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LES ARTS N° 5 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Juin 1902 Bronze par Bertoldo (FLORENCE, XV° SIÈCLE) (Collection Edm. Foulc)
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LES ARTS N° 5 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Juin 1902 Bronze par Bertoldo (FLORENCE, XV° SIÈCLE) (Collection Edm. Foulc)
J.-P. MILLET. — LES BUCHERONS (Collection de M. Henri Rouart) La Collection de M. Henri Rouart$^{(*)}$ J.-F. MILLET. — BERGERE Les autres petits morceaux de Delacroix (qui sont, comme la cassette de l’Avare, petits par leurs dimensions, mais « grands par ce qu’ils contiennent ») sont : un coin d’atelier avec un petit poêle chauffé à rouge, un Delacroix inattendu, presque un Hollandais; une de ces très belles études de fleurs qu’il se complaisait à brosser à Champrosay, en guise à la fois de repos et d’exercice de couleur ; une petite peinture singulièrement riche et mordante, représentant des Hindous au turban rouge, à la peau basanée, à la blanche tunique ; enfin une des petites esquisses où le peintre tourna et retourna l’idée du plafond d’Apollon. Des dessins aussi, et de nombreux et d’admirables, cela va sans dire; de ces dessins, qui $^{()}$ Voir Les Arts*, n° 3 (Avril 1902). sont si émus et si émouvants, et qui, eu égard à leur beauté encore mal appréciée, ont pu faire appeler par M. Degas, Delacroix « le moins coûteux des grands maîtres ». Mais le triomphe de la collection, en fait de dessins, comme en fait de peintures, ce sont les Millet ainsi que les Daumier. Ici, coûte que coûte, je cesse de suivre un ordre historique, et, puisque voilà prononcés trois noms qui sont des plus importants et aussi des plus curieux à rapprocher, je veux vous parler de Millet, de Daumier et de M. Degas; je ne connais rien d’ailleurs de plus écrasant à apprécier. Quand on commence à écrire sur les arts, on a l’illusion qu’on découvre une foule de choses, et que les paroles qu’on aligne sont aussi utiles que définitives, et puis, plus on va, plus on sent amèrement la vérité du mot de M. Degas (toujours et toujours le terrible M. Degas; c’est lui qui tient ici le dé, ne vous en plaignez point), mot qu’on ne saurait trop souvent glisser parmi les petits papiers de l’écrivain d’art : « Les lettres expliquent les arts sans les comprendre. » Lorsqu’on commence à bien être pénétré de la justesse de cet aphorisme, au point d’être beaucoup moins prompt à vouloir expliquer les œuvres d’art, c’est que l’on est arrivé à les aimer beaucoup mieux. Voilà une quinzaine d’années que je pénétrais pour la première fois dans cette collection Rouart en vue de faire une étude sur Daumier précisément, étude qui m’apparaît aujourd’hui pleine de rhétorique, mais qui rendit quelques services:
COROT. — TIVOLI VU DE LA VILLA D'ESTE (Collection de M. Henri Rouart)
LES ARTS en faisant comprendre au public la grandeur, le génie d’un maître qu’il n’avait jusqu’ici considéré que comme un amuseur; puis, en faisant connaître l’existence d’une grande partie de l’œuvre peinte de Daumier, oubliée chez sa veuve. Service signalé s’il en fut, car, à quelque temps de là, des marchands se rendirent à Valmondois, et raflèrent chez la vieille dame tout l’atelier pour une somme bien inférieure au centième de la valeur réelle, — de la valeur d’alors! Quel accueil exquison trouvait chez M. Rouart! Comme il était heureux de voir que l’on y venait enfin, à ce Daumier si apprécié de travers! Et quelle puissante impression chaque visiteur nouveau a toujours ressentie du choc d’un beau Daumier brusquement aperçu pour la première fois! Millet, Daumier, Degas, chacun avec son tempérament particulier, sa note très à part, procurent cette sorte de commotion saine, donnent cette idée d’originalité sans bizarrerie, H. DAUMIER. — LA LECTURE DU MANUSCRIT (Collection de M. Henri Rouart) de force sans brutalité, de solidité et de plénitude. Ce sont trois peintres sculpturaux. Ils excellent à rendre à la fois la masse et le mouvement. Les deux premiers sont pleins de grandeur, le troisième a ajouté à un style instinctif non moins robuste, toute sorte de curiosités pénétrantes et de subtilités de couleur délicieuses. Tous trois ont une grande force de pensée (j’entends que nous pensons beaucoup en regardant ce qu’ils ont ressenti), et ils sont grands peintres intellectuels chacun à sa manière. Daumier est des trois celui qui a le moins d’arrière-pensées, et aussi, peut-être, le plus de force spontanée. Il tire directement de son cerveau les visions qu’ils jette fièvreusement sur la toile ou sur le papier. C’est un monde qui ne ressemble en rien, somme toute, à celui parmi lequel nous vivons, parmi lequel Daumier vivait lui-même, et pourtant cela évoque ce monde même avec un extraordinaire relief. Michel-Ange de la sottise bourgeoise ou de la rouerie avocassière, il campe les mouvements, ouvre les bouches, écari- quille les yeux, modèle comme d’un coup de pouce vigoureux ses sortes de mandragores. D’une seule physionomie, d’un seul trait, il fait entrevoir tous les travers d’une société, tandis que Monnier s’épuise à noter les moindres détails, et,
