Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

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ART D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE N° 10-11 MAI-JUIN 1950 - PRIX : 230 FRS

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Document photographique de la BUCHHOLZ GALLERY. calder Alexandre Calder habite pas loin d'ici, à Roxbury, dans une maison de bois peinte en noir. C'est un bon voisin. En fait, les gens du pays le considèrent d'abord comme leur voisin et ensuite comme un artiste. Pour eux, il est tout simplement Sandy, plutôt que le Calder conventionnel des revues d'art. Ils le respectent autant que le mécanicien, l'électricien, le charpentier ou le plombier de leur village. Comme on admire ses œuvres dans les milieux artistiques de Paris et de New-York, leur déférence est quelquefois mêlée de crainte, mais quand il passe dans son auto découvreur, modèle Lassalle 1930, son énorme tête hérissee de cheveux blancs émergeant d'un grand manteau de fourrure, ou quand il les bat à leurs propres jeux, se retrouvant dans le labyrinthe compliqué d'un quadrille, le samedi soir, au bal de l'Hôtel de Ville, ils le reconnaissent pour un des leurs. Ces excursions n'ont souvent d'autres motifs que de voir des gens. Sandy n'est ni froid, ni disant, c'est le plus sociable des hommes. Mais quand, par hasard, on le force à s'asseoir pour écouter — par exemple, à une conférence faite sur son œuvre — il s'endort. Il préfère bavarder avec les commerçants ou s'arrêter chez un ami, se réchauffant au coin du feu avec un verre de vin. Il arrive toujours à l'improviste et on le reçoit bien, pas seulement à cause de son charme et de sa personnalité, mais parce qu'on peut compter sur lui pour exécuter toutes sortes de petits travaux à l'aide de sa paire de pinces qui ne le quitte jamais. Il transforme une vieille lampe en un appareil d'éclairage ultra-moderne. Il arrange les agrafes cassées, les fermetures éclair, le tisonnier, le soufflet ou la girouette de la maison. Trois qualités sont requises pour que Sandy vous invite en retour. Il faut savoir rire, parler ou danser. Tant mieux si l'on peut faire tous les trois (1). On a de fréquentes occasions d'être invité parce que Sandy les provoque. Il aime voir du monde autour de lui. Et quand ses voisins n'osent pas venir d'eux-mêmes, il en invite deux, trois ou une douzaine pour danser le soir, ou seulement rire et bavarder. Les relations de Sandy ne connaissent pas les barrières d'une société où l'on classe chaque personne d'après son occupation, son âge et sa nationalité. Et quand au milieu de l'été, il donne une représentation avec son fameux cirque, dans son atelier temporairement transformé, l'audience est un mélange sympathique de commerçants, d'artistes et d'écrivains de l'endroit. Le fermier d'à côté se trouve coincé sur les gradins d'occasion entre l'auteur Arthur Miller et l'architecte Marcel Breuer pour entendre Sandy présenter chacun de ses acrobates et animaux miniatures, de bois et de fil de fer, avec un retentissant « Mesdames et Messieurs, je vous donne... » (1). Tous les ans, Sandy jure que c'est vraiment la dernière performance de son cirque, mais comme il y a toujours quelqu'un qui manque la séance, l'année suivante, il envoie encore ses invitations et tout le monde revient. La petite ville est maintenant convaincue que le cirque Calder doit se produire annuellement. On entretient soigneusement l'atmosphère de fête par des airs de cirque joués sur un phonographe, des bols de popcorn et de cacahuètes à la portée de tous et de la bière fraîche. Les invités tapent sur des cymbales au signal du maître de cérémonie.

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Un coin de l'atelier de CALDER à Roxbury, Connecticut.

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Mobile en mouvement. N° 1 - A black triangle is positioned at the top right. - A red circle is placed near the center of a large yellow triangle. - A gray oval shape with a white outline is located below the red circle. - A pink circle is placed near the bottom left, overlapping the gray oval. - Several black dots are scattered across the page, connected by lines in various colors (black, red, yellow, green). - A small square with a dotted pattern is located at the top left corner. - A faint watermark or background text "Mobile en mouvement." and "N° 1" is visible at the bottom left.

