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LES ARTS N° 8 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Septembre 1902 FRANZ HALS. — THE LAUGHING CAVALIER (Collection Wallace)
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LES ARTS N° 8 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Septembre 1902 FRANZ HALS. — THE LAUGHING CAVALIER (Collection Wallace)
LES FRESQUES de TIEPOLO A la Villa Biron, à Vicence Pour les curieux d'art, quelle ville offre un plus grand attrait que Venise à la fin du XVIIIe siècle? Insouciante du lendemain, qui, hélas! sera terrible, elle s'alanguit doucement sur la lagune en un voluptueux crépuscule, où les derniers rayons de son merveilleux soleil doront les flots lents de l'Adriatique. Dans la ville des Doges, comme à Vérone, Vicence, Brescia, Bergame, l'art, les lettres et les plaisirs marchent de pair. L'ère des grandes pensées et des nobles actions est close. La reine de la mer et ses filles sommeillent et ne se réveillent qu'au moment des fêtes du Carnaval, où les grelots des mascarades les sortent de leur engourdissement. Ces fêtes, il est vrai, durent la moitié de l'année et pendant ce temps-là les masques et les bouffées sont utilisés pour attirer les visiteurs. Cliché F. Farina (Vicence). TIEPOLO. — LE MÉRITE Villa Biron. — Vicence Cliché F. Farina (Vicence). TIEPOLO. — LA NOBLESSE Villa Biron. — Vicence
LES FRESQUES DE TIEPOLO A LA VILLA BIRON, A VICENCE TIEPOLO. — LE TEMPS DÉCOUVRANT LA VÉRITÉ Villa Biron. — Vicence Cliché E. Furino (Vicence).
LES ARTS fons sont maîtres de la Vénétie. Alors les plus nobles personnages ne dédaignent pas les travestissements. Le loup de velours n'a-t-il pas droit d'entrée jusque dans le palais des Doges? Tout au plus faut-il l'ôter dans l'antichambre du Grand-conseil. La vie renaît de tous côtés, on se presse dans les rues et dans les ruelles, on se bouscule sur les places, on se croise sur les canaux. Cette exubérance, cette existence en plein air de tout un peuple, qui dure nuit et jour, incitent les peintres à traduire fidèlement, à exprimer gaiement les scènes pleines de vie et de mouvement qui s'imposent à leurs yeux. Alors que depuis plus de deux siècles les écoles d'Italie sont en pleine et lamentable décadence, seule celle de Venise jette encore de superbes lucurs, grâce à Guardi, Piazzetta, Longhi, Canaletto, Belloto et surtout grâce aux Tiepolo. Gio-Battista Tiepolo, le premier de la dynastie, appartient toujours à la lignée des grands Vénitiens. Il rappelle le Tintoret par sa fougue et son besoin de produire, Véronèse par le faste et la magnificence, sa touche légère et argentée, ses colorations lumineuses et transparentes. Mais l'art du Tintoret et de Véronèse est celui d'un peuple dans tout l'éclat du triomphe, comme l'était encore l'État de Venise dans la seconde moitié du xvi° siècle. Celui de Gio-Battista Tiepolo n'est plus que l'art d'une nation qui va disparaître, d'une race que la mort guette et attend. Dans les compositions des premiers, les personnages, dont la coloration souligne la forme robuste et ferme, appartiennent à la race des dieux et des héros; ceux des décorations du second, dont le dessin est subordonné aux tonalités, à la tache, ne sont plus que des comparses, des figurants, faits pour jouir des avantages qu'ils doivent à leurs grands ancêtres. Gio-Battista Tiepolo est un Véronèse dégénéré, un Tintoret diminué; s'il a encore la fécondité et l'imagination des chefs de l'école des bords de l'Adriatique, leur science et leur connaissance des glacis, leur touche claire et argentine, leurs tonalités légères et transparentes, leur amour des reflets dont il tire des ressources non pareilles; s'il a toujours leur exécution naturelle, sans hésitations ni subterfuges, ni sous-entendus, il n'a plus, hélas ! leur maîtrise impeccable, et les difficultés qu'ils