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LES ARTS N° 57 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Septembre 1906 REGNAULT. — MADAME ARNAULT Don de Madame Napoléon Arnault (Musée de Versailles)

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SALLE DES ESQUISSES DE GÉRARD. — Ci-devant exposées salle 172 AU MUSÉE DE VERSAILLES (1) GIRODET TRIOSON. — BONAPARTE, PREMIER CONSUL (Esquisse) Proviennent des Magasins (Musée de Versailles) Nul ne saurait douter que le Conseil supérieur des musées a été consulté et s'est prononcé sur l'organisation nouvelle à donner aux Galeries historiques de Versailles et qu'un décret a approuvé ses propositions. Il n'appartient qu'à la plus haute des autorités constitutionnelles de décréter que telle affectation traditionnelle et légale sera changée et que, brusquement, on cessera d'exposer dans les salles d'un musée national les tableaux ou les statues acquis aux dépens du public, légués ou donnés sous une clause acceptée par l'État. S'il convenait au conservateur du Luxembourg d'éliminer quiconque n'est pas impressionniste, sous prétexte que telle est sa formule d'art; s'il convenait au conservateur des peintures au Louvre de destituer l'École espagnole et de la reléguer dans les combles en déclarant que, le chocolat espagnol ayant mauvais goût, l'art espagnol est négligeable, on ne manquerait pas de s'en étonner. Sans doute assiste-t-on déjà à de bien étranges fantaisies, mais elles ne vont pas jusqu'à changer du tout au tout le caractère et la destination d'un musée national, à supprimer radicalement l'objet pour lequel il a été formé et à y substituer un objet exactement contraire. Sûrement, le Conseil supérieur des musées, l'Administration des Beaux-Arts, les divers ministres de l'Instruc- (1) Voir les Arts, no 55.

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AU MUSÉE DE VERSAILLES tion publique et leurs sous-secrétaires d'État, le Président de la République et les deux Chambres ont provoqué l'abrogation des ordonnances royales par qui le Palais de Versailles fut affecté à un musée historique. On a si fort en France le respect de la légalité et les conservateurs des musées en particulier poussent si loin le scrupule en pareille matière que ce serait leur faire injure d'insinuer ou même d'imager qu'une telle révolution a pu être accomplie sans que la filière administrative ait tout entière été suivie et que, dans l'instruction, tous les pouvoirs compétents aient été consultés. Par suite, il n'est rien ici qui puisse, si légèrement que ce soit, effleurer la personnalité du conservateur du musée, homme très savant, très aimable, très avisé, qui est l'ami de cette maison et qui depuis vingt ans y a publié des livres dont le succès égale le mérite. Il n'est pas seulement l'historien de Louis XV et de Madame de Pompadour, de Marie Leczinska et de Marie-Antoinette, le poète charmant des sensations de France et d'Italie; il est l'un des humanistes qui honorent le mieux l'éradition française; ses travaux sur Érasme valent ses travaux sur Pétrarque; son cours à l'École des Hautes Études fut un de ceux d'où sortit le meilleur enseignement et, comme critique d'art, on lui doit, sur Nattier et bientôt sur Fragonard, des monographies que l'agrément du style, la sûreté des informations, l'abondance des renseignements nouveaux, l'ingéniosité de la critique placent au premier rang. Dans ce palais de Versailles, dont il sait merveilleusement l'histoire royale, il exécute le mieux du monde, avec l'intelligence et le goût qu'il porte à tout ce qu'il fait, les instructions qu'il a reçues: il n'est point responsable de ces ordres, ni de ces consignes, mais l'Administration seule. Il est vrai que celle-ci n'a point jugé à propos de mettre au jour l'acte (arrêté, loi, décret) en vertu duquel agit le conservateur, mais quoique inédit, cet acte existe, nul ne peut le mettre en doute et rien ne sera plus aisé que de le faire sortir du dossier — plus ou moins secret — où il dort depuis quelques années. Prenons donc les choses comme elles se présentent, sans approfondir en vertu de quel règlement nouveau elles sont ainsi et tâchons, à défaut d'un plan dont on nous ait fait part ou d'un catalogue qui nous serve de guide, de rechercher à quelles directions on obéit. Dès l'entrée, dans les anciennes galeries, au rez-de-chaussée, on trouve la maison transformée. Les maréchaux, les connétables, les amiraux ont vidé la place. Il n'est plus question de ces militaires, dont Louis-Philippe avait cru réunir les portraits à jamais, pour servir d'enseignement à la populace et montrer à chaque pioupiou quels collègues il trouverait lorsqu'il aurait tiré son baton de maré- VINCENT. — A.-V. ARNAULT Don de Madame Napoléon Arnault (Musée de Versailles)

