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LES ARTS N° 60 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Décembre 1906 J. HOPPNER. — LADY CAROLINE LAMB (Collection du comte Spencer)
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LES ARTS N° 60 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Décembre 1906 J. HOPPNER. — LADY CAROLINE LAMB (Collection du comte Spencer)
COLLECTION DU COMTE SPENCER A ALTHORP HOUSE C'est une des plus belles galeries d'Angleterre. En France, plutôt connue par oui-dire, elle est justement célèbre dans le Royaume-Uni, où sa réputation, déjà très lointaine, apparaît comme la conséquence naturelle d'un développement fastueux et lent. Cette collection, quelques exceptions négligées dès l'abord, se compose uniquement de toiles anciennes, portraits pour la plupart, signés des grands artistes, œuvres souvent fameuses, qu'à partir du règne d'Élisabeth, les Sunderland, les Marlborough et les Spencer eurent successivement le goût de réunir et de conserver : d'où la rare impression d'un ensemble harmonieux, souverainement distingué, qu'une disposition très simple, presque familière, contribue à mettre en définitive valeur. Pour voir la collection de Lord Spencer, il faut se rendre au château d'Althorp, en pleine campagne, près de Northampton; mais, dans son isolement, elle vaut tout un monde. Elle ne contient pas moins de cinq Rembrandt, quatorze Van Dyck, onze Lely, dix-neuf Reynolds. Nous ne citons que les plus représentés parmi les maîtres; et, sensation très particulière à l'Italie, à la Hollande, nouvelle ici, le contraste entre tant d'œuvres d'art et la nature même se perçoit à peine; la première salle visitée, une pièce oblongue, contient exclusivement des peintres anglais; si bien que le parc d'alentour, avec ses vastes pelouses, ses arbres baignés d'une douce et blonde lumière, se continue, et, sans notable différence, se transpose dans les toiles où, discrètes et charmantes, comme au temps passé, sourient les jeunes châtelaines qu'Althorp-House a connues. Reynolds était un familier des Spencer: cette intimité doit expliquer l'importance et le nombre des œuvres par lui laissées, en précieux souvenir, à cette famille dont se réclamait déjà le prodigieux auteur de la « Fairy Queen. » (Ræburn a recopié lui-même une vieille physionomie du poète d'après l'original de Dupplin Castle.) — Successivement, G. Stretes, Mark Gherardt, Van Dyck furent en rapport avec John Spencer, auquel Henry VIII donna la terre d'Althorp; avec son fils, l'ambassadeur et premier baron Spencer, hôte de la reine Henriette; avec William enfin, deuxième baron Spencer, mari de l'aimable Pénélope et parent de la belle Rachel de Ravigny, comtesse de Southampton. Henry Spencer, mort à la bataille de Newbury, reçut le titre de comte de Sunderland: amateur délicat, il réunit les œuvres qui constituent l'élément, le principe de la collection actuelle; par deux fois il commanda lui-même à Van Dyck le portrait de sa femme Dorothée Sydney. Son fils Robert, ambassadeur à Madrid et à Paris, l'ami du chroniqueur John Evelyn, au cours de ses voyages, achetapersonnellementdenombreuses toiles. Les deux premiers Sunderland sont donc, à juste titre, regardés comme les fondateurs de la galerie qui longtemps porta leur nom, et dont les richesses furent encore notablement augmentées, vers la fin du XVIIe siècle, par le REMBRANDT VAN RYN. — ÉTUDE DE FEMME (Collection du comte Spencer)
COLLECTION DU COMTE SPENCER REMBRANDT VAN RYN. — PORTRAIT DE LA MÈRE DE L'ARTISTE (Collection du comte Spencer)
LES ARTS mariage de Charles de Sunderland avec Anne Churchill, fille et l'une des héritières du duc de Marlborough. Ainsi s'explique la formation de la collection Spencer; mais telle la galerie de Grosvenor-House, elle a les défauts de ses qualités dominantes; les dernières périodes de l'art n'y sont pas représentées: lacune évidente, au reste largement compensée par les œuvres incomparables, les toiles de premier ordre qu'on y rencontre et par des spécimens Photo Hoffstengl. REMBRANDT VAN RYN. — GUILLAUME, PRINCE D’ORANGE (plus tard Guillaume III), inacheyé (Collection du comte Spencer)