surmontaient, il les évite et les escamote. Il peint ses toiles, il agence ses plafonds en fleuriste, à l'aide de combinaisons chatoyantes, ne recherchant que l'agrément de la vie. Ses sujets religieux, ainsi que ses motifs profanes, ses Christ, ses Vierge, ses saints, ses anges, comme ses dieux, ses déesses et ses héros, n'ont qu'un but : aider à la jouissance et au plaisir. Quand Jésus-Christ triomphe, quand il meurt sur la croix, c'est pour fournir, par son auréole ou par son gibet, une jolie pointe au bout d'un nuage; quand Jupiter fronce le sourcil ou lance la foudre, c'est pour aider à l'éclairage d'un coin de balcon ou de balustrade. Aussi n'est-ce pas par l'expression que brillent ses décorations, mais bien par le mouvement, par le charme et surtout par la vie. Ce serait une folie de vouloir trouver dans ses œuvres l'unité, l'équilibre, la sérénité inhérents aux productions des maîtres des grandes époques; ses compositions, dont les figures sont souvent d'un dessin insuffisant, surtout dans les nus, trop sommaires et trop hâtifs, ne sont en
LES FRESQUES DE TIEPOLO A LA VILLA BIRON, A VICENCE TIEPOLO. — LA FIDÉLITÉ DANS L'AMOUR Villa Biron. — Vicence réalité qu'un décor brillant et lumineux, dont il ne convient pas de tenter l'analyse; ce serait inutile, et pas une d'entre elles n'y résisterait. Mais, il ne s'agit pas ici d'embarquer l'œuvre de Gio-Battista Tiepolo, qui est immense, encore moins de parler de ses peintures religieuses à Padoue et à Biadene dans le Trévisan, de celles exécutées à Udine pour le patriarche Delino, qui restent, en ce genre, parmi ses meilleurs ouvrages. Notre ambition est beaucoup plus modeste, et nous entendons seulement étudier les fresques dont il a décoré l'escalier d'honneur et le grand salon d'un palazzo des environs de Vicence, connu sous le nom de la Villa Biron. C'est un vaste édifice, composé d'un rez-de-chaussée, d'un premier et d'un second étage, bâti par un de ces nombreux architectes, élèves attardés de Palladio, et aménagé peut-être par Mengozzi Colonna, dont le talent était alors si apprécié. Après avoir appartenu aux comtes Loschi, cette demeure seigneuriale, à la mort de la comtesse Drusilla Loschi, la dernière représentante de cette noble famille, échut en héritage à ses neveux, les comtes Zileri dal Verme. Elle est aujourd'hui la propriété du comte Alessandro Zileri dal Verme, dont la mère était issue de l'union de la duchesse de Berri avec le comte Lucchesi Palli. Les fresques de la Villa Biron, pour ainsi dire inconnaissables malgré leur mérite, n'en constituent pas moins un ensemble important et une des productions les plus intéressantes du maître. Elles datent de 1734, ainsi que le prouve l'inscription suivante, qui accompagne l'une d'elles : Familiae et Hospitibus Nicolaus, comes de Luschis, Exciso aquatoque monte Antiquis lateribus hinc et inde servatis Medium ampliorem domum A fundamentis Erexit ornavitque Anno MDCCXXXIV. Gio-Battista Tiepolo avait exactement 41 ans quand il exécuta ces peintures, puisqu'il naquit en 1693. Il était dans toute la force et la plénitude de son talent, qu'il conserva d'ailleurs intact jusqu'aux derniers jours de sa verte vieillesse, ainsi qu'en témoignent ses décorations du Palais Royal de Madrid, entreprises alors qu'il était plus que septuagénaire. Les peintures de la Villa Biron peuvent, sans danger, — et laissant de côté les fresques du palais Labia de Venise, — être mises en parallèle, non seulement avec celles des villas Zianigo, de Mira, du palais de Stra, avec les décorations à allures historiques de la Villa Soderini, à Nervesa, aux environs de Conegliano, plus vieilles d'une quinzaine d'années et d'une coloration moins heureuse; mais encore avec celles de cette autre demeure de patrice toute proche, la Villa Valmarena. Malgré sa prodigieuse et fabuleuse fécondité, dont il a donné tant de preuves, le maître peintre a-t-il, seul et sans aide, couvert les murailles de l'escalier et du grand salon du palais des Loschi? Il serait peut-être téméraire de vouloir l'affirmer. Ce qui est certain, c'est que s'il s'est fait aider, s'il a eu recours à ses élèves et collaborateurs habituels, au nombre desquels on ne peut encore compter son fils Dome- TIEPOLO. — LE COURAGE COURONNE PAR LA GLOIRE Villa Biron. — Vicence
