Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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N° 133 LES ARTS Janvier 1913 LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND A STAFFORD HOUSE VAN DYCK. — LUCAS VAN UFFELEN

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PIERRE-PAUL RUBENS. — COURONNEMENT DE MARIE DE MÉDICIS LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND$^{(1)}$ A STAFFORD HOUSE Parmi les grandes collections particulières du Royaume-Uni, il en est peu qui offrent à la curiosité et à l’admiration des visiteurs, ainsi que celle du duc de Sutherland, un ensemble aussi riche et aussi divers de souveraines œuvres d’art dans un décor aussi somptueux, d’aussi haute allure, d’aussi seigneurial caractère que Stafford House. Bien que Stafford House s’élève en plein Londres, non loin de Piccadilly et de Victoria Street, à l’extrémité de Pall Mall, il règne autour de l’aristocratique demeure, le silence et la tranquillité de la grande nature. D’un côté, en effet, c’est sur les vastes prairies de Green Park que s’ouvrent ses fenêtres, tandis que de l’autre, elle n’est séparée que par le Mail des plantureuses verdures de Saint James’s Park, et si à l’horizon ne se découpaient sur le ciel les tours de l’Abbaye de Westminster et du Parlement, l’on pourrait facilement se croire transporté à cinquante lieues de l’énorme métropole, au cœur même de cette campagne anglaise dont George Eliot et Thomas Hardy ont décrit avec tant de poésie et de précision dans leurs romans, le paysage enchanteur, les riantes et fortes et saines beautés. Stafford House ne date que de 1825. C’est le duc d’York qui, sur ses propres plans, dit-on, la fit bâtir par l’architecte Wyatt, mais le prince n’y résida jamais et en 1827, après sa mort, le gouvernement la vendit pour la somme de soixante-douze mille livres sterling au marquis de Stafford (créé duc de Sutherland en 1833). « Stafford House, dit M. Beresford Chancellor, dans son livre sur les Palais privés de Londres, est, Dorchester House excepté, le plus vaste à l’intérieur et le plus luxueux ; mais, à l’extérieur, architecturalement, le moins fastueux des palais privés de Londres... Sur la façade septentrionale est l’entrée carrossable, formée d’un charmant portique à huit colonnes d’ordre corinthien. La façade du côté des jardins est ornée de colonnes de pierre de même style. » L’ensemble, on le devine, est digne et simple, empreint de cette espèce de familiarité dans la grandeur qui est un des traits les plus caractéristiques, me semble-t-il, de l’architecture domestique anglaise, y compris celle qui puise ses inspirations aux sources classiques. A l’intérieur, il n’en va point de même. Le seuil franchi, on pénètre dans une vaste antichambre qui donne accès par de grandes portes garnies de glaces dans le hall aux proportions monumentales, qui est l’orgueil de Stafford House, avec ses trente-six mètres de hauteur et son plafond crème et or flanqué aux quatre angles des insignes de l’Ordre de la Jarretière et supporté par seize cariatides colossales. Les colonnes grises à chapiteau corinthien doré, les tonalités blanches, grises, or, les colorations d’un rose chaud des murs incrustés de scagliola y prennent, éclairées par en haut, un chatoiement d’une étrange somptuosité. C’est, sans aucun doute, le chef-d’œuvre de Wyatt, et l’on comprend que le grand critique d’art allemand, Waagen, ait comparé cette salle à celles de certains palais génois ; en effet, son ordonnance générale, ses proportions, le mouvement et l’envolée de son escalier à double départ, enfin, au sommet même de cet escalier, les copies d’après Véronèse qui recouvrent les murs, tout contribue à évoquer sous le ciel brumeux de l’Angleterre les fastes des demeures princières de l’Italie. Ce hall de Stafford House n’est pas seulement intéressant au point de vue artistique, mais au point de vue --- $^{(1)}$ Nous renvoyons pour tous les détails au grand ouvrage publié en 1910 par Lord Ronald Sutherland Gower F. S. A., a trustee of the National Portrait Gallery, intitulé Stafford House (Goupil & Co., Fine Art publishers).

