Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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Plaisir de France JUILLET 1964 ÉCLAIREZ VOS JARDINS

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PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL RÉDACTEUR EN CHEF OLIVIER QUÉANT --- Sommaire JUILLET 1964 N° 309 - 30e année --- L'éditorial : - CONNAIS-TOI TOI-MÊME, par Olivier Quéant... 1 Nos chroniques : - AUJOURD'HUI, DEMAIN ... 2 - THÉÂTRE, par Gilles Quéant... 4 - CINÉMA, par Marcel Lasseaux... 5 - ARTS, par René Barotte... 8 - LIVRES, par Yves Gandon... 9 - VENTES, par Raymonde Wilhélem... 10 Un grand reportage exclusif : - FONTAINEBLEAU RETROUVE SA JEUNESSE, par René Briat... 12 Aux écoutes de l'avenir : - LES JEUNES AU CONCERT, par Paul Lorenz... 24 La sécurité en avion : - LES ROUTES DU CIEL, par Roger Baschet... 28 Après une exposition : - BOURGES DÉCOUVRE BOURGES, par Gilles Quéant... 34 Tourisme à l'étranger : - LES SURPRISES D'UN FRANÇAIS EN SUÈDE, par Christian Germoz... 42 Dans les Alpes-Maritimes : - LE MERCANTOUR, TERRE SAUVAGE, par La Mazère... 50 Décoration, par Anne Fourny : - UNE DEMEURE QUI FAIT CORPS AVEC LA NATURE... 54 - JARDINS DE NUIT MIS EN LUMIÈRE... 62 Disques de Jazz et de Variétés. --- NOTRE NUMÉRO D'AOUT --- Tourisme de vacances en France : Délivrée de ses chaînes, l'Abbaye de Fontevrault, en Anjou - La presqu'île de Crozon, résumé de la Bretagne - Le tombeau du troisième prince de Condé à Valery, dans l'Yonne. À l'étranger : Une escale archéologique : Éphèse - Pour les Aoûtien : Paris-plages - Les Pionniers du sport à travers l'affiche (Exposition du Pavillon de Marsan) - Décoration : La maison de Simone Valère - Les portes retrouvent leur parure. Et nos chroniques habituelles. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by Plaisir de France 1964. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation. NOTRE COUVERTURE Jacques Damiot a éclairé pour nous une table servie dans son jardin de Neuilly. Deux sièges 1900 en acier peint bleu ciel entourent un guéridon nappé d'une mousseline blanche brodée sur fond rose (La Ville du Puy), couleur choisie pour rappeler celle des tulipes du premier plan. Couvert pour deux personnes, avec verres de Venise à motifs de dauphins. Héron de bronze chinois du XIXe siècle, servant de support à une lanterne japonaise 1900 en toile huilée et peinte. Au fond, une ampoule électrique dissimulée dans le lierre pour éclairer la cascade qui coule dans une petite grotte. De forts projecteurs cachés dans les buissons mettent en valeur un pécher, un bambou et un végélia. (Photographie Pierre Jahan.)

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Piaget Piaget La Côte-aux-Fées et Genève Chez les plus grands joailliers du monde --- Plaisir de France

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Société des eaux minérales de CONTREXÉVILLE VOSGES Capitale du rein depuis deux siècles --- En 1760 le Docteur Bagard, médecin du roi Stanislas Leczinski, publiait les premiers résultats obtenus par la cure de Contrexéville pour la goutte et la gravelle. Ces indications majeures demeurent aujourd'hui encore le plus beau fleuron de la célèbre station vosgienne : les malades souffrant de calculs urinaires obtiennent à Contrexéville l'expulsion de leurs cristaux et l'espacement de leurs douleurs. Les gouteux, les obèses, les surmenés, les hypertendus y pratiquent la cure de diurèse qui élimine de leur organisme les déchets accumulés. La station est située dans un vallon paisible, entouré de forêts et de prés. Les citadins, épuisés par une vie trépidante, en goûtent profondément le silence et le climat sédatif. Contrexéville possède une gamme complète d'hôtels de toutes catégories, dispersés dans un grand parc, autour des galeries de cure, des sources et de l'établissement thermal. Un ravissant casino, un kiosque à musique, des courts de tennis, un golf miniature, des jeux de boules permettent de s'y distraire, sans troubler le repos que recherchent les curistes, loin de toute agitation mondaine. --- Ci-dessus : - 1. Lac de la Folie (à 1500 m de Contre-xéville). - 2. Les courts de tennis. - 3. La galerie de cure des sources. Ci-contre : le casino. --- SAISON THERMALE DU 18 MAI AU 21 SEPTEMBRE Pour tous renseignements, s'adresser à la SOCIÉTÉ DES EAUX MINÉRALES DE CONTREXÉVILLE 8, rue du Hanovre, Paris-9e - RIC. 62-40 --- Plaisir de France ---

