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LES ARTS N° 46 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Octobre 1905 PINTURICCHIO. — LE PAPE ALEXANDRE VI (Détail de la Résurrection) (Appartement Borgia. — Salle des Mystères)
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LES ARTS N° 46 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Octobre 1905 PINTURICCHIO. — LE PAPE ALEXANDRE VI (Détail de la Résurrection) (Appartement Borgia. — Salle des Mystères)
SALLE DES PONTIVES. — Tapisseries flamandes : Histoire de Céphate et Procris. — Plafonds points par Pierin del Vaga et Jean l’Odine L’APPARTEMENT BORGIA AU VATICAN Renaissance, — dont la première aube fut un chef-d’œuvre d’élégance et de grâce, sous le protectorat du magnifique Alexandre VI et avec la virtuose ordonnance du merveilleux Pinturicchio, — doit à ces deux incomparables maitres de manières la plus exquise introduction du siècle des Primitifs, mourant aimablement au seuil du siècle des Modernes, qui devaient, après Raphaël et Michel-Ange, finir de si désagréable autre manière. Trois chambres, où le magique élève de l’Ombrien Perugino continua les pures graces de son maître, furent les trois écoles que ce magister elegantiarum ouvrit à ses contemporains heureux d’apprendre, selon la mode espagnole des Borgia ou la manière italienne des La Rovere, les plus désinvoltés attitudes en lesquelles un siècle de grands et beaux seigneurs se soit jamais campé. Ces trois chambres de parfaite élégance et, mieux, ces trois reposoirs sacrés où la grâce divine semblait se faire femme et homme tout ensemble, s’appellent, dans l’histoire encore trop mal lue du Pinturicchio, l’Appartamento des Borgia, les Camere du Château Saint-Ange et la Libreria de Sienne. Une récente et pontificale restauration des Chambres Borgia, — les premières en date dans l’œuvre de ce maître, — nous permet de leur consacrer une première visite et d’utiliser, à leur louange, les notes que nous en avons rapportées. Au surplus, les chefs-d’œuvre que le Pinturicchio peignit au Château Saint-Ange, pour servir à l’histoire de Charles VIII et à sa descente en Italie, n’y existent plus. Quant aux peintures, heureusement intactes, de la cathédrale de Sienne, elles nous permettent de remettre à plus tard notre pèlerinage à l’œuvre maîtresse de cet initiateur de la plus parfaite Renaissance, mais aussi au tombeau où sa mémoire sacrifiée repose. Le Pinturicchio, arrivé à Rome en 1481, pour y commencer les peintures de la Chapelle Sixtine, sous les ordres du Péruign et avec la collaboration de Ghirlandajo, de Signorelli, de Botticelli et de Cosimo Roselli, connut, de Sixte IV à Alexandre VI, une suite de patrons donataires. Les moindres d’entre eux ne furent pas les cardinaux Innocent Cibo, Basso-Rovere, Giorgio Costa et Dominique de La Rovere qui lui firent peindre leurs chapelles de famille à Sainte-Marie-du-Peuple, et les Bufalini qui lui commandèrent aussi leur chapelle privée à l’Ara-Cœli. Quelques
L'APPARTEMENT BORGIA AU VATICAN travaux supplémentaires au Dôme d'Orvieto, où il fréquenta Signorelli, et aux palais Scossacavalli et des Douze Apôtres appartenant aux La Rovère et Colonna, à Rome, et enfin à celui que le cardinal Rodrigue Borgia venait d'ériger à Montegiordano; et le Pinturicchio ne connut plus, à la Capitale, d'autre maître que le neveu de Calixte III, devenu pape à son tour, en 1492, sous le nom d'Alexandre VI. Et, à la fin de cette même année 1492, le peintre des Borgia fut invité à installer ses échafaudages dans l'appartement du Vatican que le nouveau pape s'était choisi, au-dessous de celui que Nicolas V avait occupé et que Piero della Francesca et le Pérugin avaient illustré d'admirables peintures, sacrifiées malheureusement plus