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LES ARTS chal de sa giberne. Où sont-ils partis? Vers quelle terre hospitalière les conduisent les gens de mer? Une sorte de militarisme peut être encore de mode aux colonies, au centre Afrique ou à l'extrême Asie, là où l'on engage des Français à se faire tuer pour libérer les nègres. A-t-on déporté ces guerriers vers les musées du lac Tchad ou les dioramas de Saigon? En tout cas, ils ne reviendront pas, voilà qui est sûr. Sur les boiseries où ils se prélassaient on a tendu des toiles blanches, certaines jaunes. Et, ça et là, on a espacé pour l'agrément des yeux de fort jolies personnes qui doivent inspirer la gaieté et donner du goût à vivre. Certaines furent peu exemplaires en leur vie, leurs mœurs, leur façon de comprendre qu'il y avait une France. Mais peu importe qui elles furent et quels enseignements elles apportent; on n'a affaire que de leurs frimousses et de la façon dont elles sont peintes. On a choisi les toiles qu'on a estimées les meilleures entre celles que possédait le musée on leur a fait un agréable parti en les isolant sur les panneaux, en sorte que si les pièces étaient tendues de soies assourdies, qu'elles fussent fournies de meubles insignes, et qu'elles eussent moins l'air de tenir à un appartement à louer dans une maison en construction, elles pourraient avoir presque l'air de salons inhabités. Telles quelles, elles sont un tantinet funèbres. Elles ne sont plus des salles de musée, elles ne sont pas les chambres d'un palais; c'est le plus étonnant mélange de luxe royal et de misère républicaine. Des tableaux qu'on a disposés sur ces tentures indigentes, plusieurs sont fort beaux et l'on voit tout de suite qu'une préoccupation d'art a guidé fort intelligemment celui qui les a choisis. Il les a présentés dans le meilleur jour, il les a entourés de bordures dont quelques-unes presque somptueuses. Il a pris à tâche de constituer une série de peintures originales qui eussent un agrément, et qui répondissent aux préoccupations actuelles de la mode. Il y a parfaitement réussi et a recueilli d'unanimes applaudissements. Versailles est donc devenu, au moins dans les Salles des Maréchaux, un musée artistique et non plus historique, où sont admises seulement les représentations, soit des personnages, soit des événements, exécutées par des peintres qui en furent contemporains. L'on serait tenté de penser que cette formule fort digne d'un esprit critique et désireux de vérité historique est celle qui a présidé à la nouvelle organisation. Par malheur, elle anéantit le musée de Versailles. Il n'y reste plus rien, hormis les portraits — et encore faut-il être certain qu'on les assimilera, encore faut-il admettre que tous ceux qu'on exposera soient authentiques : mais, quant aux tableaux composés, pourquoi plutôt ceux qui sont exécutés par des contemporains que ceux exécutés un ou deux siècles plus tard ? Il n'est pas un peintre qui, chargé de peindre un fait d'armes, n'ait arrangé son sujet; il n'en est pas un qui ne se soit proposé avant tout de le rendre intéressant en groupant les personnages principaux, en leur ROBERT-LEFEBVRE, — VIVANT DENON Ci-devant exposé sous le no 1692. Salle no 85 (Musée de Versailles)