COLLECTION DU COMTE SPENCER ANTONIO MORO (attribué à). — PORTRAIT DE L'AUTEUR (Collection du comte Spencer)
LES ARTS --- vraiment uniques, dont quelques musées seuls peuvent donner l'équivalent. Parmi les tableaux les plus anciens, il sied de signaler d'abord deux petits panneaux très serrés de F. Janet : un François II et une Marie Stuart, peints vers 1558, malheureusement piqués en maint endroit, au demeurant très délicats, dans la manière limpide et légère, habituelle au maître; signée, une Diane de Poitiers semble néanmoins contestable. Tels aussi Calvin et Son Portrait par lui-même, d'Hans Holbein : Henry VIII, vêtu de gris et blanc, avec une sorte de surplus galonné d'or, offre au contraire de sérieuses chances d'authenticité. Les qualités de dessin et de facture se trouvent plus accentuées encore dans un remarquable portrait de femme qui fut longtemps attribué, à tort, au maitre d'Augsbourg, et dont Nicolas Neufchatel, dit Luscidel, l'artiste belge établi à Nurnberg, peut être considéré comme l'auteur certain. En observant attentivement les détails de la coiffure et des vêtements, on ne saurait y voir Mary, la fille de Henry VIII; c'est vraisemblablement une Allemande, princesse ou noble dame, au nom inconnu; l'inscription sur une médaille de « Botz-Ætatis XXV » (pour Botzingen) ne peut même laisser aucun doute. Les satins rouge cerise du corsage à grands empiécements de velours, les blancs des manches et du béguin ailé brodé d'or, les notes dorées de la ferronnière et des bijoux sont étonnamment justes de valeurs et de tons, donnant à l'œuvre un caractère de simplicité que soulignent l'expression grave, volontaire, de la physionomie et l'adroit abandon des longues mains croisées, surchargées de bagues. Il nous paraît naturel de ranger la Femme à l'Oratoire dans la catégorie de ces œuvres anciennes, que, depuis un certain nombre d'années, la critique, faute de renseignements plus précis, attribue provisoirement au « Maitre des demi-figures ». Le style italienisant, le choix des personnages (dont la physionomie régulière et l'ondulante chevelure retenue dans un serre-tête brodé, les costumes en velours sombre ou grenat se retrouvent à Bruxelles, par exemple), la précision dans les ornements et l'uniformité de métier, donnent généralement à ces toiles un air de parenté qui révèle, selon toute évidence, une provenance commune : quelque peintre, semble-t-il, dans la manière de Van Orley. Malheureusement non reproduites ici, la Marguerite de France, duchesse de Berry (1547) et la Femme noble au brillant corsage sont, nous le pensons, deux Corneille de Lyon : dégagée de toute influence, leur facture manque un peu de l'esprit de Janet ; leur harmonie, par contre, revêt des consonances que l'on ne découvre point ailleurs : le vert olivâtre du fond, la tranquillité mou- A. VAN DYCK. — DÉDALE ET ICARE (Collection du comte Spencer)
COLLECTION DU COMTE SPENCER F. POURBUS, LE JEUNE. — HENRI DE LORRAINE, DUC DE GUISE (LE BALAFRÉ) (Collection du comte Spencer)