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Stabile. La maison Calder est parfaitement équipée pour recevoir les assemblées de ces jours-là, parce qu'elle est plus qu'une maison avec atelier. C'est un petit village en soi, présidé par Louisa, la femme de Sandy, qu'il appelle « la patronne » (1). Les deux autres résidents permanents sont ses filles, Sandra et Mary. Sandra, l'observatrice, quinze ans, artiste douée dont le style rappelle celui de son père et celui du dessinateur Paul Steinberg — et Mary, onze ans, le mime, le singe. Située sur une partie rocheuse du Connecticut, leur maison a changé de volume et de caractère avec les années II y eut d'abord, en 1933, la vieille maison de style colonial et un petit appen-tis servant d'atelier, par derrière. Les Calder y vécurent et y travaillèrent, dépassant rarement l'arbre sous lequel ils mangeaient, tous près de la cuisine, quand le temps le permettait. L'appen-tis brûla et les Calder commencèrent à s'étendre, ils ne se sont pas encore arrêtés. Sandy construisit un atelier plus grand, en pierre, ciment et verre, sur les assises d'une ancienne grange, pas très loin de la maison. La famille l'y suivit. Aux beaux jours, ils prenaient leurs repas sous les catalpas et les acacias, près de l'atelier. On capta un petit ruisseau dans le champ du haut, on fit un barrage pour pouvoir s'y baigner et Sandy construisit un bateau d'aluminium. Puis il nivelà le terrain d'à côté pour installer un jeu de boules. Dans son atelier, Sandy a créé un royaume

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merveilleux de couleurs mouvantes. Ses sculptures « mobiles » émergent d’un chaos de feuillets métalliques et de rouleaux de fil de fer. Sept rangées de pitons fixés aux poutres servent à accrocher une poulie pour hisser, à l’endroit voulu, un mobile terminé ou descendre celui qu’on veut mettre de côté. Mais ce système n’empêche pas les objets d’expulser presque Sandy de son atelier. À un bout de la pièce, se trouve une cheminée depuis longtemps inutilisable à cause de l’amoncelement de « stabiles », de toiles et de bouts d’étoffe qui se déversent jusque dans l’âtre. Une rangée de boîtes en fer blanc sert de classeur à correspondance et partout il y a des bouts de métal, de la limaille brillante, des tubes de caoutchouc, des grandes toiles peintes, des branches d’arbre à formes bizarres, des disques blancs et noirs, d’autres avec les couleurs primaires ; des tenacules mobiles en fil de fer s’élancent des murs. Il se dégage de tout cela un grand sentiment de liberté, de mouvement et de vie. Bien que Sandy se plaigne d’avoir à y mettre de l’ordre une fois par an pour la séance de cirque, il adore y être contraint à cause des découvertes d’objets oubliés ou perdus qu’il fait ce jour-là. Deux côtés de l’atelier sont vitrés et donnent à Sandy l’impression de travailler dehors. Le soleil réchauffe la maison en hiver, et en été le vent frais, qui entre par les fenêtres, met en mouvement et fait cliqueter toutes les formes métalliques suspendues aux poutres. Les jours froids ou gris, Sandy travaille avec une veste en peau de mouton par-dessus son habituelle chemise de flanelle rouge et ses pantalons de cotonnade bleue ; il préfère alors découper et marteler ses formes de métal plutôt que de s’attaquer au travail délicat de les parfaire et de les équilibrer. Il prépare ses formes avant d’avoir l’idée du futur objet, tout comme le peintre prépare ses couleurs. Il les tient prêtes pour les essayer de la manière qu’il lui plaît. Le processus d’expansion de la maison continua il y a deux ans quand, sur l’emplacement du petit apprentis brûlé, Sandy bâtit une pièce tout à la fois : salle à manger, living-room, salle de musique et salle de jeu. C’est sa galerie d’exposition, mais les autres pièces de la maison le sont aussi, tout comme Louisa, qu’on ne voit jamais sans quelques bijoux de fil de cuivre ou d’argent transformé par Sandy en épingles, baques et colliers. Même la resserre à bois possède une de ses ingénieuses inventions qui permet d’ouvrir la porte avec le pied quand on a les bras chargés. La seule chose qui n’ait pas subi l’empreinte de Calder est la machine à laver la vaisselle et Louisa aussi bien que lui sont honteux d’en parler mais elle leur est bien nécessaire à cause du grand nombre de gens qu’ils reçoivent. La nouvelle pièce, bâtie comme l’atelier, en pierre, ciment et verre, fait corps avec l’ancienne maison de bois qui n’abrite plus maintenant que les chambres et la cuisine. La pièce éclate de couleurs, il y a des peintures, des affiches, des livres, un crâne de taureau en haut de la cheminée, une vieille mangeoire, une volière pleine d’oiseaux en fer blanc sont frémissants au-dessus des « mobiles » pendus à la charpente. La nouvelle pièce est aussi la serre de Louisa, une jungle de plantes qui menace de mettre la famille dehors tout comme les objets de Sandy dans son atelier. C’est là qu’on célèbre la fête après la représentation du cirque, les anniversaires et Noël. Alors, les arbres à avocats, à pamplemousses, les figuiers, les graminées et les plantes à oignons, les bégonias et les plants de tabac sont repoussés au bout de la longue table. Sandy célèbre son anniversaire au mois d’août, en même temps que son voisin, Malcom Cowley, qui a le sien le lendemain. Ça se passe tou- Bayonet’s Menacing a Flower.

