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LES ARTS N° 63 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mars 1907 RICARD. — MADAME DE CALONNE (Musée du Louvre)
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LES ARTS N° 63 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mars 1907 RICARD. — MADAME DE CALONNE (Musée du Louvre)
J.-B. ISABEY. — VUE DE NANCY Musée du Louvre. — Don de Mme Rolle LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE. — Département des Peintures et Dessins A petite salle du Louvre consacrée à la peinture primitive française, dont nous signalions, dans notre dernier article consacré aux accroissements du musée, le rapide enrichissement à la suite de l'exposition du Pavillon de Marsan, n'a reçu en 1906 qu'un nouveau tableau, mais c'est un chef-d'œuvre, déjà célèbre sous la désignation de Portrait de l'homme au verre de vin. Il était conservé depuis longtemps, dit-on, dans un château des environs de Vienne, lorsque son possesseur, le comte Wilczeck, l'exposa à Munich en 1901, comme une peinture de l'école de Van Eyck. MM. Bode et Fridlaender reconnaissent les premiers l'erreur de cette attribution et le publièrent sous le nom de Fouquet. Dès ce moment, le Louvre convoita cette œuvre et chercha à l'acquérir; bien que le tableau ait figuré à Paris en 1904, à l'exposition des Primitifs français, il ne réussit cette tentative que l'an dernier. Si l'origine française de ce beau portrait est aujourd'hui indiscutée, M. Hulin, le premier, en 1904, a justement relevé, avec une très fine perspicacité, et nettement exposé les raisons qui lui font rejeter l'attribution à Fouquet, jusqu'alors incontestée. Le rapprochement au Pavillon de Marsan de tous les portraits attribués au maître tourangeau a rendu cette subtile distinction possible et saisissante, et, notons-le en passant, c'est là un de ces grands services que peuvent rendre ces groupements momentanés d'œuvres appartenant à des musées et à des collections très éloignés, si dangereux à d'autres points de vue. On était habitué depuis si longtemps à classer comme une œuvre certaine de Fouquet le portrait d'Homme de la galerie Lichtenstein, daté de 1456, et unanimement considéré comme exécuté par le même peintre que l'Homme au verre de vin, que la nouvelle opinion faisant de ces deux peintures l'œuvre d'un maître inconnu, contemporain mais nettement distinct de Fouquet, ne provoqua tout d'abord que l'indifférence et le doute. M. Paul Durrieu, le meilleur juge peut-être en la
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES. — MUSÉE DU LOUVRE matière, par ses longues études des miniatures de Fouquet, fut le premier à l'admettre chez nous. M. Paul Leprieur l'adopta à son tour. M. G. Lafenestre semble devoir s'y ranger bientôt; est-il nécessaire, après avoir fait connaître l'avis de juges aussi compétents, d'affirmer que nous partageons, sur ce point, l'opinion de M. Hulin? Nous reconnaissons maintenant une main nettement différente de celle de Fouquet dans l'exécution des deux portraits: l'Homme daté de 1456, de la galerie du prince Lichtenstein, et l'Homme au verre de vin qui vient d'entrer au Louvre, bien que nous ne puissions développer ici toutes les raisons qui précisent cette opinion et qui ont été excellemment exposées par M. Paul Leprieur dans un article récent. L'anonymat de cette œuvre à son entrée au Louvre ne pouvait, à coup sûr, en diminuer pour nous l'intérêt. Le problème de ce grand artiste français inconnu, posé en 1904, devait pouvoir être étudié à Paris, au Louvre: l'obsession de notre irritante ignorance, de notre incapacité de dire même le nom d'un de nos vieux maîtres qui peut prétendre à une place auprès des plus illustres de tous les pays, suggérera peut-être un jour quelque rapprochement décisif avec le document d'archives que nous attendons, et la présence dans HODGES. — INCONNUE Musée du Louvre. — Don de M. Jules Maciet une salle du musée de cet énigmatique portrait ne pourra, croyons-nous, que hâter l'heureuse et trop tardive solution. Auprès de cette œuvre maitresse, digne de toutes les