DEGAS. — DANSEUSES A LA BARRE (Collection de M. Henri Rouart) Copyright 1907, by Moore, Japanty Co. $\mathcal{S} \in \mathbb{R}$
LES ARTS à force de réalité, arrive à l'irréel. Daumier, lui, donne une réalité supérieure. Il ne s'astreint pas à décrire exclusivement les scènes de la vie courante. Que son caprice l'emporte, et Molière lui sera un prétexte superbe à peindre, et pareillement La Fontaine ou un autre jour Cervantès. Il n'y a pas de scènes peintes de Don Quichotte dans la collection Rouart, et d'autre part, un de ses chefs-d'œuvre, le Meunier, son Fils et l'Ane, a dû s'en aller au delà des mers. Mais il y a un Scapin magnifique qui écoute avec une intense expression de canaillerie, les nouvelles que Crispin lui apporte et lui glisse à l'oreille. Il y a aussi une scène de foule surprenante, une sorte de ruée d'hommes, et qui, sans être cela, peut-être, évoque l'idée d'un Camille Desmoulins, au Palais Royal, entraînant les patriotes. Puis, parmi les scènes de la vie contemporaine, un des plus beaux, en tant que richesse de matière et beauté de couleur, parmi les Amateurs d'estampes dont Daumier a si souvent aimé à épier les attitudes. Une salle de théâtre, ou plutôt un parterre rempli de spectateurs adipeux, riant d'un rire épais et bruyant. Des avocats dans la salle des Pas-Perdus, avec leur manège important, leurs robes noires encore agitées par les tempêtes oratoires, leur toque en arrière pour laisser de la fraîcheur à leur front chargé de pensées, ou gonflé de vent, — silhouettes singulièrement puissantes, et traitées avec une robuste ironie qui n'a jamais été plus d'actualité. Enfin, cette scène en apparence si simple et si profonde reproduite ici, d'un liseur enthousiaste, qui inflige à un auditeur patient le supplice de tout ce que vous pouvez imaginer de plus rasant, peut-être une tragédie ou un traité philosophique. Je suis forcé de passer sur beaucoup de remarquables petites peintures du maître, qui mettent en scène des buveurs, des bourgeois pérorant, des Robert Macaire, et toute cette comédie humaine de Daumier qui l'apparente à Molière. Mais je ne puis passer sous silence les dessins et les aquarrelles qui sont aussi variés et d'un aussi beau choix. Je prends au hasard. Une Parade de Saltimbanques, qui est un des chefs-d'œuvre dans la série dessinée et rehaussée de couleurs; cette pièce admirable appartenait à Alexandre Dumas fils qui nous dit M. Rouart, ne sut peut-être pas en apprécier la puissance, la tapageuse furia, puisqu'il s'en sépara de bonne heure, et pour une somme relativement modique. Une gare de chemin de fer avec l'affolement des familles en retard, merveilleusement pris sur le vif. Une scène de carnaval, des masques intriguant un malheureux qui s'ennuie mortellement sous son faux nez... Et tout cela est à la fois d'une vérité profonde et d'une grandeur épique. Tout cela est, non point du procès-verbal, mais de la plus haute comédie. Enfin, je noterai, du moins à titre de curiosité, toute une série des dieux de l'Olympe, simples dessins de costumes bouffons qui avaient été commandés à Daumier pour une féerie de la Porte-Saint-Martin, et dans cette suite, sans autre importance que sa bonne grosse gaîté, le dessinateur a trouvé moyen de mettre sa griffe. Ne faut-il pas, en vérité, féliciter M. Rouart d'avoir su, un des tout premiers, recueillir un si grand nombre de peintures et de dessins d'un homme qui, nous ne saurions trop le redire, était alors généralement dédaigné, et que tout au moins il fallait être extravagant ou doué de bien peu de goût, pour accrocher aux murailles d'une riche maison, au milieu d'œuvres que l'on discutait encore, — mais plus respectueusement? Copyright 1902, by Manzi, Jayant & Co. DEGAS. — EXERCICES DE DANSE (Collection de M. Henri Rouart)
DEGAS. — LEÇON DE DANSE (Collection de M. Henri Rouart) Copyright 1903, by Monty, Japan & Co.
