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Plaisir de France FÉVRIER 1966
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Plaisir de France FÉVRIER 1966
Plaisir de France revue mensuelle (IMAGES DE FRANCE) --- Sommaire - février 1966 - N° 328 - 32e année Pages - Editorial : De quoi penser, de quoi sourire, par Olivier Quéant .................................................. 1 - Aujourd'hui et demain : L'espoir du ski français. ........................................................................... 2 - Théâtre : Des arbres et du vent, par Gilles Quéant ......................................................................... 6 - Cinéma : James Bond se renouvelle, par Marcel Lasseaux .............................................................. 7 - Musique : Poètes et mages du piano, par Marcel Schneider ............................................................ 7 - Art : Bernard Buffet devant la femme en grand, par René Barotte ..................................................... 8 - Livres : Absence de sujet, par Yves Gandon ................................................................................... 10 - Ventes : 2 milliards 600 millions à Galliéra, par Raymonde Wilhélem ............................................... 11 - Un voyage d'art : Les Pays-Bas à découvrir, par René Briat ............................................................ 14 --- Toute la Hollande dans un parc ........................................................................................................ 16 L'Art au coin du bois ........................................................................................................................ 20 L'autre visage de Haarlem ............................................................................................................... 22 Les surprises de La Haye ................................................................................................................ 28 Chez l'Antiquaire : La Hollande à Paris, par Marie Pellé ................................................................... 34 Napoléon chef d'école : Le style Empire, par Jean Dutourd ............................................................... 36 Le 6e plafond de l'Odéon, par Gilles Quéant .................................................................................... 38 L'Indonésie inconnue : Etranges rites des Toradjas, par Luc Bouchage .............................................. 44 Décoration : Appartements à la campagne, par Anne Fourny ........................................................... 52 « Plaisir de France » répond à vos lettres. Disques classiques et contemporains, par Gustave Samazeuilh --- NOTRE COUVERTURE. DANS SON MERVEILLEUX HABILLAGE DE BOISERIES D'ACAJOU BLOND, AVEC UN MOBILIER ASSORTI EN ACAJOU ROUGE, NÉO-CLASSIQUE, VOICI LA « SALLE DES RÉGENTS » DU TEYLERSHOFJE, A HAARLEM. LES REGENTS DE CETTE INSTITUTION CHARITABLE SE SONT FAIT PEINDRE ASSEMBLÉS AUTOUR D'UNE TABLE, DANS LA GRANDE TRADITION DE FRANS HALS. L'ATMOSPHÈRE DE FÊTE A PU ÊTRE RECONSTITUÉE GRACE AUX CONSEILS DE Mlle EDWARDA J. ZETTELER, DU FRANS HALS MUSEUM, ET DE M. J.-H. BARTMAN. ARGENTERIE PRÊTÉE PAR M. H. W. DAMES. IL NE S'AGIT LA QUE D'UN DES ASPECTS DE LA HOLLANDE INCONNUE QUE NOUS VOUS INVITONS À DÉCOUVRIR PAGE 14. (PHOTOGRAPHIE PIERRE JAHAN.) DANS NOTRE NUMÉRO DE MARS. LUMIÈRE SUR UN CHEF-D'ŒUVRE : JEANNE D'ARAGON RENDU A RAPHAEL, PAR GERMAIN BAZIN, CONSERVATEUR EN CHEF DU MUSÉE DU LOUVRE. - L'ART DE VIVRE EN FINLANDE, PAR ANNE FOURNY. - UNE ENQUÊTE SUR LES CURES THERMALES, PAR ROGER BASCHET. - RENDEZ-VOUS DE PRINTEMPS AUX MARTIGUES, PAR PAUL LORENZ. - MARS AU JARDIN, PAR ODETTE JOYEUX. - LA MODE MASCULINE, PAR EDDY DUBOIS. - DÉCORATION : LES MATIÈRES NOUVELLES DANS LA MAISON. - CHEZ L'ANTIQUAIRE : LES TABLES A LA TRONCHIN. --- OLIVIER QUÉANT : Directeur général-Rédacteur en chef. YVES MARESCOT : Directeur commercial. MARIE PELLÉ : Directrice artistique. PAUL LORENZ : Adjoint au rédacteur en chef. ROGER BASCHET, RENÉ BRIAT, GILLES QUÉANT : Rédacteurs. ANNE FOURNY : Adjointe à la direction artistique. SIMONE TOBOUL : Secrétaire de la direction. JEAN LAUDAT : Secrétaire de rédaction. GILLES TASSIGNY : Mise en pages. MARIE-FRANCE CHAUVIN : Fabrication. GEORGES COLIN : Dessinateur. ROGER BASCHET : Directeur des Éditions. J.-F. MÉHU : Secrétaire général chargé des relations extérieures. SERGE MARIE : Directeur des ventes. WILLY LEUBA : Chef du service vente et abonnements. GISÈLE MOTTANT : Service de publicité. JOELLE PASSANI : Secrétaire des Éditions. ADMINISTRATEURS : CHARLES GENDROT, OLIVIER QUÉANT. CONSEIL D'ADMINISTRATION - PRÉSIDENT : LOUIS BASCHET. Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright Plaisir de France 1966. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.