admirations et aussi de toutes les convoitises, ce qui contraignit le Louvre à un dur sacrifice pour la retenir, les autres acquisitions faites en 1906 paraîtront peut-être moins importantes. Elles ne visent, il est vrai, pour la plupart qu'à fournir des documents précis aux historiens, aux artistes et aux amateurs. Nous avions déjà signalé ici l'intérêt qu'a le Louvre à posséder quelques peintures primitives espagnoles pour faciliter leur comparaison avec les œuvres contemporaines françaises, et nous avons été assez heureux pour pouvoir rapporter, d'une mission en Espagne, un centre de retable peint a tempera, représentant la Madone entourée d'anges musiciens ou présentant des fleurs, qu'avait bien voulu nous signaler M. E. Bertaux. L'œuvre provenant des environs de Oria (Vieille Castille), n'a subi aucun dommage des restaurateurs de tableaux, si néfastement actifs et si maladroits en Espagne. Elle date de la première moitié du xve siècle et marque, par la disposition générale, par la figure de la Vierge, par les plis
LES ARTS EUG. ISABEY. — GROUPE DE FEMMES Musée du Louvre. — Don de Mme Rolle des draperies, par les orfèvreries, une influence très vivace de l’art français du xive siècle, particulièrement des miniatures du duc de Berry. La comparaison de cette peinture avec certaines miniatures des Heures de Turin est tout à fait convaincante et décisive. Deux panneaux latéraux, provenant du même retable et dont le Louvre s’est dès maintenant assuré la possession, représentant saint Jean dans un paysage et saint Nicolas, ne démentent pas cette influence. Du xve au xviiie siècle, la transition est un peu brusque; cependant nous devons passer de l’un à l’autre sans intermédiaire, pour suivre dans leur ordre chronologique les accroissements du département des peintures l’an dernier. Le Louvre possédait déjà dans la salle La Caze, une peinture précieuse de Philippe Mercier, l’Escamoteur, longtemps catalogué comme un Watteau, et qu’une gravure a indiscutablement restitué à cet imita- teur adroit du peintredel’Embarquement pour Cythère. Il excella aussi à contrefaire Chardin, et l’œuvrenouvellement entrée au Louvre, signée, nous le montre sous cet autre aspect: le Dégustateur, à la mine pouponne et fraîche, dont la ressemblance avec les joueurs de toton, les souffleurs de bulles de savon, les édificateurs de châteaux de cartes, un peu superficielles, les traits plus lourds, en fait plutôt un cousin qu’un frère, permettra aux amateurs avertis de mesurer la distance qui sépare le maître de ses imitateurs, si habiles qu’ils soient. Il se montre par contre plus heureux dans l’exécution des étoffes et des accessoires. Quelques miniatures précieuses de la fin du xviiie siècle ou du début du xixe, et de très remarquables dessins d’Isabey sont venus compléter au Louvre des séries jusqu’ici bien pauvres. Signalons d’abord un petit portrait du marquis de Crécy signé par Sicardi, dont le Louvre ne possédait qu’une effigie assez banale de Louis XVI, et daté de 1782, et deux miniatures d’Augustin, que nous avons déjà étudiées ailleurs, qui ont figuré à l’exposition de la Bibliothèque nationale : le portrait de Madame de Car-cado ou Kercado, exécuté en 1788 (n° 14 du catalogue), très aimablement offert en don par M. O. Stettiner, et le portrait de Fanny Charrin, élève d’Augustin, peint vers EUG. ISABEY. — GROUPE DE FEMMES Musée du Louvre. — Don de Mme Rolle J.-B. ISABEY. — ÉTUDE D’UNIFORME Musée du Louvre. — Don de Mme Rolle
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES. — MUSÉE DU LOUVRE ÉCOLE DE TOURS (xve siècle). — L'HOMME AU VERRE DE VIN (Musée du Louvre)