LES ARTS Millet, alors, n'avait pas atteint la cote formidable qui, de nos jours, a inspiré pour ses œuvres une profonde considération à ceux qui n'aiment pas admirer sans raisons. Toutefois il était parmi ces discutés. Un reste de superstition académique s'attachait à ses pas, et l'on trouvait ses paysans lourds et vulgaires, car on savait, d'après certains romanciers et certains peintres, qu'on peut être paysan et demeurer suffisamment homme du monde. M. Rouart, sans doute, ne s'était pas arrêté à ces considérations. C'est pour cela que de bonne heure il se passionna pour le génie de Millet, et il s'arrangea de telle sorte que le maître fût chez lui représenté sous tous ses aspects. Ainsi, non seulement on trouve ici des dessins en nombre, et des plus beaux qui soient, des peintures de l'époque où Millet fut en pleine possession delui-même (l'Homme à la veste, les Bücherons, etc.), mais encore de ces peintures ossianesques de ses débuts qui, par leur conception poétique, leur couleur nacrée, semblent une sorte de compromis entre Prud'hon et Girodet. Mais c'est surtout aux dessins, croyons-nous, qu'irait notre prédilection si nous étions forcé de faire un choix : voyez ceux que reproduit notre illustration. Ils sont la grandiose paraphrase de cet admirable vers de La Fontaine qui nous revient souvent en mémoire lorsque nous voyons certaines œuvres de Millet : Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée... Il n'y a pas d'artiste, à aucune époque, qui ait montré plus de puissance dans le dessin et plus de noble vérité dans la pensée. Une des œuvres les plus inattendues pourtant, dans cette série de Millet, est un grand pot de marguerites, posé sur le rebord d'une fenêtre, et derrière lequel s'entrevoit une jeune et souriante figure de femme. M. Rouart dit avec raison que cette œuvre, d'une couleur extrêmement harmonieuse, est une des choses de la peinture moderne « où il y a le plus d'air ». Mais il faut se borner à ces quelques mots sur Millet. On ne peut plus avoir la prétention de l'expliquer, et la liste des œuvres qui sont ici allongerait inutilement notre promenade. Daumier, avons-nous dit, était le moins systématique des trois grands peintres de la vie qui règnent dans la collection Rouart. En effet, chez Millet, on peut distinguer, on pourrait même formuler en préceptes tout un système philosophique et pictural. Cela ne le diminue en rien, car chez lui, comme chez presque tous les grands artistes, la volontén'est que la servante docile du sentiment, tandis que chez certains autres, qui demeurent simplement des exceptions, c'est le cerveau qui agit tout d'abord et crée un système de toutes pièces, un terrain artificiel sur lequel le sentiment a grand'peine à ne pas s'étioiler. Or, tandis que Daumier peint et dessine sans jamais se demander pourquoi, chez Millet et chez M. Degas, au contraire, il y a un parfait équilibre entre le sentiment et la volonté, un magnifique contrôle de soi-même qui donne aux œuvres une force incomparable, et un je ne sais quoi de complet à quelque point que ces œuvres soient poussées. Ce sont là trois superbes exemples des études que l'on peut faire entre les instinctifs et les volontaires en art. M. Degas, comme les deux autres maitres, est un peintre sculptural; c'est-à-dire que par la vigueur et la simplicité du modelé, il nous donne l'impression de la solidité et de la plénitude. Ce qui le distingue d'eux, c'est une certaine passion de raffinement ajoutée à la puissance, dont les autres ne se sont pas souciés, et un sentiment tout particulier, que, faute d'autre terme, on désigne par le mot, très vague d'ailleurs, de « moderne ». Par exemple, Daumier, avec sa robuste palette grise et brune, Millet avec ses verts soutenus et ses bruns rougeâtres se sont créé une tonalité générale qui, une fois pour Copyright 1902, by Monti, Joyant & Co. DEGAS. — AU CAFÉ-CONCERT (Collection de M Henri Rouart)
