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LES ARTS N° 79 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Juillet 1908 REMBRANDT. — PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR LUI-MÊME (Musée royal. — Berlin)
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LES ARTS N° 79 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Juillet 1908 REMBRANDT. — PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR LUI-MÊME (Musée royal. — Berlin)
REMBRANDT. — TOBIE REÇU PAR SON PÈRE AVEUGLE. — Plume et lavis. — (Collection de M. C. Fairfax-Murray) Exposition d'Œuvres de Rembrandt À LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE REMBRANDT. — JUPITER ET ANTOPE Plume et lavis (Collection de M. Walter Gay) L'exposition d'œuvres de Rembrandt, actuellement ouverte à la Bibliothèque Nationale sur l'initiative de M. Henry Marcel, se distingue nettement des expositions qui eurent lieu à Amsterdam, à Leyde et à Londres, ence qu'elle ne renferme aucune peinture du maître et que les eaux-fortes et les dessins y occupent la place d'honneur. C'est la première fois, du reste, que les dessins de Rembrandt sont ainsi réunis dans un même local, à son œuvre gravé, ce qui permet des rapprochements et des comparaisons des plus intéressantes et impossibles jusqu'alors. Nous ne saurions trop en féliciter M. H. Marcel, très bien secondé, comme toujours, par M. Th. Mortreuil. M. François Courboin, conservateur du Cabinet des Estampes, s'était chargé de l'organisation de cette exposition; il l'a fait avec sa science accoutumée, aidé par MM. Bruel et Laran, et nous a, en plus, donné un catalogue, d'une érudition très claire, des eaux-fortes du maître, qu'il connaît comme pas un. Tout a été dit et bien dit sur Rembrandt; l'excellente biographie de notre collègue J. Guibert en est la meilleure preuve; aussi nous bornerons-nous à un examen très rapide des œuvres exposées. L'œuvre gravé de Rembrandt conservé au Cabinet des Estampes de Paris provient, pour la plus grande part, des anciennes collections du marquis de Beringhen et du peintre Peters, et l'on peut dire que c'est un des plus importants et des plus beaux qui soient au monde. Le grand nombre de différents états exposés dans les salles de la rue Vivienne permet aisément d'étudier Rembrandt comme graveur; aucun procédé n'aurait pu mieux convenir que l'eau-forte au génie à la fois prime-sautier et chercheur du grand maître hollandais, la rapidité du travail ainsi que la facilité de retoucher ses planches à la pointe ou au burin, devaient
EXPOSITION D'ŒUVRES DE REMBRANDT A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE lui permettre de suivre aisément son caprice et, par suite, lui plaire tout particulièrement. Pendant longtemps, cer- tains de ses historiens, recueillant une vieille légende, avaient vu, dans les nombreux états de certaines de ses planches, une preuve d'avariice, et Bartsch lui-même, qu'on ne saurait soupçonner de mauvais sentiments à son égard, raconte gra- vement que Rembrandt n'achevait très souvent ses cuivres que fort tard, afin de donner plus de valeur aux premiers états; cela nous paraît très exagéré, et la vie de Rembrandt tout entière, vie de désintéressement s'il en fût, a fait, Dessin à la plume et au lavis (Collection de M. Leon Bonnat) pas tirer lui-même ses planches, aussi les imprimait-il chez lui, avec un soin jaloux, aimant à en varier les états, non Dessin à la plume et au lavis (Collection de M. C. Fairfax-Murray) tant dans un but de lucre que tout simplement afin de serrer de plus près cet idéal qu'il s'efforçait toujours d'atteindre. C'est, du reste, un des principaux attraits de cette œuvre qu'il reflète ainsi admirablement les aspirations successives du maître hollandais; il semble même qu'à défaut de ses peintures il puisse suffire à nous donner une idée exacte de son génie. Le plus grand nombre des eaux-fortes de Rembrandt sont datées et nous permettent de le suivre dans ses transfor- mations. Les premières que nous ayons sont de 1628; Rem- brandt est alors à Leyde, revenu d'un court apprentissage chez Peter Lastmann; il y mène une vie retirée, toute d'in- timité et de travail, choisissant, ainsi qu'il le fera pendant toute sa