LES ARTS TIEPOLO. — LA CHARITÉ DISTRIBUTANT DES AUMONES Villa Biron. — Vicence nico, qui avait alors à peine sept ans, puisqu'il était né en 1727, il s'est assurément réservé la direction du travail et a seul dessiné et arrêté les motifs de la décoration. Dans l'escalier, qui se déroule en double spirale, le vaste plafond central représente le Temps découvrant la Vérité; dans le bas, sur les murailles latérales, deux figures en camaieu simulent sur un socle, dans leurs niches, les statues habillées et drapées de la Noblesse et du Mérite; plus haut, deux autres compositions montrent l'Innocence repoussant le Vice et la Vigilance triomphant de l'Oisiveté. Le salon, de forme rectangulaire, dans lequel on accède du palier de l'escalier par trois larges baies séparées les unes des autres par leurs montants, a son plafond occupé par trois compositions; dans celle du centre, la principale et la plus importante de beaucoup, on voit la Vérité, la Justice, la Renommée, la Gloire et la Sagesse au milieu des nuées: dans celles de droite et de gauche, relativement étroites, figurent également sur des nuages: Mars, un arc dans la main gauche, et le Génie ayant un lion à ses côtés et tenant de la main droite une couronne de laurier. Sur les murs latéraux sont peints, d'un côté: la Fidélité dans l'Amour et le Courage couronné par la Gloire; de l'autre: la Charité distribuant des aumônes et la Modestie faisant fuir l'Orgueil. Ces allégories, assez peu claires aujourd'hui, ont probablement été imposées, tout au moins en partie, par les Loschi, pour célébrer les fastes de leur famille, une des plus anciennes du pays, puisqu'elle y était déjà fixée à l'aurore du xve siècle. Aussi certains personnages, entre autres: le Courage couronné par la Gloire; le Génie plus que mûr, très bonhomme et à allure si tranquille malgré son lion, tenant à la main une couronne de laurier, et sans doute encore, l'homme lié à une femme par des chaînes que réunit un cœur suspendu entre eux deux, d'un si étrange arrangement, ont un caractère tellement particulier et individuel, qu'il est impossible de ne pas voir là des portraits représentant sans doute des membres de la famille Loschi. Ainsi qu'à la Villa Valmarena, les motifs de ces décorations se réclament d'un Olympe des plus conventionnels et des plus bizarres — sorte de bric-à-brac de rencontre, ridicule, absurde et néanmoins charmant — qui consiste en colonnes tronquées, en bas-reliefs effrités, en pyramides décapiées, en vases contournés, en cassolettes ornémentées et sculptées. Il est encombré d'animaux de toutes espèces tels que chiens, moutons, paons, coqs, serpents, etc. Les personnages qui peuplent ces éthers plus ou moins antiques, ces demeures plus ou moins grecques, appartiennent, eux aussi, à un monde de dieux composite et bariolé des plus étranges, de déesses et de héros empruntés à des théogonies qui autorisent toutes les conventions, de patrices et de grandes dames sortis des palais du grand canal, de pêcheurs et de gondoliers habitués du Lido, de levantins, de mercantis et de nègres, hôtes passagers du quai des Esclavons. Mais ces personnages, qui ne brillent pas, il faut en convenir, par l'expression, malgré ce qu'ils ont de falot, de convenu et de théâtral, n'en sont pas moins vivants et évoluent dans une atmosphère magique, dans une lumière transparente et radieuse, tantôt dans des aurores roses et TIEPOLO. — LA MODESTIE FAISANT FUIR L'ORQUEIL Villa Biron. — Vicence