LA COLLECTION DE M. HENRI ROUART toutes, leur sert à exprimer la plupart de leurs idées. M. Degas, au contraire, est assoiffé d'une couleur rare, infiniment variée dans son unité, qui va tantôt du camaïeu presque pur, à la crue et vive polychromie d'un décor de théâtre inondé de lumière. Il est tel tableau de danseuses par M. Degas qui est gris, fin, et à peine irisé comme une perle; il en est d'autres qui sont brillamment bariolés et qui évoquent de loin le souvenir d'un châle de l'Inde, d'une miniature persane. De même, ce peintre s'est avisé de toute sorte de recherches dans la composition et le dessin, correspondantes à cette curiosité si aiguisée dans les recherches de couleur. Par exemple les scènes vues de haut, qui ont changé tous les vieux usages de la perspective; ou encore certaines coupes de tableaux, aussi heureuses que hardies, notamment dans la façon dont sont présentés, fragmentairement, les personnages ou les accessoires des premiers plans. Enfin, chez lui, ce sentiment « moderne », ou appelé tel, se distingue à la qualité toute spéciale, soit de l'humour, soit de l'émotion. Car il est souvent amer et ironique, et d'une façon cuisante et caustique auprès de l'homérique bonhomie de Daumier; et souvent aussi, il a une espèce de bonté et de gravité, mais beaucoup plus subtiles que le sentiment « humanitaire » de Millet. Je pense entre autres à certains portraits de femmes qui, par leur mélancolique beauté, vous pincent le cœur à vif lors de la première rencontre avec ces œuvres véritablement vivantes et inquiétantes. Ainsi cet étrange maître, toujours si divers et toujours si personnel, tout en se rattachant aux plus hautes traditions, a ouvert la porte à maintes passions nouvelles, et, en considérant la belle austérité, l'impeccable tenue de son œuvre, l'élévation de son esprit, et, d'autre part, l'action que ses goûts relevés et raffinés avaient exercée sur toute la jeune école, on a pu dire de lui que c'était une grande vertu qui avait engendré bon nombre de vices. Mais il ne s'agit pas ici de faire une étude de M. Degas et de son œuvre; et nous avons même conscience que tout ceci est à la fois trop vague et trop détaillé. Lorsqu'on fera (ce qui ne saurait manquer) un livre sur cet homme si considérable dans l'art du xixe siècle, on éprouvera plus cruellement que jamais la vérité de son mot célèbre: « Les lettres expliquent les arts sans les comprendre. » Que de boutades trucidantes, que d'aperçus originaux, que de véhémentes et étincelantes discussions eurent lieu dans les diners qui réunissaient, rue de Lisbonne, chaque semaine ces deux amis, Degas et Henri Rouart! Que n'y a-t-il des phonographes, — et des phonographes rétrospectifs encore, cachés dans les coins des pièces où de tels hommes se reposent de leurs laborieuses journées! L'écho seul de ces entretiens nous est parvenu juste assez pour nous causer des regrets. M. Rouart, du moins, peut se consoler en regardant ses murs, de ce que, si les mots s'envolent, les tableaux restent. Il possède de ces merveilleuses répétitions de danse, où est si finement noté la lumière grise des matinées de Paris, où les mouvements sont synthétisés avec une telle précision
LES ARTS et une telle force que l'on sent véritablement le jeu, le ressort vif et souple des muscles, et que l'on pourrait presque noter les rythmes suivant lesquels ils se meuvent. Les Danseuses à la barre sont une de ces délicieuses perles grises dont nous parlions. Il y a aussi des études de physionomie d'une grande profondeur, comme cette Chanteuse de café-concert, où l'on voit jusqu'à quel point la stupidité a été étudiée avec esprit et la vulgarité rendue avec distinction. J'ai grande envie, pour une fois, de commettre une de ces indiscrétions de journaliste que M. Degas abhorre (et il a bien raison !) en vous citant un trait bien piquant des relations entre le collectionneur et l'artiste. Le tableau des Danseuses à la barre est, lorsqu'on le regarde comme tous les tableaux dans les collections, c'est-à- PUVIS DE CHAVANNES — ÉTUDE POUR « MARSEILLE, PORTE DE L'Orient » Palais de Lonchamp, à Marseille (Collection de M. Henri