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Où dans le monde est il donc possible de visiter huit châteaux, à bicyclette, Bourgmesre en tête? Mais dans la petite ville de Vorden (Pays-Bas)! Si proche soit-elle de nous, en effet, la Hollande est toujours différente. Le Hollandais a SON mode de vie. Il n'a jamais fini d'améliorer le confort de son home et la beauté de son jardin. Il est à la fois réaliste et poète comme en témoigne les roses, tulipes, jonquilles et jacinthes qu'il cultive. 'Gezellig'! Ce mot, c'est toute la Hollande! c'est son bien-être et son charme, son confort et sa joie de vivre. Un bon départ pour la journée... C'est le petit déjeuner hollandais: pains blanc et brun, pain de seigle, biscuits croustillants, oeufs à la coque. Le tout sur une grande table pour mieux pouvoir y disposer viandes, jambon, confiture, fromage, beurre et miel. Lait, café, thé ou chocolat, bien sûr! Et surtout, mangez tout ce qu'il vous plaît! De la terrasse des cafés (la bière hollandaise est un vrai delice), regardez donc les Hollandais déguster leurs harengs, en pleine rue. Menton levé, voyez comme ils les attrapent par la queue, les gobent! 'Poffertjes'! Les petits marchands de beignets, eux, vous attendent! Une tartine de jambon ou de roastbeef couronnée d'oeufs sur le plat; et voilà un bon 'uitsmijter': petit repas excellent, et pas cher, si vous n'avez pas le temps de prendre un excellent repas 'à la française'. De Rembrandt à Karel Appel... La peinture hollandaise ne s'arrête pas au XVIIe siècle! 'Pop Art', tachistes, figuratifs, non-figuratifs, toutes les tendances ont de nos jours leur place en Hollande. Quatre des dix plus grandes galeries sont particulièrement consacrées au siècle dernier. Toutes sont de réputation mondiale. A La Haye, une collection de Mondrians au Musée Municipal !... Près d'Arnhem, 270 Van Goghs au cœur de la Réserve Zoologique du Hoge Veluwe. Expositions internationales toujours renouvelées dans des galeries comme celles de Krikhaar. Amsterdam, la plaque tournante du monde des affaires pour tout ce qui touche l'art moderne! Pays-Bas! Pays d'Eaux! Les plus hautes montagnes de Hollande ce sont les nuages blancs qui dominent l'immense paysage, nuages que des lacs étincelants par centaines et 5.000 Km de fleuves et canaux reflètent. La Hollande est un paradis pour l'amoureux des sports nautiques: natation, yachting, ski, aviron, canot à moteur. La pêche est partout idéale même sur les jetées du littoral. A l'Est, les ports de plaisance: Loosdrecht, Kaag, Vinkeveen, leurs lacs Un canton entièrement lacustre dans la Frise. Larges plans d'eau pour le yachting lourd, dans l'IJsselmeer et aux estuaires de Zélande. Tout autre renseignement Vacances en Hollande à l'Office National de Tourisme Neerlandais (ANVV): Paris 2e - 1 Place de l' Opéra, tél: OPERa 99-96; Bruxelles 5e - 1, rue des Drapiers, tél: 12.44.09; 8001-Zürich - 58; Talstrasse, tél: 27.61.27. Des 'Botters' et 'Loggers' aux harengs dorés! Lundi! C'est jour de lessive à Urk, typique port de pêche parmi vingt autres, comme lui créés au cours des siècles en bordure du Zuyderzee et de la Mer du Nord. Tous ces villages ont leur propre folklore: intérieur domestique, costume. Petits mondes toujours vivants: visitez les! Respirez leur air vivifiant et pur. Humiez leur senteur de goudron, de cordages Barques de pêche ventrues, 'botters' et 'loggers' prennent tous les jours la mer, et comme il y a cent ans, quand elles rentrent vous admirez comme en les fumant, on change en poissons d'or des poissons d'argent... hollande 60 jours durant les tulipes enchantent, mais la Hollande est toujours captivante Plaisir de France
