Extrait

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LES ARTS N° 3 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Avril 1902 LOUIS DAVID. — PORTRAIT DE MADAME SERIZIAT, NÉE PÉCOUL Peint en 1795. — Salon de l'An IV. — Exposé en 1863 et 1900. — Acquis par le Musée du Louvre en 1902

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--- Les Accroissements des Musées DEUX PORTRAITS PAR LOUIS DAVID « Oui! voilà bien le grand maître! Comme tous les « autres portraits pâlissent près de ceux-là! Quelle sim- plicité dans les attitudes! quelle vigueur de pinceau!... « Le portrait de l’homme est bien composé. Le visage « manque de rondeur et de vie, mais les culottes, les « bottes, etc., sont rendues avec une grande vérité. Le linge « n’est pas trop soigné, ainsi que le fond. Ce n’est pas chose « facile de bien détacher une figure sur un fond de ciel... « Le portrait de la femme est peut-être encore plus beau. « La robe est parfaitement rendue; la tête est pleine de vie, « mais le ton est dur et cru. Il y a aussi quelque embarras « dans l’attitude de la figure, on ne sait si elle est assise ou « debout. Enfin, l’avant-bras paraît trop court, et peut-être « aurait-on pu mettre plus de grâce dans la main. L’enfant « qu’on voit sur le tableau, près de la femme, est d’une « teinte admirable : la tête semble être de Van Dyck. » Qui parle de la sorte? Polyscope (Amaury-Duval), dans la Décade philosophique, où il rend compte du Salon de l’an IV, et ces deux portraits « près de qui tous les autres pâlissent », ce sont les deux portraits, par David, que le Musée du Louvre vient d’acheter et qu’il n’a pas cru trop payer bien plus de 100,000 francs. En 1852, à la vente de Lord Saint-Vincent, le portrait d’André Chénier faisait 72 francs; en 1835, à la seconde vente de l’atelier du maître, le portrait de Madame Trudaine était adjugé 40 francs; en 1826, à la première vente David, le portrait de M. Joubert était payé 123 francs; en 1837, à la vente de Gérard, le portrait du peintre par lui-même, daté de 1790, était payé 682 francs par son élève M. Delafontaine, et si, à la vente de celui-ci, il montait à 1,500 francs, c’est qu’il était poussé par le petit-fils de David; à la vente de 1826, le portrait de Madame Pastoret, assise près du berceau de son enfant, était adjugé 400 francs; à une vente X..., en 1861, le portrait de Madame de Polignac atteignait à grand’peine 330 francs. Quant aux dessins, inutile d’en parler: en 1862, à la vente Van Os, l’étude terminée, à la sépia, de Madame Morel de Taigny avec ses deux filles faisait 32 francs! Mieux, les portraits de M. Pécoul et de Madame Pécoul ont été achetés par le Louvre, en 1844, de M. Dequevau-villiers, pour six cents francs les deux. C’est le meilleur et le plus curieux terme de comparaison; car, de ces tableaux dont on suit le passage dans les ventes, certains peuvent être douteux; d’autres, qui sont authentiques, reçoivent de la figure historique qu’ils représentent une plus-value, tandis que dans les portraits de M. et Madame Sériziat, que le Louvre vient d’acquérir, comme dans les portraits de M. et Madame Pécoul, il s’agit de personnages quelconques, dont l’effigie n’éveille aucun souvenir de piété ou de curiosité, et ce sont, au propre du mot, des portraits de famille. C’est donc pour la façon dont ils sont dessinés, peints et exécutés, qu’on les apprécie, uniquement au point de vue de la peinture, et toute autre considération mise de côté. Or, l’enthousiasme que, il y a cent ans, ces portraits inspiraient à Amaury-Duval est pareil, sinon plus grand. C’est qu’en effet, pour la pose, le dessin, l’accord des tons, — sinon pour la conservation, — ils sont entre les plus beaux que l’on sache de David. Dans son œuvre, ils marquent d’une façon éclatante; ils y portent un renouveau de fraîcheur, de grâce et comme d’allégresse, qui s’explique par l’époque où ils ont été exécutés et par le but que le maître s’est proposé en les peignant. On sait que le 16 mai 1782, Jacques-Louis David avait, à trente-trois ans et demi, épousé Marguerite-Charlotte Pécoul, fille de Charles-Pierre Pécoul, entrepreneur des