LES ARTS 1810 (n° 17 du catalogue), charmante préparation d'une miniature importante, montrant la jeune fille, debout dans un paysage fleuri, désignant au loin le Temple de l'Amitié sur un tertre d'accès ardu. Cette dernière œuvre, à l'acquisition de laquelle la Société des Amis du Louvre a participé avec son zèle toujours avisé, représente, sous l'aspect le plus séduisant, cet illustre miniaturiste qui a partagé avec J.-B. Isabey la faveur du public à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. De ce jeune et heureux rival, le Louvre possédait déjà des œuvres remarquables, comme les dessins originaux du Livre du Sacre de Napoléon Ier, mais il sera représenté désormais sous les aspects les plus variés de son très vaste talent, grâce à la générosité de Madame Rolle, dont on n'a pas oublié la si large et si brillante coopération à l'exposition des miniatures par le prêt d'une vitrine entière d'œuvres capitales de ce maître. Dans l'album offert par Madame Rolle au Louvre, sont réunies plus de trente études de J.-B. Isabey : paysages à l'aquarelle ou à la sépia, études de monuments, décors de théâtre, vues d'intérieurs, caricatures politiques ou autres, études très poussées d'uniformes de militaires et de diplomates pour la grande miniature représentant le Congrès de Vienne, qu'il alla exécuter sous les auspices du prince de Bénévent et qui fait aujourd'hui l'un des ornements des Collections royales en Angleterre. C'est surtout dans ces études, d'une précision merveilleuse, qu'excellait cet artiste si sensible, ailleurs, au pittoresque d'un sous-bois ou d'une vue générale de ville prise d'une fenêtre d'hôtel, comme l'aurait pu faire le plus audacieux des artistes novateurs modernes. On le connaît mieux, plus complètement, plus intimement surtout, par l'examen de ces dessins pris en cours de route lors d'un voyage en Lorraine que par une longue contemplation de ses œuvres achevées, et l'on peut, en feuilletant seulement un pareil recueil, mesurer les ressources si variées, la sensibilité si éveillée, si nouvelle pour son temps, de ce grand artiste. De son fils Eugène, quelques remarquables dessins sont aussi conservés ici : groupes de jeunes femmes dans des poses variées ou élégantes silhouettes féminines isolées. De lui aussi, une très précieuse aquarelle nous montrant J.-B. Isabey dessinant. L'album contient en outre des dessins de Gérard, de Cicero, une caricature de Carle Vernet, une charge sur la Garde nationale, de Topffer, hommages d'artistes à leur illustre confrère Isabey, et, c'est dans son ensemble, une très intéressante revue des artistes familiers d'Isabey, dont le Louvre ne possédait pour la plupart jusqu'ici aucune œuvre. Une mention spéciale doit être faite pour une curieuse aquarelle nous montrant, avec une maladresse curieuse, un carabinier de dos, les jambes écartées, lavée par le maréchal Ney dans sa prison, douze jours avant son exécution, et donnée sans doute, lors d'une dernière visite, comme souvenir à Isabey, qui a écrit en haut : « Du prince de la Moskowa dans la prison du brave maréchal au Luxembourg. — Isabey. » Les générosités de Madame Rolle, de M. Stettiner, de la Société des Amis du Louvre, n'ont pas été les seules à se manifester, l'année dernière, en faveur du Louvre. Nous avons le grand plaisir de pouvoir signaler ici un don nouveau de M. Maciet, dont l'affection pour le Louvre s'est si souvent et toujours si opportunément manifestée, mais qui avait depuis quelque temps interrompu ses donations au département des peintures et des dessins, à la suite de regrettables incidents. L'œuvre donnée par cet amateur si éclairé est un portrait de vieille femme peint par le graveur anglais Charles Howard Hodges (1764-1857), dont les peintures sont très rares. Dans celle-ci se manifeste très vivement l'influence des maîtres de Hollande, où vécut longtemps Hodges et où il mourut. L'œuvre est volontairement tenue dans des tons sourds, où le brun domine; un bonnet de satin blanc, agrémenté de fleurs artificielles, est la masse claire du tableau, encadrant le visage très minutieusement étudié dans sa physionomie rieuse, vive, intelligente. Cette figure de vieille, un peu maigre et sèche, n'est certes pas sans intérêt, et le Louvre a été très heureux de recevoir cette œuvre très curieuse et imprévue du célèbre graveur anglais. ÉCOLE ESPAGNOLE (XVe siècle). — LA VIÈGE ET L'ENFANT ENTOURÉS D'ANGES (Musée du Louvre)
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES. — MUSÉE DU LOUVRE CHASSÉRIAU. — LACORDAIRE (Musée du Louvre) Photo Brown, Cleveret & Co.