d'un mois à l'autre Versailles remeuglés Nous avons reçu de M. G. Van der Kemp, conservateur en chef du musée de Versailles, une lettre que nous nous faisons un devoir de reproduire. Elle répond à l'article de M. Pierre Verlet, paru dans notre numéro de décembre dernier. > « Je ne veux pas faire de polémique à propos de l'article signé de M. Pierre Verlet mais, cependant, je tiens à faire une mise au point. Lorsqu'il parle du Cabinet du roi ou Cabinet d'angle en disant que la reconstruction actuelle aboutit "au désordre", je ne peux pas mieux faire que de citer un passage d'un article paru, avant ma nomination à Versailles, dans le bulletin des Musées de France de 1950, dans un numéro consacré à la Société des Amis du Louvre, et signé de M. Pierre Verlet. Aux pages 22 et 23, M. Verlet préconise, en effet, ce que nous avons eu, personnellement, le bonheur de faire. Je cite : > > "La grande pièce d'angle aux magnifiques boiseries de Verbeckt, que l'on appelait autrefois cabinet intérieur et qui était le cabinet de travail du roi, était meublée de quelques grands meubles qui se trouvent, sauf un, encore conservés dans nos collections nationales, la commode médailler de Gaudreaux (1739) et les deux enceintures de Joubert (1755), qu'expose aujourd'hui le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, le célèbre bureau du roi, ce somptueux secrétaire à cylindre qui fait l'orgueil de nos salles du mobilier (1769), quatre admirables chaises aujourd'hui placées en réserve à Fontainebleau (1774), enfin le bureau plat qui fait maintenant partie d'une collection privée d'Angleterre (1787). Tous ces meubles ont été commandés les uns pour les autres et chacun d'eux en accord avec les boiseries. Les dates qui les jalonnent indiquent autant que le style des meubles l'esprit de suite qui anime tout l'ensemble. Si l'on arrivait à remeuble ce cabinet — et ce serait facile — on retrouverait l'harmonie exacte que Louis XV et Louis XVI voulurent. Une seule pièce manquerait : le fauteuil de bureau de Louis XV, qui fit vendre Louis XVI en 1785, mais peut-être retrouvera-t-on celui qui le remplage. La pendule de la cheminée appartient maintenant au Conservatoire des Arts et Métiers. Sur la commode, Louis XVI fit placer le candélabre de l'Indépendance d'Amérique et deux vases de Sévres que nous avons pour l'instant rapprochés dans une salle du Mobilier du Louvre. Rêvons-nous en proposant une pareille reconstitution? Tous les éléments, sauf un, sont à portée de notre main. » > > L'on croit rêver, en effet, en lisant l'article actuel de M. Verlet qui contredit manifestement ses assertions de naguère. Il s'agit, par conséquent, d'une triste querelle de personnes sans aucun intérêt pour le public qui, d'ailleurs, en visitant le Versailles actuel, peut mesurer aisément l'immense effort accompli. » Lancelot Ney Nous apprenons la mort d'un des pionniers de l'Ecole de Paris, décédé subite-ment à l'âge de soixante-cinq ans, en pleine création esthétique. Parmi les peintres de l'école contemporaine, il était de ceux qui réalisaient avec succès le mariage heureux de ces deux tendances apparemment contraires : l'abstrait et le figuratif. Plus que tout autre, il était arrivé à concilier ces inconciliables. Venu de Hongrie, passionné par la France où il exposa dès 1929, il avait été soutenu en particulier par Jean Cassou, Michel Seuphor, et récemment René Barotte lui avait consacré une monographie publiée aux éditions Madsen. Dans un article paru dans notre numéro de février 1957, nous avons exposé la façon dont il analysa et transposa picturalement toutes les beautés de ce petit village des Pyrénées-Orientales, Arles-sur-Tech, dont il avait fait son royaume. Il laisse une œuvre très importante. Une femme décore une église parisienne Prochainement aura lieu dans l'église de la Trinité l'inauguration de deux grands panneaux peints, œuvres de Morgan-Snell, destinés à la chapelle de la Vierge. Puissants et drapés dans de somptueux costumes, les personages de ces compositions font penser à ceux de la Renaissance italienne. Les sujets traités sont : la Présentation de la Vierge au temple et la Vierge à la Pentecôte. Les meilleurs ouvriers de France Parmi les médailles d'or attribuées aux meilleurs ouvriers de France, il en est qu'a bien méritée François Keime, ferronnier, fils de ferroconnier, installé depuis vingt ans à