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1-2-3. CALDER et sa femme dans leur maison de Roxbury.

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1-2-3-4. CALDER et son cirque.

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The forest in the best place. jours en août, même depuis que Sandy, engagé volontaire, découvrit pendant la guerre qu'il était né en juillet. Tous les ans, à l'occasion de l'arbre de Noël, on invite les enfants du voisinage et on met un cadeau pour chacun au pied de l'arbre dans la nouvelle pièce. On les laisse s'amuser sans que les parents puissent intervenir. Ceux-ci s'installent dans la cuisine, autour d'un chaudron de vin chaud. Ces réunions, qu'elles soient pour les jeunes ou pour les vieux, se terminent toujours par des danses au son du phonographe. On s'arrête seulement quand on n'en peut plus. Sandy et Louisa sont des danseurs enthousiastes, ils dirigent la conga ou le quadrille avec autant de brio. Depuis leur voyage au Brésil, l'an dernier, ils ont ajouté la samba à leur répertoire et l'ont apprise aux voisins. L'ami de Sandy, le dessinateur Steinberg, qui vient souvent passer le week-end, remarqua un jour que de « danser avec Sandy équivalait à danser avec toute l'assemblée » mais, en dépit de sa taille, Sandy reste adroit et infatigable, le premier en piste et le dernier à la quitter. Voilà la manière dont vivent les Calder, d'une vie simple mais large qui explique Sandy aussi bien que son art. Quant à son art lui-même, il n'est pas nécessaire à ses voisins d'aller à New-York ou à Paris pour le voir. S'ils ne sont jamais entrés dans son atelier ou sa maison, ils peuvent faire le tour de l'exposition annuelle du village qui se tient à l'Hôtel de Ville et où les artistes amateurs et professionnels des alentours montrent leurs travaux. Il y a toujours un des mobiles de Sandy pendant du plafond et évoluant sans fin au-dessus de la tête des visiteurs. Il exprime parfaitement la personnalité de l'artiste, chaude et colorée, pleine de caractère et d'humour respirant la vie et la liberté. TALCOTT CLAPP. (1) En français dans le texte.

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White Lily. Yellow breast plate.