Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

LES ARTS N° 84 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Décembre 1908 ÉCOLE DES DELLA ROBBIA. — TÊTE DE JEUNE HOMME ENTOURÉE DE FLEURS ET DE FRUITS (Collection du prince J. de Liechtenstein, Vienne)

Page 2

PIERRE CORTEYS. — LA RUINE DE TROIE. — Plaque d'émail de Limoges. — Art français. — Fin du XVIe siècle (Collection du prince J. de Liechtenstein. — Vienne) UNE EXPOSITION RÉTROSPECTIVE A SAINT-PÉTERSBOURG N 1904, une Exposition rétrospective d'objets d'art fut organisée à Saint-Pétersbourg, au profit des blessés de la guerre russo-japonaise. Placée sous le haut patronage de S. M. l'impératrice douairière Alexandra Feodorovna, l'idée trouva partout des concours empressés. Les trésors impériaux, jalousement conservés dans les palais de Pétersbourg et de Gatchina, livrèrent aussitôt leurs plus précieuses richesses; les grandes familles russes, imitant cet exemple, consentirent à se défaire momentanément d'une partie de leurs collections; l'étranger même voulut s'associer à cette œuvre charitable; de généreux amateurs, comme le prince de Liechtenstein et le comte de Camondo, envoyèrent d'Autriche et de France des pièces capitales qui, par leur origine ou leur destination, appartenaient au passé de la Russie. C'était, en effet, une exposition nationale que cette réunion de chefs-d'œuvre nés dans tous les pays d'Europe. Bien que l'art russe proprement dit y tint assez peu de place, elle n'était guère formée que d'ouvrages commandés par la Cour ou spécialement exécutés pour les grandes familles qui, le plus souvent, les possèdent encore; c'était donc comme un Salon carré des collections de là-bas, Salon temporaire, mais qui avait le double avantage de révéler au public des merveilles ordinairement invisibles ou du moins peu connues, et de lui présenter en quelque sorte une histoire figurée du goût artistique en Russie (1). Cette histoire est assez courte, les plus anciennes collections russes ne remontant pas au delà du XVIIIe siècle. (1) Un somptueux album, récemment publié, conserve le souvenir de ce musée éphémère. Il est orné de nombreuses et magnifiques photogravures. Le texte, rédigé en russe et en français par M. Adrien Prachoff, professeur à l'Université impériale de Saint-Pétersbourg, nous a fourni, pour cette étude, de précieux renseignements.

