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LES ARTS N° 80 LA COLLECTION DE M. GUSTAVE DREYFUS (Médailles et Plaquettes) Août 1908 PETER FISCHER — ORPHÉE ET EURYDICE Bronze. — Art allemand, xvie siècle (Collection de M. Gustave Dreyfus)
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LES ARTS N° 80 LA COLLECTION DE M. GUSTAVE DREYFUS (Médailles et Plaquettes) Août 1908 PETER FISCHER — ORPHÉE ET EURYDICE Bronze. — Art allemand, xvie siècle (Collection de M. Gustave Dreyfus)
LA COLLECTION DE M. GUSTAVE DREYFUS IV. — LES MÉDAILLES VITTORE PISANO (attribué à) — LEO BATTISTA ALBERTI (Collection de M. Gustave Dreyfus) e qui avait fait la réelle beauté des monnaies antiques, leur relief et ce modelé où se retrouvaient toutes les qualités plastiques des bas-reliefs de la grande sculpture, tout cela avait été abandonné par les monnayeurs du Moyen Age. Frédéric II avait bien essayé déjà, dans ses belles augustales d'or, de revenir aux traditions de l'art monétaire antique. Mais ce fut seulement dans l'Italie du xve siècle que la médaille, tout en conservant les grands et nobles caractères de la monnaie antique, devint quelque chose de tout à fait à part, indépendant et différent de la monnaie, ayant sa destination propre, qui était de commémorer des personnages ou des événements, et conçue dans des données tout autres de proportion, decomposition et de relief que les monnaies. Padoue, plus que toute autre cité italienne du Quattrocento, devait vouer un culte ardent aux monnaies antiques, suivant en cela les exemples de Pétrarque qui en avait réuni une notable collection, et ce fut à Padoue même que furent frappées les deux premières médailles commémoratives, tout à fait dans l'esprit et à l'imitation de l'antique, au nom de son prince Francesco Carrara, quand il rentra dans ses possessions en 1390. C'était presque au même moment qu'en France, le duc Jean de Berri, frère de Charles V, avait fait frapper deux médailles à l'imitation de l'antique, mais avec un certain goût d'arrangement inspiré des sceaux du moyen âge. Ce fut d'ailleurs un des amateurs et un des collectionneurs de médailles les plus distingués de son temps, ainsi qu'en fait foi son inventaire. En Italie, durant ce xve siècle dont la fin jeta un si resplendissant éclat, chaque petite cour avait un riche Cabinet des médailles : c'étaient la famille d'Este à Ferrare, les Gonzague à Mantoue, les Sforza à Milan, les Médicis à Florence, les seigneurs de Rimini et d'Urbin, c'étaient Alphonse de Naples, et le pape Paul II dont le cabinet de gemmes et de médailles était fameux. Ce goût fut loin de s'atténuer par la suite. Nous savons qu'en France Louis XIV, le Régent et Louis XV demandaient à leurs ébénistes, Boule et Cressent, de composer de beaux médailliers pour classer leurs collections. Et plus tard encore, nous savons qu'un vrai précurseur dans la connaissance et le goût des médailles italiennes de la Renaissance fut Goethe, et la petite collection qu'il en avait formée est aujourd'hui conservée au musée de Weimar, en Saxe. Une étude qu'il y consacra (publiée dans Iena Litteratur-Zeitung, 1810), témoigne du vif intérêt qu'il portait aux médailles. Dans cette merveilleuse série des médailles italiennes de la collection Dreyfus, comme dans celle des plaquettes que nous étudierons ensuite, nous ne rencontrerons que des exemplaires parfaits, résidus d'une épuration constamment renouvelée, qui n'a laissé aux mains de l'amateur que les pièces de tout premier ordre; ici il fallait plus que du goût (M. Gustave Dreyfus en avait plus que quiconque), mais une profonde connaissance de la médaille et de la plaquette, des collections publiques qui en existaient, afin qu'une comparaison attentive et sans cesse en éveil ne lui laissât en définitive que la pièce-type qu'on ne saurait rencontrer ailleurs. De sorte que, si complète en ses développements, si parfaite en rare qualité de ses exemplaires, la collection Dreyfus est le plus beau musée du monde de la médaille et de la plaquette italiennes. Le caractère propre de la médaille de la Renaissance est d'être coulée et non pas frappée. De plus, les beaux exemplaires n'ont pas été reciselés; ils sont absolument sans retouche après la fonte. La médaille rentrait ainsi bien plutôt dans l'art du sculpteur (les procédés de la fonte étaient les mêmes) que dans l'art du graveur en monnaies et en sceaux. C'est ce qui explique qu'un artiste comme Pisanello ait pu exceller si rapidement dans cet art. Il lui suffisait de savoir modeler. Il est digne aussi de remarquer que cette renaissance de l'art monétaire fut l'œuvre d'un peintre, et que ce furent peut-être ces effigies-portraits, si vigoureuses et si fermes, représentant avec netteté le profil des modèles, qui donnèrent aux peintres du xve siècle l'idée de ces portraits-bustes de profil dans lesquels Bellini, Piero della Francesca et Ghirlandajo réalisèrent quelques purs chefs-d'œuvre. C'est très certainement la vue et l'étude des monuments numismatiques de l'antiquité et, comme on l'a prétendu plus récemment, celle des médailles impériales burgundo-flamandes, qui ont inspiré à Vittore Pisano (1380?-1451) la conception de ses médailles. Le revers d'une des médailles d'Alphonse d'Aragon, avec le char de triomphe, rappelle la médaille d'Héraclius; il y a quelque chose de la médaille de Constantin dans celle de Jean Paléologue. Mais quelle origi- (*) Voir les Arts nos 72 et 73.
