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Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

REVUE DES ARTS DÉCORATIFS TOME V
UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS REVUE LES ARTS DÉCORATIFS PARIS ADMINISTRATION : PALAIS DE L'INDUSTRIE PORTE N° VII CINQUIÈME ANNÉE 1884-1885
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS A NOS LECTEURS « Il faut parfois, en amitié, de courtes séparations », a dit un sage. Si cet aphorisme concis autant que profond n'a pas été spécialement inspiré pour l'usage des lecteurs de la Revue des Arts décoratifs, il ne nous est pas interdit d'en chercher pour nous
REVUE DES ARTS DECORATIFS. l'application, et de nous féliciter, après un intervalle qu'il n'a pas dépendu de nous de rendre plus court, de pouvoir resserrer aujourd'hui avec nos abonnés des liens que beaucoup d'entre eux savaient bien n'avoir pas été définitivement brisés. Comme le faisait pressentir la note par laquelle nous terminions le quatrième volume de la Revue des Arts décoratifs, c'est dorénavant sous la haute et immédiate direction du Conseil d'administration de l'Union centrale que sera placé ce recueil. Au moment où cette société se prépare à agrandir son action et à mettre au service de l'enseignement appliqué à l'industrie les ressources nouvelles dont elle va disposer, il a paru qu'elle se devait à elle-même de devenir son propre éditeur, non seulement pour la publication mensuelle où sont enregistrés ses actes, mais aussi pour les manuels de vulgarisation artistique, les reproductions de modèles, etc., qu'elle se propose de répandre dans le public. L'arrangement intervenu avec l'éditeur primitif de la Revue, M. A. Quantin, dont le dévouement à la cause de l'Union centrale ne s'est pas démenti, a facilité cette combinaison. Des ateliers de moulage établis par les soins de la Société, et qui lui assurent la possession de la plus riche collection des chefs-d'œuvre de l'art décoratif, destinée à s'accroître sans cesse, un laboratoire photographique spécial fonctionnant sans relâche sous la surveillance d'une commission compétente et ayant pour mission de fournir des reproductions de ces chefs-d'œuvre, seront pour notre Revue des auxiliaires précieux et nous offriront d'inépuisables séries de modèles pour nos planches hors texte. Quant à la rédaction de la Revue des Arts décoratifs, nos lecteurs en connaissent le programme. Nous n'y changerons rien, tout en continuant à chercher les améliorations de nature à satisfaire les gens de goût, les artistes, les amateurs, les chefs d'industrie, qui ont besoin de trouver dans ce recueil, outre les principes sur lesquels reposent les doctrines esthétiques de l'Union centrale, les renseignements pratiques dont se doivent pénétrer plus que jamais, à l'heure actuelle, les personnes qui s'intéressent, dans notre pays, au développement de nos industries d'art. Le Rédacteur en chef, VICTOR CHAMPIER.
--- Émaux sur verre. — Motif emprunté au décor d'une aile de lépidoptère (Emile Gallé). SUR LE DÉCOR DU VERRE A monsieur Victor Champier, directeur de la Revue des Arts décoratifs. Vous ne doutez de rien, ni de personne, mon cher Directeur. — Vous demandez à un chétif artisan de la terre et du verre qu’il vous fasse, au pied levé, sur son art, une causerie pour cette aimable Revue des Arts décoratifs, prête à s’envoler de ses propres ailes. Ce qui est bien plus fort, vous obtenez qu’on quitte l’émail et le touret pour la plume, qu’on passe du rôle actif à la spéculation. Surtout, vous voulez connaître les ficelles du métier. Pourquoi ne pas demander plutôt, mon cher et raffiné critique, les seuls articles que nous sachions faire, l’assiette parlante, la buire incisée, la coupe emperlée d’émail, — la forme que vous voudrez, le nom que vous aimez, — toutes ces menues choses enfin, que Charles Blanc, dans des temps de haulte graisse, appelait « le mobilier des festins »? Que le public vous imite, et nos exportations vont encore baisser! N’est-ce donc pas assez de répéter soir et matin les commandements de la loi : — A la sueur de ton front styliseras en français, sans japoniser aucunement; — Afin d’innover avec sentiment, cultiveras archéologie, perspective et géométrie opiniâtrément; — Sur un siège Louis XV jamais ne t’assiéras volontairement; — Dans ton verre boiras, fût-ce de l’eau claire seulement. --- Docteur, docteur, n’est-ce point là une sévère hygiène? Mais à cette rude discipline vous ajoutez pour nous des commandements plus durs encore : — A la place de M. Champier tu critiqueras amèrement; — Dans les revues d’art tu écriras gratuitement. Vous le voulez, vous l’ordonnez ainsi : que votre volonté soit notre raison. Puissions-nous, par cette obéissance, apaiser le dieu qui nous fait des loisirs et fléchir les mains qui nous tiennent si haut la dragée! Je suis, vous le voyez, mon cher monsieur Champier, votre serviteur bien docile, $\frac{E}{\frac{4}{6}}$