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en Corse... Dans ce site privilégié miraculeusement oublié par les touristes ...Un de ces rares endroits où sont réunis le soleil, la mer, une nature admirable et... LE CALME Ici* va se bâtir votre villa... Loin du bruit et pourtant près de l’aéroport d’Ajaccio, à 2 heures de Paris Tout le confort de la Côte d’Azur dans la nature sauvage de l’Ile de Beauté Au creux du Golfe de Valinco, face à un panorama unique, se dresse en bord de mer une colline boisée et fleurie sur laquelle a été réalisé un ensemble résidentiel d’une qualité rare. Au milieu des tamaris, des cyprès et des mimosas, les Résidences du Golfe de Valinco vous offrent un équipement complet : de l’eau en abondance, des routes bordées de fleurs, électricité et téléphone, centre commercial, plages privées, club nautique. A l’occasion de vos vacances en Corse, allez à Valinco choisir le terrain dominant la mer où vous construirez la maison de vos rêves. Et auparavant, demandez la luxueuse brochure en couleurs au bureau de Paris des Résidences du Golfe de Valinco, Service E, 95, Bd Beaumarchais - Paris - LOU 45-58 les Résidences du Golfe de Valinco Pointa delle Balconcelli (Corse) --- A l’usage exclusif des propriétaires de Valinco, de petites criques rocheuses et de grandes plages de sable fin Bondissant de la montagne le Taravo coule sous la verdure

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d'un mois à l'autre Le Festival du Marais - Le IIIe Festival du Marais s'est déroulé du 2 au 27 juin sous le patronage du Comité officiel des Fêtes de Paris. Cinquante-deux manifestations, pour la plupart animées par des grands ensembles symphoniques internationaux, ont fait revivre un quartier aux monuments prestigieux et attiré un public européen. Un anniversaire - Toutes nos cordiales félicitations à Olivier Perrin pour les quinze ans de la Revue « Médecine de France » qui allie la culture de l'esprit à la qualité de l'édition. Après les Floralies - Les architectes diplômés par le gouvernement, reprenant les conclusions d'un congrès de l'Hygiène réuni à la fin de l'année 1963 à l'Institut Pasteur, ont mis à l'étude le « Plan vert » qui consiste à remplacer dans Paris les îlots insalubres par des jardins. Le projet exposé aux Floralies et qui associe des peintres et des sculpteurs à l'œuvre de rénovation n'était qu'une esquisse dont la mise au point demandera plusieurs années, en raison des problèmes de relèvement qui la conditionnent. Prix littéraires - Sous l'égide du Syndicat des journalistes et écrivains, la remise des prix littéraires a eu lieu à l'Institut Pédagogique National : le grand prix du reportage à Roger Couderc et le second prix à Renée Tabourel ; le prix du roman à Priyere de Mandiargues pour « la Motocyclette »; le grand prix de la Revue Indépendante à Robert Lacroix de Liste pour « la Route empanchée », le 2e prix à France Duroy pour « O temps ! », à Pierrette Roi pour « le Cœur et la Vie »; le prix Montcalm à Michel Bernard pour « le Québec change de visage » (éd. Plon) ; le prix de la pièce de théâtre à Peter Ustinov pour « Photo Finish » et à Anne-Marie Goulainat pour « Alexandra ». Des expositions - Jean-Paul Joly a des grâces de jeune fille quand il plante son chevalet devant un paysage qu'il traduit amoureusement, d'un pinceau sûr, bien que son goût pour la peinture lui soit venu sur le tard. Tout lui est sujet d'enthousiasme et d'émerveillement : des pâles criques bretonnes aux tendres lointains d'Ile-de-France, de la chapelle de Lévis-Saint-Nom aux toits mouillés qu'il voit de ses fenêtres, rue Garancière. En exposant cette année à la Galerie du Parisse une nouvelle série de toiles, Jean-Paul Joly a confirmé la richesse d'expression de son jeune talent. - Epidaure, Delphes, Mycènes, le cap Sunion, tous les plus beaux sites de Grèce, Salvat vient de les faire revivre dans quelques toiles de petit format et surtout dans