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BENVENUTI. — ELISA, GRANDE-DUCHESSE DE TOSCANE, AU MILIEU DE SA COUR Proviennent des Magasins (Musee de Versailles)

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LES ARTS donnant des mouvements, des attitudes, au besoin des costumes de convention, en leur prêtant la figure dynastique qu'ils souhaitaient avoir. Le tableau d'histoire est la synthèse d'un événement, d'une période, parfois d'un règne; il n'a pas, il ne saurait avoir une vérité documentaire. De plus, que devient à ce compte l'histoire même ? La France commence-t-elle aux Valois-Angoulême ? — encore quelle pauvre idée on prendrait des Valois? Et par quoi trouverait-on représentés leurs règnes? Pour Henri IV et Marie de Médicis, on peut bien dire que, intérêt artistique à part, Rubens vaut Alaux pour la vérité documentaire, moins peut-être. De Louis XIV on a les tableaux qu'il fit peindre à sa gloire. — Faut-il les prendre pour comptant? — Est-on bien sûr que là, sur le champ de bataille, Martin ou Van der Meulen aient croqué les combattants? Pour gouacher les guerres d'Amérique, Van Blarenberghe a-t-il passé les mers? Et si, durant ses campagnes, l'Empereur se faisait suivre par des peintres, leurs dessins sauf un très petit nombre, rattrapés par grand hasard, ne sont pas dans les musées; ce qu'on y voitce sont des tableaux exécutés après coup, sans aucune intention de présenter les faits comme ils se sont passés, mais avec le goût bien arrêté d'en dégager la moralité, d'en tirer la leçon,d'en faire sortir de la gloire. Les salles des rez-de-chaussée ne sont pas les seules à savoir subi une métamorphose. Les Attiques ont été elles aussi révolutionnées et, après élimination de tout ce qui s'y trouvait, l'on y a, par une sélection ingénieuse, mis en bonne lumière les curiosités d'art se rapportant à l'époque de la Révolution et de l'Empire. On ne saurait dire qu'on y trouve beaucoup de toiles nouvelles ; on s'en rendra compte d'après les légendes mises au bas de chaque reproduction. On verra ainsi de quelle salle chaque tableau a été extrait et quel numéro il porte sur le catalogue, le seul catalogue encore existant, celui que Soulié rédigea il y a quelque cinquante ans et qui est devenu, le pauvre, aussi trompeur qu'une profession de foi. Ce qu'on peut voir de plus intéressant dans ces attiques, ce sont quelques tableaux retirés des magasins : la Princesse Elisa au milieu de sa cour, l'Entrée de Napoléon et de Marie-Louise aux Tuileries le jour du mariage et l'esquisse, qui ne fut jamais exécutée, d'un tableau de Gros : l'Empereur décorant les Artistes au Salon de 1808. Mais, démesurées pour la hauteur des plafonds, exposées l'été à un soleil brûlant qui rend la place intenable, ces toiles auront vraisemblablement de mauvais moments à passer. Quant aux aqua- ÉCOLE FRANÇAISE. — NAPOLEON BONAPARTÉ, PREMIER CONSUL Exposé ci-devant salle 167, sous le no 4633 (Musée de Versailles)

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AU MUSÉE DE VERSAILLES relles, ils suffira d'une saison pour en dévo- rer la couleur. La salle où se trouvait réunie la famille d'Orléans a été entièrement bouleversée. Il semblait que ces portraits par Winterhalter eussent été exécutés tout exprès pour être encastrés dans les boiseries. On dit qu'on les retrouvera plus tard, ailleurs; en attendant, GAUTHIER. — LA FAMILLE MIOT Exposé ci-devant sous le n° 4852. Salle n° 172 (Musée de Versailles) on peut se demander, non sans quelque inquiétude, dans quels immenses magasinssontentassés les milliers de tableaux qui ont été décrochés ; car, si l'on s'en souvient, c'était par un prodige d'habileté qu'on les avait ci-devant emboîtés les uns dans les autres de façon qu'on en fit entrer le plus possible. Le problème est retourné

