Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 82 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Octobre 1908 J.-A. HOUDON. — JOSEPH BAUSAMO dit CAGLIOSTRO (buste marbre) (Collection de Sir John Murray Scott, Bart., K.C.B.)

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EXPOSITION DE CENT PASTELS ET DE BUSTES DU XVIIIe SIÈCLE Organisée par Mme la Marquise de Ganay, au profit de la Société de secours aux blessés I. LES SCULPTURES A brillante exposition des Cent Pastels qui vient de se clore et dont notre confrère et ami P.-A. Lemoisne rappellera ici, d'autre part, l'enchantement trop bref et les enseignements durables, nous fut aussi l'occasion de revoir ou de découvrir un certain nombre de précieux morceaux de sculpture du xviiie siècle que ses organisateurs avaient eu la bonne pensée de mêler à la sémillante chambrée des effigies spirituelles ou profondes de La Tour et de Perronneau. Quelques-uns sont déjà de vieilles connaissances pour les lecteurs des Arts, et, si ceux-ci veulent bien s'en souvenir, j'ai déjà eu, pour ma part, l'honneur de leur présenter il y a quelques années le magnifique buste en bronze de Richelieu appartenant à M.J. Doucet, en même temps que ce magistrat au fin et sceptique sourire, gloire de la même collection, qui porte la signature de Houdon et où nous avions cherché à reconnaître soit le prévôt des marchands Lepelletier de Morfontaine, soit plutôt M. de Sartine, ancien lieutenant de police. M. Doucet, poursuivant patiemment l'enquête que ne permettent pas toujours sur-le-champ certaines acquisitions pour lesquelles les vrais amateurs ont la joie et le privilège de pouvoir se décider sur la seule beauté des pièces qui se présentent à eux, a recueilli, depuis, de nouveaux renseignements sur le personnage qui serait figuré dans ce buste au dire de ses derniers possesseurs : ce serait un avocat au parlement de Grenoble d'un nom assez obscur, Lavaisse probablement, qu'un scrupule d'exactitude avait interdit à M. Doucet de faire noter sous une forme peut-être approximative au catalogue et que, d'autre part, deux Dauphinois notoires, notre ami M. Marcel Reymond et M. Maignien, conservateur de la bibliothèque de Grenoble, nous ont avoué leur être inconnu jusqu'ici. Rien dans les catalogues d'œuvres de Houdon que nous possédons ne correspond d'autre part à cette désignation. Mais cette raison ne suffit pas à la rejeter : l'activité du fécond portraitiste nous réserve d'autres surprises. Toujours est-il que la discussion n'est pas absolument close et qu'il reste encore des précisions à trouver au sujet de cet admirable portrait. Ce n'est pas ici le lieu, et il eût été difficile dans cette réunion de bonne compagnie de poursuivre un but et un développement purement didactique ; laissons-nous donc aller au hasard des rencontres et saluons d'abord (à tout seigneur tout honneur) la princesse qui trônait au milieu de l'assemblée et la dominait de son altière et aristocratique laideur (collection Georges Hoentschell). Madame Adélaïde, fille de Louis XV, était la sœur de cette bonne grosse Madame Victoire dont nous avons publié ici même le buste, aujourd'hui conservé au Musée Wallace à Londres. Nattier, jadis, les avait parées l'une et l'autre de ses grâces un peu apprêtées. Madame Labille-Guiard en fit, vers le temps où elles étaient passées au rang de tantes du Roi, deux effigies un peu froides que l'on