un ensemble d'aquareaux exquises. Rien de touristique dans ces notes prises sur nature, rien de lourd dans ces temples dont l'architecture légère sert de lien entre la terre et le ciel. Les gris, les bleus, quelques roses très tendres sont les notes principales d'une palette toujours raffinée. Nous n'oublierons pas les sensations que nous avons pu revivre devant ces sites très aimés dont la Galerie de Montmorency nous a offert une si excellente synthèse. - Un an après les manifestations du Centenaire, Waldemar George a présenté à la Galerie Knoedler l'exposition « L'Héritage de Delacroix ». Le rôle décisif du peintre dans l'évolution de l'art contemporain y fut mis pour la première fois en relief. Quelques-unes de ses œuvres y ont été confrontées avec certaines peintures des Impressionnistes et des Divisionnistes, des Fautes, des Cubistes et des Expressionnistes, tels que Monet, Pisarrro, Renoir, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Redon, Seurat, Signac, Matisse, Marquet, Rouault, Derain, Duty, Vlaminck, Braque, Robert Delaunay, Chagall, Soutine. Au Demi-siècle - L'association qui porte ce nom et qui groupe des personnalités de toutes professions a remis le 23 avril à M. Robert Marjolin, vice-président de l'Organisation Européenne de coopération économique, au cours d'un diner au Claridge, un sablier d'argent. Le sablier — à demi écoulé — est en effet le symbole de cette association dont les membres doivent avoir dépassé cinquante ans. Dans notre numéro de mai - Une erreur d'imprimerie nous a fait porter au 52, au lieu du 25 de la rue Drouot, l'adresse de la Boutique Polonaise (voir page XLVII - Shopping). « Image et son » aux Saintes-Maries Les Romanis allument des cierges en l'honneur de la Vierge dans la crypte de l'église des Saintes-Maries de la Mer. (Phot. Pic.) - Après Carnaval à Santiago de Cuba, Le Chant du Monde vient d'éditer un autre album-disque (30 cm) dans la collection que dirige le photographe Pic : les Romanis aux Saintes-Maries-des-la-Mer. De très belles photographies, des textes signés André Camp, Vanko, Ronda et Juan Fernandez complètent utilement ce disque qui contient 15 chants, principalement gitan et tziganes, accompagnés à la guitare. Un des derniers témoignages sur un pèlerinage prestigieux qui perd de plus en plus son sens religieux et ethnique pour ne devenir qu'une vaste foire. Du nouveau dans les grottes : - Dans l'Aven Armand, vers le Sud du Causse Méjan, la descente se faisait depuis 1927 par une échelle de corde ; un funiculaire sur pneumatique vient d'être installé dans un tunnel de 208 m : il permet de visiter sans effort une des salles souterraines les plus vastes que l'on connaisse, et haute de 25 à 30 mètres. - A Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), une fouille récente a mis au jour dans la grotte de Vallonet les ossements d'éléphants méridionaux, de rhinocéros étrousques, de guépards, d'hyènes, vieux de 800 000 ans. - Les douze salles des grottes de Lacave entre Rocamadour et Souillac sont désormais éclairées à la lumière noire. Un train électrique, puis un ascenseur en permettant la visite. - A Montigny-sur-Vézère, les peintures préhistoriques de la grotte de Lascaux qui étaient menacées d'altération semblent sauvees du fait d'un traitement énergique. Mais la poursuite des soins exige que la grotte reste fermée pendant toute l'année. DANS L'ÉDITION - Trois livres chez Grasset. Henry de Monfreid garde ses fidèles, que le Mystère de la Tortue entraînera en des aventures renouvelées. Le Journal de Jean de Pange, dont le premier volume s'étend de 1927 à 1930, intéressera ceux qui ont vécu l'autre après-guerre. Dans le Visage effleuré de peine, par Gisèle Prassinos, une héroïne qui s'appelle tout simplement Essentielle transforme en homme un robot savant. Il va sans dire que c'est un conte. - Ai-je fait ce que j'ai voulu ? se demande Jules Ramains (WesmaelCharlier, édit.) en examinant sa carrière et son œuvre. Le grand travailleur a le bonheur de se juger sans inquiétude. - Dans la collection « Raisons d'aimer » que dirige André Billy chez les mêmes éditeurs, Jean-Jacques Gautier parle admirablement de la ComédieFrançaise : « Ici, je vis à reculons et, à chaque page, chaque image repêchée dans ce lac où les rides deviennent rares rend à mon cœur la force d'aimer chaque jour davantage un théâtre qui, lui, rajeunit d'heure en heure. » - Dans cette revue où nous ne cessons de découvrir la France, nous sommes heureux de signaler le Guide artistique de la France qui paraît aux Editions Tinsé. En 500 pages et 2 500 illustrations, voici un tableau complet de la préhistoire à l'art moderne. Tour de force réalisé par Françoise Olivier-Michel et Claude Gisler. - Une Mise au point sur les traitements de la colonne vertébrale, par Pierre Rigal, fait utilement connaître la méthode sans violence que pratiquent les japonais et qui remonte à Avicence (édit. Judo International). - Un ouvrage posthume : Entre savoir et croire (Hermann, édit.). Quelques chapitres écrits de 1929 à 1945 retracent l'évolution de la pensée de P. Lecomte du Nouy : pensée qui le conduisit à accorder, sans les opposer, la réalité du monde physique et celle des forces spirituelles. Préface du docteur Albert Delaunay, de l'Institut Pasteur. - Les élèves de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales ont publié comme chaque année une plaquette qui est le fruit de leur collaboration étroite avec les milieux économiques, universitaires et politiques. Consacrée à la Ville, à sa genèse, aux problèmes d'urbanisme et de sociologie, elle a été entièrement conçue, rédigée et mise en pages par eux. - Un livre israélien de Zwitterman : Peuples, mers, navires, vient d'être traduit de l'hebreu par Josef Milbauer (Arts et Métiers graphiques, édit.). L'auteur, un des principaux dirigeants de la Compagnie de Navigation Zim, y étudie d'une manière très complète la technique de la navigation dans l'antiquité. Dix planches en couleurs reconstituant des bateaux anciens y feront en outre la joie des amateurs de maquettes. - Chez Larousse : l'Histoire est, en un seul volume, la somme des événements capitaux qui, depuis les premières civilisations jusqu'à nos jours, ont constitué l'aventure des peuples de tous les continents. Cinq mille ans d'histoire et d'activité humaine; 2 000 illustrations dont la plupart empruntées à l'art; des tableaux comparatifs, des cartes : telle est l'œuvre réalisée par Albert Jourcin, professeur agrégé d'histoire et de géographie. Chez Larousse également, le Tome XI du Grand Dictionnaire en dix volumes, et un Dictionnaire de Paris, rédigé par vingt spécialistes et comportant, par ordre alphabétique, des articles ayant trait à tout ce qui concerne la capitale: depuis ses moments, ses musées, ses théâtres jusqu'à ses gares, ses bals, ses abattoirs, sa police, ses restaurants. - L'Histoire de l'Art Payot s'enrichit d'un nouveau chapitre : Europe préhistorique, Afrique, Océanie, Asie du Sud-Est, par Frédéric Belon, professeur à l'Université de Leipzig. - Le jardin est à l'ordre du jour : les Plantes bulbeuses, de Paul Schauenberg (édit. Delachaux et Niestlé, à Neuchâtel), ne laisse rien ignorer d'une flore infiniment riche et de sa culture. Le Jardin et son décor, de Maurice Fleury (J.-B. Baillière et fils, édit.), enseigne l'art de construire un jardin. Portes, clôtures, allées, escaliers, terrasses et dallages, apports de l'eau et de l'électricité, meubles, y font l'objet de chapitres. - L'édition 1964 du Guide Susse Camping-Caravanings vient de paraître. Chaque année plus complet, il signale maintenant 3 350 terrains aménagés, 2 170 sites de camping sauvage et tous les emplacements de camping autorisés, en France et à l'étranger. Trois cents cartes et photographies. - Les Châteaux magiques de Louis II de Bavière, par Jacques Mercanton (édit. La Guilde du Livre à Lausanne) est un livre d'histoire en même temps qu'un album de belles photographies dues à l'objectif de Pierre Strinati. On y apprend à mieux connaître un roi « dont la joie principale de la vie était de construire » et qui laisse après lui des palais de contes de fées. --- SALVAT: le temple de Bassac. (Phot. M. Vaux) --- Plaisir de France