--- I. ALPHONSE Y D'ARAGON. — II. DON INIGO D'AVALOS. — III. NICOLAS PICCININO. — IV. PHILIPPE-MARIE VISCONTI. — V. REVERS. — VI. LOUIS DE GONZAGUE. — VII. REVERS. — VIII. LIONEL D'ESTE. — IX. REVERS. VITTORE PISANO (PISANELLO). — MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
--- I. JEAN PALÉOLOGUE (plomb). — II. JEAN-FRANÇOIS DE GONZAGUE (plomb). — III. CÉCILE DE GONZAGUE (plomb). — IV. ALPHONSE D’ARAGON (métal de cloche). — V. SIGISMOND MALATESTA (plomb) VITTORE PISANO (PISANELLO). — MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
--- I. REVERS DE JEAN PALÉOLOGUE. — II. REVERS DE JEAN-FRANÇOIS DE GONZAGUE. — III. REVERS DE CÉCILE DE GONZAGUE. — IV. — REVERS D’ALPHONSE D’ARAGON. — V. — REVERS DE SIGISMOND MALATESTA VITTORE PISANO (PISANELLO). — MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
LES ARTS nalité de conception et quels accents personnels il a su leur apporter ! Il s'est gardé de la minutie et de la sécheresse, comme aussi de l'exagération du relief des têtes, que n'ont pas toujours su éviter les monnayeurs de l'antiquité. Le modèle mi-plat des médailles de Pisanello offre une finesse, une légèreté de touche, un sentiment physionomique des personnages représentés tout à fait rares. Il s'est proposé, avant toute chose, l'étude patiente de la nature, et la recherche du caractère et de la vie. Ce qu'il a voulu, c'est faire des portraits, reproduire et perpétuer dans une matière indestructible les images des hommes de son temps, tels qu'il les avait vus. Et où son génie apparaît, c'est dans cette exécution si simple et si large et dans ce travail d'élimination des détails inutiles, puis de concentration des éléments caractéristiques qui feront l'originalité du type. Où Pisanello a été unique, c'est dans les revers de ses médailles, dans l'invention, dans la grandeur de composition et dans la hardiesse qui s'y révèlent. Là encore l'étude attentive de la nature est la base de ses recherches, son point d'appui. Mais il a su la déformer, condition du grand art, et la faire servir à ses dessins : sa fantaisie est entrée en jeu. Il prend comme élément une figure d'armoiries de son personnage, un sujet caractéristique de sa vie ou de sa carrière ; s'il peut y faire intervenir un animal, il s'empressera de le faire, et nous savons par les feuillets du Recueil Vallardi, conservé au Louvre, avec quelle ténacité, quelle puissance et quelle acuité il étudiait des bêtes les formes, les allures, les mouvements. Et alors on ne saura jamais assez dire, ni bien dire, l'imprévu, la noblesse de formes et la hardiesse de composition qu'il a su apporter, avec ces éléments, à la décoration des revers de ses médailles. Il était d'un âge assez avancé quand il commença ses premières médailles. La plus ancienne, celle de Jean VIII Paléologue, date de 1438 ou 1439, quand il vint à Ferrare implorer aide contre les Turcs. Il avait alors soixante ans. Puis, voici (en nous bornant à celles qui sont ici reproduites) Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, le dernier des Visconti, tyran astucieux et farouche, représenté dans sa cinquantième année, avec son masque énergique et volontaire, et ce cou droit, sans inflexion, des apoplectiques ; un beau dessin du Recueil Vallardi le représente de même. Au revers de la médaille, il est à cheval en armure, accompagné de deux écuyers. — François Sforza, le premier des Sforza, qui prit Milan aux Visconti, a un type tout différent, tout