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LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND A STAFFORD HOUSE historique. La reine Victoria y vint à plusieurs reprises et c'est à l'une de ces visites qu'elle dit à la duchesse de Sutherland qui la recevait : « J'ai quitté ma maison ce soir pour venir dans votre palais. » Il existe, d'ailleurs, à Staf- ford House, une aquarelle d'Eugène Lami, où le brillant artiste a fixé le souvenir d'une de ces fêtes que la reine Victoria aimait à honorer de sa présence, et il a représenté la gracieuse souveraine au moment même où, aux côtés du HOLBEIN (ÉCOLE D'). — HENRY VIII (1591-1647) Prince consort, et conduite par ses hôtes, elle descend le grand escalier d'honneur. C'est aussi dans ce hall somptueux que Garibaldi, qui reçut l'hospitalité des Sutherland, pénétra le 11 avril 1864, tandis que vibraient encore au dehors les acclamations enthousiastes de la foule. Du vestibule d'honneur du premier étage on pénètre dans la grande salle à manger qu'orne un magnifique plafond d'or bruni où étiennent les armes des Gower, des Howard et des Sutherland et où rayonne, dans une sorte de retrait formé par des piliers, le Ganymède et l'aigle de Jupiter de Thorwaldsen; puis, après avoir traversé un porche à colonnes et une antichambre dont le plafond

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LES ARTS est une peinture originale de Véronèse, dans la galerie de peinture qui occupe toute la partie occidentale de l’édifice. Cette salle splendide, haute de quinze mètres, et éclairée du haut par des lanternes est de coloration blanc et or. Sur le mur qui fait face à la cheminée sont accrochés cinq portraits de grandeur naturelle par Romney, qui — à l’exception de celui de lord Thurlow — sont tous des portraits de la famille Sutherland. Deux grandes toiles de Murillo, qui sont peut-être le trésor de Stafford House, leur font vis-à-vis; le fameux Enfant prodigue et Abraham recevant la visite des Anges qui, avant l’entrée de Napoléon en Espagne, se trouvaient dans l’église de la Caridad à Madrid. Je n’entrerai point dans une description détaillée de la série d’appartements, de galeries, de pièces intimes où se trouvent présentées les nombreuses œuvres d’art qui com- PAOLO VÉRONÈSE. — LE CHRIST ET SES DISCIPLES A EMMAÜS posent la collection Sutherland. Dans l’introduction de son bel ouvrage sur Stafford House, lord Ronald Gower nous apporte trop de renseignements et trop d’anecdotes, toutes d’ailleurs du plus vif intérêt, pour que je me permette ici d’aller sur ses brisées. C’est toute la vie d’une grande famille anglaise, noblement éprise d’art, de littérature et de charité qui s’est déroulée là, et à laquelle lord Ronald Gower, feuilletant les pages de son journal, nous initie. Que de traits curieux, que d’histoires émouvantes il y aurait à en extraire! Mon rôle est tout autre: faire connaître aux lecteurs des Arts les principaux chefs-d’œuvre de Stafford House, et je dois m’y borner. ÉCOLE ANGLAISE Parmi les maîtres anglais du xviiie siècle, Romney est un de ceux qui se trouvent le plus abondamment et le mieux représentés à Stafford House. Il y a sept portraits signés de sa main, tous également empreints de ce charme élégant, de ces raffinements, de cette grâce entraînante dont le portraitiste de lady Hamilton eut le secret.

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LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND A STAFFORD HOUSE VAN DYCK. — THOMAS HOWARD, COMTE D'ARUNDEL ET DE SURREY