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L'ÉDITORIAL Connais-toi toi-même Ce chef d'un État hautement scientifique, face à la pyramide de Cheops, s'écrie : « Les pharaons, eux, n'allaient pas dans le cosmos. Nous, nous y allons! » Chez lui, la technique sans Dieu. En Égypte ancienne, une technique et des dieux, et surtout, une connaissance aujourd'hui disparue, tuée par des siècles de civilisation. Le contremaître qui commandait aux ouvriers constructeurs de temples ou de tombeaux obéissait lui-même à une mystique. Chaque image d'un bas-relief, chaque coup de pinceau sur une fresque, chaque ornement d'une statue s'inspirait non seulement d'un souci artistique mais d'un rite, d'un symbole, d'une pensée ésotérique. Voilà donc la science qui de nos jours culmine en des prodiges tels que naguère personne ne les eut cru possibles. L'homme se prépare à explorer la lune et il ne se connaît pas lui-même. Il téléguide des satellites avec une précision extrême, mais il ignore encore comment fonctionne sa pensée. Il découvre le moyen d'anéantir la population de la terre, mais il ne sait pas ce qu'est sa propre vie. Il manifeste sa puissance extérieure, mais ne s'explique pas ses possibilités intérieures, celles qui émanent de sa nature d'homme, sans recours à aucune invention, à aucun instrument. Le vieil adage « Gnôthi seauton », inscrit au fronton de Delphes et que Socrate avait choisi pour devise, est rejeté en arrière dans les siècles, par indifférence, orgueil ou impuissance. Tous ces phénomènes mystérieux et cependant naturels que sont la transmission de pensée, la prémonition, la voyance sont classés sous l'étiquette d'« occultes ». Devant ces faits troublants, l'homme adopte soit deux attitudes opposées : une extrême crédulité, un scepticisme systématique, soit, entre les deux, une légèreté qui le porte à rire comme si l'échappatoire du comique le préservait d'un sérieux approfondissement. Or je dis qu'il n'y a pas de « sciences occultes » ; il y a la science, qui devrait se pencher aussi bien sur le monde visible et le monde invisible, sur ce qui est expliqué et sur ce qui ne l'est pas encore mais pourrait commencer de l'être, peu à peu, si l'on prenait la peine de considérer les faits au lieu de les nier. À une époque donc où triomphe la science dans tous les domaines, en voici un — de tous le plus passionnant — dont la plupart des savants semblent totalement se désintéresser. Et bien peu de philosophes ont le courage d'un Gabriel Marcel pour traiter dans des conférences ou dans des articles de phénomènes auxquels ils ont assisté. On ne marchait pas plus à tâtons au moyen âge, on n'y était pas plus borné. L'ère de l'atome coïncide avec un obscurantisme qu'à peine on ose dénoncer. Et savez-vous quel est le sentiment qui dissuade tant de scientifiques, qu'ils soient médecins ou biologistes, physiciens ou physiologistes, de s'occuper de ces problèmes? La peur du ridicule, pas tant aux yeux du public qu'à ceux de leurs confrères. Tout simplement ! Déjà, vers 1920, le docteur Charles Richet, auteur du Traité de Métapsychique, s'étonnait de cette aversion. De nos jours, sous son nouveau nom de parapsychologie, cette science n'est guère encore officiellement reconnue. Et si l'on apprend qu'elle a un institut à Utrecht, que des Américains étudient méthodiquement la transmission de pensée (on dit même à des fins militaires!), on compte en France les communications ou les articles sérieux qui paraissent sur ce sujet. Le fait que les phénomènes mystérieux ne peuvent se reproduire sur commande, comme au laboratoire, ne me paraît pas suffisant pour en nier la totalité : un médium ne vous annoncerait-il qu'une fois sur cinq ou sur dix la somme exacte que vous avez en billets et en pièces dans votre portemonnaie, cela me semble mériter qu'on s'intéresse à cette révélation. Je connais des gens qui m'ont dit avoir vu, de leurs yeux vu, une table tourner toute seule, et d'en rire. Voulez-vous bien me dire ce qu'il y a de drôle là-dedans? Alors sortent les grands mots, tout simples : c'est le fluide! Quel fluide? Celui du bois de la table ou celui des assistants? Et qui donc dirige ce fameux « fluide » pour qu'un guéridon s'en aille heurter le plafond? Mais vous n'y changerez rien, l'homme de 1964 rit des tables tournantes, de la chose comme