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LES ARTS N° 45 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Septembre 1905 J.-B. CHARDIN. — LE CHANSONNIER PANARD (Collection de M. et Mme George Duruy)
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LES ARTS N° 45 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Septembre 1905 J.-B. CHARDIN. — LE CHANSONNIER PANARD (Collection de M. et Mme George Duruy)
LA COLLECTION SAINT-ALBIN-JUBINAL-GEORGE DURUY FORMER de nos jours une collection, comme l’a dit Edmond Bonaffé, c’est faire acte de bon citoyen. Plus que jamais, la mode est de collectionner, et chaque jour voit apparaître de nouveaux amateurs. Il n’en est que plus intéressant, au milieu de toutes ces collections formées depuis un quart de siècle au plus, d’en voir une qui fut commencée il y a près de cent ans, dans un temps où l’art de la curiosité était le dilettantisme de quelques esprits délicats, l’heureux privilège d’une minorité intelligente. La collection de M. et Madame George Duruy a été commencée sous le premier Empire par leur grand-père, M. Alexandre Rousselin de Saint-Albin, qui la continua pendant la Restauration. Contemporain et ami de Bernadotte et de Carnot, dont il fut le secrétaire, il fut aussi l’ami de Danton et de Barras, qui, par testament, lui laissa, avec tous ses papiers, le soin de publier ses Mémoires. M. George Duruy a assumé la noble tâche léguée par le grand conventionnel à M. de Saint-Albin et ses Mémoires de Barras sont la plus belle et la plus intéressante histoire que l’on ait écrite de la France depuis les premières années de la Révolution jusqu’à la Restauration. Amateur raffiné, M. de Saint-Albin avait, en véritable curieux, acheté le bel hôtel de Madame de Sérilly, au Marais, pour y installer ses collections. Sa fille, Madame Achille Jubinal, hérita de cet amour pour les œuvres d’art et les charmants petits souvenirs du temps passé. Pendant près de trente ans, elle augmenta chaque jour avec un goût des plus délicats cette collection si originale qu’elle a laissée après sa mort à sa fille, Madame George Duruy. --- Parmi les tableaux du XVIIIe siècle, le plus beau est, sans contredit, le portrait du chansonnier-vaudevilliste Panard, par Chardin. Assis à son bureau, sur lequel sont en désordre livres, morceaux de musique et chansons, celui qu’on appelait en son temps le La Fontaine du Vaudeville semble répéter une chanson dans un volume ouvert devant lui. La physionomie de cet homme qui, de modeste bureaucrate, était arrivé à se faire une grande réputation comme chansonnier des travers de son époque, des ridicules et des vices de ses contemporains, est pleine de caractère, pleine d’esprit et de vie. Les portraits authentiques de Chardin sont très peu nombreux; celui de Panard est un des plus beaux qui nous aient été conservés. Il ne figure pas sur les listes de ceux que Chardin exposa aux Salons de l’Académie, et il est bien regrettable que tous ceux dont nous trouvons mention sur ces listes n’aient pas, jusqu’à présent, été retrouvés. Un bon portrait est celui d’une jeune femme ressemblant à Marie-Antoinette, mais quine nous paraît DROUAIS. — PORTRAIT D’ENFANT (Collection de M. et Mme George Duruy)
LA COLLECTION SAINT-ALBIN-JUBINAL-GEORGE DURUY DROUAIS. — PORTRAIT DE FEMME (Collection de M. et Mme George Duruy)
LES ARTS pas être un de ses nombreux portraits authentiques. La légende nous représente ici Marie-Antoinette toute jeune fille, encore archiduchesse d'Autriche; ce tableau aurait été envoyé en présent à Louis XVI avant ses fiançailles. Un excellent travail de M. J. Flammermont sur les Portraits de Marie-Antoinette, publié dans la Gazette des Beaux-Arts, en 1897-98, nous a permis de comparer les traits du tableau de la collection Duruy avec ceux qui nous représentent indiscutablement Marie-Antoinette jeune fille. Un seul portrait a, avec celui qui nous occupe, une certaine ressemblance, c'est