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. Post-scriptum. Mais vous avez oublié que le discours sur le décor du verre a été tenu par Charles Blanc. La Grammaire des Arts décoratifs a parlé. La cause est entendue. Nous voici de belles gens. Que faire? Le Directeur. — « Toutes les idées ont été pensées, a dit Goethe. Il s'agit seulement de les repenser. » La théorie a parlé. Que la pratique pérore à son tour. Esthétique, histoire et technique de l'ornement du verre, dites ce que vous voudrez. Mais parlez donc! --- MÉTAPHYSIQUE DU DÉCOR DU VERRE « THÉORIQUE ET AUTRES FANFARES » C e titre, composé en style Bonnaffé, vous avertira suffisamment, lecteur, qu'on ne s'imagine point occuper une chaire en Sorbonne dans le présent chapitre, prémonitoire et nécessaire à l'intelligence de la suite. On accepte un siège, voilà tout, auprès du lit de la gentille convalescente, la Revue des Arts décoratifs, une de ces chaises basses dites caqueteuses, ou même coqueteuses, lesquelles servaient jadis aux fines commères et aux chauds compères à montrer, en si intéressante occasion, « qu'on n'a point le bec gelé ». Au fait, puisque nous sommes assis en rond et, comme on dit en Lorraine, à couarailles, c'est-à-dire pour tailler ensemble des bavettes sur le décor du verre, qu'il nous soit permis de quitter la forme du monologue, si déplaisante à M. Sarcey, pour prendre un instant celle dialoguée, non moins surannée et fastidieuse. D'ailleurs, la VIIIe Exposition de l'Union centrale, avec ses galeries de l'art ancien, n'est-elle pas un dialogue des morts et des vivants? Donc, la séance est ouverte sous la présidence d'honneur de maître Jean de Connet, peintre verrier, contemporain de Palissy, et, suivant maître Bernard, aussi beau conférencier que producteur médiocre. On ne pouvait mieux choisir.
LE DECOR DU VERRE. Maître Jean de Connet. — Or ça, dis-nous donc, pour cette fois, moderne verrier, puisqu'il appert que par rhétorique et beau langage d'à présent on t'a donné la recette du beau, dis-nous vite et soupèse bien à quelle dose tu penses jeter dans ton creuset et broyer avec tes émaux, en sus des drogues et matériaux d'alchimie, ces ingrédients nécessaires : traditionnel savoir, praticque et docte science, passion, envie de dire et désir de bien faire, géniale invention, imaginative, sens de nature et délicat juger. Fais-nous voir comment tu définis les abstractions de quintessence. Le moderne artisan. — Apprenez donc, vénérable ancêtre de l'esthétique du verre, que nous n'entendons ici nullement pontifier à propos de la forme et du décor d'un pot à chercher l'eau. Et cela d'autant moins que l'ite missa est a été chanté avant nous par de maîtres gosiers. Il faut, comme vous, avoir appliqué toute sa vie dans ses œuvres la théorique de l'art pour oser professer ex cathedra. Encore rappelez-vous combien les artisans sont irrévérencieux envers les plus belles théories de leur art; ce qui n'empêche que chacun se forge une esthétique à soi, suivant la petite mesure de son talent, et n'affiche trop souvent pour doctrine le parfait dédain de toute critique. Voyez-vous, il est des métiers, et tels sont les arts du feu, qui connaissent plus d'un tour. Ils tiennent leur homme plus que lui ne les tient. Ils l'empoignent par les entrailles. Alors il faut qu'il soit bien peu curieux, ou qu'il se possède singulièrement, pour ne pas désirer fouiller et mettre à jour le métier jusqu'au fond du sac. A-t-il bien la trempe de l'ouvrier d'art, celui qui s'enferme dans une formule comme dans un fromage de Hollande? Ce n'est pas un franc cavalier, l'écuyer qui n'a jamais senti la démangeaison de faire faire à sa monture, en dépit du sens commun, un peu d'acrobatie et de casse-cou. Bref, est-il bien épris de ses fours, le verrier qui n'a jamais eu la diabolique envie de marcher en équilibre sur les limites de ses États, au risque de s'empêtrer dans le champ voisin? Or on pourrait à peine le croire sans l'exemple fameux que vous avez donné, maître Bernard Palissy, déserteur du verre, et que tant d'autres ont donné après vous : le champ voisin, convoité de tout âge par le verrier, cet artisan de la matière pénétrable aux rayons lumineux, vibrante et sonore, idéale et frêle, c'est la terne argile. Le rival qui l'inquiète, c'est la glaise lourde, la brique brutale. Le verre est jaloux de la porcelaine, pis encore, du marbre sourd ou de la pierre mate, des matériaux impénétrables au jour, des solides opaques et terre-à-terre!