tard au vandalisme génial d'un Raphaël qui n'hésita pas à en effacer les chefs-d'œuvre pour y superposer les siens dans ces chambres appelées, depuis, les stanzes de Jules II. Plus heureux que ses devanciers, dans ce Vatican si vaste et cependant trop étroit pour contenir toutes les merveilles d'art que l'avenir y déposerait, le Pinturicchio, qui, de la fin de 1492 à la fin de 1494, allait, à lui seul, peindre et ornementer, des pavés aux voûtes, les sept chambres de cet immense Appartement Borgia, serait aussi le seul qui en conserverait le mérite à travers les âges. Malgré la malice du sort ou plutôt grâce à elle, l'ostracisme de l'Histoire a confiné cette œuvre loin des yeux, dans ces salles interdites, jusqu'à ce que la clairvoyante libéralité de Léon XIII réparât enfin, avec les peintures de ce maître et la mémoire de ce pape, deux injustices flagramment commises autant par les amis que par les ennemis de l'Eglise. Une simple visite dans cet Appartement mémorable va nous fournir l'occasion de répartir, entre le Pinturicchio et Alexandre Borgia, la part de gloire qui revient à chacun d'eux; sans oublier, dans ces sept salles restaurées par Léon XIII, le tribut de reconnaissance que l'histoire doit à ce dernier pape, bien digne de figurer dans les Annales des Pontifes romains, protecteurs traditionnels des beaux-arts. La première salle de l'Appartement Borgia est appelée la Salle des Pontifes. Elle ne conserve rien du Pinturicchio, qui, apparemment, n'y laissa rien. Vasari (Edit. Milanese, VI, 559-560) dit que Giotto y avait représenté divers papes martyrisés pour la foi du Christ, et que, pour cette raison, cette salle avait longtemps porté le titre de Salle des Martyrs. Les peintures qui y figurent, en grotesques du style et de l'œuvre même de Pierin del Vaga et de Jean d'Udine, furent commandées par Léon X à ces deux peintres rivaux de Giovanni Morio, qui passe pour le rénovateur de ce genre de peintures anciennes retrouvées alors dans les excavations de la vieille Rome des Césars, autrement dites grottes, dont le nom fut appliqué à ces nouvelles peintures. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au temps d'Alexandre VI, cette Salle des Pontifes, remarquable surtout par son immensité correspondante à celle de l'étage supérieur où Raphaël a peint les grandes victoires de Constantin, était recouverte, non par une voûte, mais par un plafond sur UNE PORTE (Appartement Borgia. — Salle des Mystères)
LES ARTS poutres ou caissons. La preuve en est fournie par le Journal de Burchardt qui raconte, au 29 juin 1500, l'accident de ce même plafond, crevé par la chute d'une cheminée supérieure, pendant un violent orage de ce jour, et ensevelissant sous ses décombres le pape Alexandre, qui donnait audience en cette salle et qui en fut relevé sain et sauf. Les plus remarquables ornements de cette première salle, qui sert aujourd'hui d'antichambre aux huissiers du Secrétariat d'État installé à l'Appartement Borgia, consistent dans le carrelage imité heureusement, par MM. Tesorone et Cantagalli, des anciennes poteries de Faenza. Des tapisseries de vieux flandres, empruntées à l'ancien trésor du Vatican, et des cuirasses prises à l'Armeria des papes en sont le plus bel ornement. Dans le nombre de ces armures, il faut noter celle dont se couvrit le guerroyant Jules II, pendant le siège de Bologne, et celle que le connétable de Bourbon portait au siège de Rome et que Benvenuto Cellini aurait percée, dit-il, d'une balle de son meurtrier falconet. Le trou y figure, mais n'est-il pas aussi bien l'œuvre d'un autre que du génial orfèvre, travesti en bombardier, comme il s'en vante dans ses trop humoristiques Mémoires? C'est à la seconde salle dite des Mystères que commence PINTURICCHIO. — UN