Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS TOME IV

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS PARIS A. QUANTIN | VICTOR CHAMPIER Imprimeur-Éditeur | Rédacteur en chef 7, RUE SAINT-BENOIT, 7 QUATRIÈME ANNÉE 1883-1884

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS LES ORNEMENTS DE LA FEMME LA TABLE A OUVRAGE ET LES OUTILS DE TRAVAIL Je ne voudrais certes pas écrire une étude par trop sérieuse sur ce sujet qui doit conserver quand même je ne sais quoi d'agréable et de délicat. Les ciseaux, le dé, les étuis, les aiguilles à broder, les bobines, tous les objets, en un mot, que renferme une table à ouvrage, sont choses légères, qui prennent peu de place, et qui se trouvent même habilement diminuées pour être juste à la longueur ou à la hauteur des doigts. Ces objets retiennent en eux, en quelque sorte, un peu de la grâce et du charme qu'une femme répand sur tout ce qui l'environne. Lorsqu'on s'occupe de la description et de l'histoire du mobilier féminin, il est bon de procéder avec une certaine mesure et de recourir discrètement à l'érudition et à l'archéologie; ici surtout il faut se garder de trop longues digressions et de recherches ingrates. Entrons dans le domaine de la curiosité, seulement pour le traverser un moment, et sachons voir, avant tout, la poésie et la fleur des choses; il est nécessaire de présenter notre sujet dans un cadre attrayant, non seulement pour qu'il n'ait rien de monotone, mais encore pour qu'une femme puisse à l'occasion y jeter les yeux. IV.

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. Quelle charmante histoire à écrire, pour celui qui aime à prendre l'art par le menu, que celle des outils qui servent au travail! Une femme les manie tour à tour pour faire une bande de tapisserie, pour broder ou pour coudre. Ils ont leur place dans la vie domestique, et ils jouent aussi leur rôle dans chaque moment de l'existence. Toute petite, la fillette s'est exercée avec les aiguilles et un morceau d'étoffe, premier apprentissage qu'elle recevait sous les yeux de sa mère. Plus tard, la jeune fille s'est servie des ciseaux pour découper les fines broderies qui devaient orner son trousseau; jeune femme elle a cousu une layette, et grand'mère, ce sont ses aiguilles à tricoter qu'on retrouve sur sa table à ouvrage. Combien de générations se sont occupées du même travail! Et combien de personnes ont usé des mêmes instruments! Ils représentent, dans une famille, une sorte de tradition intime; ils rappellent des instants, des épisodes de la vie, et ils sont presque toujours des souvenirs. De tout temps, les industries d'art ont cherché à contenter les caprices de la femme, et le but auquel étaient réservés les outils créés pour elle leur a valu une forme élégante et raffinée. Quelques-uns d'entre eux, dans leur ténuité, ne peuvent être que des œuvres d'orfèvrerie : les boîtes qui les contiennent, la corbeille, la table, se prêtent à l'ornementation la plus variée. L'ébénisterie, la menuiserie de luxe, les ciseleurs, les émailleurs ont prodigué leurs efforts pour inventer des œuvres de prix et composer de nouveaux modèles. Tel objet nous paraît simple; il a passé pourtant par des changements successifs : le travail lui-même a changé avec les époques; la femme a employé d'autres instruments et plusieurs formes se sont perdues. Certains objets usuels de jadis ne conviennent plus au travail d'aujourd'hui : l'art a peut-être perdu à ces transformations, mais elles étaient inévitables, et une manière de vivre différente devait amener d'autres exigences. Les besoins ont changé, la mode aussi est devenue tout autre; la fantaisie a exercé son influence sur certaines choses qui semblaient devoir lui échapper. N'en est-il pas ainsi chaque fois qu'il s'agit des goûts, des caprices et même des occupations de la femme? Je montrerai comment le mobilier et les accessoires du travail en usage aujourd'hui ont succédé à ceux d'autrefois; j'ai tout un inventaire à dresser, et je relèverai avec soin les menues richesses, les petits trésors qui s'étalent dans le réduit coquet où s'enferme la brodeuse. Il me faudra ouvrir les coffrets de laque, le nécessaire, les boites et les tiroirs; je toucherai aux étagères et au filet de soie et de gros fil où sont posés pèle-mêle les écheveaux et les pelotes, près du canevas roulé. La description du travail amènera souvent le portrait de la travailleuse, car il ne faut point séparer celle qui est à l'œuvre de son ouvrage. Nous verrons comment la littérature en a parlé, comment la peinture, la statuaire, la gravure l'ont représentée. Essayons de rendre cette image, sans lui faire perdre de sa vérité et de sa fraîcheur. Il est de toute justice de s'occuper un peu de la ménagère : on a trop oublié, dans les livres d'à présent, la femme d'intérieur. Même dans une étude qui a trait aux arts, il est bon de s'attacher au spectacle de la vie domestique, et de faire, à l'occasion, l'éloge de la simplicité des mœurs et des paisibles vertus du foyer.