Rouart) dire du côté de la peinture, un chef-d’œuvre. Si on le regardait de l’autre côté, à travers la muraille, grâce au système des rayons Röntgen, on verrait que c’est un prisonnier ! En effet, un solide cadenas le retient à la paroi, de peur qu’il ne s’envole. M. Rouart a la clef de ce cadenas, et vous pouvez être bien certain que s’il la prête à quelqu’un ce ne sera pas à l’auteur du tableau. En effet, ce ne sont ni les cambrioleurs, ni ces admirateurs indiscrets qui témoignent leur amour par des enlèvements, que M. Rouart redoute : c’est M. Degas lui-même. Comme le peintre était assez content de cette œuvre il voulut mainte fois la ravoir à l’atelier, pour y ajouter à loisir quelques petits accents, un rien… Or, les riens que de tels artistes, avides de perfection et toujours terriblement exigeants envers eux-mêmes, ajoutent ou changent à une chose qui les passionne, durent parfois de longues années. M. Rouart prit donc le parti héroïque de défendre, avec l’aide du serrurier, les Danseuses à la barre, et contre les sollicitations amicales du peintre, et contre sa propre faiblesse. Ainsi, pour prendre une comparaison tirée d’un maître cher à l’auteur des Danseuses, ces nouvelles Angéliques sont si bien fixées au rocher, que M. Degas lui-même, malgré toute sa vaillance, n’en peut pas être le Roger. (Sera continué.) ARSÈNE ALEXANDRE.
CHEMINÉE EN PIERRE, DE L'ITALIE DU NORD, SURMONTÉE D'UN GROUPE EN BOIS PEINT DE PICARDIE (FIN DU XV° SIÈCLE) La Collection de M. Edmond Foulc$^{(*)}$ $\mathcal{S}$ R les dressoirs et sur les tables, ce sont merveilles de la Renaissance italienne, allemande ou française. Aucun classement autre que celui qui satisfait le plus les yeux. La main peut saisir l’objet, le caresser et en goûter la grasse souplesse si c’est un bronze, faire jouer les brillants reflets d’une faïence italienne, éprouver la fierté d’une belle épée d’Augsbourg ou de Milan. Un seul objet étranger de bien des siècles à ceux qui l’entourent est un petit faune de bronze antique, qui est la merveille des merveilles; il marche, les reins cambrés, sur la pointe des pieds, le bras gauche étendu; sa poitrine seule est couverte d’une légère étoffe, qui passe de l’épaule gauche sous le bras droit. Le corps, sous les empâtements de la première enfance, laisse deviner latente et en développement une force peu commune. La fonte, rongée par places à la suite de longs séjours sous terre, est d’une belle matière. Et cet objet ne se trouve pas dépaysé au milieu des bronzes italiens du xve siècle qui l’entourent. N’est-ce pas de bronzes semblables que les artistes du quattrocento s’inspirèrent si souvent, et ne connaissons-nous pas tel enfant de Donatello, au Bargello de Florence, qui semble le frère de celui qui nous occupe? Un petit David, vêtu du délicieux costume florentin, les longs cheveux bouclés épandus sur les épaules, le pied gauche posé sur la tête du Goliath, tient abaissé, de la main droite, un formidable glaive. Il est attribué au Padouan Bartolommeo Bellano, le principal élève qu’ait formé Donatello à Padoue, et qui continua après lui les bas-reliefs de bronze du Santo. L’élégance et le charme de cette petite figure ont ce caractère bien particulier qui se retrouve dans toutes les œuvres de l’école de Donatello, et qui sont un reflet de son génie. Trois figures du David en bronze nous permettent ainsi de sentir très vivement trois formes de sensibilité artistique chez quelques-uns des plus grands sculpteurs et fondeurs de bronze du xve siècle italien. Donatello dans la célèbre statue conservée au Musée du Bargello à Florence, nous a $^{(*)}$ Voir les Arts, n° 4 (Mai 1902).

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente une analyse approfondie de la collection de M. Henri Rouart, mettant en lumière des œuvres de Millet, Daumier et Degas. Il aborde également la faillite Humbert et la vente aux enchères de tableaux modernes, pastels et aquarelles, offrant un aperçu des tendances artistiques et des collectionneurs du début du XXe siècle.