Marseille, où il réalise, selon une technique classique, des christs et divers personnages, en partant de vieux tubes de fer. Une exposition au palais de la Monnaie Au musée monétaire du quai de Conti, vient d'avoir lieu une exposition de médailles italiennes organisée avec la collaboration de la Monnaie de Rome. Cette manifestation qui comporte, à côté de médailles contemporaines, des éléments anciens, a mis particulièrement en valeur les liens qui unissent en art les deux pays latins : l'Italie et la France. Paris-Londres Les auteurs, le théâtre français n'ont pas à Londres d'intermédiaire plus fidèle et plus efficace que le jeune comédien Scot Finch. Il traduit nos pièces, Scot Finch (au centre) dans "L'Espion qui venait du froid". il les fait jouer, il les joue lui-même, mais son rêve est d'en créer une à Paris, car, à l'accent près, il parle comme un Français. Hollywood l'a remarqué dans l'Espion qui vient du froid, où le montre notre photographie, entre Claire Bloom et Richard Burton (Film Paramount). DANS L'ÉDITION DEUX ROIS DE FRANCE. Il n'est pas de sujet épuisé pour l'intelligence : Philippe Erlanger en administre la preuve avec le livre si vaste et si neuf qu'il consacre à Louis XIV (Fayard, édit.). Moins riche en vues personnelles, une agréable narration vous fera lire Louis le Bien-Aimé, par Jacques Levron (Librairie Académique Perrin). TROIS ESSAIS SUR L'ART. Gallimard rédité les trois D de Paul Valéry : Degas, Danse, Dessin, dont l'éloge n'est plus à faire. Dans la même collection, Peinture et société, par Pierre Francastel, est à recommander. Et Michel Seuphor nous initie à l'art de notre temps par un ouvrage aussi bien informé que bien écrit : le Style et le Cri (Seuil, édit.). DES GUIDES. Le Savoir-Vivre d'Edmond Charles-Roux nous permet de réviser les bonnes manières sans respecter toujours le bon langage (Grasset, édit.). Le duc de Bedford a cédé à la tentation de se dénigrer : il a écrit le Livre des Snobs (Stock, édit.). L'Habitation et son décor, publié par Larousse sous la direction de M.-H. Berthoin, est un vaste panorama de tout ce que l'on doit savoir sur l'installation d'un appartement ou d'une maison, sur les travaux décoratifs, sur les réparations, sur les styles. Un livre qui intéressera aussi bien le « bricoleur » que le décorateur et qui mérite bien sa désignation d'encyclopédie pratique. Tous les gourmets ne pourront qu'exprimer leur reconnaissance à l'Italien E.-C. Izzo, dont La Cuisine exotique, insolite, érotique vient d'être traduite par Mme Jacqueline Ramillet et publiée par les éditions Robert Laffont. Vous y apprendrez comment la recette du poulet rôti fut découverte par un Chinois innocent, ainsi que la manière d'accommoder la chair des animaux apparemment les moins comestibles, comme le chameau, le crocodile, le kangourou, le singe et le serpent. Bien d'autres recettes encore. LA FIN DES TEMPS. C'est un ouvrage monumental que notre ami Pierre Descaves et un directeur de l'Université de Paris, A.V.J. Martin, ont consacré à Un siècle de radio et de télévision (Les Productions de Paris, édit.). On y retrouve le mot de Jean Cassou : « La fin des temps, où nous voici, jouit d'une grande chance; elle possède la radio ». POUR LES ENFANTS Histoire de Paris racontée aux enfants, par Sabine Bernard-Derosne (Nagel, édit.), est un ouvrage fait pour la bibliothèque des garçons ou des filles, passé le temps des contes illustrés. Le texte, accompagné de documents iconographiques, a pour objet de transmettre aux enfants « un peu du grand amour pour Paris qui n'a jamais déçu l'auteur de ce livre. » LES LIVRES D'ART André Castel publie deux importants ouvrages sur l'art italien de 1460 à 1500, dans la collection « l'Univers des formes » dirigée par André Malraux et Georges Salles : Renaissance méridionale et Le grand atelier d'Italie. L'un et l'autre évoquent, avec l'aide de nombreuses illustrations, quelques années décisives pour l'art. (N.R.F.) Chez Larousse, une importante production : Le Prado, en deux tomes, par