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LES ARTS aujourd'hui. L'on en fait tenir le moins possible, et à cela l'on réussit. Ainsi, au rez-de-chaussée, musée d'art français du xviiie siècle; au second étage, musée de curiosités peintes de l'époque de la Révolution et de l'Empire; au premier étage, ah! au premier étage, le musée tel que l'avait compris Louis-Philippe — sauf que le Sacre de Napoléon est GROS. — JÉROME NAPOLEON, ROI DE WESTPHALIE Ci-devant exposé salle n° 170, sous le n° 4708 (Musée de Versailles)

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AU MUSÉE DE VERSAILLES GROS. — CATHERINE, REINE DE WESTPHALIE Don de S. A. I. la princesse Mathilde (Musée de Versailles)

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LES ARTS --- remplacé par l'Inauguration de la Restauration du Bassin de Latone sous le Principat de M. Carnot, peinte d'après les originaux par M. Roll ; qu'un lambeau de panorama démoli — matériaux de démolition à vendre — est là pour figurer le siège de Paris; qu'ailleurs, dans la salle des États généraux, semble-t-il, déborde sur les corniches une terrible course de cuirassiers.C'est, avec les toiles déposées au rez-de-chaussée, la part de la troisième République au musée de Versailles. Il y avait bien jadis quelques portraits donnés, légués ou achetés qu'on voyait dans les attiques, mais ils ont disparu. Pour un amateur, un des grands plaisirs est de remuer ses tableaux, de disposer de façon ou d'autre les objets d'art, GROS. — DISTRIBUTION DES CROIX AUX ANTISTES, AU SALON DE 1808 (Esquisse) Provient des Magasins (Musée de Versailles) En vérité l'autocratie démodée aurait bien tort de se croire bannie des royaumes de la terre : Entrez donc, ma mignonne, vous êtes chez vous en France et, pour que nul n'en ignore, on vous logera dans les palais nationaux. Il y a autre chose à Versailles : tel ou tel a offert au musée historique, pour être exposé dans les Galeries et participer de cette gloire, le portrait d'un ancêtre, un père vieux soldat, un mari tué en combattant pour la France. Une ordonnance ou un décret est intervenu acceptant le don et donnant place ainsi à ce monument de la piété familiale dans le palais consacré à toutes les gloires de la France. De ce jour,un contrat synallagmatique a été conclu que nulle des parties n'a le droit de rompre. Les tribunaux ont jugé que la distraction d'un des tableaux d'une collection léguee à condition qu'elle fût tout entière réunie dans une même salle constituait une violation du testament de nature à faire annuler le legs tout de les présenter sous le jour le plus favorable, d'acheter et d'éliminer, de suivre telle série et d'abandonner telle autre qui jadis lui semblait la plus agréable. Cela est fort bien, charbonnier est maître chez lui. Mais va-t-il de même d'un musée? Un musée appartient au public et le public y est chez lui. Il a pris, en payant pour l'ouvrir et le conserver, un droit de visite. Il a ses habitudes et ses traditions. Il sait qu'il trouvera tel tableau à telle place et il est dérouté s'il ne le rencontre plus. Il a besoin pour ses études historiques d'une toile historique exposée dans ce musée historique. Il y va; elle n'y est plus. Un ukase,d'ailleurs secret,a banni la toile. Sur quelle proposition, par quelle autorité, cet ukase? entier. Nul doute que si les tribunaux étaient saisis d'autres violations de même espèce — telles par exemple que l'enlèvement prémédité de l'inscription attestant une donation sur certains tableaux, ils ne jugent en faveur des héritiers du donateur. Mais à Versailles, il n'y a pas seulement un intérêt de vanité. Il y a, ce qui a été le plus sacré jusqu'ici dans la famille française, une question d'honneur. Ce qui fut établi par un acte souverain ne peut être rapporté que par un acte souverain. Le musée de Versailles a perdu la destination à laquelle il avait été affecté. Il est en train d'en recevoir une nouvelle. Est-ce trop de demander quelle elle est, par quel acte du pouvoir exécutif elle a été réglée, sur quel plan le nouveau musée sera établi, et dans quelles conditions la réorganisation sera faite? FRÉDÉRIC MASSON.