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LOUIS DAVID. — PORTRAIT DE M. SÉRIZIAT Peint en 1795. — Salon de l'An IV. — Exposé en 1863 et 1900. — Acquis par le Musée du Louvre en 1902

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LES ARTS bâtiments du Roi, et de défunte Marie-Louise Lallouette. M. Pécoul, père d’un ami de David, joignait à une belle fortune un goût éclairé pour les arts, et, confiant dans la brillante carrière du jeune peintre, il l’avait recherché pour sa fille ainée. Le ménage fut heureux dix ans; il avait eu quatre enfants de 1783 à 1786, mais la politique vint tout gâter. Madame David était catholique et royaliste. David, qui pourtant n’avait point été la victime de l’ancien régime, s’était lancé à corps perdu dans la Révolution. La mort du Roi, qu’il vota, acheva de briser une union déjà fort relâchée; Madame David demanda et obtint le divorce, qui fut prononcé le 26 ventôse an II, et, laissant David aux compromettantes amitiés politiques qui entraînaient son faible caractère à le rendre complice des pires tyrannies, elle se retira avec ses deux filles chez son père, qui habitait une belle propriété à Saint-Ouen (commune de Favières), près de Tournan (Seine-et-Marne). Mais, après Thermidor, au moment de la réaction contre les hommes de Robespierre, elle ne put voir sans pitié le père de ses enfants emprisonné par des hommes qui n’avaient point comme lui l’excuse de sa naïveté et, peut-on dire, de sa niaiserie politique. Elle se rapprocha de lui et s’efforça de le sauver. Elle avait deux sœurs: l’une, Émilie, qui avait épousé M. Sériziat; l’autre, Constance, avait été mariée à Auguste-Cheval Hubert ou de Saint-Hubert, architecte, grand prix d’architecture en 1784. Hubert avait été associé par David à ses programmes de fêtes nationales et lui devait, semble-t-il, la direction des travaux de transformation de la Sorbonne; mais, soit qu’il eût peur pour lui-même ou pour ses intérêts, il se terra, s’il ne fit pis. Sériziat, au contraire, s’établit le fondé de pouvoirs de son beau-frère, dont il rédigea et signa les pétitions; de concert avec Madame David, il mit en mouvement les peintres, les gens de lettres et les élèves du peintre, et, le 8 nivose an III, il obtint qu’un décret ordonnât l’élargissement de son beau-frère. Bien mieux, il lui donna asile à sa campagne de Saint-Ouen, dont, à la suite de la mort de M. Pécoul, il venait d’hériter. Il y avait d’autant plus de mérite que sans doute il était le fils du général Sériziat, qu’on reprochait à David de n’avoir pas sauvé de l’échafaud. David, il est vrai, s’en défendait. « Qui ne sait, écrira-t-il tout à l’heure, que, pendant plus de quinze mois, j’ai défendu la vie de Charles Sériziat, général de brigade, mon allié, et qu’après l’avoir soustrait aux proscriptions lyonnaises, j’ai eu la douleur de le voir arrêter et traduire au tribunal révolutionnaire le 10 messidor dernier, malgré les plus vives représentations que je fis en sa faveur au Comité de Sûreté générale, qui prit cet arrêté contre lui? » Dans cette retraite de Saint-Ouen, trois mois passent pendant lesquels, comme un gage de sa reconnaissante amitié, David exécute le portrait de Madame Sériziat. Mais, en germinal, une nouvelle tempête s’élève. La section du Muséum dénonce David, l’accusé d’avoir, au Comité de Sûreté générale, présenté une liste de proscription des artistes. Adressée à la Convention en floréal, la dénonciation de la section eut peut-être été mise en oubli, mais les