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LES ORNEMENTS DE LA FEMME. REPRENONS le chemin du passé, et ne craignons pas de remonter d'âge en âge. Vous rappelez-vous ces vieux châteaux de province où, dans quelque salle abandonnée voisine des combles, se trouvent encore rassemblées bien des reliques du temps jadis? A côté du clavecin ou de l'épinette, du coffre ou de l'armoire qui renferment les robes à ramage, les satins brochés, les tentures à personnages, on entrevoit un métier à tapisserie ou à dentelle replié sur lui-même, une quenouille de bois noirci, surmontée d'un croissant d'ivoire où tient encore un bout de ruban fané, des fuseaux légers et amincis qui semblent des doigts de vieille femme, un dévidoir prêt à soutenir l'écheveau absent, un rouet renversé ou posé sur ses pieds grêles. Ces objets ramènent notre pensée à un autre siècle, et éveillent en nous des souvenirs d'enfance qui bien des fois ne sont pas encore effacés. Nous nous approchons de l'instrument de musique à la forme surannée, et nous avons envie de faire résonner sur ses touches une romance langoureuse, un air plaintif de Dalayrac, de Glück ou de Garat. Nous ouvrons l'armoire et déplions ces costumes aux couleurs flétries que nous ne voyons plus aujourd'hui qu'au théâtre; nous songeons enfin, devant cet appareil du travail délaissé depuis plusieurs générations, à la grande aïeule dont de vieux parents nous ont parlé. La femme du XVIIIe siècle s'est retrouvée, par goût, ménagère et mère de famille : elle a tenu l'aiguille et manié les navettes; son petit garçon ou sa petite fille se sont habillés d'un vêtement qui était sorti de ses mains. Elle s'est parée du fichu et du bonnet de dentelle qu'elle avait brodés point par point; elle a placé sous ses manches, au bord des bras, des engageantes blanches qui étaient son œuvre, et elle a donné à son mari d'élégantes manchettes ou un jabot bordé de fines découpures; enfin, elle a exécuté patiemment des tapisseries aux dessins compliqués, pour couvrir d'un modèle à son choix quelques meubles de son salon, sa chaise longue ou sa bergère. Mais ce n'est pas seulement au XVIIIe siècle que nous trouvons la mère de famille ou la jeune épouse s'adonnant volontiers à des travaux d'intérieur; dans tous les temps, la femme s'est assise près de son ouvrage; elle s'est mise avec la même ardeur à la tâche qui lui était dévolue et qui faisait partie de son existence. Si nous possédons, dans nos demeures, peu de souvenirs d'époques devenues lointaines, les documents ne nous manquent pas, quand nous voulons reconstituer les mœurs de n'importe quelle période. Les estampes, les tableaux, les miniatures nous offrent mille détails précieux, et les galeries Femme grecque au travail.