une charmante petite miniature appartenant à la comtesse de Noé; mais cela ne suffit pas à nous convaincre que cette jeune femme soit Marie-Antoinette. Une femme portant une coiffure très haute et un charmant enfant à la figure spirituelle, habillé d'un vêtement de velours gris, sont deux agréables peintures de Drouais. Un très lumineux portrait de femme par Raoux est très voisin de la Femme lisant une lettre, de la collection La Caze, au Louvre. Les deux portraits de David sont superbes, quoiqu'ils soient d'une facture bien différente. Celui de Boissy d'Anglas est une admirable peinture, bien que ce ne soit qu'une esquisse. Le joli dessin de cette figure énergique, encadrée par des cheveux gris qui tombent en boucles sur ses épaules, le ton gris de tout le portrait en font un des plus beaux morceaux de peinture que le pinceau de David nous ait laissés. Le portrait de Saint-Just est certainement d'une beauté moins puissante, mais il a peut-être plus de charme. David a dû le peindre peu de temps avant que Saint-Just ne montât sur l'échafaud. Il ne semble pas avoir loin de vingt-six ans, son âge lorsqu'il meurut. La série des pastels est peut-être ce qui charme le plus dans la collection Duruy. Le portrait de la comtesse de Saint-Albin est un très beau pastel des dernières années de Perronneau. Il porte, avec la signature du maître, la date de 1772. Il a le charme et l'incomparable fraicheur des meilleurs pastels de Perronneau. M. Rousselin de Saint-Albin, celui qui fut le premier à former cette collection, a son portrait tout enfant, âgé d'environ quatre ans. Ce délicieux petit pastel, d'un joli coloris, dont l'auteur nous est inconnu, est amusant par le costume que porte l'enfant : sur une chemisette en dentelle entr'ouverte au cou se rabattent des petits revers en velours rose. Deux petits pastels sur vélin, à peine plus grands que les reproductions que nous en donnons, nous représentent deux petits enfants, le fils et la fille du peintre Mérelle, peinté du XVIIIe siècle peu connu aujourd'hui. Comme on sent l'amour avec lequel le père a fait ces deux petits chefs-d'œuvre, sous les traits de ses enfants. Les charmants costumes de fête qu'ils portent avec un air sérieux et étonné, la fraîcheur délicieuse et la douce harmonie des tons font de ces deux petits pastels de véritables bijoux. Il faudrait s'arreter devant chacun de ces pastels, que nous devons nous contenter de mentionner seulement en passant : deux pastels de Boucher; une tête de jeune femme et une petite fille tenant un chat dans ses bras et quatre petits pastels de Rosalba Carriera. Une gouache de Boucher, qui représente Jupiter séduisant Antiope, est d'une fraîcheur de tons et d'une harmonie de couleurs très heureuses. La composition ingénieuse met en valeur la figure d'Antiope, nonchalamment étendue, soutenue par les nuages, tandis qu'on ne voit que la tête de Jupiter et, au-dessus des nuages, l'aigle accompagné d'un amour. Une série de dessins de la fin du XVIIIe siècle et des premières années du XIXe siècle complète heureusement cette collection de tableaux formée avec un goût exquis. De Moreau le Jeune, nous voyons plusieurs dessins, parmi lesquels le Chanteur ambulant, daté de 1772, et un autre qui
LA COLLECTION SAINT-ALBIN-JUBINAL-GEORGE DURUY LOUIS DAVID. — SAINT-JUST (Collection de M. et Mme George Duruy)