PLAFOND (fresque) (Appartement Borgia. — Salle des Mystères) l’œuvre maitresse du Pinturicchio. Moins disproportionnée que la précédente, elle ne paraît que plus précieuse dans l’harmonie totale de son art éblouissant et cependant recueilli. Sans nous attarder à l’ensemble de la décoration dont le Pinturicchio fut l’heureux et égal distributeur dans toutes ces salles si admirablement uniformes, nous signalerons, de préférence, maints détails peu connus des peintures où ce maître portraitiste s’est plu à représenter les plus originales personnalités de son temps. Sur la muraille faisant face à l’unique fenêtre qui s’ouvre dans cette chambre, figure l’Annonciation de la Vierge où nous ne nous attarderons pas à magnifier l’œuvre si riche en attitudes élégantes et en éblouissant coloris d’un maître unique en son art d’incomparable magicien. Remarquons seulement que l’ange d’idéale beauté, qui y salue, avec un lis fleurissant dans ses mains, la Vierge plus idéale en quelque sorte que son divin messager, fut répété, en la même attitude de grâce, dans la chapelle des Baglioni, à Santa Maria Mag-
L'APPARTEMENT BORGIA AU VATICAN PINTURICCHIO. — LA VISITATION (fresque) (Appartement Borgia. — Salle des Saints)
LES ARTS giore de Spello. Le Pinturicchio, — qui lui en voudra? — aimait à se recopier. Était-ce pour mieux faire, sans y jamais mieux réussir? La Nativité, qu'il a peinte dans cette salle, se trouve refaite, à peu près de même à Santa Maria del Popolo. — Dans l'Adoration des Mages, et dans un des trois rois qui se prosternent à genoux, j'ai cru reconnaître le portrait de Louis XI, roi de France, à son masque particulier et à l'hermine de son chapeau aussi original que le visage qu'il recouvre. — Nul doute que, dans la Résurrection, le maître n'ait fait, d'Alexandre VI à genoux, en chape et les mains jointes, le plus ressemblant portrait que nous possédions de ce beau pape, — après celui qui figurait jadis dans un tableau de la chapelle dite de Santa Lucia, à Sainte-Marie-du-Peuple, où la fameuse Vanozza Caetani avait trouvé son tombeau. Le coup de dague dont l'a honoré, au front, un des reîtres du connétable de Bourbon qui campèrent ici, est peut-être de trop pour signaler ce portrait à notre attention. Il faut aussi s'arrêter devant les deux soldats, gardiens du tombeau du Christ, et qui sont certainement deux portraits. Dans le même style, la Pinacothèque du Vatican SALLE DES MYSTÈRES. — FRESQUES DU PINTURICCHIO (Appartement Borgia) possède une autre Résurrection où, dans des attitudes semblables, Raphaël fit le portrait du Pérugin, et le Pérugin, celui de Raphaël. On ajoute même que les deux autres soldats, qui figurent dans ce tableau, représentent, l'un le père de Raphaël, l'autre le Pinturicchio lui-même. — Enfin, dans l'Assomption de la Vierge qui, avec l'Ascension, complète les fresques de cette Salle des Mystères, il faut particulièrement noter le prélat agenouillé, les mains jointes, dont la beauté du visage et sa ressemblance avec Alexandre VI laisse croire que nous sommes — et l'éрудit Schmarzow est loin de contredire notre supposition — devant un des portraits les plus expressifs de François Borgia. En pénétrant dans la Salle des Saints, — qui fut le cabinet d'Alexandre VI et où le Pinturicchio semble avoir voulu faire resplendir sa plus merveilleuse palette, — nous allons droit au chef-d’œuvre de toutes ces peintures. C'est la Dispute de sainte Catherine et de l'empereur Maximien. Cette idéale vierge, aux longs cheveux blonds qui flottent sur son élégante tunique de bysse, n'est autre que le portrait réel de l'exquise Lucrèce Borgia. Et ce charmant jeune empereur, blond comme sa sœur naturelle, et assis sur un trône aux significatives têtes du bœuf des Borgia, n'est autre aussi que ce perfide autant que fascinateur César. Sans doute, la sœur n'avait que 14 ans et le frère 17, quand le Pinturicchio entreprit, en 1492, les peintures de cet appartement. Mais est-ce à dire qu'il commença par cette fresque; et ne put-il pas, au contraire, la réserver pour la fin, comme le morceau préféré auquel le maître se réserva de revenir jusqu'à la fin,