voit à Versailles. Houdon, qui débutait quand commença le règne de Louis XVI, dut laisser à Pajou, son ainé, l'honneur des bustes royaux officiels. Il ne devait faire le portrait du Roi que beaucoup plus tard et, quoi qu'on en ait dit, il est probable qu'il n'a jamais fait celui de la Reine. Il se rabattit sur Monsieur, frère du Roi, et sur sa femme, la comtesse de Provence. Il se fit aussi vers le même temps attribuer les effigies de Mesdames, tantes du Roi, par quels procédés, nous n'en savons rien. Mais Houdon n'était pas dépourvu d'habileté; il dut persuader les bonnes volontés officielles hésitantes et obtenir au moins un semblant de commande; neuf ans après, cependant, on n'était pas encore bien sûr de lui avoir cédé. Vers 1785, le buste de Madame Adélaïde n'était pas encore payé, la princesse ne voulait rien entendre pour régler le compte de l'artiste sur sa cassette, les Bâtiments du Roi prétendaient n'avoir rien commandé et Houdon réclamait, réclamait toujours ses 3.000 livres. Nous savons par ailleurs que notre sculpteur n'ignorait pas l'art de défendre ses intérêts; mais, cette fois vraiment, on aurait mauvaise grâce à l'accuser d'apreté au gain pour avoir mis quelque insistance à se faire payer d'un buste officiel qu'il avait exécuté et exposé publiquement en 1777. « L'ouvrage a été réellement exécuté, écrivait le comte d'Angiviller en 1785,... cet homme a travaillé. J'ignore de qui il en a reçu l'ordre; mais toujours est-il certain qu'il est juste qu'il soit payé. » A défaut même du livret du Salon qui les mentionne, ces textes d'archives, que nous publierons un jour dans leur entier, nous prouvent que les portraits ne sont pas restés à l'état d'intention. A. de Montaiglon, en 1856, croyait reconnaître cette série officielle de Houdon du Salon de 1777 dans certains bustes en marbre de la salle des Gardes de Versailles. On a depuis renoncé à cette identification, inadmissible au moins pour les deux princesses. Quant au soi-disant buste du comte de Provence, il est médiocre et bien peu digne de Houdon; mais nous n'en connaissons pas d'autre exemplaire. La véritable Madame Victoire est, au contraire, reparue il y a quelques années sous les espèces du buste de Londres. E. Molinier avait adopté, dans son ouvrage sur le Musée Wallace, l'identification que nous proposions ici même en 1902 et la conservation du Musée elle-même l'a acceptée, croyons-nous. Restait à retrouver Madame Adélaïde. Elle n'a pas tardé à se montrer. Sans doute avait-elle partagé jadis le même sort que sa sœur. Elle avait quitté les appartements de Versailles ou le château de Bellevue, au moment de l'exil ou peu de temps avant, pour être confiée à quelque familier ou intendant, dit-on, de la cour de Mesdames, nommé Randon de Pommery. Dépôt ou don, les héritiers de celui-ci conservèrent les bustes pendant une génération ou deux, puis ils se les partagèrent. Les princesses étaient mortes; Houdon était vieux, oublié, dédaigné: une tradition veut que l'un des bustes ait été vendu 20 francs sous la Restauration. C'est celui probablement qui passa plus tard chez lord Hertford. L'autre était resté jusqu'à ces derniers temps dans la famille. Il s'abritait dans un château de Touraine, connu seulement d'un entourage assez restreint. La curiosité s'en est emparée. La gloire lui est revenue subitement, gloire dangereuse et qui nous en privera sans doute à brève échéance.