vie, ses modèles parmi ceux qui l'entourent. Ce qui caractérise ces estampes du début, qui rappellent au reste ses peintures de cette époque, telles le Changeur ou son por- trait du musée de Cassel, c'est leur « fini » extrême, comme par exemple dans les deux portraits de sa mère: l'un où elle est coiffée d'une simple cornette, l'autre dit « au châle noir » et daté de 1631. Dans ce dernier, la vieille femme, assise dans un fauteuil auprès d'une table ronde, simple- ment vêtue d'un grand châle noir qui fait ressortir la depuis longtemps, justice de cette assertion fantaisiste. Rembrandt aimait trop son métier de graveur pour ne
LES ARTS pâleur du visage ridé et fatigué, est d'une belle expression recueillie. Rembrandt n'abandonna pas cette manière très poussée lors de son installation dans la maison de la Breedstraat, à Amsterdam, et la grande Mariée juive, où il nous peint amoureusement les traits de Saskia, dénote le même souci d'exécution scrupuleux, ce qui, du reste, n'ôte rien à la vérité ni à l'expression, ainsi qu'on peut s'en rendre compte dans toute une série d'eaux-fortes aux sujets empruntés à l'Ancien ou au Nouveau Testament, comme les Docteurs de la Loi, la Petite Circoncision (1630) et l'Annonciation aux Bergers (1634), d'un style et d'une facture analogues. Cette Annonciation aux Bergers, d'assez grandes dimensions, résume fort bien, quoiqu'elle ait certainement été faite pour le commerce, la manière de Rembrandt à cette époque. Nous ne chercherons pas à exprimer, après tant d'autres, le pathétique de cette scène, l'effarement des bergers devant l'apparition lumineuse de l'ange, et toute cette création magnifique de Rembrandt; nous voudrions seulement attirer l'attention sur le travail considérable du graveur dans cette planche, sur le nombre étonnant des tailles, sur cette façon extrêmement finie et précieuse qui ira peu à peu en s'élargissant et finira par être remplacée par une exécution très large aux tailles beaucoup plus espacées. Cette tendance apparaît déjà dans la Présentation au Temple (1639), d'une composition si heureuse, et devient caractéristique à partir de 1640 environ, par exemple dans la très belle Vierge de douleur (1640), le Baptême de l'Eunuque (1641) et le Portrait d'Anslo, daté de la même année. Mais cette transformation est surtout visible dans la très belle série des paysages qui commence à cette époque. Rembrandt vient de perdre Saskia, et il semble que, dans son désir de solitude, il ait été particulièrement attiré vers cette nature qu'il devait rendre avec tant de bonheur; n'est-ce pas aussi l'époque de cette Ronde de nuit qui marque un si grand changement dans sa manière de peindre? Toujours est-il que ses premiers paysages gravés sont parmi les plus beaux que l'on connaisse : les Trois Arbres (1643), d'une si grande poésie, la Vue d'Omyal ou encore le Pont de Six, datés également de 1645, d'un métier si vigoureux et si large, sont bien loin déjà des eaux-fortes de Leyde ainsi que le portrait de Cornélius Sylvius (1646), et surtout celui d'Ephraim Bonus, daté de 1647 et très largement enlevé. Le très curieux portrait où il s'est représenté assis coiffé d'un grand chapeau, en train de dessiner, d'un travail très nerveux, dénote une facilité et une liberté vraiment étonnantes; enfin, la célèbre estampe, dite la Pièce aux cent florins, complète magnifiquement cette évolution et peut, pour ainsi dire, marquer l'apogée de cette carrière merveilleuse. Sans parler ici de la grandeur de la scène, de la poésie intense qui s'en dégage, de la noblesse pleine de bonté du Christ, non plus que de l'antithèse si curieuse du groupe des pharisiens moqueurs et de celui des pauvres gens à l'attitude pleine de foi et de respect, nous ne pouvons nous empêcher d'admirer cette habileté de métier surprenante, cette maîtrise incomparable, qui lui ont permis de détacher, en les traitant si largement, ces quelques personnages du premier plan, à peine indiqués sur un fond plus sombre, dont certaines parties, encore très pous- REMBRANDT. — LE CHRIST A EMMAUS Dessin à la plume et au lavis (Collection de M. Walter Gay)