journées des 2 et 3 prairial, l’envahissement de l’Assemblée, le meurtre de Féraud réveillent les colères contre les terroristes. Le 9, David est décrété d’accusation avec les anciens membres des Comités de Salut public et de Sûreté générale; il est appréhendé à Saint-Ouen et incarcéré aux Quatre-Nations. Mais si l’on peut rechercher David pour ses actes antérieurs à la révolution de Thermidor, vainement tenterait-on de l’impliquer dans l’attentat de prairial. A l’aide de Sériziat, il multiplie les réponses, les réfutations et les suppliques, et, le 16 thermidor, le Comité de Sûreté générale, « sur les rapports qui lui ont été faits constatant la maladie du représentant du peuple David et l’état où il se trouve, arrête qu’il sera transféré dans la maison de la citoyenne Pécoul, section du Luxembourg, où il restera sous la garde d’un gendarme, jusqu’à ce qu’il puisse être conduit à Saint-Ouen, près Tournan, Seine-et-Marne, chez le citoyen Sériziat, pour y demeurer sous la garde du même gendarme ». Bien que sa liberté définitive ne dût être prononcée que par l’amnistie décrétée par la Convention le 4 brumaire an IV, David, sous la garde de son gendarme, ne jouit pas moins profondément des délices de cet automne où il trouvait la liberté et une vie très douce dans cette jolie campagne, entre ces deux êtres de grâce et d’amitié, celle que Madame David appelle toujours « la bonne Émilie » et celui, dit-elle, « dont nulle marque de dévouement ne doit étonner » et qui se montra « l’ami le plus zélé ». C’est en cette joie de la liberté retrouvée et de l’existence reconquise que David acheva le portrait de Madame Sériziat et qu’il exécuta celui de son beau-frère. Bien que les deux tableaux aient été exposés au grand salon du Muséum du Louvre, ouvert en vendémiaire de l’an IV, un seul est inscrit au livret: N° 106. — Portrait d’une Femme et son enfant. Mais on a vu l’émotion que l’un et l’autre produisirent. *** Dans cette prodigalité de statues qu’on dresse comme au hasard à tout peintre dès qu’il meurt, il se trouvera peut-être, quelque jour, un morceau de marbre ou une coulée de bronze sans emploi qu’un statuaire oisif imaginera d’employer à reproduire l’image du glorieux chef de l’École française, de celui qui est et reste le Maître, et qui, en ce Paris où il est né, n’a pas un buste qui évoque son souvenir, pas même une plaque de rue où son nom soit inscrit. Ce jour-là, on réunira les magnificences de son œuvre, comme on fait pour les vilennes de tant d’autres dont vainement on s’efforce d’imposer la chétive renommée. Alors, on verra le plus étonnant triomphe. D’autres portraits, pieusement conservés par les descendants de David, viendront se joindre à ceux-ci; d’autres encore, puis d’autres; ils feront cortège aux grandes compositions antiques par qui l’art fut renouvelé, aux immenses toiles où l’histoire Napoléonienne est inscrite, aux tableaux de genre où toute la grâce des êtres se trouve unie à toute leur beauté; et l’on se demandera par quel vent d’aberration et de folie les cerveaux, en France, ont été touchés, qu’il ait fallu près d’un siècle pour que Paris apprit et reconnût son injustice, pour qu’il proclamât l’immortalité de son plus grand peintre, et, près de ce quai de la Mégisserie où il est né, devant le Louvre qu’il habita et qu’il honore de ses chefs-d’œuvre, lui érigéat, à la fin, au milieu des Espagnols équestres et des miniaturistes épiques, le tardif monument de sa reconnaissance et de son admiration. FRÉDÉRIC MASSON.