LES ARTS Il a recueilli en outre, cette année, le legs de Madame Cuvelier, née Ganne, dont le père, aubergiste à Barbizon, avait longtemps hébergé Millet, Rousseau, Diaz, etc. Les œuvres de Corot, entrées par ce legs au Louvre, sont particulièrement intéressantes puisque, grâce à cette libéralité, ce maître, dont la gloire et l'influence grandissent chaque jour, sera représenté par une figure de femme, la Madeleine lisant (catalogue Moreau-Nélaton, II 1036), et par deux nouveaux et importants paysages : le Repos des chevaux (cat. M.-N., II 1202 et IV addit. C), et les Baigneuses (cat. M.-N., II 1181 et IV addit. D). Il faut se féliciter surtout de voir une figure très corrégienne du maître prendre place dans les galeries du Louvre et la Madeleine lisant, bien que la peinture ait été un peu endommagée en certaines parties du paysage du fond, le représentera excellemment. Cette œuvre, exécutée en 1854, alors que Corot était dans toute sa force, a figuré à l'exposition de l'École des Beaux-Arts, 1875 (n° 152 du cat.), et à la centennale de Corot, 1895 (n° 35 du cat.). M. Legentil, d'Arras, possédait une copie originale du buste de cette Madeleine. Les deux paysages ont sans doute été exécutés l'année suivante (1855), à l'époque où les artistes et le gouvernement, réparant une trop longue injustice, décernèrent enfin à Corot une médaille de première classe et placèrent au musée du Luxembourg la Danse de Nymphe, aujourd'hui au Louvre. Ces deux paysages montreront le maître sous deux aspects rares et nouveaux. Le premier est un paysage très réel, un peu triste, où le ciel gris semble peser et emprisonner la terre. A la lisière d'un bois sombre, à gauche, un paysan est couché à terre sur l'herbe, gardant deux chevaux ; à droite, s'étend la campagne. Le second tableau nous montre trois femmes se baignant à la lisière d'une forêt, entre des arbres dont les basses branches seules apparaissent; le ciel est illuminé par les derniers rayons du soleil couchant. Peut-être ce dernier tableau a-t-il figuré à l'Exposition de 1855. La Cousense, de Millet, fait partie de cette série si intéressante et si originale où Millet a représenté des paysannes vaquant aux soins domestiques; de cette série, le Louvre possédait déjà la Précaution maternelle et la Lessiveuse de la collection Thomy Thiéry, elle comprend en outre la Leçon de tricot, la Femme au rouet, la Femme à la lampe, etc. Ici, dans un cadre étroit, une femme à mi-corps, assise de profil à gauche, pauvrement vêtue d'un corsage bleu, d'une jupe brune et coiffée d'un bonnet gris, s'applique à reprises une pauvre harde. Millet reprit souvent ce sujet, traité dans la Femme à la lampe de l'ancienne collection Van Praet; Arthur Stevens acquit, au prix de 400 francs, une Femme cousant, exécutée entre 1860 et 1863, en vertu du traité attribuant à l'association Arthur Stevens-Blanc tous les tableaux exécutés à ce moment par Millet. C'est l'époque de la grande maîtrise, époque de la Becquée, du musée de Lille, de la Tonte des moutons, du Semeur, de l'Homme à la houe, etc. Un Sous-Bois, de Diaz, assez semblable à certain tableau de la collection Thomy Thiéry, complète le legs de Madame Cuvelier. La section moderne du Louvre s'est enrichie d'une peinture qui non seulement nous fait connaître, par son chef-d'œuvre, un des plus grands portraitistes français du xixe siècle, mais répare une injustice prolongée en représentant dignement un aussi grand maître au Louvre. Ricard, dont nul, certes, ne peut aujourd'hui méconnaître la valeur, figurait déjà