Page 3

UNE EXPOSITION RÉTROSPECTIVE A SAINT-PÉTERSBOURG --- DONATELLO (ATTRIBUÉ A). — JEUNE FEMME Bas-relief sur pietra serena. — Art florentin. — XV° siècle (Collection de M. E. Müller von Aichholtz. — Vienne) Pierre le Grand, lorsqu'il voulut imposer à son pays la civilisation européenne, s'occupa surtout d'y créer une armée, une marine, des finances, d'y faire prospérer la science et l'industrie. Bien qu'il eût rapporté, de son séjour en Hollande, quelques tableaux hollandais ou flamands, il avait peu de goût pour les arts; tout besoin de luxe lui était étranger. On montre encore la maison de bois qu'il habita longtemps, sur le quai de la Néva; quand un palais plus digne de sa grandeur lui parut nécessaire, il se crut en mesure de le construire lui-même, et l'architecte Leblond, qu'il fit venir de France pour diriger les travaux de la capitale, eut grand'peine à remettre un peu d'ordre dans les plans du royal bâtisseur. Sous le règne de sa fille, l'imperatrice Élisabeth, les arts commencèrent à fleurir; elle créa des académies, des écoles, appela à Pétersbourg des artistes français comme Lagrenée, Tocqué et Le Lorrain; mais ce fut seulement sous la grande Catherine que l'Ermitage se peupla de chefs-d'œuvre et que s'élevèrent de magnifiques palais, décorés et meublés des plus précieux produits des ateliers d'Europe. Les premières collections datent de ces deux règnes. À cette époque, le moyen âge était dédaigné; l'antiquité imparfaitement connue. Elles ne renferment donc qu'un très petit nombre de choses anciennes; mais elles constituent un admirable musée des arts industriels au temps de Louis XV et de Louis XVI. Un joli torse d'Aphrodite, en marbre, du cabinet de M. P. Botkine; les figurines de Tanagra, prêtées par le même amateur; une tête d'Ephèbe, en bronze, appartenant au comte D. L. Tolstoi et ayant décoré le timon d'un char au IIIe siècle, formaient à peu près toute la part de l'antiquité grecque dans cette exposition rétrospective. L'art byzantin avait donné une riche série de quarante-deux émaux cloisonnés (collection Botkine) et de nombreux ivoires dont le plus remarquable est le triptyque de la comtesse Chouvalof, datant du Xe siècle et figurant les Quarante Martyrs. Quelques beaux bronzes chinois, dont une coupe de la dynastie Song, envoyée par le comte de Camondo; des bronzes sassanides, prêtés par M. Polovtsef; deux vases d'argent, également sassanides, provenant des collections Orlof et Botkine; des tapis, des faïences et des armes de Perse représentaient l'Orient. Dans la section du moyen âge, le comte Wilczek, de Vienne, exposait un double reliquaire en argent doré, de travail lombard, fait de deux têtes réunies, rappelant encore le style de certaines œuvres romaines; ainsi qu'un Samson brisant la mâchoire d'un lion, bronze curieux, qu'il croit du XIIe siècle et d'origine norvégienne. M. Botkine avait prêté un bel aquamanile en forme d'animal fantastique; M.S.N. Mitoussof, une grande croix processionnelle en or et argent, du style tourmenté qui fut, au XVe siècle, celui des orfèvres --- DONATELLO (ATTRIBUÉ A). — JEUNE GUERRIER Bas-relief sur pietra serena. — Art florentin. — XV° siècle (Collection de M. E. Müller von Aichholtz. — Vienne)

Page 4

LES ARTS LUCA DELLA ROBBIA. — LA VIERGE A L'ENFANT Art florentin. — xvie siècle (Collection du prince J. de Liechtenstein. — Vienne) de Burgos. Parmi les entrelacs et les accolades d'une ornementation un peu exubérante, elle porte des inscriptions et de nombreuses figures : tout un calvaire avec les Saintes Femmes et le Disciple, Dieu le père bénissant entre des Anges, les quatre Évangélistes; au bas, le portrait du Donateur agenouillé. M. Prachot établit un rapprochement intéressant entre plusieurs de ces motifs et ceux que l'on admire dans le Parement de Narbonne. La Renaissance italienne tenait dignement sa place à l'Exposition de Pétersbourg. Outre le buste en bronze d'un condottiere, œuvre vénitienne qu'on prête à Lombardo, le prince Joseph de Liechtenstein avait offert d'admirables céramiques : un buste de Saint Laurent, en terre cuite, qui porte encore des traces de décoration polychrome et qu'on peut, sans invraisemblance, reconnaître pour un Donatello; une Madone à l'Enfant, simple et grave, par Luca della Robbia ; une élégante figure d'Évêque, par André; une délicieuse tête d'Adolescent, d'époque plus récente, qui serait un pur chef-d'œuvre, s'il n'y avait un peu de lourdeur dans la couronne de fruits qui ceint le médaillon. Le prince Bielosselsky-Bielozersky exposait deux magnifiques bronzes, tous deux librement imités de modèles antiques. L'un, l'Amour endormi, semble une transposition de quelqu'un de ces Hercules qu'on voit souvent dans les musées, car il repose, à côté d'une massue, sur une peau de lion. L'autre, Bacchus enfant, paraît une variante, exécutée au xvie siècle, du même original dont une réplique romaine, décrite par M. Héron de Villefosse dans le Recueil Piot, fait la gloire du musée de Châtillon-sur-Seine. Dans la vitrine des bronzes figuraient encore plusieurs bonnes réductions de statues grecques, appartenant à la princesse Gagarine. Enfin M. Muller von Aichholtz avait envoyé de Vienne deux bas-reliefs de pierre tendre, autrefois dorés, dont le bel arran-