Manuel Lorente, et la National Gallery, par Manuel Valsecchi, dans la collection déjà riche de « Musées et Monuments ». Puis la nouvelle série des « Dictionnaires de l'homme du XXe siècle », comportant des ouvrages sur L'Art contemporain, La Révolution et l'Empire, La Mythologie grecque et romaine, La Suisse, respectivement signés par Raymond Charret, Joël Schmidt, Norbert Sillamy et Bernadine Melchior-Bonnet. Les Merveilles, édit.) ne manqueront pas d'étonner beaucoup de lecteurs. Moins connus, plus dispersés que les châteaux de la Loire, ces demeures présentent pourtant de grandes beautés architecturales, des chefs-d'œuvre de goût : du légendaire château d'Iff à celui du roi René, de la gracieuse « folie » de La Gaude au rude donjon de Villeneuve-Loubet et à cet aimable château de Grignan où mourut Mme de Sévigné, cinquante-quatre illustrations en couleurs, deux cent cinquante-quatre en noir. Un très beau livre de bibliothèque. L'Anglais Douglas Cooper avait déjà publié aux éditions du Pont-Royal un admirable volume intitulé Les grandes collections privées, où étaient reproduits les chefs-d'œuvre appartenant à vingt-six collections d'art parmi les plus fameuses. Il présente maintenant, chez le même éditeur, les Trésors d'art des grandes familles. Celles-ci ont nom Colonna, Doria, Pamphili, Pallavicini, pour l'Italie, les princes de Condé, le duc d'Aumale, les princes de Beauva-Craon, pour la France, les ducs de Devonshire, pour l'Angleterre, etc. L'ensemble est éblouissant. André Breton, le surréalisme et la peinture (Gallimard) est la rédaction d'un ouvrage publié en 1928 par André Breton, théoricien du surréalisme, et augmente ici joints plus de cinquante articles inédits dus à la même plume. Tous les peintres, qui ont suivi Breton dans cet art étrange et souvent fascinant, y sont mentionnés et leur œuvre décrite avec feu ou violence. Nombreuses illustrations. Chez Berger-Levrault, deux livres de qualité : Daumier et son monde nous est révélé par Raymond Escholar, comme un artiste si marquant que l'on a pu dire que « le XXe siècle était le siècle de Daumier », mais aussi comme un psychologue dont l'atelier fut là. Jacques Coeur le Magnifique, par Romain Roussel : histoire énigmatique et passionnante du grand argentier de Charles VII, dans un monde que l'auteur a su rendre vivant. L'art du bouquet au Japon (Ikebana), par Kasumi Teshigawara, nous apprend à garnir nos vases avec les fleurs de chaque saison, auxquelles sont associés brindiles, bourgeons, cailloux, fils de cuivre, et qui participent, entre les mains de leur auteur, à de véritables décors (Office du Livre - Fribourg). --- Plaisir de France
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L'ÉDITORIAL De quoi penser, de quoi sourire Penser Ce n'est pas tous les soirs qu'on a un voisin de table qui est à la fois Père jésuite et maître de recherches au Centre national de la Recherche Scientifique. De telles rencontres fécondes, de tels échanges rares sont procurés à ses membres par le Demi-Siecle, lors de ses dîners mensuels. Tout de suite, profitant de cette aubaine, j'attaquai innocemment le savant religieux sur la thèse de Teilhard de Chardin. Je lui confia l'embaras de nombreux chrétiens appelés à concilier la conception évolution du monde avec la création décrite par la Genèse. Quelques jours après, le R. P. Jean Moretti — qui dirige le laboratoire des isotopes à la Faculté de médecine de Paris — voulait bien m'adresser un texte imprimé dont il est l'auteur et qu'il a intitulé : « L'origine de la vie ». Ne s'agissant plus cette fois d'une conversation privée mais d'un écrit public, je vais pouvoir ici en citer l'essentiel. Car jamais je n'ai vu formulée de façon aussi claire la possible coexistence entre la science et la foi. Premier chapitre de ce texte : « L'apport de la science ». Une certitude des savants : la vie a commencé son aventure sur terre il y a près de 3 milliards d'années ; une hypothèse des mêmes : la matière vivante proviendrait d'une structuration