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TRÉSORS DES BIBLIOTHÈQUES PSAUTIER DE CHARLES LE CHAUVE VOLET DE GAUCHE Ivoire du 1er siècle (David et le Prophète Nathan). — Bordure de filigrane d'or et pierres BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. — EXPOSITION DES MANUSCRITS, N° 267

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COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE — FRAGMENT. — IVOIRE DU XIe AU XIIe SIÈCLE Bibliothèque Nationale. — Exposition des Manuscrits, n° 275 TRÉSORS DES BIBLIOTHÈQUES IVOIRES DES RELIURES On pourrait s'étonner de rencontrer en une bibliothèque, fût-elle la Bibliothèque Nationale, c'est-à-dire la plus riche du monde, au milieu de manuscrits et de livres destinés à la manipulation brutale, tant d'œuvres sculptées, repoussées, émaillées ou sorties de pierres précieuses, en vérité plutôt reliquaires ou écrins, que non pas reliures d'usage. Même si l'on admettait que de telles œuvres fussent aujourd'hui réservées et communiquées à grand-peine, on aurait lieu d'admirer que, aux temps réputés barbares, les vieux Francs eussent couramment cherché, pour leurs manuscrits, de tels ivoires, d'aussi magnifiques dentelles d'or ou d'argent, et voulu, pour leurs livres, l'habillement somptueux. Dans la réalité des choses, il n'en allait pas autrement qu'aujourd'hui encore; ils étaient rares les manuscrits, ainsi revêtus d'orfèvreries et de sculptures, rares tellement, que leur qualité d'œuvres à peu près uniques les a sauvés du désastre à travers les temps troublés, et que, si nous les pouvons admirer encore, nous le devons à cette condition spéciale qui, d'année en année, les a rendus plus sacrés et plus dignes de respect. Le livre que les dames russes offraient ces années dernières à Madame Carnot, et qui est, dans l'instant, exposé à la Bibliothèque Nationale, procède du même sentiment; il nous semble peut-être un peu chargé de dorures et de pierres à l'heure présente; que les siècles passent, il sera d'une curiosité pareille, sinon d'un art aussi parfait, et d'une pérennité aussi certaine. Nos pères carlovingiens tenaient le livre des Évangiles pour la parole de Dieu elle-même; ils lui voulaient l'exécution impeccable des écritures, le pourpre des fonds, l'or de la lettre et, comme tabernacle, la reliure faite des matières les plus nobles. Des romains consulaires, ils tenaient l'admiration pour l'ivoire sculpté, sur lequel de grands artistes, venus de Byzance ou d'Italie, formés aux goûts des conquérants francs, jetaient les ornements antiques conservés et transformés, et savaient, avec une habileté merveilleuse, redire les scènes de l'Écriture. Tout est à la religion dans ce siècle de foi. L'Ancien et le Nouveau Testament, le Nouveau surtout, fournissent le thème, et, naïvement, avec la précision naturaliste qu'ils ont encore gardée, ces hommes montrent les Hébreux en gens de leur temps propre, c'est-à-dire PLAQUE DE RELIURE. — IVOIRE DU IXe SIÈCLE Musée de Cluny

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TRÉSORS DES BIBLIOTHÈQUES COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE Ivoire du 1er siècle (Annonciation. — Adoration des Bergers. — Massacre des Innocents) BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. — EXPOSITION DES MANUSCRITS, No 276