dans nos collections nationales avec les portraits de Mademoiselle Goldber, de Paul de Musset, d'Heilbuth et de l'artiste lui-même au Louvre, et un portrait de Madame de Calonne, au musée du Luxembourg. C'est un grand portrait de cette même dame, qui joua un grand rôle dans l'existence de l'artiste, qui vient d'entrer au Louvre. La jeune femme, vêtue de noir, est assise dans un fauteuil garni de velours rouge. Son visage sérieux, régulier et mélancolique, encadré de cheveux noirs, est penché, appuyé sur la main droite; la ligne d'ensemble est élégante et douce, donnant une impression d'abandon et de charme. Yriarte avait signalé déjà autrefois ce tableau comme l'œuvre maitresse du maître; plus récemment, M. Paul Leprieur et M. Marcel Nicolle en ont vanté le mérite. Cette peinture, signée mais non datée, est probablement contemporaine du portrait du musée du Luxembourg daté de 1852; elle figura, croyons-nous, à l'exposition posthume de Ricard à l'École des Beaux-Arts, en 1873. Après être restée dix ans (de 1862 à 1872) en la possession d'un serviteur de Madame de Calonne, le Polonais Zubowsky, elle se trouvait encore dans la collection de M. Manzi peu de temps avant d'être acquise par le Louvre. J.-B.-J. AUGUSTIN. — FANNY CHARRIN (Musée du Louvre)
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES. — MUSÉE DU LOUVRE D'essence moins rare peut-être et de signification moins profonde, Théodore Chassériau n'en est pas moins, lui aussi, un maître trop négligé aujourd'hui. En exécution des volontés exprimées par Madame Catherin, née Marilhat, le Louvre a reçu le Portrait de Marilhat, exécuté par Chassériau, à l'âge de seize ans, au moment où Marilhat revenait d'Égypte, rapportant, avec d'admirables études, quelques objets anciens recueillis là-bas, représentés sur le tableau et conservés encore dans la famille. Il témoigne de l'étonnante précocité de l'artiste, qui paraît avoir été alors influencé par Ingres. Dans le Portrait de Lacordaire, exécuté au couvent de Sainte-Sabine, près Rome, et acquis avec le généreux concours de M. Arthur Chassériau, le maître est tout à fait dégagé des influences extérieures et dans la plénitude de son talent. L'œuvre, conçue dans un parti pris de simplicité et de calme, de recueillement même, ne manque pas de grandeur et de force expressive; elle porte comme un reflet lointain, un souvenir de l'Angelico et des quattrocentisti mystiques. Un beau dessin et quelques brillantes pochades de Car- PH. MERCIER. — LE DÉGUSTATEUR (Musée du Louvre) peaux, acquis à une vente récente, contrastent singulièrement avec l'œuvre précédente, en évoquant les fêtes, les mascarades brillantes du second Empire. Le familier de la cour, le commensal des Tuileries, a noté avec une verve pleine d'humour et de joie, les bals de cour, les réceptions brillantes en l'honneur de l'empereur de Russie. Déjà le Louvre possédait de précieux dessins du maître, donnés par le prince Stürbey ; il n'en possédait aucun cependant de l'importance du Quadrille impérial, à Compiègne, qui pourra représenter, dans les salles de dessins, le sculpteur de la Flore et de l'Ugolin. On verra sa précision à saisir une silhouette, un geste, une attitude, un mouvement; les deux esquisses peintes, Bal masqué aux Tuileries et l'Impératrice au bras de l'empereur de Russie, le représenteront comme coloriste et apprendront sans doute à beaucoup combien il était sensible au charme et à l'harmonie des couleurs, et quel grand peintre il eût été si sa destinée l'avait orienté de ce côté. JEAN GUIFFREY.