LES ARTS HEINSIUS. — PORTRAIT DE FEMME (1794), miniature (Collection de M. et Mme George Duruy) Les yeux verts, le teint pâle, habit nankin rayé vert, gilet blanc rayé bleu, cravate blanche rayée rouge. (Croquis d'après nature à une séance de la Convention.) La miniature représentant un homme assis à son bureau, écrivant, le bras gauche appuyé sur un livre, est une des plus belles que Hall ait signées. Les cheveux bouclés, un fichu noué sur la tête, cet écrivain, qu'il ne m'a malheureusement pas été possible d'identifier, porte un pourpoint en velours vieux rouge, qui contribue à faire valoir ce portrait. L'acteur Paolo Mandini, célèbre ténor italien, fit fureur pendant plusieurs années au théâtre de Monsieur. Il est intéressant de rapprocher la miniature de la collection Duruy qui le représente et qui est signée Dumont, l'an 3me, de celle que Dumont fit vers la même époque — le portrait en pied de l'acteur Mandini — exposé au Louvre. Le portrait d'une jolie femme, coiffée de boucles lui retombant sur les épaules et portant trois rangs de perles en diadème dans les cheveux, est une charmante miniature signée : Heinsius pinxit 1794. Cette très jeune fille, coiffée d'un grand bonnet blanc, portant nouée autour du cou une cravate blanche, assise sur un canapé bleu et tenant à la main un bouquet de roses, fut une femme légère, célèbre à la fin du xvm siècle. Julie Talma, qui, pendant quelques années, porta légitimement le nom du grand acteur, était, de l'avis unanime de tous ses contemporains, une femme pleine de charme, de grâce et d'esprit, autant que de tact et de modestie. Un portrait en émail peint de la Pompadour ; une femme jouant du piano, miniature dans le goût de Madame Vigée-Lebrun ; le portrait d'une femme couronnée de roses, portant un costume du temps du premier Empire, par Dumont; enfin, le portrait, par Adam, de Mademoiselle Le-normand, la célèbre devineresse qui prédit à l'imperatrice Joséphine son élévation, toutes mériteraient mieux que cette rapide énumération. A côté de ces œuvres charmantes du xviiie siècle, nous devons nous arrêter un instant devant un délicieux spécimen de l'art décoratif de cette époque. C'est un boudoir décoré entièrement par Salambier pour l'hôtel de Caumartin. Madame Jubinal, qui habitait en ANONYME. — JULIE TALMA (miniature) (Collection de M. et Mme George Duruy) HALL. — PORTRAIT D'HOMME (miniature) (Collection de M. et Mme George Duruy) Mme VIGEE-LEBRUN (Attribué à). — PORTRAIT DE FEMME (Collection de M. et Mme George Duruy) DUMONT. — L'ACTEUR MANDINI (miniature) (Collection de M. et Mme George Duruy)
LA COLLECTION SAINT-ALBIN-JUBINAL-GEORGE DURUY F. BOUCHER. — JUPITER SÉDUISANT ANTIOPE (gouache) (Collection de M. et Mme George Duruy)
LES ARTS ALMANACH ENFERMÉ DANS UN ÉTUI EN OR CISELÉ, ÉMAILLÉ ET GARNI DE PERLES, AYANT APPARTENU À L'IMPÉRATRICE MARIE-LOUISE (Collection de M. et Mme George Duruy) --- 1878 l'ancien hôtel de Caumartin, à l'angle des rues Boudreau et Caumartin, avait eu la grande joie de découvrir, sous plusieurs épaisseurs de papiers de tenture, dont l'une datait de la Révolution, cette décoration, que cette superposition de papiers peints avait heureusement conservée dans un état parfait. Chacun des six panneaux montre des fleurs et des attributs variés; chacun porte un monogramme différent, dans lequel on retrouve toujours l'initiale C de la famille de Caumartin. Bien qu'il soit impossible, dans une étude aussi rapide, de citer tout ce qui mériterait l'attention, notons en passant quelques-uns des plus jolis meubles du XVIIIe siècle qui ornent les salons de Madame Duruy : un bureau de dame, en bois rose et marqueterie à dessins de fleurs, à plusieurs tiroirs s'ouvrant très ingénieusement à secrets ; une de ces charmantes petites tables à ouvrage en bois de violette, que leur forme originale a fait appeler table-papillon ; enfin une petite table-toilette en bois de rose et marqueterie à dessins de fleurs, dont la partie supérieure se soulève pour pouvoir se poser sur le lit d'une malade. La partie supérieure de ce joli petit meuble enlevée laisse apparaître un plateau en laque du Japon de toute beauté, représentant un paysage avec des personnages traversant un pont. Ce meuble, qui est un véritable petit chef-d'œuvre d'ébénisterie, porte l'estampille de l'ébéniste Péridiez, dont le plus beau meuble que nous connaissions est une grande commode en laque du Japon ornée de bronzes dorés, qui se trouve aujourd'hui dans les salons du Ministère des Finances. --- BOITE DE MIROIR EN ÉMAIL PEINT Art français, XVIIe siècle (Collection de M. et Mme George Duruy) --- Toutes les séries des menus petits objets de la vie usuelle d'autrefois que Madame Jubinal