EXPOSITION D'ŒUVRES DE REMBRANDT A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE sées, ont de merveilleux et de moelleux noirs. La très belle gravure où il nous montre le Vieux Tobie aveugle, marchant à tâtons dans sa maison, le Triomphe de Mardochée (1651), les Disciples d'Emmaüs (1654), la Présentation au Temple, en hauteur, esquisses à grands traits, aux indications puissantes mais parfois très sommaires, marquent la dernière étape de cette transformation dans la manière de l'artiste. Désormais les eaux-fortes de Rembrandt, en pleine possession de son talent, se rapprocheront de plus en plus de ses croquis à la plume, et cela est frappant même dans les portraits, forcément plus poussés et plus finis, tels que ceux du vieil Haaring, Dessin à la plume et au lavis rehaussé de sanguine (Collection de M. Leon Bonnat) si naturel et si vivant, de l'orfèvre Jean Lutma, et surtout celui du grand Coppenol, d'un métier vraiment tout différent de ses premiers portraits. S'il est vrai que les eaux-fortes de Rembrandt reflètent admirablement ses sentiments, que dirons-nous de ces dessins où, journellement, il notait ses impressions les plus diverses et qui nous ont conservé, plus fidèlement encore, la meilleure partie de lui-même ? De Piles, dans son Abrégé de la Vie des Peintres (1699), lui reprochait de n'avoir ni la correction du dessin ni le goût de l'antique ! — « Il disait, ajoute-t-il plus bas, que son but n'était que l'imitation de la nature vivante, ne faisant consister cette nature que Dessin à la plume et au lavis rehaussé de pierre noire (Collection de M. C. Fairfax-Murray)
LES ARTS --- dans les choses créées telles qu'elles se voient. Il avait de vieilles armures, de vieux instruments, de vieux ajustements de tête et quantité de vieilles étoffes ouvragées, et il disait que c'était là ses antiques. » De Piles, qui avait recueilli en Hollande un grand nombre de dessins de Rembrandt, les connaissait fort bien, et son jugement est l'autant plus intéressant: qu'il est tout imprégné de l'esprit alors à la mode dans le monde de l'Académie; il constitue en effet, bien que n'étant pas un compliment dans la pensée de son auteur, le plus bel éloge que l'on puisse faire des dessins de Rembrandt. P.-J. Mariette, dans la description des dessins du cabinet Crozat en 1741, renouvelle pour ainsi dire ces observations de de Piles. « Il s'en faut beaucoup, dit-il, que ce maître ait connu la justesse des proportions ni la noblesse des expressions, il ne s'attachait qu'à l'effet des clairs-obscurs; ce n'est cependant pas ce qu'il paraît avoir le plus recherché dans ses dessins, il y retourne le même sujet d'une infinité de façons différentes, toutes plus bizarres les unes que les autres; voilà ce qui semble avoir été son principal objet. » Ce jugement, sous la plume de deux amateurs autorisés, imbus l'un et l'autre des préjugés de leur temps, est intéressant à noter, puisqu'il montre que, dès le XVIIe siècle, des contemporains du maître, et, plus tard, les amateurs du XVIIIe siècle, sans partager les goûts de Rembrandt, avaient dû rendre justice à son amour de la vérité et y avaient vu la caractéristique et la qualité maîtresse de ses dessins. Voyez, par exemple, l'Enfant au berceau, l'Homme donnant à manger à un enfant, Dessin à la plume (Collection de M. Léon Bonnat) Dessin à la plume et au lavis (Collection de M. Henri Pereire)
EXPOSITION D'ŒUVRES DE REMBRANDT A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE REMBRANDT. — ESTHER, ASSUERUS ET MARDOCHÉE Dessin à la plume et au lavis (Collection de M. Léon Bonnat) ou bien le beau dessin de femme nue de la collection Heseltine ; l'Etudiant de Lerde (col. Bonnat), la Femme supplicée (col. Mathey), le Portrait d'Anslo (col. E. de Rothschild), ou bien encore le délicieux croquis de femme couchée (col. F. Murray), est-il possible de rien exprimer avec une exactitude plus scrupuleuse et plus charmante ? Non, certes, il ne se piquait nullement de faire des figures à la romaine comme Poussin, ce qu'il désirait surtout c'était de faire vrai, et ce souci de vérité poussé à l'extrême nous le retrouvons, non seulement dans les personnages dessinés isolément, mais aussi et surtout dans les scènes plus importantes où nous sommes frappés tout autant par la justesse des expressions individuelles que par la