Page 5

UNE EXPOSITION RÉTROSPECTIVE A SAINT-PÉTERSBOURG COUPE DE BIENVENUE DE LUBECK Art allemand. — 1651 SAINT GEORGES TERRASSANT LE DRAGON, STATUE D'ARGENT PAR BERNDT HEYNEMANN Lubeck 1507 LE TRÉSOR DES « TÊTES NOIRES » DE RIGA

Page 6

LES ARTS gement et la facture nerveuse rappellent Donatello; sous l'apparence d'un Jules César et d'une dame romaine, ce seraient, suivant une tradition, les portraits de deux membres de la famille Bentivoglio. Un buste en bois peint de l'empereur Ferdinand Ier paraît être une œuvre flamande. Mais la Renaissance germanique pouvait revendiquer une figure d'Évêque, bonne statue en bois du sculpteur Thielmann Rimenschneider, et surtout le riche trésor des pièces d'orfèvrerie ayant appartenu à la Compagnie des Têtes Noires de Riga. Cette Compagnie de négociants, fondée en 1413, entretenait avec l'Allemagne des rapports incessants; l'usage s'établit de faire venir d'Augsbourg, de Lubeck ou de Nuremberg, les vases d'argent que chaque sociétaire était tenu d'offrir à la corporation. Les deux objets les plus précieux sont une figure de Saint Georges terrassant le Dragon, qui porte, avec la date de 1507, la signature de Heynemann, orfèvre à Lubeck, et un Aigle à deux têtes, aujourd'hui conservé au garde-meuble impérial du Palais d'Hiver, superbe vase de vermeil dont le puissant dessin et la fière allure font penser aux estampes héraldiques de Dürer. Le xviie siècle français a fourni des céramiques et des émaux : un plat rustique de Bernard Palissy, une charmante salière d'Oiron ou de Saint-Porchaire, presque semblable à celle que le musée du Louvre a héritée de Sauvageot, et une nombreuse série de plaques de Limoges entre lesquelles on remarquait surtout une Crucifixion, commandée à Jean Pénicaud par un des descendants du maréchal de la Palace (collection Chouvalof), et une Ruine de Troie, exécutée par Pierre Cortey, en 1570 (collection Liechtenstein). De très beaux bronzes français et italiens, d'après des ourages antiques ou d'après des modèles de Desjardins, Girardon, Coysevox et le Bernin ; des orfèveries allemandes et russes; des tapisseries, quelques meubles, formaient la part du xviiie siècle. Mais, comme nous l'avons dit, c'est l'art contemporain d'Elisabeth et de Catherine qui faisait le grand intérêt de cette exposition; aucun musée ne saurait offrir une réunion de pareils chefs-d'œuvre, ni un ensemble aussi complet. La porcelaine fut une des conquêtes et l'une des passions du xviiie siècle. Depuis la Renaissance, tous les amateurs recherchaient les plats et les vases de Chine, que les navigateurs portugais avaient les premiers importés en Occident et dont les Hollandais faisaient un grand commerce. Aussi, dans tous les pays d'Europe, cherchait-on le secret de cette matière inconnue qui, sans avoir l'ampleur ni l'éclat de la faïence, était plus transparente, plus fine, se prêtait à des formes plus légères, à des décors plus délicats. Les Florentins prétendent que, dès le xvie siècle, le grand-duc François de Toscane avait obtenu dans son laboratoire une pâte analogue à celle des Chinois, mais ce que l'on connaît des porcelaines Médicis est presque insignifiant. Les Français, sans arriver au but, se montrèrent plus heureux ; à Saint-Cloud, à Chantilly, sous le règne de Louis XIV, ils créèrent une pâte tendre qui ne ressemblait en rien à la porcelaine chinoise, mais qui fut l'origine d'une industrie et d'un art tout nouveaux. C'est en Saxe qu'un aide-pharmacien, vaguement alchimiste, découvrit le fameux secret. Protégé par l'électeur Frédéric-Auguste, plus tard roi de Pologne, il avait fabriqué, dès la fin du xviiie siècle, un grès brun, dur et mat, analogue à l'émail rouge des Chinois; en 1711, il réussit à produire la pâte dure et blanche, quand il eut rencontré, près d'Aue, des gisements de kaolin. Dans le château de Meissen, transformé en manufacture, Bottger mena dès lors une vie de grand seigneur, et en même temps de prisonnier. Somptueusement entretenu par son Mécène, il était gardé à vue par des factionnaires, ainsi que ses ouvriers. L'électeur ne voulait pas qu'une indiscrétion lui enlevât l'honneur et le profit de sa munificence. Jusqu'à la mort de Bottger, survenue en 1719, Meissen fit peu de progrès; l'ex-pharmacien avait su composer la CHANDELIER Porcelaine de Meissen. — xviiie siècle (Collection du duo G.-G. de Mecklenburg-Strelitz)