LA COLLECTION SAINT-ALBIN-JUBINAL-GEORGE DURUY J.-B. PERRONNEAU. — LA COMTESSE DE SAINT-ALBIN (1772). — Pastel (Collection de M. et Mme George Duruy)
LES ARTS réunissait avec amour forment la partie la plus curieuse de cette collection si originale. Nous y voyons des petites enseignes du xvi^e siècle, des bijoux de toutes sortes — bagues, colliers, pendentifs, — une agrafe en pierres de lune pour relever et maintenir la jupe, dans son vieil écrin en cuir fleurdelisé. Un petit coffret en fer damasquiné d'or, s'ouvrant à secret, porte cette inscription : Vous ne connaissez pas tous mes secrets, le plus beau est caché. Malheureusement, le portrait manque derrière ces mots qui le cachaient aux yeux indiscrets. Dans un écrin au chiffre de Marie-Antoinette sont, en or et émail bleu pâle, le dé et les deux bagues que les dames portaient au quatrième et au cinquième doigt pour empêcher le fil de les couper. La série des mille petits bibelots du xvii^e siècle est charmante avec ses boîtes en or, étuis, navettes pour faire de la frivolité, bonbonnières et boîtes à mouches. Un petit objet bien intéressant, parce qu'il a toute une histoire, est un tout petit calendrier fait pour l'Impératrice en 1811, à l'occasion de la naissance du roi de Rome. Le calendrier, de très petite dimension, a une reliure en or et émail bleu et n'offre de particulier que la Saint-Napoléon, marquée le 16 août et non le 15. L'Empereur avait donc avancé son anniversaire d'un jour pour ne faire qu'un jour de fête. L'almanach est enfermé dans un étui richement émaillé et orné de perles fines. Un sujet allégorique symbolise le grand événement que fut alors la naissance du roi de Rome. Au milieu de personnages vêtus de costumes antiques, un Amour tient le berceau sur lequel on voit la lettre N couronnée. A la partie inférieure de l'étui, s'ouvre une petite cassolette; en haut, deux colombes tiennent un cartouche portant la date 1811: au revers de l'étui sont les signes du zodiaque. L'écrin dans lequel se trouve cet almanach historique est en maroquin rouge avec les armes de l'Empire frappées en or. M. Frédéric Masson, qui est l'historien le mieux documenté sur l'époque napoléonienne, a eu la bonne fortune de retrouver l'acte de naissance de cet almanach. Dans le Livre-Journal manuscrit intitulé : Bijoux achetés pour le service de S. M. l'Impératrice et payés sur les fonds de ses dépenses particulières et extraordinaires, M. Frédéric Masson a trouvé l'almanach ainsi désigné : « Un alma-nach renfermé dans un étui en or ciselé, émaillé et enrichi de perles. Peinture sur émail, sujet allégorique relatif à la naissance de S. M. le Roi de Rome, fourni par Nitot, joaillier, le 17 avril 1811. Pour or, perles, émail, peinture et façon, 750 francs. » Puis, dans un autre manuscrit intitulé : Écrin de S. M. l'Impératrice et Reine, M. Frédéric Masson a relevé des renseignements précis sur ce Nitot, joaillier-bijoutier et nullement artiste, qui fut un des principaux fournisseurs de l'Empereur. Il vendait pour faire fortune et pour que sa fille pût épouser un comte de l'Empire. Madame Jubinal avait collectionné toute une série de ces
LA COLLECTION SAINT-ALBIN-JUBINAL-GEORGE DURUY LOUIS DAVID. — BOISSY-D'ANGLAN (Collection de M. et Mme George Duruy)

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente la collection Saint-Albin-Jubinal-George Duruy, constituée depuis près d'un siècle. Il met en lumière des œuvres d'art du XVIIIe siècle, notamment des portraits peints par Chardin, Drouais, Raoux, David, ainsi que des pastels de Perronneau et des miniatures. L'article détaille également des objets décoratifs et des meubles de cette époque, ainsi qu'une section sur les origines de la peinture française et l'œuvre de François Clouet.