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EXPOSITION DE CENT PASTELS ET DE BUSTES DU XVIIIe SIÈCLE GUILLAUME COUSTOU. — MICHEL-ÉTIENNE TURGOT, PRÉVÔT DES MARCHANDS DE PARIS (buste marbre) (Collection de M. Et. Dubois de l'Estang)

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LES ARTS C'est, du reste, il faut le reconnaître, une œuvre d'art admirable, où le maître sculpteur s'est joué merveilleusement des difficultés que présentait cette physionomie ingrate, cette nature pauvre, mais où la race transparaissait néanmoins. Il a redressé et étoffé la tête trop petite, d'une chevelure merveilleusement souple et d'un voile qui retombe majestueusement en arrière. Il a souligné le nez bourbonien et les yeux à fleur de tête comme ceux de Louis XV, animé la bouche mal construite et amère d'une expression de vie intense. Il a dissimulé sous une dentelle d'une habileté prodigieuse ce que la poitrine avait de trop maigre. Il a drapé les épaules osseuses dans une étoffe aux plis souples et lourds. Cela est à la fois vivant et solennel, intime et décoratif, et l'on ne peut oublier cette effigie d'une individualité si profonde, bien qu'officielle, quand on l'a vue une fois. A ce même Salon de 1777, qui consacra la renommée naissante de Houdon, parut une prodigieuse série de chefs-d'œuvre, le Morphée, la Vestale, le buste de Diane, dont le modèle se voyait à l'atelier de l'artiste, les bustes de Madame de Jaucourt et de sa fille, les enfants Brongniart, le Gluck et, parmi ces chefs-d'œuvre, le Turgot, que nous avons ici sous les yeux. Pieusement conservé dans la famille même qui descend du frère du ministre et qui est représentée aujourd'hui par M. Dubois de l'Estang, ce buste fut pour nous une des révélations les plus précieuses de cette exposition. Nous ne le connaissions que de réputation, et ceux-là seuls, depuis 1878 où il fut exposé aux Portraits nationaux, qui avaient franchi le seuil du château de Lantheuil, dans le Calvados, avaient pu l'apprécier et le comparer notamment soit à l'effigie paternelle dont nous allons parler tout à l'heure, soit à celle de son frère Étienne-François Turgot, œuvre anonyme mais excellente, soit au beau portrait de Ducreux, qui représenta vers le même temps le ministre philosophe. Ce dernier portrait paraît d'ailleurs donner un peu plus d'accent et de caractère à la physionomie. Il semble que Houdon ait été tenté, contre son habitude, d'idéaliser légèrement et d'adoucir, on dirait presque d'affadir JACQUES CAFFIERI. — JEAN-VICTOR BARON DE BESENVAL (buste bronze) (Collection de M. le prince François de Broglie)

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EXPOSITION DE CENT PASTELS ET DE BUSTES DU XVIIIe SIECLE JACQUES CAFFIERI. — JEAN-VICTOR BARON DE BESENVAL DE BRUNSTADT (buste bronze) (Collection de M. le prince François de Broglie)

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LES ARTS un peu son modèle. Certes, la tête, belle, pleine et régulière, y prêtait assez naturellement. On sent aussi dans ce buste comme un souci marqué de noblesse, de gravité philosophique, de calme serein à peine teinté d'une nuance d'amertume et de dédain dans la bouche qui est d'une rare finesse. On serait tenté de croire à un portrait fait pour plaire à un parti d'admirateurs, tournant à la glorification et à l'apothéose, et cependant l'intention, si elle était réelle, ne réussit pas complètement, puisqu'un critique occasionnel dont M. Brière nous faisait connaître récemment, à la Société de l'histoire de l'art français, les opinions sur le Salon de 1777, Dupont de Nemours, économiste, ami et chaud partisan des idées de Turgot, se plaint amèrement dans une lettre jusqu'ici inédite, que le sculpteur ait dénaturé l'image de son grand homme. On n'avait jamais vu non plus publiquement le curieux et vivant portrait du due de Choiseul-Praslin, que M. Laveissière a acquis récemment des héritiers de Praslin. On avait toutefois la mention du buste exposé par Houdon en 1781 sous le nom de M. le due de Praslin, et la comparaison du buste avec les portraits peints ou gravés du personnage, notamment avec celui de Roslin, qui est à Versailles, ne laisse pas de doute sur son identité. Cousin du célèbre ministre d'État de Louis XV, ministre des Affaires étrangères lui-même à un moment donné, puis ministre de la Marine, Choiseul-Praslin avait suivi son parent dans sa disgrâce. Il avait près de soixante-dix ans quand Houdon fit son portrait et il avait renoncé depuis longtemps aux charges et aux honneurs. L'appareil du buste est des plus simples, des plus bourgeois, dirait-on presque. Aucune recherche d'ampleur et de solennité, aucun insigne, aucune décoration. La cravate remonte par-dessus l'habit et donne une sorte d'aspect négligé au costume, qui, dans le Turgot au contraire, était minutieusement soigné, d'une élégance recherchée et d'une exécution très fine. Mais, sans préoccupation d'autre nature, Houdon a pu s'évertuer ici à plaisir dans le rendu réaliste de la physionomie. Le regard fatigué, les chairs molles, les traits usés, il a tout analysé avec une sûreté implacable. Il égale véritablement ici en finesse et en profondeur les plus merveilleux portraitistes psychologues, des mains desquels sort non pas une effigie banale, mais une image véridique de l'homme même. Deux portraits célèbres représentaient encore Houdon à côté des précédents : l'un était celui de Cagliostro, l'autre celui de Mirabeau, effigies de grande allure l'une et l'autre et diversement expressives. Ils rentrent tous deux dans cette série d'images de personnages notoires que Houdon, comme maint autre portraitiste en vogue, tint à honneur de s'assurer pour consacrer sa renommée, mais où la recherche du caractère put l'emporter sur la simple vérité, plus touchante et plus prenante de tel autre portrait moins cherché. Le Cagliostro, dont on a encore beaucoup parlé à propos de cette exposition, est classé aujourd'hui et mis définitivement à son rang. Il en existe J.-A. HOUDON. — GÉSAR-GABRIEL DE CHOISEUL, DUC DE PRASLIN (buste marbre) (Collection de M. Louis Laveissière)