Page 7

UNE EXPOSITION RÉTROSPECTIVE À SAINT-PÉTERSBOURG --- CL. CLODION. — JEUNE FILLE GRECQUE PORTANT UN ENFANT ET UN PANIER PLEIN DE FOMMES Art français. — XVIIIe siècle (Collection du comte N. Persen) --- matière requise; il n'avait pu, malgré ses pro-messes, trouver le moyen de la décorer; et, l'eût-il découvert, les qualités d'un directeur artistique lui eussent toujours manqué. Ses successeurs furent Hérold et Kandler, un peintre et un sculpteur. Le premier apprit d'abord à employer le bleu en décor monochrome, puis successivement toutes les couleurs. Le second renouvela et anima les formes de Hérold, fidèles pastiches de l'Orient, osa donner à la porcelaine la souple fantaisie de l'orfèvrerie rocaille, et modela enfin ces innombrables statuettes qui, plus encore que la vaisselle de table, ont fait la réputation et la fortune de la porcelaine de Saxe. En 1764, un Français, Michel-Victor Acier, prit la place et continua les traditions de Kandler. Bien qu'on remarque, dans sa série des Cris de Paris, plus d'élégance et moins de verve, un modèle plus menu et une couleur moins riche, il est souvent difficile de distinguer les œuvres des deux sculpteurs, d'autant que certains types, créés au temps de Kandler, ont été souvent reproduits et décorés sous le règne d'Acier. Avec le peintre allemand Dietrich, le style Louis XVI, librement transposé de l'antique, fait son entrée dans la manufacture; sous Marcolini (1796-1814), c'est le triomphe des lignes rigides et solennelles imposées par l'école de David à toutes les formes de l'art, et c'est le commencement d'une décadence dont Meissen ne s'est pas encore relevé. Tous les âges et toutes les séries de la production saxonne sont abondamment représentés dans les collections russes. La Cour possède deux grands services de table d'une importance et d'une rareté exceptionnelles par leur caractère historique, le nombre de leurs pièces et la beauté de leur exécution. L'un, nommé le service de la Chasse à cause des peintures qui le décorent, appartint à la dernière des Romanof, l'imperatrice Élisabeth Petrovna, dont on connaît le goût pour la vie des champs, l'exercice au grand air, les chevauchées et la vénerie. Ce service, conservé au Palais d'Hiver, est un parfait spécimen du plus pur style rocaille. Dans les scènes de chasse peintes au fond des assiettes, la disposition du paysage, irrégulièrement encadré d'arbres grêles, allie encore un peu le souvenir des peintures chinoises à la rusticité d'opéra-comique des pastorales d'Europe; mais les marlis, ajourés en réseaux ou modèles en feuillages et en fruits de relief polychromes, sont le type même de la décoration un peu surabondante imaginée par Kandler. C'est encore du rococo proprement germanique que relèvent ces niches, ces berceaux de treillages, destinés à abriter des statuettes, qui faisaient partie du surtout; les crosses, les