progressive de la matière inerte par un mécanisme encore mal connu. Selon eux, la vie a dû commencer sur terre dans la forme élémentaire d'un organisme très simple, comme une bactérie, une amibe, bref un être monocellulaire. L'origine des premiers vivants serait donc une première cellule qui s'est multipliée, s'est groupée avec ses descendantes en organismes de plus en plus complexes. Mais le passage « spontané » de la matière à la vie est-il possible ? C'est alors que le Père Jean Moretti pose, comme titre de son second chapitre, la question : « Qu'est-ce que la vie ? » S'il est facile de dire que l'homme — ou l'animal, ou le végétal — est un vivant, l'assertion est plus malaisée pour les êtres infracellulaires comme les gènes et les virus. Si le biochimiste postule, d'après l'analyse, que la matière inerte peut devenir matière vivante, il ne peut vraiment conclure que s'il a réussi l'opération inverse, en réalisant au laboratoire la synthèse d'un vivant. En admettant que ce soit un jour possible, cette conception évolution du monde est-elle compatible avec le dogme de la création ? C'est ce qu'étudie le Père Jean Moretti en intitulant son troisième chapitre : « Qu'est-ce que la création ? » Et de dénoncer plusieurs erreurs courantes provenant d'une mauvaise lecture de la Genèse, dont le genre littéraire reste à définir. La première consiste à dire : « D'abord, il n'y avait rien... » Cette expression suppose l'existence d'une durée, d'un temps avant la création. Or, il ne peut y avoir un temps, même vide, avant la création. Deuxième erreur : « ... Puis Dieu créa. » Là, le religieux ironise : « On se figure un Dieu, d'abord au repos, qui, un beau jour, décide de créer le monde et puis qui contemple son œuvre sans plus intervenir ! » Selon la conception chrétienne traditionnelle l'acte créateur est éternel comme Dieu lui-même. Bien plus, les êtres créés n'existent que par une action continuelle de Dieu, par qui les êtres non seulement viennent au monde mais subsistent, quelles que soient l'autonomie, la liberté qui leur sont laissées. Ce serait donc, comme je l'ai toujours pensé, un « principe de vie extérieur à nous » qui anime notre corps; d'où la boutade que je lançai un jour aux auditeurs d'une conférence : « Nous ne mourons pas parce que notre cœur s'arrête. Notre cœur s'arrête parce que nous mourrons. » C'est-à-dire lorsque le « principe de vie » cesse, à l'heure fixée par le destin, de nous animer. Dans cette conception évolution admise par tous aujourd'hui, l'homme actuel n'est pas sorti tel quel des « mains du Créateur ». Il est le résultat, l'aboutissement, le sommet d'une création qui s'est poursuivie pendant des millénaires et se poursuit encore aujourd'hui. L'évolution, postulée par les scientifiques, serait le moyen choisi par Dieu pour créer les diverses espèces vivantes. Ni la philosophie, ni la théologie ne s'opposeraient donc à l'apparition de la vie sur terre par structuration de la matière. Voilà, n'est-ce pas, qui répond à beaucoup d'objections, qui éclaire le plus grand des problèmes, d'un jour, non pas nouveau — qu'on relise saint Augustin et saint Thomas — mais, disons, opportun, eu égard aux discussions fréquentes et souvent passionnées de ces dernières années. Sourire Le principal intérêt — à mon avis — de la cosmonautique ne serait pas de défier les lois de la nature et les conditions normales de la vie, mais bien de permettre à l'homme de s'évader de notre monde, de le voir de très haut : bref d'en juger mieux. Ce serait un moyen artificiel de devenir un sage, comme ceux de l'Inde ou du Tibet, qui, eux, ont le pouvoir de s'élever sans quitter la terre. J'aurais donc souhaité qu'un Français accompagnât les deux Américains, et que, muni d'une lunette très grossissante, il contemple en toute serénité cosmique le spectacle d'une élection qui, tandis qu'ils étaient là-haut, se déroulait chez nous, c'est le cas de dire : ici-bas. Il aurait vu qu'au lendemain de ce dimanche, il n'y avait que des vainqueurs, chacun