façon de placer les REMBRANDT. — REMBRANDT DESSINANT Eau-forte personnages, de faire concorder leurs gestes, en un mot de les faire participer à l'action commune. Et c'est cela sans doute qui donna tant de vie et de force aux esquisses que nous admirons en ce moment rue Vivienne, entre autres celle qui représente les Travailleurs de la vigne, petite scène très simple et cependant très vécue, qui appartient à M. Fairfax-Murray, sensation que nous retrouvons du reste devant de petits croquis où, en quelques traits de plume, Rembrandt a su évoquer toute une scène de l'Ancien ou du Nouveau Testament, tel ce charmant dessin de Joseph interprétant les songes des officiers de Pharaon, aussi à M. Fairfax-Murray. Peu de peintres religieux ont su exprimer avec autant de réalisme et de grandeur que Rembrandt; dans ces
LES ARTS croquis largement lavés, la beauté et la poésie de certains épisodes de la Vie du Christ. Voyez, par exemple, la Sainte Famille (col. Heseltine); la Pêche miraculeuse (col. W. Gay), au Christ empreint d'une telle majesté; le Christ moqué (col. Bonnat), où il a si bien exprimé, en quelques traits, toute l'angoisse de ce supplice douloureux; le Christ présenté au peuple (col. Hofstede de Groot); ou bien encore la très belle Adoration des bergers, de la collection Heseltine.Cet effet, ainsi que la couleur très belle de certains de ses dessins, Rembrandt l'obtient par les moyens les plus simples, et surtout par la distribution merveilleuse de cette lumière, comme étouffée, qui lui est si particulière et qui donne un tel charme au moindre de ses croquis; cette lumière, qui est surtout à remarquer dans le Tobie reçu par son père aveugle (col. F. Murray), petite scène étonnante de mise en place d'intérieur et d'éclairage; ainsi que dans deux croquis de la collection Bonnat, les Femmes auprès d'une porte et l'Escalaier, d'une si réelle profondeur, et dans le Dessinateur à sa fenêtre, de M. Moreau-Nélaton. Mais, là peut-être où Rembrandt a mis le plus de poésie, c'est dans sa série de paysages, dont certains sont d'une ampleur et d'une beauté difficiles à exprimer, tels le Soir d'orage (col. Heseltine), ceux de MM.Murray,Hofstede de Groot, Walter Gay, et surtout celui de M.Pereire, que nous reproduisons ici,magnifique évocation de la Hollande par «le plus poète de tous ses peintres avec Ruysdael», comme l'a si justement dit Fromentin. La place nous fait défaut pour parler d'autres dessins de Rembrandt, car ce serait une tâche considérable, tant à cause de la variété des sujets abordés par le maître qu'à cause du nombre même de ces croquis, dont près de trois cents sont actuellement exposés rue Vivienne. Il semble, en effet, que Rembrandt ait dû passer tout une partie de son existence si laborieuse à noter ses impressions les plus diverses ; nous sentons qu'il devait confier à ces feuilles de papier ses rêveries ou ses recherches et ne devait être heureux que lorsque, grâce à sa plume ou à son crayon, il avait pu réaliser ses pensées. Aussi est-ce tout un monde que ces dessins qui nous ont conservé le souvenir de sa vie familiale ou de ses projets, véritables mémoires de celui à qui, s'il eût vécu plus âgé, on aurait pu donner le titre revendiqué par Hokusai, de «vieillard fou de dessin». De tout temps, les dessins de Rembrandt ont été très recherchés des collectionneurs. Au XVIIIe siècle, ce sont des amateurs célèbres, les Crozat, Quentin de Lorengère, Coypel, Jacob de Wit, duc de Tallard, de Neyman, d'Huquier, d'Argenville, prince de Conti, Watelet ; au XIXe siècle, Naigeon, Robert Dumesnil, Reiset, comte Andréossy, Le Blanc, de Janzé, Galichon, Ambroise Firmin-Didot, Jean Gigoux, pour n'en citer que quelques-uns, qui réunirent le plus grand nombre de ces dessins déjà jalousement convoités. Nous ne saurions jamais assez remercier leurs successeurs, MM. Léon Bonnat, Fairfax-Murray,Fauchier-Delavigne, François Flameng, Walter Gay, Ch. Haviland, J.-P. Heseltine, C. Hofstede de Groot, J. Masson, P. Mathey, E. Moreau-Nélaton, H. Pereire, E. de Rothschild, P. Thureau-Dangin, Tuffier, Henri Vever, E. Wauters, d'avoir bien voulu se séparer momentanément de leurs dessins, à la grande joie des amateurs. P.-ANDRÉ LEMOISNE. REMBRANDT. — LES TRAVAILLEURS DE LA VIGNE Dessin à la plume et au lavis (Collection de M. C. Fairfax-Murray) REMBRANDT. — LA RÉPUDIATION D'AGAR Dessin à la plume rehaussé de blanc (Collection de M. Léon Bonnat)