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. Assurément, pour cent industriels qui jouent à saute-mouton par-dessus les barrières naturelles de leur art, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui n'ont qu'un but : éblouir à tout prix les hannetons qui font le grand nombre, surprendre et dérouter les bons instincts des autres par des applications inattendues et des sauts périlleux étourdissants. C'est ce qui nous a jetés depuis trois quarts de siècle dans la nasse où nous sommes. Mais il est d'autres réfractaires à la théorie. Ceux-là ont pour excuse que la théorie est toute faite, et qu'ils ont juré de partir à leur fantaisie et d'arriver tout seuls. Ils cherchent à gagner le beau à travers les épines. C'est le moyen de trouver des sentes nouvelles et des fleurs inconnues. C'est aussi une façon de se mettre en loques. Ces incrédules de bonne foi tiennent à poser eux-mêmes le doigt dans la plaie. Il leur faut toucher, au risque de s'échauder, les limites de leur art pour les bien connaître. Ils s'imagine qu'ils n'en étendront jamais assez les ressources. C'est de leurs propres mains qu'ils voudraient retrouver le fil traditionnel. Et, pardieu, qui sait si à l'antique chaîne ils n'ajouteront pas de jeunes anneaux? Ne jetons pas la pierre aux choses incohérentes qu'ils font. Elles sont très fragiles, et nous pourrions briser les embryons difformes des maîtresses œuvres de l'avenir. Rappelons-nous ce que dit Viollet-le-Duc : « Tu me demanderas peut-être où je veux en venir à propos de ces animaux bizarres? Simplement à ceci : c'est que la nature, elle aussi, a cherché, essayé toutes sortes de formes et d'emplois divers. Elle y met le temps, car rien ne la presse. Mais, ayant adopté un principe, elle tente d'en tirer toutes sortes de conséquences. » Jean de Connet. — Soit; mais Nature a pour habitude de consulter dame Logique. Quant à tes saint Thomas, voire! voire! Maître Palissy. — Au moins, compère, est-ce par semblables tâtonnements, sinon par lecture de psautiers, que les moins entêtés d'à présent, avançant et retirant la main à choque choque, ont fini par se convaincre de diverses choses, si j'en crois bien mes yeux, et des suivantes en particulier... Mais laissons dire les jeunes. Le moderne artisan. — Eh bien ! il est de fait, mes maîtres, que le verrier moderne, rentré en possession de bon nombre des moyens décoratifs inhérents à son art, est un peu sceptique au sujet des gros livres et des beaux discours. Il aime à se persuader, non sans avoir de bonnes raisons pour cela, qu'il n'est rien d'absolu dans le monde, si ce n'est les théories des savants, et que celles-ci sont forcément trop générales pour s'appliquer à tous les cas particuliers. Mais, peu à peu, l'expérience contraint le chercheur à prendre un jugement moyen. Il s'aperçoit bientôt qu'il faut composer avec certaines abstractions, sous peine de fournir soi-même la démonstration de leur existence rationnelle, et qu'il ne suffit pas d'y croire sans y croire, comme le Japonais au Bouddha. L'artiste décorateur finit par comprendre qu'il est certains écueils qu'on ne peut affronter sans risquer de faire chavirer le beau avant la fin du voyage; qu'il y a une certaine somme qu'on ne peut omettre dans ses calculs sans que l'opération se trouve fausse. Car, à la fin du compte, surgit un quotient inattendu, l'image même du laid.