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REVUE DES ARTS DECORATIFS. des musées, ainsi que les collections particulières, renferment bien des objets dont la valeur est inappréciable. Commençons par les âges les plus éloignés. Au temps où la reine Berthe filait... Allons plus loin! La science a élargi nos connaissances, et le globe où nous vivons n'a plus de secrets pour nous. Les géologues nous ont parlé des époques préhistoriques, et, suivant eux, la couture, le filage et même le tissage étaient connus dans les temps primitifs. Je ne prétends pas, sans doute, montrer dans la femme de l'âge de pierre, dans l'habitante des cavernes, vêtue de peaux de bêtes, une ménagère munie de tous les ustensiles qui lui étaient nécessaires; mais la compagne de l'homme barbare de cette époque, l'Ève qui le suivait à la chasse et à la pêche et qui allumait son feu à un grossier foyer, n'a pas tardé à profiter des premières inventions, et elle s'est créé elle-même de nouvelles ressources, poussée par Le métier de haute lisse chez les anciens Égyptiens (miniature de l'hypogée de Beni-Hassan, d'après Borrellini). les dures lois de la nécessité. Le fil dont elle se servait tout d'abord était fabriqué avec des tendons ou des cordes à boyaux; c'est plus tard que les vêtements de toile furent cousus avec un fil de lin ou d'écorce. Les aiguilles étaient formées avec des arêtes de poisson ou des os amincis et travaillés. Voulez-vous voir ces aiguilles? On en a recueilli plusieurs dans les collections géologiques. Elles proviennent des grottes qui servaient de gîte aux premières peuplades, dans le Languedoc ou dans la vallée de la Somme: quelques-unes, qui datent de l'âge du renne, sont appointées aux bouts et percées d'un trou, au milieu de leur longueur; elles ont la forme de certaines aiguilles en bronze fabriquées plus tard et qui en ont été sans doute l'exacte copie. D'autres aiguilles, en os, ont leur trou percé à leur plus grosse extrémité. Celles-ci sont quelquefois assez délicates; on en a trouvé, dans le Périgord, qui sont remarquables par la finesse du travail, et si nous en croyons M. Albert Joly dans son beau livre, l'Homme avant les métaux, elles sont mieux taillées que celles des anciens Gaulois. Dans tous les cas, il faut admirer l'habileté avec laquelle ces aiguilles ont été façonnées, l'homme des temps primitifs n'ayant à son service, pour forer le trou et donner sa forme à l'objet, qu'un simple perçoit en silex. Le chanvre était inconnu des habitants des cités lacustres, mais ils cultivaient le lin; on a trouvé sa graine en abondance, et des filets et des toiles tissées et nattées, dans les stations des lacs de la Suisse. Le filage et le tissage furent inventés successivement : nul