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LES ARTS FRA BARTOLOMEO. — SAINTE FAMILLE Voici d'abord lord Granville, second comte Gower et premier marquis de Stafford, un des plus beaux portraits d'homme de Romney. Le futur ministre de George III — ce portrait date de 1778 : lord Granville venait d'atteindre sa cinquante-septième année — est représenté debout en costume de cour, dans une sorte de loggia ouverte sur un de ces ciels mouvementés qu'affectionnent les peintres anglais. L'expression du visage est toute de bienveillance et de sérénité, la pose aisée, pleine de grandeur familière, sans apprêt ni froideur; l'harmonie des colorations où dominent les bleus riches et les blancs argentés est véritablement magnifique. Voici, ensuite, George Granville, vicomte Trentham, plus tard comte Gower, marquis de Stafford et duc de Sutherland, son fils, et lady Caroline Gower, plus tard comtesse de Carlisle, sa fille. Le pinceau de Romney a trouvé pour les peindre dans le plein épanouissement de leur jeunesse, les accents les plus délicats en même temps que les plus brillants. Lord Granville avait vingt et un ans quand il posa devant le peintre, lady Gower dix-huit, sans doute ; lui est debout en veste fermée, au col et aux poignets de toile et de dentelle, le manteau rejeté, tenant de la main droite un chapeau de feutre à plume noire. Il porte déjà sur ses traits les traces de l'inguérissable mélancolie dont il paraît qu'il est atteint. Désabusé, non point ; dédaigneux, pas davantage ; résigné peut-être. Le destin pourtant ne devait point lui être cruel. A trente-deux ans, en 1790, il fut nommé à la plus haute situation diplomatique, à l'ambassade de Paris ; mais son séjour en France, comme représentant du roi George, fut de courte durée ; en 1792, lors de l'emprisonnement de la famille royale au Temple, il rejoignit l'Angleterre ; il parlait admirablement, dit-on, le français, l'ayant appris en France même, à Auxerre, où son père, sur les conseils de Burke, l'avait envoyé. Quant au portrait de sa sœur, lady Carlisle, Romney le tenait lui-même pour une de ses meilleures effigies de femme ; il est vrai de dire qu'au moment où il portait sur cette charmante image ce jugement, il n'avait exécuté aucun de ses portraits de lady Hamilton, qu'il ne devait rencontrer qu'en 1791. La tendre, la jolie, la délicieuse chose, encore, que le portrait de Miss Sneyd en « Serena ». De cette charmante jeune femme, Romney n'a pas peint moins de quatre portraits dont trois la représentent dans la pose qu'elle garde ici, sinon dans l'occupation, lisant à la lumière d'une chandelle. Romney affectionnait ces portraits de fantaisie : rappelez-vous l'ingéniosité qu'il déploya, pour notre plus grande joie, à figurer la grande séductrice qui devait avoir tant d'action sur sa vie et sur son art, lady Hamilton (comment ne pas parler d'elle, encore et toujours, quand on parle de lui !) sous des expressions et des costumes divers : en Circé, en Cassandre, en Sibylle, en religieuse, en Madeleine, en Calypso, en Euphrosyne, en Ariane, en Jeanne d'Arc même. Mais le morceau capital de Romney à Stafford House c'est la grande toile où il a représenté les enfants du ministre de George III dansant dans un parc. L'on a écrit fort justement à propos de cette page vraiment radieuse de fraîcheur et de gaieté et qui fait songer au Reynolds des heures les plus heureuses, que Romney n'aurait jamais peint avec tant de vigueur et de splendeur dans les colorations, cette danse d'enfants, s'il n'avait étudié à Venise les grands coloristes italiens. Rien de plus vrai ; il est facile de s'en rendre compte en redonnant un regard, après avoir L. CARRACCI. — LA SAINTE FAMILLE

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LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND A STAFFORD HOUSE CORNELIS JANSSENS. — SIR BEVIL GRENVILLE