LES FRESQUES DE TIEPOLO A LA VILLA BIRON, A VICENCE TIEPOLO. — LA VÉRITÉ, LA JUSTICE, LA RENOMMÉE, LA GLOIRE, LA SAGESSE Plafond. — Villa Biron. — Vicence délicates, tantôt dans des midis bleus et laiteux, tantôt dans des couchants chauds et éclatants qui décelent l'harmoniste expert et subtil, le coloriste délicat et fin, énamouré des combinaisons de tons rosés et rares. Ce qui frappe dans ces fresques, c'est la recherche et la trouvaille de l'inattendu, c'est une verve endiablée, une fantaisie délicieuse, c'est une invention rare, c'est surtout le mouvement et la vie, la vie qui leur donne un charme sans pareil, c'est la joie et le plaisir de peindre, où l'auteur s'épanouit à l'aise et qu'il communique et fait partager au spectateur. Cette allégresse, les dieux, les déesses, les héros, les patrices, les grandes dames, les pêcheurs, les gondoliers, les levantins, les mercantis, les nègres, jusqu'aux animaux même, tous les êtres représentés y prennent part et y participent. Si la vie a des jours mornes et des tristesses, ils les ignorent et s'ébattent en plein air dans le poudroiement du soleil de l'Adriatique comme s'il devait éternellement luire, sans discontinuer chauffer le sol, sans arrêt resplendir au firmament et ne jamais céder la place à la sombre et inévitable nuit qui s'avance. PAUL LAFOND. TIEPOLO. — MARS Plafond. — Villa Biron. — Vicence TIEPOLO. — LE GENIE. Plafond. — Villa Biron. — Vicence
CHASSE. — XIIe SIÈCLE (Église de Xanten) L'EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DE L'ART ALLEMAND A Dusseldorf (1) L'Exposition rétrospective de Dusseldorf est pour l'art allemand ce que le Petit Palais avait été pour l'art français. En 1900, cathédrales, musées, collectionneurs s'étaient dépouillés pour grouper à Paris, durant un moment, les reliques les plus rares et les plus considérables de notre art national, et en faire voir, dans son admirable ampleur, le développement dix fois séculaire; à Dusseldorf, toute l'Allemagne, il est vrai, n'a pas été conviée et les provinces rhénanes seules ont été appelées à apporter leurs trésors : mais les églises de Cologne, d'Aix-la-Chapelle, de Xanten, de Trèves et de Hildesheim, sont assurément les plus riches de l'Empire, et, comme elles ont répondu généreusement à l'invitation des organisateurs, il est peu de branches de l'art allemand qui ne soient représentées par une série d'œuvres capitales. À défaut de la peinture, qui a été délibérément laissée de côté, la sculpture, les étoffes, l'émaillerie, la céramique, les AQUAMANILLE. — XIIIe SIÈCLE (Musée de Berlin) ivoires, l'orfèvrerie surtout, forment un ensemble d'un intérêt singulier, et l'excellence de l'aménagement dans des salles point trop grandes et parfaitement éclairées permet au public d'en jouir à l'aise et de s'y recueillir. Ce qui contribue à donner à la section rétrospective cet aspect pittoresque et sérieux à la fois, ce sont les moulages, qui l'encadrent, de quelques-uns des plus importants monuments de l'architecture et de la sculpture rhénanes. L'Allemagne ne possède pas encore de musée de moulages pour l'art du moyen âge, mais elle travaille à son Trocadéro futur, et certains des éléments en sont déjà groupés ici, le grand portail de Munster, ceux de Trèves et tant de statues isolées, Vierges des églises de Cologne, tombeaux de Laach ou sépulcre d'Oberwesel. Ce sont là des ouvrages de grande beauté et qui, pour nous, Français, ont un intérêt tout particulier, en ce qu'ils marquent clairement l'influence qu'a exercée notre sculpture du XIIIe siècle sur (1) Les photographies qui illustrent cet article sortent, pour la plupart, des ateliers de MM. Emil Hermann, Schmitz, à Cologne ; d'autres nous ont été obligamment communiquées par la direction de l'Exposition de Dusseldorf et par le Musée des Arts décoratifs de Cologne.