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LES ARTS --- dans ce compromis de costume romain encore, mais romain de la décadence, où les traditions chrétiennes jettent leur apport inattendu et singulier. Que sont les figurants du mystère de la Passion aperçus sur l'ivoire du manuscrit lain 9388 reproduit page 11? Des Romains tous, et peut-être, dans leur piété sincère, ces figurines sont-elles en réalité plus rapprochées du vrai, ou du probable, que jamais ne le seront les tableaux d'un Raphaël ou d'un Rubens. Les quatre évangiles enfermés dans ces filigranes d'or, sous cette plaque d'ivoire ajouré, passent pour avoir été écrits par Louis le Débonnaire lui-même, mais cette légende pieuse vaut, en histoire, les récits de la Chanson de Roland. Les savants disent que le manuscrit est du x° siècle, et que, par artifice, un ancien ivoire y a été fixé. Il provient de Metz et fut envoyé en 1802 à la Bibliothèque. C'est de Metz également que vient l'autre évangéliaire écrit au xi° siècle, dont l'ivoire est sûrement antérieur de deux siècles (p. 7.) Ici le mélange de la réalité et de la tradition s'accuse davantage; l'ange aux grandes ailes, la Vierge drapée, les exorcistes se confondent avec des bergers romains, portant encore ce bonnet phrygien, dont la destinée sera si extraordinaire après huit siècles. Les pampres sculptés en bordure trahissent l'origine du sculpteur, lequel pouvait apercevoir, au pays messin, les vignobles déjà existants du mont Saint-Quentin. Sur ces artistes respectueux, naturalistes au bon sens, le vrai seul exerce son impérissable puissance; ils ignorent les subterfuges des écoles, les enseignements qui, trois ou quatre siècles durant, vont plonger les arts et l'imagerie dans une sotte grammaire, en une somnolence béate, où la répétition et la copie triompheront. Les deux ivoires de Cluny ici entrevus nous permettent de juger de la décadence immédiate et brutale, à quelque demi-siècle d'intervalle. Que l'on compare la crucifixion lourde, de l'un d'eux (p. 6), à celle du premier évangéliaire dont nous parlions, on jugera du contraste, et on pourrait dire de l'effondrement. C'est que, déjà, les artisans de Saint-Claude, dans le Jura, les moines d'abbayes se sont mis à imiter les grands artistes d'auparavant, et, comme leurs moyens sont bornés et leur esthétique plus modeste, ils s'attachent de préférence au côté imagerie populaire, à ces diverses particularités qui, d'eux à nous, constitueront le thème invariable des objets de sainteté courante. A droite et à gauche de la croix du Christ, il y a le soleil et la lune, avec des figures humaines; au xve siècle ils y seront encore. Seule la robe de Jésus-Christ se sera transformée en un jupon, comme on le voit au xe siècle, dans l'autre ivoire de Cluny ci-après (p. 12), et, d'année en année, elle ira se diminuant, se remontant, tant que, à la fin, elle sera un voile à peine. Comme nous suivons expressément dans leur déformation barbare les travaux de ces sculpteurs médiévaux! Comme tout à coup, sautant de l'admirable scène, sculptée sur ivoire au temps de Charlemagne, représentant l'Ame de David protégée par le Tout-Puissant (p. 9), nous tomberons au xive siècle, après les époques d'anarchie du xe siècle, les brutalités normandes et le chaos dont les premiers Capétiens hériteront à la male heure! Qu'on cherche, sans parti pris, sans nulle considération de temps ni delieu, dans l'ivoire carolingien, ces figures d'homme campées par un maître, ces gestes souples, justes, ces lions, étudiés par un animalier de premier ordre, on a l'étonnement de retrouver, çà et là, quelque ressouvenir des Grecs fameux ou des COUVERTURE D'ÉVANGELIAIRE. — IVIOIRE SUR AIS DE BOIS DU XIe-XIe SIÈCLE Bibliothèque Nationale. — Exposition des Manuscrits, no 275

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TRÉSORS DES BIBLIOTHÈQUES PSAUTIER DE CHARLES LE CHAUVE VOLET DE DROITE Ivoire du 1er siècle (L'Ame du roi David protégée par le Seigneur). — Bordure de filigrane d'or et pierres BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. — EXPOSITION DES MANUSCRITS, NO 267