Page 8

LES ARTS --- CL. CLODION. — JEUNE SATYRE PORTANT UN HIBOU Art français. — XVIIIe siècle (Collection du comte N. Fersen) --- chicorées, les coquilles y forment d'inextricables entrelacs. Si les flambeaux qui complètent cet ensemble, d'une richesse toute saxonne, sont d'origine française, Meissen a eu le soin d'en emprunter le modèle au plus exubérant de nos orfèvres, Juste-Aurèle Meissonnier. L'autre service impérial, dit de Saint-André, est d'un goût plus sobre et, à notre avis, bien meilleur. Commandé par Catherine II pour son palais de Peterhof, il a été exécuté sous la direction d'Acier. Le décor en est très simple : quelques fleurs légères au centre des assiettes; sur les marlis, la croix de Saint-André alternant avec les armes de Russie ; comme reliefs, des anses de plats recourbées en feuilles, des pieds en crosses sous les écuelles, un fruit au sommet des couvercles, quelques plis ou cannelures pour faire jouer la lumière sur la panse des objets; comme couleurs, un petit nombre de tons, et la dorure employée seulement en guise de rehaut. On dirait que le décorateur n'a voulu qu'exalter l'éclat de la porcelaine et la mettre en valeur, comme un bronzier rehausse, par une monture discrète, le prix d'un céladon. Ce service, admirable de formes, est merveilleusement homogène. Depuis la moindre tasse à café jusqu'aux flambeaux portés par des Amours, tout semble avoir été modelé par la même main. Il est aussi des plus complets, et si riche qu'on a pu le répartir entre le Palais d'Hiver, le Palais de Pavlosk et la Manufacture impériale. Dans son château d'Oranienbaum, construit sur les bords du golfe de Finlande par Menzikof, ministre de Pierre le Grand, le duc de Mecklembourg-Strelitz conserve une collection unique de figurines de Meissen. Ce sont trente-six statuettes ayant fait partie d'un surtout de quarante-trois pièces, offert à Catherine II par l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste III, pour célébrer les actions glorieuses de la grande souveraine. M. Berling, auteur d'un remarquable ouvrage sur la porcelaine de Saxe (Das Meissener Porzellan), considère ce surtout comme l'œuvre de Kandler. L'attribution peut sembler singulière, quand on sait que la commande est de 1770, et que plusieurs des pièces commémorent des faits postérieurs à la mort du sculpteur allemand. M. Berling fait observer qu'il existe, au Johanneum de Dresde, une réplique de ce surtout, réplique restée blanche, sans décoration. Il pense que le modèle avait pu être créé par Kandler pour l'impératrice Élisabeth, et que Victor Acier, pour l'adapter à sa destination nouvelle, n'aura eu qu'à y introduire des variantes de détail et des légendes appropriées. Ce qui nous semble probable, c'est que l'œuvre est de deux mains. Pour nous en tenir à un seul rapprochement, les enfants qui symbolisent Clio, Apollon et la Gloire n'ont aucun

Page 9

SURTOUT DE TABLE EXÉCUTÉ EN PORCELAINE DE MEISSEN, PAR KANDLER Commandée par le Roi de Danemark à l'occasion du traité de paix conclu avec la Suède et la Norvège (Collection de S. A. le duc G.-G. de Mecklenbourg-Strelitz)