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La Collection de M. Albert Maignan ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES & GRECQUES Quand on entre dans le grand hall vitré qui fait le centre de l'atelier, on a tout de suite l'impression qu'Albert Maignan n'appartient pas à la catégorie des collectionneurs qui se sont spécialisés et qui cultivent avec amour un petit coin de jardin dans le vaste domaine de l'art. Epris de formes et de couleurs, en quelque pays et en quelque temps qu'il les rencontre, il a rassemblé, pour le plaisir de ses yeux, tout ce qui lui paraissait aimable ou beau dans le passé. C'est ainsi que procèdent la plupart des artistes qui collectionnent, mais l'écueil où ils se jettent d'ordinaire est le tohu-bohu et le bric-à-brac. Rien de semblable ici. Tout est savamment ordonné, chaque époque étant représentée par un petit nombre d'objets bien choisis, soigneusement classés, qui voisinent par groupements ingénieux, sans offrir le froid et rigide aspect d'une collection scientifique. L'impression d'ensemble est harmonieuse et riche, sans clinquant; l'histoire du passé se présente attrayante et souriante, sans pédanterie. En y regardant bien, je crois qu'on trouverait peu de lacunes dans les séries qui mènent des haches et des silex taillés de l'homme préhistorique à la chaise à porteurs Louis XV tout égayée de fraîches couleurs, en passant par les calcaires et les bronzes égyptiens, les vases géométriques, les marbres grecs, les terres cuites de Tanagre et de Smyrne, les fresques romaines, les objets du Moyen âge et de la Renaissance. Un professeur d'histoire de l'art, ayant en mains l'Apollo de M. Salomon Reinach, pourrait faire son cours dans cet atelier et passer en revue presque toutes les périodes de la civilisation classique; il y joindrait même les Bouddhas de l'Inde, les laques et les ivoires du Japon. Nous ne songerons donc pas, dans cet article, à énumérer toutes ces richesses. Nous n'avons même pas tout vu, et l'artiste nous a avoué que, pour éviter l'encombrement, il avait dû s'annexer un autre petit musée à la campagne et y transporter une partie de ses acquisitions. Notre tâche, plus modeste, a consisté dans le choix d'un certain nombre de pièces, dont la reproduction donnera une idée de l'éclétisme intelligent qui a présidé à la formation de cet ensemble. 1. — L'Égypte ouvre la série avec quelques morceaux de choix qui se rapportent au trait le plus caractéristique de cette civilisation : le culte des animaux. C'est, pour les ignorants, un sujet d'étonnement et même de raillerie. L'historien et le philosophe y trouvent une des phases les plus touchantes du progrès : l'humanité sortie de sa sauvegarde et de ses repaires, vivant côte à côte avec les animaux, mêlant intimement son existence à celle de ces êtres qu'elle ne considère pas encore comme des inférieurs et qui, à bien des égards, sont, au contraire, ses maîtres par leur force redoutable, ou ses bienfaiteurs par les services qu'ils lui rendent. Michelet a touché ce point, dans l'Oiseau, avec l'éloquence illuminée qui lui est familière. Aucun art n'a TÊTE DE BELIER Bronze égyptien (Collection de M. Albert Maignan) TÊTE DE CHAT Bronze égyptien (Collection de M. Albert Maignan)