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LES ARTS Romains du grand siècle. Le sculpteur paraphrase le psaume LVI dans cette œuvre splendide, comme, au verso, il nous montre David dialoguant avec le prophète Nathan (p. 5). L'homme nu couché dans cette seconde scène, les bergers de la petite scène du bas sont d'une exécution moderne, vivante, telle que le maître le plus habile ne saurait faire mieux. Et ce sont encore les Messins qui possédaient ce chef-d'œuvre; les deux ivoires recouvraient le psautier de Charles le Chauve, écrit en 842 par le chanoine Luithard, du vivant de la reine Ermentrude! En 1674 les chanoines de Metz, ayant quelque obligation à Colbert, lui offrirent leur trésor; il passa par lui à la Bibliothèque, mais le grand ministre le garda longtemps chez lui; il l'enferma dans une gaine en maroquin à ses armes, que la Bibliothèque a gardée. Alors, de ce plein soleil de l'art carolingien, nous arrivons au xie siècle, lorsque les Normands de la tapisserie de Bayeux s'en vont conquérir l'Angleterre, et voilà que la tourmente a couru, que les belles conceptions se sont égarées, que tout l'art chrétien a versé dans la pratique lourde, hors de la vérité naturaliste. La reliure des Epitres de Cologne aperçue à la première page de cet article vient des bords du Rhin (en-tête p. 6). La décoration en est restée agréable, elle est celle des basiliques, des chapiteaux, des rosaces de façade (p. 8), mais les figures! Le hiératisme impose à ses fidèles l'expression hautaine et sublime, et, pour ces gens, cette expression s'obtient par de gros yeux en boules, des nez camus, d'affreuses grimaces. Ceux-là sculpteront aux chapiteaux des églises le Daniel dans la Fosse aux Lions, Daniel pareil à un bonhomme de pain d'épice, les lions semblables à de gros moutons. Eux ou leurs pareils en Italie, en s'inspirant des Byzantins, sculpteront la plaque de reliure du musée de Cluny que nous donnons p. 12. Crucifixion sauvage, qu'on dirait venue des préhistoriques mexicains, d'un caractère étrange pourtant et d'une particulière harmonie. Il nous faut toutefois nous recueillir pour retrouver, au milieu de ces histoires, Jésus, la Vierge et saint Jean, pour reconnaître le soleil et la lune obligés, et apercevoir, au bas, saint Vital et saint Valère dans leur petite niche. Autour ce sont les apôtres, des papes et des saints; aux deux coins de l'extrémité inférieure saint Marc et saint Luc, caractérisés par le lion et le bœuf, et ce motif persistera aux reliures pendant tout le moyen âge, en ajoutant à la partie supérieure l'ange de saint Jean et l'aigle de saint Mathieu. L'exposition de la Bibliothèque Nationale nous fait, pas à pas, suivre l'art de la reliure médiévale dans ses inventions et son esthétique particulière, mais c'est toujours Metz qui triomphe, Metz qui, en 1802, outre les pièces capitales dont nous venons de parler, envoie à la Bibliothèque Nationale un Sacramentaire de Drogon, évêque en 826; un Evangéliaire à bordure d'argent du xive siècle dans lequel est enchâssé un ivoire byzantin; un Evangéliaire de Saint-Sauveur relié d'un ivoire roman. Et c'est merveille, que, dans son histoire tourmentée, la ville lorraine eut gardé si pieusement et si heureusement ses reliques, merveille aussi que, à l'heure qu'il fallait, ces richesses fussent venues chez nous en France, où était leur place nationale. Toutes les plus belles pièces de l'exposition ne proviennent pas de Metz cependant; tout à l'heure le xie et le xiiie siècle nous fourniront des spécimens de l'art des relieurs français, au moins comparables à ceux dont nous avons parlé. De plus, il faudrait se garder de croire que l'esthétique du xiie siècle fût restée, chez nous, à l'état d'enfance où nous la trouvons dans les premiers temps des croisades. Le Missel de l'abbaye de Saint-Denis, écrit au xiie siècle, avec notation musicale en neu-mes, nous offre une reliure en métal repoussé, ornée de figures de la Vierge et de saint Jean, en relief d'ivoire, dont les poses et les costumes dénotent une belle pratique dans la taille des figures (p. 10.) Le geste de l'apôtre Jean est d'une particulière franchise et d'une belle vérité dramatique. Les «expressions» dont on abusera plus tard, sont rendues là avec Cliché A. Giraudoux. MISSEL DE L'ABBAYE DE SAINT-DENIS IVOIRÉS DU XIIE SIÈCLE ET MÉTAL REPÔSSÉ ORNÉ DE PERLES ET PIERRES Bibliothèque Nationale. — Exposition des manuscrits, n° 261

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TRÉSORS DES BIBLIOTHÈQUES RELIURE D'UN ÉVANGÉLIAIRE MESSIN DU Xe SIÈCLE Ivoire du 1re siècle (Le Baiser de Judas. — Jésus devant Pilate. — La Crucifixion), bordure romane de filigranes, pierres précieuses et verroteries BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. — EXPOSITION DES MANUSCRITS, N° 268