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LES ORNEMENTS DE LA FEMME. doute à cet égard; on a trouvé des fuseaux en bois et des tissus de lin et d'écorce, dans les habitations lacustres de la Suisse : on y a recueilli des disques percés ou en pierre ou en argile, qui avaient servi de pesons de fuseaux; l'un d'eux était encore adapté au fuseau quand on l'a découvert. Le métier et la navette du tisserand devaient naturellement être connus peu de temps après le fuseau; le métier était posé sur des montants en bois, et il comportait déjà quelques accessoires, tels que des molettes et autres objets nécessaires pour tendre les fils de la chaîne. En somme, l'homme primitif s'était peu à peu outillé; il s'était construit une demeure, et il avait trouvé les arts qui rendent l'existence plus commode. L'industrie avait débuté sous sa maison de bois et de paille, et il pouvait déjà être fier en quelque sorte des résultats qu'il avait obtenus. Si les populations des temps préhistoriques sont aussi avancées en fait de découvertes, ne soyons pas surpris de trouver en Égypte les arts du travail parvenus à un haut développement. Au pays des Pharaons, la civilisation prend un rapide essor, grâce à la précocité naturelle de la race; dès les anciennes dynasties, rien ne manque à la maison égyptienne. Regardez quelques représentations de scènes de la vie familière; l'artiste de Thèbes et de Memphis excelle dans ces reproductions domestiques. Nous voyons la fileuse tenant son fuseau sur les bords du Nil; voici le tisserand à son ouvrage. Les peintures de l'hypogée de Beni-Hassan nous donnent l'image du métier de haute lisse: il est posé verticalement, comme le métier employé aujourd'hui aux Gobelins. Il se compose, bien que fort élémentaire, d'une chaîne où l'on introduisait les fils; deux bâtons traversent cette chaîne qui est tendue sur son ensouple, et un peigne sert à resserrer et à égaliser le tissu $^1$ . Dans les sépultures égyptiennes, on a souvent trouvé différents objets déposés dans des coffrets de bois sculptés ou recouverts de peintures. Les ustensiles de travail figurent quelquefois parmi ces objets. N'est-ce pas d'une boîte de momie que sont sortis ces fuseaux, ces navettes, ces aiguilles de bois qui ornent une vitrine du musée du Louvre? A côté, s'étalent des tissus, des fragments de vêtements, un réseau à retenir les cheveux, dont les mailles ont été réunies par des aiguilles à crochet toutes semblables aux nôtres. Regardez encore quelques autres vitrines: vous y verrez des étuis d'or, couverts d'hieroglyphes, et sur lesquels sont gravés, décoration bien égyptienne, une abeille, un scorpion, un crocodile ou une fleur de lotus. Les Phrygiens, suivant Homère, avaient inventé la broderie à l'aiguille. Toute une partie de l'Orient donna la préférence à ce genre de travail: l'aiguille couvrait les étoffes de pourpre de riches dessins. Les vêtements, les tuniques de femmes furent brodés, aussi bien que les voiles dont les prêtres entouraient, au fond des temples, les images des dieux. Les Hébreux adoptèrent les arts de la Phénicie, dont les tissus étaient célèbres; nous 1. Eugene Muntz, la Tapissérie. — Georges Perrot et Ch. Chipiez, l'Art dans l'antiquité.

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REVUE DES ARTS DECORATIFS voyons dans la Bible que les femmes juives brodaient sur soie cramoisie avec des fils d'or, et que la broderie était entrée, pour une large part, dans la confection des tissus du tabernacle1. La Bible renferme enfin, dans plusieurs endroits, surtout dans le livre des Prophètes, la description du luxe des tribus d'Israël et de Juda; elle contient aussi l'éloge du travail domestique, et l'on sait dans quels termes les Psaumes vantent la vertu de la femme qui travaille dans son logis. Nous avons pris l'habitude, en obéissant à l'influence de nos souvenirs classiques, de rapporter à la Grèce l'invention de tous les arts. La vieille Hellade a donné à ses œuvres la beauté parfaite; si l'origine de ses industries est orientale, elles ont atteint cette pureté, d'où résulte on ne sait quoi de définitif. Un autre avantage des Hellènes, à nos yeux, a été de créer la légende du travail. Quelle autre nation que la Grèce a inventé cette noble et touchante figure, Pénélope? Tous les poètes depuis Homère jusqu'aux derniers collaborateurs de l'Anthologie ont vanté la femme qui s'occupe aux ouvrages de son sexe; enfin, la religion hellénique a sanctifié l'idée du travail, en plaçant dans l'Olympe Minerve-Athéné; elle est surnommée l'Ouvrière et elle a la quenouille pour attribut. Les ouvrages de femme ont pris, chez les poètes, le nom d'ouvrages de Minerve; la déesse, de ses belles mains parfumées d'ambroisie, ne craint pas de toucher à la trame des métiers. Admirons 1. Eugène Müntz, la Topisserie (A. Quentin, éditeur).