de finesse ; ce fut un admirable organisateur et un constructeur que devint tout de suite ce condottiere ; au revers, une tête de cheval. — Lionel d'Este, duc de Ferrare, a infiniment plus de race et de distinction ; voici deux de ses médailles (on en connaît sept), avec ses cheveux crépus, son profil busqué, décrivant un demi-cercle presque parfait du frontal au menton ; homme de goût, artiste et lettré, le protecteur de Bellini, de Mantegna, l'hôte accueillant de Van der Weyden ; j'aime le revers au lynx, les yeux bandés, ou celui des deux hommes nus portant des corbeilles d'épis. — Sigismond Malatesta, seigneur de Rimini, a grand air également et quelque ana- logie de facies avec Lionel d'Este, mais nature moins équilibrée, plus violente et inquiète ; au revers, en armure, il remet son épée au fourreau. Une autre médaille de Sigismond Malatesta, datée de 1445, est d'une grande énergie et d'un violent accent ; au revers, sur un lourd cheval, il passe dans sa pesante armure, son bâton de commandement à la main. — Son frère Novello unissait plus de douceur à quelque timidité ; sa prostration au pied du Crucifié, après avoir attaché son cheval d'armes à un arbre, n'est-elle pas toute significative ? — Louis III de Gonzague, marquis de Mantoue, monté en armure sur un lourd cheval, fut aussi un amateur délicat ; sa très grande intimité avec Mantegna ne saurait être oubliée. — Jean-François de Gonzague, coiffé d'un curieux chapeau côtelé, a une figure plus douce ; il reparait au revers, élégant, bien en selle, tandis qu'un second cavalier se montre en arrière-plan, sur un cheval dont on n'aperçoit que la croupe, en raccourci. — Voici Alphonse V d'Aragon, grande figure, nature d'élite, homme de guerre, chevaleresque et artiste, simple et bonhomme, avec ses cheveux longs taillés en couronne ; le revers d'une de ses médailles, trois aigles posés sur un rocher où git une biche, est d'une grandeur décorative inoubliable ; au revers d'une autre, un char conduit par un génie passe trainé par quatre lourds chevaux. — Son fidèle compagnon, don Inigo d'Avalos, qui le suivit à Naples, coiffé d'un bonnet fourré garni d'un chaperon, est une figure d'un charme et d'une finesse très prenantes. M. de Fabriczy et M. Venturi, enfin, ont attribué à Pisanello une splendide médaille oblongue reproduite en tête de cette étude, et représentant le profil si noble, d'une pureté tout antique de Leo-Battista Alberti, le génie universel de la Renaissance, qui jusqu'alors avait toujours été attribuée à l'architecte lui-même. Notons sans la partager l'opinion de M. de Fabriczy qui considère seul comme le type original l'exemplaire du Musée du Louvre : celui de la Bibliothèque nationale ne devant en être qu'une imitation de l'époque, et celui de la collection Dreyfus une répétition du xvi^e siècle. On ne connaît de Pisanello qu'une seule médaille d'un type féminin, celle de Cécile de Gonzague, datée de 1447, d'un très grand charme, au profil naïf et ingénu, et dont le buste court, l'étrange allongement du cou s'accorde bien avec tous ces mêmes caractères de tant de portraits peints de la même époque. Le revers délicatement modelé en est adorable, avec cette figure virginale à demi dévêtue assise dans un paysage montagneux auprès d'une licorne, emblème de sa pureté. On compte en définitive vingt-quatre médailles signées de Pisanello et douze autres qui peuvent lui être avec certitude attribuées. Avec les continuateurs de Pisanello, l'accent individuel, le caractère des physionomies demeurera toujours le but poursuivi, pour laisser de leurs contemporains des images sincères et durables. Mais ce qui demeurera toujours inférieur, ce seront les revers de leurs médailles ; ils sont bien la pierre de touche du génie de Pisanello et où son art est le plus grandiose, et toujours témoigneront chez ses suc-