LES ARTS tonnière des visages et la pa- rure compliquée des vêtements suffisent à les caractériser. Deux tableaux d'Antonio Moro sont des œuvres de haute qualité ; ils n'égalent pas le tragique du d'Albe, de Bruxelles, ni l'inoubliable virago royale à bandeaux plats, de Madrid, mais offrent néanmoins des mérites incon- testables. Le premier, Philippe II d'Espagne, peint sur bois, en pourpoint noir à crevés blancs, ceinturé de cuir, l'épée au côté. Tout en- tier le roi revit, dans sa gau- cherie native, son dédain, sa dignité froide et sombre, son tenace illuminisme, offrant une grande ressemblance avec l'autre effigie du maître que possède la collection De- vonshire. Le second, Moro lui-même, très vraisembla- blement, une chaîne d'or au- tour du cou; personnage de haute allure, pensif, l'œil aigu, admirablement pro- fond, l'œil d'un homme qui réfléchit, comprend devant les autres, et parvient à saisir au pli d'une lèvre, sous un regard, les traits essentiels d'une personnalité. On peut en rapprocher le portrait de Henri de Guise, par François Pourbus, peint vers 1575, avant le combat du Port-à- Binson. Tout en noir, disgra- cieux, la tête un peu petite, sur un fond rouge largement traité, son chien près de lui, il se détache avec sa physio- nomie nerveuse, dure, presque violente, baigné dans une tonalité sombre, inquiétante. Cette belle toile fut achetée à la dernière vente Quintin- Cranfurd, à Paris. Les Arts ont reproduit, en 1903 (n° 24), à propos de l'exposition de la Haye, la belle figure d'homme de Frans Hals; M. W. Martin faisait justement remarquer, dans Photo Rundströmyl. A. VAN DYCK. — P.-P. RUBENS Collection du comte Spencer
COLLECTION DU COMTE SPENCER FRANS HALS. — PORTRAIT PRÉSUMÉ DE L'ARTISTE (Collection du comte Spencer)
LES ARTS son article, que cette toile ne pouvait pas représenter l'amiral Ruyter. Il suffit de se rappeler le seul portrait d'Amsterdam pour avoir la conviction arrêtée que le personnage n'est pas non plus Frans Hals, mais plutôt quelque solide et truculent compagnon de taverne, un ami. La toile est superbement habile et libre, facile aussi; sur le fond obscur, les puissants modelés de la tête et des mains, les blancs de la collerette, de la chemise et des poignets, les noirs du pour-point à grands crevés, résonnent en accords magnifiques; cette œuvre vaut les plus beaux tableaux de Harlem. Un autre portrait d'homme de l'artiste fait partie de la collection Spencer; c'est probablement le peintre lui-même, mais déjà marqué, vieilli : harmonie en rouge, un peu froide et brutale, superficielle comme beaucoup de Frans Hals du reste. S'irradiant dans une tout autre lumière, chaude et d'or profond, le chef-d'œuvre peut-être de la galerie, la noble figure que Rembrandt peignit d'après Sa Mère. C'est une vieille femme assise devant une draperie vert neutre; elle est vêtue de noir, très simplement, et ses cheveux blancs sont en partie recouverts d'une mante brodée. L'impression est plus forte que devant le tableau de Vienne, moins triste qu'à l'Ermitage: les yeux perdus, l'aïeule songe, calme et reposée, et d'elle, à travers la mystérieuse clarté, se dégage, traduite par un fils aimant, l'infinie mélancolie des souvenirs et des pensées, l'isolement étrange de l'âme qui, brisée par la vie, écoute, vers l'ombre, la lente et silencieuse approche de la mort. De Rembrandt encore, le charmant portrait inachevé de Guillaume, prince d'Orange, tout enfant, frais, tendre, limpide et blond, curieusement inspiré d'un tableau d'Holbein; une Jeune Femme offrant des cerises, grande étude lumineuse, un peu gauche, qui rappelle la Saskia du musée de Cassel; la Circoncision, pochade vibrante et dorée; Son Portrait, enfin, par lui-même; puissant et riche ensemble d'où P. LEly. — BARBARA, DUCHESS DE CLEVELAND (Collection du conte Spencer)
A. VAN DYCK. — GEORGE DIGBY, 2e COMTE DE BRISTOL, ET WILLIAM COMTE (plus tard) DUC DE BEDFORD La Paix et la Guerre (Collection du comte Spencer)

Cet ouvrage, numéro 60 de la collection « Les Arts », présente la collection d'art du comte Spencer, principalement composée de portraits de maîtres anciens tels que Rembrandt, Van Dyck et Reynolds. Il détaille la formation de cette collection au fil des générations et met en lumière des œuvres spécifiques, incluant des peintures flamandes, allemandes et françaises. Une section aborde également l'art des crèches napolitaines et siciliennes, décrivant leur composition et leur réalisme.