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LES ORNEMENTS DE LA FEMME. cette conception gracieuse du paganisme. L'ouvrière d'Athènes, aussi bien que la femme qui aimait le travail pour lui-même, avait auprès de Jupiter sa divine patronne, qui veillait sur elle et favorisait sa tâche, déesse redoutable, car elle était en même temps la gardienne d'Athènes, qu'elle protégeait du haut de l'Acropole; elle portait la lance et le bouclier et prenait part aux combats et aux entreprises belliqueuses, aussi bien que Mars lui-même. Comme patronne des travaux de femme, Minerve est invoquée en ces termes dans l'Anthologie : « O Minerve, les filles de Xuthos et de Mélitée, Satyre, Héraclé, Euphro, toutes trois de Samos, te consacrent l'une sa longue quenouille, avec le fuseau qui obéissait à ses doigts pour se charger des fils les plus déliés; l'autre sa navette harmonieuse qui fabrique les toiles aux tissus serrés; la troisième sa corbeille aux belles pelotes de laine, instruments de travail, qui jusqu'à la vieillesse ont soutenu leur laborieuse existence. » Une autre poésie votive — d'Antipater de Sidon — renferme une invocation du même genre et nous donne cette description délicate des instruments de travail : « La navette matinale qui s'éveille et chante avec les hirondelles, alcyon des métiers de Minerve, le fuseau qui siffle en tournant à rompre la tête, fileur habile et prompt du lin bien tors, des écheveaux et cette corbeille avec sa quenouille, gardienne du fil dévidé, et des pelotons de laine, tout cela, la fille du vertueux Dioclès, la laborieuse Télésilla le consacre à la jeune déesse protectrice des ouvrières. »

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. Un poète grec de l'Anthologie appelle encore la navette, « le rossignol des tisserands ». On sent à travers ces images certains emprunts populaires; ces dénominations poétiques ont été créées sans doute par les ouvriers eux-mêmes, quelque gracieuses et élevées que nous paraissent ces métaphores. Avant de quitter l'Anthologie, signalons un autre vœu où se cache une véritable plainte; il est adressé à Vénus, par une femme qui abandonne Minerve. « Disparaissez, outils qui laissez mourir de faim les pauvres femmes!... » Ce reproche amer de l'ouvrière qui lutte inutilement, et qui se laisse aller à renoncer au travail, est malheureusement de tous les temps, et les Grecs ont aussi connu les redoutables problèmes qui occupent notre société moderne, et qui font réfléchir les hommes politiques et les penseurs. Homère a représenté Hélène et Pénélope assises devant leurs toiles; dans l'Odyssée, Calypso fait mouvoir sur le métier, tout en chantant, une navette d'or; la magicienne Circé Le métier de Pénélope, d'après un vase antique. occupe de même ses loisirs, en attendant Ulysse et ses compagnons. Quel est pourtant ce métier de l'âge héroïque dont nous entretiennent si souvent les poètes? Nous le connaissons aujourd'hui, suivant M. Eugène Müntz, par un dessin, tracé sur un vase grec trouvé à Chiusi, et exécuté quatre cents ans avant Jésus-Christ $^1$ . Ce métier, d'une forme très artistique, se compose de deux montants verticaux et d'une barre horizontale; d'après la représentation qui nous en est restée, les lisses sont maintenues par de petits poids. Le travail commence par le haut, et l'on peut voir sur le tissu un personnage ailé, des animaux et des griffons qui, par leur style, trahissent clairement l'influence de l'Orient. Sous le beau ciel de la Grèce et de l'Ionie, les artistes se sont vite mis de la partie, quand il s'est agi de fabriquer les outils de travail, parure et ornement du gynécée. La quenouille et les fuseaux ont surtout reçu des ornements qui leur donnaient plus de prix. Il suffit, pour en acquérir la preuve, de lire les vers de Théocrite sur la quenouille d'ivoire, qu'il avait envoyée en cadeau à la femme du médecin Nicias, son ami. C'est un petit poème d'une grâce parfaite, et qu'une femme lira toujours avec plaisir. « O quenouille, amie de la laine, don d'Athéné aux yeux bleus, les bonnes ménagères se plaisent aux $^1$ Eugene Müntz, la Tapisserie.