du mot et n'a que pitié goguenarde pour le médium qui lui dévoile sa pensée ou lui rappelle tout de go un acte de son passé. Voyantes extra-lucides, fakirs enturbannés de blanc, médiums en tournée dans les stations thermales et qui s'en viennent dans les hôtels distraire les clients après diner, tout cela, dans le même panier : charlatans, attrape-gogos, fumistes. Même si ce qu'ils dévoilent est vrai. Notre sixième sens, notre regard intérieur, nos divinations stupéfiantes : le plus grand mystère de notre vie est un domaine suspect pour les scientifiques qui tout au plus consentent à coller sur des flacons vides des étiquettes, dont la plus courante est « le subconscient », un de ces mots qui ne veulent strictement rien dire, aussi vagues qu'ils sont creux. Que notre subconscient soit un monde infini, qu'il ait des possibilités sans limites, bien sûr. Que notre cerveau fonctionne comme une machine électronique, avec comme elle des ruptures de courant, qu'il ait enregistré depuis notre naissance des millions d'actions ou d'images, de faits ou de pensées qui, à un certain moment, resurgissent plus ou moins confusément, cela aussi on veut bien le croire. Mais qu'on prétende que ce fameux subconscient qui ne peut s'enrichir que de choses passées nous fait percevoir ou prédire des événements non encore arrivés, donc inconnus de nous, alors là, je dis non! Il y a autre chose que cette explication sommaire et facile. Ce « fluide » du guérisseur, nous en sentons l'effet de chaleur, à faible distance, sur notre front ou notre épaulle : il est donc physique. Ce fluide est-il de même nature que les « ondes » qui vont de pensée à pensée à longue distance? Ou bien ces dernières sont-elles d'ordre psychique? Vous voulez chanter un air de la Tosca. Le processus est : pensée, volonté, nerfs, muscles. Vous chantez. Mais quelle est donc la charnière entre la pensée et le système nerveux? A cela un savant m'a répondu récemment : « Il n'y a pas de charnière. La matière et l'esprit ne font qu'un : tout est énergie. » (Ce qui rejoint la doctrine religieuse selon laquelle l'âme fait partie du corps tant que ce dernier vit.) Longtemps j'ai cru pouvoir distinguer le physique du psychique par cette différence : le physique peut être détecté ou enregistré par un instrument (électro-encéphalogramme, par exemple); le psychique ne peut être ressenti que par un être vivant (voyance, télépathie, prémonition). Mais on m'annonce qu'un jour des appareils nouveaux, extra-sensibles, pourront détecter les perceptions et transmissions jusqu'ici mystérieuses. Je m'étonne donc que tant de scientifiques continuent de ne s'occuper que du physique à trois dimensions, refusant de s'intéresser aux phénomènes classés « occultes ». Voilà pour la science. Maintenant, la religion. On sait avec quelles précautions, bien que ne refusant à l'homme aucune recherche, elle aborde les phénomènes mystérieux. À l'encontre de certains jugements superficiels, ce n'est pas pour elle que l'Eglise, sur ce terrain, a des craintes. C'est pour nous. Et elle a raison. Elle aura raison aussi longtemps que ces recherches-là n'auront pas été prises en main dans leur ensemble par la science. Sur la position de l'Eglise, un livre a ouvert un jour nouveau. Il a l'imprimatur. Il est écrit par un dominicain, le R. P. Reginald Omez. Son titre : « L'Ocultisme devant la science » (1). On y lit des phrases comme : « Il n'est pas douteux que certaines personnes possèdent réellement le don de voyance. » ... « De vives souffrances physiques, des angoisses se transmettent parfois d'un cerveau à l'autre, malgré l'éloignement. » Avec une objectivité et un courage qui l'honorent, ce religieux reconnaît aussi la réalité de la lévitation, de la prédiction, voire de l'envoûtement. Selon qu'ils sont bénéfiques ou maléfiques, le R. P. Omez explique certains phénomènes mystérieux — ceux qui ne relèvent pas du « subconscient » — par des interventions divines ou sataniques. Mais, tout en condamnant formellement la pratique des expériences dites « occultes », voilà enfin un prêtre qui, ayant été autorisé par ses supérieurs à les constater, y croit, Olivier QUÉANT. (1) Editions du Cerf.