L'EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DE L'ART ALLEMAND À DUSSELDORF l'art allemand. L'école romane se développait normalement en Allemagne, parallèlement à la nôtre et sans qu'on pût noter de points de contact bien sensibles, quand soudain elle apprit à connaître l'art de nos imagiers de Paris, de Chartres, d'Amiens et de Reims; la conversion fut rapide et le portail de Munster est là pour en faire sentir les étapes. Alors que, dans les plus anciennes figures, les draperies à la romaine et ces visages taillés comme à la hache, mais d'un individualisme FLABELLUM — XIXe SIÈCLE Cathédrale de Hildesheim Exposition rétrospective de l'Art allemand à Dusseldorf si marqué, continuent la vieille tradition, les figures de la seconde moitié du xme siècle, une sainte Madeleine, notamment, et un chevalier, sont déjà tout imprégnés d'art français; pourtant, dans le caractère si réaliste de l'un et dans une certaine outrance qui se sent dans l'autre, l'Allemagne se décèle encore. Au contraire, à la Liebfrauenkirche de Trèves, l'Eglise et la Synagogue, le saint Jean aussi, semblent des répliques, un peu alourdies seulement, des statues de Reims. De même trois charmantes statuettes en bois de la collection Schütgen sont d'allure toute française : elles sont les
LES ARTS sœurs cadettes de la Vierge d'ivoire de la collection du baron Oppenheim, française assurément, celle-là, et qui fut tant admirée au Petit Palais, mais qui sert ici utilement de point de comparaison. Au xive siècle, l'art est tout internationalisé, et presque rien ne distingue plus une Vierge ou un gisant allemand de ceux de Champagne ou du Languedoc; il faut attendre le xve siècle et le xvie pour retrouver un art proprement allemand, et c'est alors une véritable renaissance nationale; seulement comme le foyer en est surtout dans le sud, Dusseldorf ne nous en montre qu'assez peu de monuments; l'autel de sainte Madeleine, de Calcar, est pourtant un produit fort agréable de l'école du Bas-Rhin, bien que maîtrisée d'influences flamandes et déjà touchée même, au moins dans les architectures, par cet italianisme qui devait être funeste à l'art du Nord et le mener trop vite à sa ruine. Au milieu des salles, dans ce noble cadre de sculptures, les vitrines se dressent, pleines d'orfèvreries et d'émaux, et c'est là sans doute, aussi bien pour le grand public que pour les archéologues, l'intérêt capital de l'exposition. Certes, notre orfèvrerie française du haut moyen âge a été grande, et le trésor de Conques, exposé en 1900, nous permettait d'imager, devant les richesses d'une abbaye relativement médiocre et perdue dans un pays de montagnes, ce que devaient être les merveilles des grandes maisons, telles que Saint-Denis, et de nos églises les plus illustres. Malheureusement les révolutions ont passé sur la France, révolutions religieuses et politiques, révolutions du goût aussi, car les chanoines du xviiie siècle, on ne saurait trop le répéter, ont démoli et fondu au moins autant que les protestants du xviie ou les gens de 1793; et, au milieu de tant de ruines, bien peu de monuments ont subsisté de ce qui était la véritable orfèvrerie française, de ces tables d'or, de ces reliquaires d'or, où les émaux ajoutaient l'éclat de leurs vives couleurs. Au contraire, par un heureux hasard, les trésors de la plupart des grandes abbayes et des cathédrales rhénanes ont peu souffert au cours des siècles; Cologne conserve les siens à peu près intacts; celui d'Aix-la-Chapelle, celui de Trèves, nous sont parvenus également, et des centaines d'églises moins riches ont gardé quelques pièces aussi respectables par leur antiquité que par leur valeur d'art. Beaucoup sont réunies aujourd'hui à Dusseldorf et laissent voir ce qu'a été l'orfèvrerie allemande à sa plus glorieuse époque, au xiie et au xie siècle. Quand on a passé sur quelques monuments un peu bien barbares encore, sur les châsses d'Utrecht et de Hertford, cette dernière au musée de Berlin, qui représentent l'art mérovingien, et qu'on se trouve soudain en présence des œuvres carolingiennes, de celles du xe et du xie siècle, l'écart est surprenant. Aux ciselures lourdes et maladroites, aux émaux presque opaques et rappelant encore la verroterie barbare, succèdent les formes puissantes, les ornements d'un dessin fin et ingénieux, les couleurs transparentes et d'un merveilleux éclat des émaux. La « renaissance carolingienne », cet essai de rénovation générale de Charle-
L'EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DE L'ART ALLEMAND À DUSSELDORF magne, n'y a pas été pour rien, mais c'est bien plus encore aux influences byzantines qu'il faut demander la cause de ce progrès. Non pas, assurément, que tous ces monuments soient byzantins : on l'avait pensé jadis, et quelques-uns, dans le public, le croient encore, ne pouvant imaginer que de tels joyaux fussent sortis des mains des artisans médiocrement raffinés de notre farouche Occident; c'est là une légende à laquelle il faut renoncer; mais il est certain que

Ce numéro de la revue « Les Arts » présente un article sur les fresques de Tiepolo à la Villa Biron, Vicence, datant de 1734. L'article détaille les compositions de l'escalier d'honneur et du grand salon, ainsi que les allégories représentées. Il aborde également l'influence de Tiepolo et compare ses œuvres à celles d'autres maîtres vénitiens. Un autre article traite de l'exposition rétrospective de l'art allemand à Düsseldorf, mettant en avant la sculpture, les étoffes, l'émaillerie, la céramique, les ivoires et l'orfèvrerie.