--- I. FRANÇOIS SFORZA. — II. REVERS. — III. SIGISMOND MALATESTA. — IV. REVERS. — V. MALATESTA NOVELLO. — VI. REVERS. — VII. LIONEL D'ESTE. — VIII. REVERS. IX. REVERS D'UNE AUTRE MÉDAILLE DE LIONEL D'ESTE. — X. REVERS (plomb) D'UNE MÉDAILLE D'ALPHONSE Y D'AARAGON. — XI. VICTORIN DE FELTRE. — XII. PISANELLO PAR LUI-MÊME VITTORE PISANO (PISANELLO). — MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
--- I. NICOLAS DE FLORENCE (attribué a) : GIOVANNA ALBIZZI, FEMME DE LAURENT TORNABUONI. — II. NICOLAS DE FLORENCE (attribué a) : LE POÈTE ANGE POLITIEN. — III. NICOLAS DE FLORENCE (attribué a) : LAURENT TORNABUONI. — IV. NICOLAS DE FLORENCE : ALPHONSE D'ESTE. — V. NICOLAS DE FLORENCE : SAYONAROLE. — VI. GENTILE BELLINI (attribué a) : MAHOMET H. — VII. BERTOLDO : MAHOMET H. — VIII. COSTANZO : MAHOMET H. — IX. ANONYME : COURTISAN DE MAHOMET H. — X. ENZOLA : ALEXANDRE SFORZA. — XI. ENZOLA : CONSTANT SFORZA. MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
--- I. GIOVANNI BENTIVOGLIO. — II. REVERS. — III. GIANFRANCESCO CONZAGA. — IV. REVERS. — V. ANTONIO SARZANELLA. — VI. REVERS. — VII. BARTOLOMMEO PENDAGRA DELLA ROVERE VIII. INCONNU. — IX. LODOVICO CARBONE. — X. JULES CESAR VARANESIS SPERANDIO — MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
--- I. BOLDU: NEOLAS SCHLIPER. — II. BOLDU PAR LUI-MÔME. — III. BOLDU PAR LUI-MÔME. — IV. ET V. BOLDU: FILIPPO MASBRANO. — VI. MATTEO DE PASTI: SIOSSMOND MALATESTA. — VII. ET VIII. MATTEO DE PASTI: ISOTTA DE ROBIN. — IX. MATTEO DE PASTI: LEO BAPTISTA AUBERT. — X. MATTEO DE PASTI: GABRIELIS. — XI. ANONYME : L'EMPEREUR CONSTANTIN. MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus)
I. FILARETE (attribué à) : revers du Néron. --- II. ANONYME, revers de Anouba Bastia. --- V. LE MÉDAILLEUR À L'AIGLE : Philippe Strozzi. --- X. A L'AIGLE : Pietro Macchiavelle. --- VIII. LE MÉDAILLEUR À L'ESPERANCE : Giovanni Tornabuoni. --- IX. ANONYME : Marquis Trivulzio. --- X. GUAZALOTTI (attribué à) : Sixte II. --- XI. ANONYME : Achille Tiberti. --- XII. CRISTOFORIO DA GEREMIA : Alphonse d'Aragon. --- XIII. LE MÉDAILLEUR À LA FORTUNE : Alessandro Vecchietti. --- XIV. MELIOLI : Louis II de Mantoue. --- MÉDAILLES (Collection de M. Gustave Dreyfus) l'Adrien. III. ANONYME : revers de la Faustine. — IV. ANONYME : VI. LE MÉDAILLEUR À L'AIGLE : Maria Mucini. — VII. LE MÉDAILLEUR — IX. ANONYME : marquis Trivulzio. — X. GUAZALOTTI (attribué à) : Sixte II. — XI. ANONYME : Achille Tiberti. — XII. CRISTOFORIO DA GEREMIA : Alphonse d'Aragon. — XIII. LE MÉDAILLEUR À LA FORTUNE : Alessandro Vecchietti. — XIV. MELIOLI : Louis II de Mantoue.

Cet ouvrage, numéro 80 de la collection « Les Arts », présente la collection de médailles et plaquettes de M. Gustave Dreyfus. Il détaille des œuvres de la Renaissance italienne, notamment celles de Vittore Pisanello, ainsi que des pièces d'écoles flamandes et allemandes. Le texte explore l'histoire et l'évolution de la médaille en tant qu'objet d'art indépendant, ainsi que les plaquettes, souvent inspirées de l'antique ou de sujets allégoriques.