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LES ARTS examiné cette admirable peinture, au Véronèse de la collection du duc de Sutherland et en se rappelant les Tintoret et les Titien de la National Gallery. L'on comprend, après avoir vu ces deux étonnantes toiles, l'enthousiasme qui s'empara des visiteurs de l'exposition des vieux maîtres qui eut lieu à la Royal Academy et où ils figurèrent, et que ce soit de ce moment que l'on se soit mis à considérer Romney comme l'égal ou presque de Gainsborough et de Reynolds, c'est-à-dire comme un grand, très grand portraitiste. Certes, l'habileté, la maitrise de Lawrence n'a jamais fait de doute pour personne, et s'il en fallait une preuve, les portraits de lui qui font la gloire de la collection du duc de Sutherland y suffiraient. Mais que Lawrence, cependant, parait maniére, j'oserai presque dire systématique auprès de Gainsborough, de Reynolds ou de Romney ! Qu'il semble superficiel, en tout cas, malgré toutes ses qualités et même alors qu'il s'efforce le plus — mais il s'efforce ! — à se donner des airs de profondeur et de vérité. Et comme l'on comprend la jalousie féroce dont était dévoré le pauvre Hoppner quand il se voyait dédaigné, au bénéfice de Lawrence, par ses illustres clientes. « Les dames de Lawrence, s'écriait-il, font preuve d'une éclatante perversion de goût et pêchent contre la chasteté morale et professionnelle. » Quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'avec Lawrence commence le déclin du portrait anglais. « Au grand style de Reynolds et de Gainsborough, a fort justement écrit Gustave Geffroy, se substitue de plus en plus une manière, une sorte d'habitude graphique d'inscrire par le dessin en quelques touches rapides et superficielles, une attitude et une physionomie. La jeunesse heureuse, le précoce génie de Lawrence ruinent du premier coup les réputations établies et les vieilles gloires. Il n'y aura plus désormais, en Angleterre, pendant trente ans, d'autre formule que la sienne. » Il est vrai, il est vrai, mais qu'importe ! Peut-on nier la séduction du portrait de la Comtesse Belgrave, Elizabeth Mary, fille du second marquis de Stafford, si brillant de couleur, si large d'exécution et d'un si délicieux raffinement d'expression ? Comment ne pas s'accorder avec Leslie le bon peintre, un peu démodé aujourd'hui dans certains milieux, et bien à tort, ma foi, de l'Oncle Tobie et la Veuve Wadmann, quand il proclame pour « l'une des plus belles têtes de femme qu'ait peintes Lawrence » ce portrait de la comtesse de Belgrave ? Est-il possible, encore, de rester indifférent en présence de celui d'Elizabeth, comtesse de Sutherland, plus tard duchesse de Sutherland dont nous avons tout à l'heure admiré le portrait peint par Romney en 1782 (elle avait alors dix-sept ans) ? La char- mante femme était dans sa quarante-neuvième année quand elle lora chez Lawrence. « On a de la peine à retrouver, dit lord Ronald Gower au cours de ses souvenirs, dans ce visage engraisssé, élargi, cette tête coiffée du turban, — la monstrueuse coiffure à la mode au milieu de sa vie sous le règne de George IV, — la ressemblance du portrait de Romney. Elle prisait, alors, et l'on tenait pour une grande faveur de prendre une pincée de tabac dans la tabatière de la duchesse-comtesse de Sutherland. » Quoi qu'il en soit, le portrait est simplement admirable, d'un éclat prodigieux. « Les joyaux que porte lady Stafford semblent l'illuminer et la pureté de la fourrure blanche qu'entoure ses épaules aussi bien que le velours couleur d'ambre de son corsage, sont entièrement dignes de Van Dyck. » Mais la maitresse pièce de Lawrence ici c'est, sans aucun doute, le double portrait d'Harriett Elizabeth Georgiana, comtesse Gower et duchesse de Sutherland et de sa fille ainée, qui devait être duchesse d'Argyll. La jeune mère — elle venait d'avoir vingt et un ans — est vêtue d'une robe de velours noir en grand décolleté, avec des manches à gigot, comme on les portait alors, et ses cheveux, selon la mode du temps (1823), sont disposés en frisures courtes. La mère et l'enfant rayonnent de beauté, de cette beauté dont Lawrence a su rarement fixer sur la toile l'éclat et la fraicheur avec une telle perfection. Les chairs sont d'une souplesse et d'un charme d'exécution incomparables; peut-être pourrait-on reprocher un peu de sécheresse à la façon dont le corps de la fillette se détache sur les étoffes, mais que de qualités compensent ce léger défaut ! Et puis, pourquoi exiger d'un peintre ce qu'il ne peut donner ? Lawrence est ce qu'il est... un vrai maître, après tout, qui a su fixer à merveille les caractères dominants de son époque. Un portraitiste ne peut vivre loin de son temps, créer en dehors de son temps. « Vous avez, à ce que je sais et à ce que je vois, observé sérieusement les vieux maîtres, lui avait dit Reynolds, le jour qu'à peine âgé de dix-huit ans, Lawrence était venu lui rendre visite ; mais, voulez-vous un conseil? étudiez la Nature, étudiez la Nature. » Lawrence se fit une manière, comme la plupart de ses contemporains, qui ne pouvaient suffire à portraiturer tous les grands seigneurs et toutes les belles femmes de cette époque qui fut l'âge d'or du portrait. Et puis, peut-être, réussit-il trop tôt; à vingt ans il était célèbre. L'on trouvera encore, à Stafford House, de la main de Lawrence, le portrait de Lord Francis Egerton et celui de George Granville, second duc de Sutherland. Gainsborough n'est pas représenté dans la collection Sutherland : aucune œuvre du peintre de l'Enfant bleu n'y figure ; mais Reynolds est là, avec quatre pages de la plus belle allure, d'après J.-G. CUYP. — TÊTE D'ENFANT