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EXPOSITION DE CENT PASTELS ET DE BUSTES DU XVIIIe SIÈCLE J.-B. LEMOYNE. — MALESHERBES (buste marbre) (Collection de M. Édouard Kann)

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LES ARTS deux marbres, celui-ci, qui appartenait à Sir Richard Wallace et se trouve actuellement entre les mains de Sir John Murray Scott, et un autre, qui passa avec la collection J.-B. Bourguignon de Fabregoules au musée d'Aix en Provence. Celui que nous reproduisons ici est signé Houdon f. 1786 : l'autre est tout semblable et porte la même signature. On prétend que le duc de Rohan avait voulu avoir le buste de son « divin Cagliostro ». Remarquons que la date portée par Houdon correspond à celle du procès de Joseph Balsamo qui fut arrêté en août 1785 et quitta la France en juin 1786. Il est curieux de constater que Houdon ait eu à répéter deux fois son portrait en marbre à ce moment; il est difficile de dire d'autre part quel est le meilleur des deux exemplaires qui paraissent sortis tous deux de l'atelier de Houdon, sinon de sa main. Houdon avait, du reste, conservé le modèle en plâtre du Cagliostro. On l'aperçoit dans les tableaux de Boilly, qui représentent son atelier, et, en 1828, ce plâtre figura à sa vente. Nous ne savons ce qu'il est devenu. Les deux marbres du reste avaient perdu leur état civil. Celui de la collection Wallace fut plusieurs fois exposé comme inconnu, celui d'Aix passait pour le musicien Paesiello. C'est en 1888 seulement que l'on fit le rapprochement entre le buste exposé par Lady Wallace et un plâtre conservé à Blois chez M. Storelli, qui avait été donné par Cagliostro à son défenseur devant le Parlement, M° Thilorier. Ce fut le point de départ des reconnaissances. Le portrait de Cagliostro avait du reste été gravé « d'après le buste de Houdon »: aucun doute n'est possible, et l'on a pu très légitimement faire inscrire le nom de Cagliostro sur le piedouche du buste de M. Scott. Espérons que, sans suivre cet exemple, le musée d'Aix a renoncé à son Paesiello. C'est une œuvre très curieuse, sans être très fine, que ce buste théâtral à l'air inspiré qui sent le comédien. La physionomie n'est pas très fouillée, mais le caractère en est largement interprété et tout à fait révélateur d'une personnalité. On y sent le gros homme épais et court, vulgaire et énergique, on y devine l'audace du prodigieux charlatan qui, par des moyens grossiers en somme, sut imposer son illusion de façon si surprenante. La figure de Mirabeau est fort différente, mais nous avons le droit de la classer dans l'œuvre de Houdon à côté de la précédente pour ce qu'elle nous donne encore une figure agissante, une physionomie mouvementée et pittoresque J.-A. HOUDON. — A.-R.-J. TURGOT, MINISTRE DU ROI LOUIS XVI (buste marbre) (Collection de M. Et. Dabois de l'Estang)

