vaste paysage noble et pur. Le bois, grâce à l'exemple de Dufy, reprend de l'importance, sa voûge dans le livre est immense, mais de trop nombreux ouvrages à bon marché parus entre 1920 et 1935 coulent alors le bois noir, aux larges à-plat. Et, grâce à l'équipe lyonnaise, traditionnellement attachée

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MAX ERNST. Eau-forte. à ce métier, le bois renaît large, simple et pur, avec Chieze et Roulet. Daragnes, au lendemain de l'autre guerre, avec sa Ballade de la geole de Reading (1918) que suivent tant d'autres beaux livres, présentés avec un goût si sûr, est à l'origine du mouvement qui fait paraître, pour le plaisir des bibliophiles, des ouvrages illustrés en noir et en couleur. Cependant, des esprits inquiets, prescients des tristesses de l'avenir et conscients des spectacles répugnants de l'après-guerre, opposent à la vision riante de l'univers des paysagistes bien souvent privé du visage humain celle d'un monde dégradé et souffrant. Goerg, dans des aquatines dramatiques, évoque les laideurs de l'amour sénile et du puritanisme bourgeois. Boussingault, mort trop jeune sans s'être réalisé, donne des Champs-Elysées, promenade élégante et de bon ton, des vues fantastiques à la manière noire ; Waroquier, dans ses têtes levées et tragiques qu'il nous montre avec une insistance voulue, essaie en vain de nous avertir du désastre qui va succéder à une époque de facilité. Villon, sans jamais abandonner la notion de l'humain, brouille la vision d'un monde absurde, la supprime presque, y substituant un univers différent et plus abstrait. Lespinasse, dans ses Horizons artificiels, transforme l'échelle des algues et des plantes marines qui deviennent des végétations gigantesques et étranges. Pendant ce temps, Luc-Albert Moreau, représentant le métier un peu oublié de la lithographie, nous laisse des confidences émouvantes, visions d'épouvante de la guerre alternant avec des scènes de boxe ou de music-hall. Yves Alix, avec un lyrisme tragique, exaltera les Fusillés et la Révolution espagnole. Chagall, enfin, apporte de Pologne l'expression du désespoir, l'originalité d'un aquafortiste visionnaire. MIRO. Eau-forte. Epreuve d'essai. 1947. HAYTER. Eau-forte. 1938.