estimant avoir triomphé. Il aurait ri aussi du nombre de candidatures sans espoir et en aurait conclu que le seul titre de gloire d'ancien candidat était devenu l'ambition de certains hommes, ce qui va loin. Car nombre d'individus, s'inspirant de cet idéal, jugeront suffisant de mentionner dans leur curriculum vitae ou sur leur carte de visite : ancien candidat au baccalauréat, ou ancien candidat à la députation, ou ancien candidat à la Faculté de médecine, etc. Une autre raison d'humour pour notre « sage » serait l'épidémie des locutions à usage politique. Naguère avait pris naissance l'expression « dans le cadre de », appliquée à tout (pour un peu, la tornole donnée par un père à son gamin se « serait inscrite dans le cadre de l'éducation »). Vint ensuite le « dialogue ». Prendre langue, causer avec, s'entretenir, nouer des échanges, entamer des pourparlers : autant de vocables dépassés. Ce qui compte, de nos jours, c'est « le dialogue » (autant que possible avec un interlocuteur « valable »). Ce mot revint dix-neuf fois (je les ai comptées) dans l'allocation télévisée de dix minutes d'un bien sympathique candidat. L'avant-dernière des modes, c'est « l'option ». Arrière les programmes, les choix, les professions de foi, les projets, les tendances, les solutions, les lignes de conduite, les principes, les directives ! Un candidat ou un parti se doit d'avoir des « options ». Bientôt, pour peu que ce nouveau jargon prolifère dans la vie courante, le maître d'hôtel, en vous présentant le menu, vous demandera votre « option ». Et voici la dernière mode de l'éloquence politique, empruntée au langage des ardoisiers. Les termes de séparation, de délimitation, de démarrage entre les « options » ne suffisaient plus. Sur les levres d'un orateur fleurit un jour le mot « clivage ». Sitôt lancé, sitôt repris. Ce que notre passager des cosmonautes, dégagé des forces de l'habitude, aurait mieux remarqué de très haut, que nous de tout près, c'est que, tous les jours de cet hiver, ensoleillés ou non, nos compagnes, à la ville, portent de hautes bottes, que rien, par un temps doux et sec, ne justifie. On assiste alors à ce paradoxe curieux : tandis que les hommes ont de fins souliers à semelles toutes minces, les femmes dans la rue chaussent les bottes qu'ils portaient en campagne, à la guerre, pour marcher dans la boue. Je vois dans ce retournement plus qu'une mode : un signe des temps. C'était autrefois, plaisamment, d'une épouse qu'elle portait la culotte, ce qui voulait dire que dans le ménage elle avait le commandement. C'était alors l'exception. De nos jours, elle porte la botte. Ce qui en dit long. Loin de moi la pensée de faire aux femmes un reproche. Elles ne méritent que des compliments, telles ces quatre jeunes filles récemment reçues à l'Ecole nationale d'Administration et qui pourront accéder, comme leur père ou leur frère, à la Cour des Comptes ou au Conseil d'État. Les hommes, eux, au foyer ou dans les bureaux, continuent de signer leur démission. Le rem « clivage » (voir plus haut) entre les sexes est chaque jour remis en question. Une chose me frappe à propos de ce fameux « contrôle » des naissances. A-t-on remarqué que pas une fois n'a été dit un mot de la responsabilité de l'homme, comme si ce n'était pas son égoïsme, son manque de volonté ou son indifférence cynique qui était la cause des naissances inopportunes ou abusives imposées par lui à la femme? C'est plutôt du « self control » masculin qu'il faudrait parler! A force d'user du fameux « débrouille-toi » à l'égard de sa compagne, l'homme pourrait bien avoir, par sa faute, institué chez nous, comme dans certaines peuplades, le régime du matriarcat. Olivier QUÉANT.

Cette édition de "Plaisir de France" explore divers aspects de la Hollande, de son art et de sa culture à son mode de vie. Elle présente également des articles sur le théâtre, le cinéma, la musique, les ventes d'art, et des sujets de décoration intérieure et de style, notamment le style Empire et les appartements de campagne.