LE DECOR DU VERRE. Ah! voyez-vous, c'est que, dans le décor du verre, si la fin justifie bien souvent les moyens, ce n'est pas si souvent qu'on croit. Et ainsi, un beau jour, à cet artisan moderne, venu au monde sans tradition, sans famille et comme un orphelin, un deshérité de l'art, au praticien qui réfléchit, au verrier qui tâtonne, s'impose la force des lois générales du décor. Puis, les lois du décor spéciales à son métier l'éclairent à leur tour, car la matière est ondoyante et diverse, le verre lui-même ne saurait leur échapper. Est-ce bien ici qu'il convient de les rappeler? Ne le sait-on pas,—une matière donnée possède des qualités propres, et le nombre de celles-ci n'est pas illimité. Tel le verre, maître de la parfaite transparence, ou de la vaporeuse translucidité, plus charmante. Liquide et ductile à une certaine température, il se laisse travailler à l'aide d'un outillage et d'opérations spéciales. Il peut s'agglutiner aux différents verres; mais, au refroidissement, il se sépare de ceux dont la composition ne s'accorde pas avec la sienne. Il se solidifie et garde la forme et les empreintes qu'on lui a données. Alors il jouit de cette solidité relative qui fait le désespoir des maitresses de maison et qui le caractérise essentiellement. Son épiderme reçoit les émaux, les fondants, véhicules des couleurs, le poli, ou le voile léger du demi-mat; sa chair vive, les éraflures de l'émeri, la morsure de l'eau-forte, et celle plus brutale de la pierre. Ses facettes divisent la gerbe lumineuse et réfractent les rayons du soleil. Il se laisse pénétrer et teindre par le chlorure et le sulfure d'argent. Il conserve dans son sein les métaux et s'allie à leurs oxydes. Il se laisse colorer par eux dans sa masse. Mais, au delà d'un certain point, il perd sa transparence et sa translucidité même, c'est-à-dire deux de ses qualités propres les plus merveilleuses. Voulez-vous en croire, sinon l'expérience, au moins les expériences pas toujours heureuses d'un ouvrier, qui confesse ici tout d'abord sa foi à certains dogmes, à certaine méthode, comme il confessera plus loin sa foi au sentiment, dût sa religion paraître à priori bien mal assise entre ces deux autels? Le décor du verre, c'est-à-dire l'embellissement d'une matière splendide, consiste à mettre en valeur les propriétés auxquelles il doit son prestige, et non d'autres. Embellir la beauté, comme dit la chanson, est une tâche aussi aimable que périlleuse. On s'en aperçoit bien. Il y faut une main légère, de la moralité et des principes fermes, pour ne pas succomber à des tentations malsaines, comme d'enfariner l'idole par des nuages de phosphate de chaux d'un blanc dur, de noyer son limpide regard dans un excès de cobalt, ou bien, sous prétexte de rajeunir ses charmes, d'en obscurcir l'éclat sous les étouffantes caresses du manganèse. Oui, infliger au cristal l'opacité, c'est éteindre les beaux yeux ou pénétrait la lumière du ciel. Affubler indifféremment le verre de formes empruntées à des matières opaques, telles que la pierre, le bronze, ou fibreuses comme le bois, formes et parures qui ne jaillisent pas de ses qualités, mais de propriétés contraires à celles qui le caractérisent, c'est une infidélité de l'artisan, c'est un outrage à son art en particulier, à l'art en général. C'est violer la matière. L'ouvrier lui doit le respect. Froissée dans son être intime, elle se venge comme elle peut. Elle cesse d'être elle-même. Elle prive le butor du bénéfice de la valeur propre qu'elle avait. On dirait qu'elle prend à tâche de mal porter le rouge et l'oripeau. Le verre ni le cristal ne savent mentir. On les a changés en d'autres matières, ils ne veulent plus être du cristal ni du verre. Tout l'art du monde pourra-t-il tirer quelque chose de bien d'une matière ainsi détournée de son emploi rationnel? De jolie fausse porcelaine, des marbres splendides et faux, de