F. BOUCHER. — ÉTUDE (dessin rehaussé) (Collection de M. Henry Pannier) Les Collections de MM. G. et H. Pannier SICARDI (?). — INCONNU (Collection de M. Georges Pannier) La collection de MM. Georges et Henry Pannier offre aux amateurs de l’art du XVIIIe siècle un attrait tout particulier, car elle provient, dans sa plus grande part, de Favart, le charmant auteur d’Annette et Lubin et des Trois Sultanes. Ce nom n’évoque-t-il pas en nous l’époque la plus brillante du règne de Louis XV, celle où Madame de Pompadour, bien plus reine que Marie Leczinska, selon le mot du prince de Ligne, nous apparaît entourée d’un cortège magnifique de lettrés et d’artistes empressés à réaliser ses rêves de fée et à créer pour elle des chefs-d’œuvre? MM. Pannier l’ont bien compris, qui ont recueilli précieusement les œuvres d’art possédées par cet artiste; il ne s’agit pas, en effet, d’une collection impersonnelle comme il y en a tant, hélas! mais d’un ensemble voulu et conçu par des hommes de goût aimant par-dessus tout nos maîtres du XVIIe siècle, vivant dans leur intimité et ayant pour ainsi dire adopté leur manière de voir et de penser. Quelle joie n’ont-ils pas dû éprouver à constituer ce petit musée plein de renseignements intéressants sur la vie et les mœurs de ce temps, tout imprégné du souvenir charmant de Madame Favart! C’est une personnalité des plus curieuses que celle de cette comédienne qui, pendant plus de vingt ans, fut l’idole des Parisiens. A peine avait-elle débuté, sous le nom de Mademoiselle de Chantilly, dans la troupe de Favart, qu’elle séduisit son directeur par sa jeunesse et son charme; ils se marièrent le 12 septembre 1745. Rarement union s’annonçait sous de plus heureux auspices, Favart adorait sa jeune femme, il était fort goûté du public, et sa réputation était telle que, quelques mois après son mariage, le maréchal de Saxe, dans une lettre des plus flatteuses, lui demandait de prendre la direction du théâtre qu’il emmenait à la frontière afin de distraire ses officiers. Cette distinction était une bonne fortune, car si l’on songe que toute la France avait alors les yeux tournés sur le vainqueur de Fontenoy, l’on comprendra aisément que cette charge ne pouvait qu’accroître la popularité de Favart. Malheureusement, Maurice de Saxe avait peut-être moins tenu compte des mérites de Favart que des attraits de sa jeune femme. Toujours est-il que, tandis que Favart, prenant au sérieux ses fonctions de
LES COLLECTIONS DE MM. G. ET H. PANNIER J.-E. LIOTARD. — FAVART (pastel) (Collection de M. Georges Pannier)

Cet article détaille les acquisitions faites par le musée du Louvre en 1906, principalement dans le département des peintures et dessins. Il met en lumière l'acquisition d'un chef-d'œuvre de l'école de Tours, l'« Homme au verre de vin », et discute de son attribution. L'article mentionne également l'ajout de peintures primitives espagnoles, d'œuvres de Philippe Mercier, de miniatures de la fin du XVIIIe siècle, et de nombreux dessins d'Isabey et de son fils Eugène, enrichissant ainsi les collections du musée.