PIERRE-P. RUBENS. — SON PORTRAIT ET CELUI DE VAN DYCK (Collection de M. le baron de Schlichting)
L'ŒUVRE DE GASTON LA TOUCHE Exposition en 1908 G. LA TOUCHE. — QUARANTE À L’HEURE (Les Singeries) --- OTRE époque atteste un goût filial et charmant pour les délicates et voluptueuses élégances du XVIIIe siècle; il n’est point d’amateur, de collectionneur avisé qui ne tienne à s’entourer de ces peintures, légères en tous sens du mot, de ces groupes de marbre ou de terre cuite d’un mouvement si finement gracieux, de ces meubles, de ces étoffes que sut élire avec sûreté un temps où, paraît-il, il fit si bon vivre. Il y a quelques semaines, on réunissait, pour l’émerveillement de nos yeux, cent pastels de La Tour et de Perronneau; les dramaturges s’engouent de Laclos et de Crébillon le fils. Nul de ceux qui comprennent, et, ce qui est plus intime, qui sentent, l’art et la vie du siècle de Madame de Pompadour, de Fragonard et de Marivaux, ne les aura aimés d’une passion plus tendre que Gaston La Touche. Mais ce charmeur, ce magicien se garderait bien de manifester sa dévotion en pastichant des Pater, des Boucher ou des Chardin. Ah! que non pas! Le mérite essentiel pour un artiste étant de rester soi, et d’être moderniste en s’attaquant à la tradition de sa race, La Touche a su demeurer, tout en adorant ses maîtres, un artiste et un homme d’aujourd’hui. Il allie à ses rêves, sinon à ses regrets d’une époque de charme alangui, les aspirations d’un Français du XXe siècle. Et lorsqu’il nous retrace, d’un pinceau singulièrement alerte, le Retour de Cythère, ce sont, parmi les frondaisons rousses, les quinconces, les boulingrins, les charmilles et les bocages, de délicieuses filles d’aujourd’hui, des Colombines et des Pierrettes nées à Paris, que sa fantaisie capiteuse y mène errer, chanter et se dévêtir. Des berlines, certes, des chaises de poste, des chaises à porteurs rehaussées de vernismartin, mais aussi des automobiles à peine stylisées! Et qu’importe ce mélange! Nous ne demandons point à un artiste de restituer la vérité historique, mais de nous dire la vérité psychologique et humaine. Gaston La Touche est donc l’héritier libre et respectueux de François Boucher, d’Hubert Robert et du simple et doux bonhomme Chardin. Il chante, comme Boucher, comme Frago, comme Clodion, l’amour le plus loyalement audacieux. Point de platonisme pâlot et falot, point de fallacieuse amitié, de tendresses extatiques, mystiques et préraphaélites qui n’osent. La passion nue, l’hymne ardent à la toute-puissante Volupté. Les amants, guidés par le malicieux Éros qui s’est déguisé, tel jadis le dieu souverain de l’Olympe, — en petit singe sautillant et curieux, s’enfoncent, les mains nouées, les lèvres jointes, au creux des forêts ombrues, propices aux étreintes. Là, des Nymphes, au corps souple et serpentin, se baignent dans des lacs de moire frissonnante, parmi les cygnes aux arabesques de molles blancheurs et les gentils petits canards au col de velours vert bleuté. Ce sont des Fêtes Galantes bien champêtres, des soupers sous bois, de lentes promenades en des barques pavoiées de girandoles et d’oriflammes, et des mélodies et des baisers; les gondoles glissent dans la nuit, et les jets d’eau « sveltes parmi les marbres », s’irisent mystérieusement des lueurs de feux
L'OEUVRE DE GASTON LA TOUCHE G. LA TOUCHE. — LE MATIN OU LE BAIN LA BELLE JOURNÉE

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente une exposition d'œuvres de Rembrandt à la Bibliothèque Nationale. L'article détaille l'évolution de son œuvre gravé, des premières estampes de Leyde aux paysages et portraits plus tardifs, ainsi que l'analyse de ses dessins. Il met en lumière la maîtrise de Rembrandt dans le rendu des expressions et des scènes, comparant ses gravures et dessins à ses peintures. Le numéro aborde également la collection de dentelles de M. Alfred Lescure, décrivant différents types de dentelles aux fuseaux comme les Valenciennes et les Binche, et retraçant leur histoire et leur fabrication.