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EXPOSITION DE CENT PASTELS ET DE BUSTES DU XVIIIe SIECLE PIERRE MÉRARD. — LOUIS-FRANÇOIS DE BOURBON, PRINCE DE CONTI (buste marbre) (Collection de M. Édouard Kann)

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LES ARTS plus qu'un portrait intime et pénétrant. On sait, et la date du 10 avril 1791 que porte le marbre de M. Delagrave souligne le fait, que c'est là une effigie rétrospective et non ad vivum. Mirabeau était mort le 2 avril. Houdon, c'est lui-même qui nous l'a raconté dans sa brochure Sur les Concours, fut appelé par ses amis pour mouler son visage. La Société des Amis de la Constitution, sur la proposition de l'abbé d'Espagnat, lui demanda, dès le lendemain, le buste du grand orateur subitement disparu. Il se mit à l'ouvrage tout de suite et dut dresser, en quelques jours, l'image où celui-ci ressuscitait dans toute sa verve et son action oratoire; c'est ce qu'il a voulu souligner évidemment plus tard, en datant son marbre du 10 avril. Mais des intrigues s'ému- rent, on reprocha à Houdon sa qualité d'académicien, on voulut instituer un concours. Houdon, déjà blessé dans des circonstances analogues, à propos du projet de statue à Jean-Jacques Rousseau, dont il prétendait, ayant moulé son masque et fait son buste, que «la ressemblance était sa propriété», suivit son caractère et dit qu'il ne concourrait point. Il garda le buste dans son atelier et le montra, ainsi qu'il l'avait fait maintes fois, à ceux qui venaient le voir. C'est évidemment le marbre qui fut vendu par lui, à la vente qu'il fit en 1795, et celui-là même qui se trouve aujourd'hui chez M. Delagrave, avec la date que nous mentionnions tout l'heure. Mais Houdon, à son habitude, exploita le modèle. Non seulement, il le reproduisit plus tard, en l'alourdissant, en un buste officiel, pour la galerie des Consuls (c'est celui qui est à Versailles aujourd'hui), mais il le tira sous forme de plâtres et de terres cuites, avec ou sans les épaules. Il vendait 72 francs les têtes seules et 96 les têtes avec le buste. Le Louvre possède, venant de la collection Walferdin, une bonne épreuve d'une de ces terres cuites d'atelier, et l'on voit au musée d'Angers un grand plâtre avec le cachet de Houdon, qui reproduit exactement le buste de M. Delagrave, avec une signature modifiée. Il y en a d'autres certainement, malgré les hécatombes qui purent être faites pendant les journées révolutionnaires où les cendres mêmes de Mirabeau furent arrachées du Panthéon. La renommée de Houdon, l'attrait incomparable de son art, l'importance historique de ses modèles justifieraient, s'il en était besoin, la place que nous lui avons donnée ici. Il ne saurait nous faire dédaigner cependant ni ses prédécesseurs ni ses contemporains et rivaux plus ou moins célèbres. Les bustes de Pajou ici exposés, ceux de Ducis et du magistrat inconnu qui appartiennent à M. Doistau, celui de Madame Vigée-Le Brun notamment, sont d'un excellent portraitiste, un peu froid peut-être, mais qui mérite, certes, l'étude d'ensemble, non encore tentée jusqu'ici, que M. H. Stein doit lui consacrer prochainement. Il faudrait surtout mettre exactement chacun à sa place et dans le cas assez fréquent encore au XVIIIe siècle, où plu- A. PAJOU. — UN PARLEMENTAIRE (buste marbre) (Collection de M. Doistau)

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EXPOSITION DE CENT PASTELS ET DE BUSTES DU XVIIIe SIÈCLE J.-A. HOUDON. — MIRABEAU (10 avril 1791) (buste marbre) (Collection de M. Ch. Delagrave)