REVUE DES ARTS DECORATIFS. fragiles orfèvreries, soit. Mais de beaux verres, de beaux cristaux, non pas. — Alors, ou est la liberté de l'artiste? Elle reste intacte. Il est toujours libre de mal faire. Seulement, il n'est plus qu'un maladroit : être verrier, et chercher des moyens de décoration autour et alentour du verre! C'est manquer d'esprit, courir après la petite bête, quand le décor, après tout, est sous la main qui le cherche naïvement, sincèrement, simplement! Trouve-t-on que c'est là donner trop d'importance aux préceptes de l'art, et qu'il n'est pas besoin de tant finauder pour trousser proprement le décor d'un gobelet; qu'il est plus court d'aller à la bonne franquette, de laisser faire le tempérament de l'ouvrier, d'abandonner enfin l'artisan à son génie propre, pour peu qu'il en ait? C'est possible. Mais, comme nous le démontrerons plus tard, la part du sentiment est déjà si énorme, dans le décor du verre, elle doit y être si grande, qu'il convient d'affirmer carrément la vertu pratique de principes solides dans le maniement des éléments décoratifs du verre. Et il ne nous déplait pas, même à propos d'une humble et fragile matière, de rappeler la valeur qu'attribuait à la méthode de l'art un des plus grands metteurs en œuvre du sentiment et de la suggestion par la couleur, de la passion par la ligne et le contour : « Tous ces préceptes, disait Eugène Delacroix¹, sont évidemment modifiés plus ou moins par le tempérament varié des artistes. Cependant je suis convaincu que c'est là la méthode la plus sûre pour les imaginations riches. Conséquemment, de trop grands écarts faits hors la méthode en question témoignent d'une importance anormale et injuste donnée à quelque partie secondaire de l'art. Je ne crains pas qu'on dise qu'il y a absurdité à supposer une même méthode appliquée par une foule d'individus différents. Car il est évident que les rhétoriques et les prosodies ne sont pas des tyrannies inventées arbitrairement, mais une collection de règles réclamées par l'organisation même de l'être spirituel; et jamais les prosodies et les rhétoriques n'ont empêché l'originalité de se produire distinctement. Le contraire, à savoir qu'elles ont aidé l'écllosion de l'originalité, serait infiniment plus vrai. » Pour le décorateur du verre, lui aussi, cela est mille fois certain, une source inépuisable de formes et d'images heureuses jaillit de la matière elle-même, du rapport des choses et des gens, de la destination des objets, de l'ordonnance des motifs, de la recherche du caractère, de l'expression enfin d'une idée, d'un sentiment. Alors s'ouvre à l'artisan le féerique domaine de l'imagination, le palais du génie toqué et fertile en inventions. Chez nous, on y a posé pour un temps les scellés. Le sentiment avait besoin d'être mis en pénitence, l'imagination au pain sec. Mais la diète ne nourrit pas son monde. On s'en aperçoit bien. Heureusement, la clef du cellier est restée sous la porte. En résumé, et pour répondre à votre question, maître Jean de Connet, l'artisan du verre doit mêler à forte dose à ses compositions: la sincérité, la passion naïve de la matière vitreuse, le sens commun, la réflexion, l'instinct des convenances, la civilité puérile et honnête. C'est entendu. Mais surtout jamais, non, plus jamais, il ne doit omettre de joindre à tout cela deux grains d'imagination et de sentiment! Grâce aux réactifs précédemment indiqués, le décorateur verrier n'aura pas à craindre les énormités qui ont été et seront l'abomination de la désolation aux siècles des siècles. Maître Bernard Palissy. — Amen, mon fils. Le prêche est-il fait? 1. Baudelaire, l'Art romantique.

Cinquième volume, et le plus épais de la série : il publie le compte rendu complet de l'exposition de l'Union centrale consacrée à la pierre, au bois, à la terre et au verre. Rapports des jurys groupe par groupe, rapport général de L. de Fourcaud, puis tout le cycle des conférences, de l'architecture contemporaine par Paul Sédille et de Baudot à la manufacture de Sèvres par son directeur Lauth, à la poterie japonaise par Philippe Burty et au vitrail par Lucien Magne. 684 pages.