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LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND A STAFFORD HOUSE G.-B. MORONI. — PORTRAIT D'UN JÉSUITE (SURNOMMÉ LE MAITRE D'ÉCOLE DU TITIEN)

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LES ARTS la Reine Charlotte, d'après Lord Ligonier, d'après Elizabeth Sutherland et d'après le Roi George III, quatre pages qui, tant au point de vue artistique qu'au point de vue historique, sont des œuvres de grande importance, car on sait que Reynolds, malgré ses remarquables qualités d'homme du monde, ses allures aristocratiques, ne fut jamais bien en cour ; George III trouvait la peinture de Reynolds grossière et ne pouvait accepter l'aspect inachevé qu'il prétendait trouver à ses œuvres ; aussi ne consentit-il à poser que deux fois devant le grand artiste, une fois en 1759, comme prince de Galles, une autre fois comme roi, en 1779, et Reynolds n'obtint également qu'une seule fois de la reine Charlotte qu'elle posât devant lui. Mais bien d'autres toiles de l'école anglaise méritent encore d'arrêter ici notre attention ; ne serait-ce que ce charmant tableau de genre, de Thomas Howard, un des plus délicieux de ces petits maîtres, comme il y en eut tant alors un peu partout, qui excellaient à illustrer la vie de leur époque et à en traduire le pittoresque et les mœurs. Illustrer, je prends ce mot dans son sens artistique strict ; car Howard, malgré ses énormes peintures à l'huile et son prétendu génie de décorateur, fut surtout un illustrateur. L'étrange est qu'il ait produit si peu de tableaux de chevalet et qu'alors qu'il trouvait si bien l'emploi de tous ses dons quand il s'appliquait à orner de vignettes le Pilgrim's Progress et Robinson Crusoe, il se soit attaché à évoquer sur les murs de Burleigh House, dans le style héroïque à la mode alors, les Amours des dieux ! Certes, si Howard pourrait faire songer, de très loin d'ailleurs, à Hogarth, il est aisé de se rendre compte qu'il n'avait ni l'acuité de vision, ni la puissance, ni la grandeur satirique et tragique de celui que l'on a appelé « le Giotto de la peinture anglaise ». Entre l'illustration fort agréable qu'est la toile où il a interprété un des passages les plus caractéristiques d'un conte du Spectateur, Phillis et Brunetta et la suite du Mariage à la Mode ou de la Carrière du débauché, il y a tout un monde... En revanche, le Bonington de la collection Stafford a tout ce qu'il faut pour nous enchânter et ne peut que raviver nos regrets que la carrière de ce délicieux artiste ait été si brève. Quels dons étaient les siens et comme l'on comprend l'enthousiasme qu'inspirèrent ses œuvres à nos artistes de la première moitié du xixe siècle : Bonington fut pour plusieurs d'entre eux le révélateur d'un monde inconnu. Le tableau qui appartient au duc de Sutherland date du séjour que fit Bonington en Italie, en 1824-1825 ; il représente une procession passant devant le palais Mafei à Vérone, et possède toutes les qualités prime-sautières du jeune maître, son aisance à faire chanter la lumière sur les vieilles pierres, autour des figures, dans les ciels, l'espèce de passion de la couleur dont il était enviré, en un mot tout ce qui devait faire l'objet des préoccupations des grands paysagistes français du siècle dernier. Enfin, un portrait d'Elizabeth Sutherland par John Hoppner, un portrait de Lady Gertrude Gower, plus tard duchesse de Bedford, par Ramsay, tous deux si caractéristiques du talent si divers, d'ailleurs, de ces deux maîtres, et parmi les modernes, un portrait des Enfants du second duc de Sutherland, par sir Edwin Landseer, un portrait de Millicent, duchesse de Sutherland, par John Sargent, un PHILIPPE DE CHAMPAIGNE. — JEAN-BAPTISTE COLBERT

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LA COLLECTION DU DUC DE SUTHERLAND A STAFFORD HOUSE J.-A. WATTEAU. — SCÈNE DANS UN JARDIN