DELLA ROBBIA. — LE STEMMA D'INNOCENT VIII (CIBO) (Appartement Borgia. — Salle des Arts Libérans) SALLE DES ARTS LIBÉRAUX. — FRESQUES DU PINTURICCHIO (Appartement Borgia)
PINTURICCHIO. — LA DISPUTE DE SAINTE CATHERINE (fresque) (Appartement Borgia. — Salle des Saints)
PINTURICCHIO. — DÉTAIL DE LA FRESQUE : LA DISPUTE DE SAINTE CATHERINE (Appartement Borgia. — Salle des Saints)
LES ARTS c'est-à-dire deux ans plus tard. Quelle contradiction y trouvent, avec Stevenson et Ehrle, les partisans d'un Appartement Borgia sans les portraits de cette même Lucrèce de 16 ans, et de ce même César de 19, que leur père ou leur oncle, — que nous importe la version de Gregovorius ou celle de Leonetti? — appelait sa filia naturalis et son filius naturalis dans les nombreuses bulles de donation qu'Alexandre VI fit notarier si minutieusement, en leur faveur? Cette importante fresque est, d'ailleurs, pleine de portraits contemporains; et qui voudra bien y chercher, y trouvera toutes les personnalités artistiques, littéraires et politiques du règne d'Alexandre VI. Dans le groupe gauche, qui se cantonne derrière le trône de l'empereur, il est facile de reconnaître, à leurs toques de mode florentine et ombrienne ou à leurs simples tuniques d'artistes, et le Pérugin, et le Pinturiccho, et Raphaël, et Buonfigli, et Fiorenzo, et Torregiano, et Volaterrano, et le Sodoma. Deux personnages occupent deux places d'honneur auprès du trône; ce sont, le premier, André Paléologue, despote de Morée, neveu et héritier de l'infortuné Constantin qui fut le dernier empe- reur de Constantinople; l'autre, le prince Djem, frère de Ba-jazet II, que le pape Innocent VIII avait hospitalisé au Vatican en 1489 et qui, depuis, s'y faisait remarquer par sa mélancolie toujours silencieuse et surtout par son turban de fin lin auquel il employait, dit la chronique, un nombre d'aunes invraisemblable. Enfin, — s'il est permis de passer par-dessus d'autres groupes où il ne serait pas impossible de préciser le signalement de Machiavel, de l'Infessura, de Pierre Bembo et de bien d'autres politiciens et littérateurs en renom à cette époque, — nous devons observer, sur un coin de la fresque, ce beau cavalier au destrier blanc et au blanc turban qui le précise, non moins que son visage à profil borgianesque, si nous nous rappelons ce qu'en écrit mainte fois Burchardt dans son Journal et, entre autres jours, le 5 mai 1495 : « Processerunt Djem sultan, apud SS. D. N. detenus, et Johannes Borgia in habitu Turcarum, a sinistris. » Ce compagnon de Djem en chevauchées, qui s'habillait en Turc, comme son ami, n'est autre que Jean Borgia, duc de Gandie, frère premier-né de César et de Lucrèce. Le Pinturicchio en a fait le portrait dans cette fresque, comme il y avait aussi représenté ceux du frère et de la sœur. N'avons-nous pas dit que cette salle était celle où Alexan-
L'APPARTEMENT BORGIA AU VATICAN ANDREA BREGNO, élève de NINODA FIESOLE (?). — CHEMINÉE DE MARBRE (Appartement Borgia. — Salle des Arts Libéraux)

Cet article explore l'appartement Borgia au Vatican, en se concentrant sur les fresques du Pinturicchio. Il détaille les différentes salles, notamment la Salle des Pontifes et la Salle des Mystères, en analysant les œuvres et les portraits qu'elles contiennent. L'auteur discute également des restaurations récentes et de la place de ces peintures dans l'histoire de l'art de la Renaissance.