Page 10

LES ARTS rapport de type, de facture ni de style avec celui qui figure l'Amour dans Mercure et Cupidon; le premier de ces groupes a le modelé vigoureux et gras, mais le mouvement, quelquefois lourd et gauche, des œuvres de Kandler; le second a l'aisance, le brio de la sculpture française, et un peu de la sécheresse des figures d'Acier. Clio, Apollon et la Gloire sont d'ailleurs réunis autour d'un obélisque dont l'architecture, tout allemande, équivaut, à elle seule, à une signature. La Muse écrit sur son livre : Histoire de Russie sous le règne de Catherine II., Alexievna la Grande. Ce groupe est comme le frontispice de cette fragile épope. Celui de Mercure et l'Amour, dont M. Prachoff signale l'analogie avec certaines compositions de Bouchardon, rappelle de façon quelque peu indirecte les avantages commerciaux de la Victoire remportée sur la flotte turque à Chesma. L'allégorie du Triomphe de Catherine est encore plus lointaine. L'artiste a représenté la souveraine en Vénus, portée par des Tritons, des Zéphrys, des Sirènes, sur un trône flottant de coquilles et d'algues marines. L'œuvre est certainement allemande ; elle est signée, comme le Cortège de Bacchus, des initiales K. W.; M. Berling croit y reconnaître une variante d'un Triomphe de Galatée, composé par Kandler. Neptune et Amphitrite, Apollon et le serpent Python, Pallas et Bellone, Alexandre et Pyrrhus commémorent aussi, par des détours plus ou moins ingénieux, les nombreuses vertus de l'imperatrice, tantôt guerrière et tantôt pacifique, qui apparaît, dans un groupe singulier, sous les traits d'un Hercule féminin ; assise sur une peau de lion et tenant encore la massue, Catherine regarde une Victoire qui couronne son médaillon, tandis qu'un Turc vaincu implore sa clémence. PETITE CUISINE EN BRONZE DORÉ PAR CAFFIERI, STATUETTES DE MEISSEN XVIIIe siècle (Collection de S.A.I. l'Impératrice Alexandra Feodorosova) Un groupe moins important, mais extrêmement curieux, montre une femme en habit d'homme, bottes, tricorne, les cheveux roulés en perruque Louis XV, tenant de la main droite un bâton de maréchal, montée sur un cheval fougueux que maîtrise un heiduque vêtu et coiffé comme le Zamore de Madame du Barry. On veut que cette figurine représente l'imperatrice Elisabeth à la chasse. Le goût légendaire de cette souveraine pour les exercices violents a seul pu donner naissance à une pareille tradition. Le costume et les attributs militaires excluent ici toute idée de vénerie; le vêtement, aussi bien que la 'coiffure, indique une date de vingt ans postérieure au règne d'Elisabeth; enfin les traits du visage ne rappellent en rien la fille de Pierre le Grand. Il convient plutôt de voir dans cette statuette équestre un portrait de Catherine, à qui d'ailleurs elle ressemble davantage; moins sportive que sa devancière, la grande imperatrice passait pourtant à cheval la revue de ses troupes, et l'on sait, par de nombreuses estampes, qu'elle portait parfois le costume masculin. Outre cette collection de groupes historiques, le due de Mecklembourg-Strelitz avait encore prêté quelques pièces admirables : un délicieux flambeau porté par un Amour qu'une jeune fille entoure de ses bras nus; une Europe, une Asie, vêtues de robes brochées aux couleurs somptueuses, variantes peu connues de ces Parties du Monde que Kandler et Acier ont répétées tant de fois. L'IMPÉRATRICE ÉLISABETH PETROVNA A CHEVAL, ACCOMPAGNÉE D'UN HEIDUQUE Groupe en porcelaine de Meissen (Collection du due G.-G. de Mecklembourg-Strelitz)

Page 11

SURTOUT DE TABLE EN VERMEIL, INVENTÉ ET CISELÉ À PARIS PAR CLAUDE BALLIN, PREMIER JOAILLIER DU ROI Art français - 1726 (Collection du comte S. D. Chéremétief)