Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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2° Année - N° 45 4fr. 5 Novembre 1926 L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTÉRAIRES --- PEINTURE SCULPTURE LE LIVRE Direction, Rédaction 146, Rue Montmartre (2e) Administration et Vente : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS (6e) --- ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS --- VAN DONGEN. PORTRAIT DE MADAME L. D. --- SOMMAIRE LE SALON D’AUTOMNE La rétrospective GUILLAUMIN ……………………………………… Robert REY Conservateur Adjoint au Musée du Luxembourg. LE SALON …………………………………………………………… Jacques GUENNE De nouveaux Corot au Musée du Louvre … Paul Jamot Conservateur Adjoint au Musée du Louvre Marie Laurencin …………… André Salmon L’Art Gastronomique ……… Vanderpyl Le Salon de l’Automobile … Eugene Weiss La Mode Masculine ………… Eugene Marsan Les Expositions …………… Charensol Les Graudes Ventes. Chronique de l’Art Décoratif Ernest Tisserand Les Beaux Livres …………… Jean Dorsenne Informations. ---

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BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES 20 bis, Rue La BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9e) Téléph. Central 88-28 — Télég. MARIENECO PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ECOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- dominique DELIVRE DU CAUCHEMAR DE L'ANGCIEN dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DECORE dominique 104 FAUBOURG SAINT-HONORÉ - PARIS TEL: ELYS. 62-84

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vient de paraître dans la collection LA CULTURE MODERNE sous la direction de FLORENT FELS LA SCULPTURE GOTHIQUE par DENISE JALABERT Diplômée de l'École du Louvre Chargée de conférences dans les Musées Nationaux Un volume illustré: 6 francs Dans la même collection: Byzance et l'art du XIIe siècle ... G. Duthuit La Sculpture Romane ... Denise Jalabert L'Art et la Folie ... D'Jean Vinchon L'Humanité Primitive ... Capitan et Peyrony Le Folklore et L'Art Populaire ... A. Van Gennep DELAMAIN & BOUTELLEAU LIBRAIRIE STOCK - PARIS Extrait de "La Sculpture Gothique" LE PUITS DE MOISE, CLAUS SLUTER XIIIe SIECLE FONTAINE et Cie SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DECORATIVE MODERNE Serrure de Joseph Bernard Œuvres de: A. BOURDELLE — J. BERNARD — A. MAILLOL — P. JOUVE — J.-M. POISSON — LE BOURGEOIS — MONTAGNAC — R. PROU — SUE et MARE — GROULT — St MARCEAUX — T. SELMERSHEIM — A. CHARPENTIER — E. ROBERT, etc. 190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré R.C. Seine 72,356 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours

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Pour paraître au début de Novembre ÉDITION ART VIVANT CARTON de 10 REPRODUCTIONS en COULEURS reproduites en fac-similé par le Procédé JACOME7 CONFORMES AUX ORIGINAUX (AQUARELLES ET PEINTURES) MATISSE --- Propriété de l’artiste --- FIGURE COUCHÉE. --- PICASSO --- Collection Paul Guillaume --- L’ENFANT. --- UTRILLO --- Collection Van Leer --- LE CANAL ST-MARTIN --- VLAMINCK --- Collection F. Fels --- MA MAISON. --- MARQUET --- Collection Bernheim --- NOTRE-DAME de PARIS --- VAN DONGEN --- Collection Fontaine --- LA PLAGE. --- DUFY --- Collection Le Portique --- LES COURSES. --- SEGONZAC --- Propriété de l’artiste --- L’ARBRE. --- CÉZANNE --- Collection A. Vollard --- BAIGNEUSES. --- RENOIR --- Collection Hodeberl --- BAIGNEUSES. --- Tirage limité, numéroté : 750 PRIX : France et Colonies: 385 francs Frais de port en sus (1) Taxe de luxe comprise A l’Étranger : Dollars: 15,40 ; ou Livres sterling : 3.42. ; ou Francs suisses : 77 ; ou Pesetas : 110 ; ou Florins hollandais : 38,50. (1) France, Algérie, Tunisie, Maroc, Belgique, Luxembourg 3 %. Autres Colonies, Etranger 5 % du prix de l’ouvrage --- Hâtez-vous de souscrire Il ne reste que quelques exemplaires LIBRAIRIE LAROUSSE, 13-17, rue Montparnasse, Paris (6e)

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EXPOSITION DE DESSINS DE NUS DU 18 OCTOBRE AU 6 NOVEMBRE INCLUS Zarraga, de Waroquier, de Vlaminck, Vallotton, Thévenet, Dunoyer de Segonzac, Sigrist, Sabbagh, Puy, Pissarro, Picasso, De la Patellière, Pascin, Luc-Albert Moreau, Modigliani, Matisse, Marquet, Marchand, Mainssieux, Loutreuil, Lebasque, Launois, Laprade, Germaine Labaye, Kisling, Bela Kasnya, Kars, Louise Hervieu, Gromaire, Gondouin, Gleizes, Gimond, Gimmi, Foujita, Le Fauconnier, Drivier, Dignimont, Detthow, Despiau, Degaine, Crissay, Coubine, Corneau, Conrad-Kickert, Cochet, Chazalviel, Chagall, Brabo, Bosshard, Bompard, Jacques Blot, Bergevin, Barat-Levraux GALERIE BRIANT-ROBERT 7, RUE D’ARGENTEUIL PRÈS L’AVENUE DE L’OPÉRA DE 14 HEURES A 18 HEURES DIMANCHES EXCEPTÉS COUBINE DESSINS PEINTURES GRAVURES DU 12 AU 30 NOVEMBRE 1926

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COUVERTS ET ORFÈVRERIE CHRISTOFLE REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER

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DU 8 AU 27 NOV. UNE PETITE FOIRE DES ARTS DECORATIFS aura lieu au PRINTEMPS au rez-de-chaussée des anciens magasins CERAMIQUE MEUBLES ETOFFES TAPIS Le PRINTEMPS tient, comme chacun le sait, la fête dans l'évolution qui a, en quelques années, transformé l'art décoratif français. Le premier, en effet, il créa en 1912 un atelier d'art décoratif au service d'un grand magasin, et qui prit pour nom PRIMAVERA. Pour ne citer que les plus récents résultats obtenus avec la collaboration de "PRIMAVERA", nous nous contenterons de rappeler qu'à l'Exposition Internationale des Arts décoratifs, le PRINTEMPS qui était lui-même hors concours, a vu attribuer à ses collaborateurs artistiques 5 grands prix et 8 médailles d'or. Encouragé par... Supplément à l'"Art Vivant" du 1er Novembre 1926

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ces brillants résultats et l'accueil fait par le public à ses nou- velles créations, le PRINTEMPS a décidé d'organiser périodiquement une Petite Foire des ARTS DÉCORATIFS ou la plupart de ses rayons se joindront à l'atelier PRIMAVERA pour exposer leurs plus remarquables productions en art moderne. Cette foire qui est créée dans un but de vulgarisation artistique compor- tera un ensemble très complet de toutes les productions originales que les ateliers d'art du PRINTEMPS ont réa- lisées dans tous les genres et permettra à chacun de trouver des objets d'un caractère artistique correspondant à ses goûts et à ses moyens. TOLMER PARIS

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L'ART VIVANT DEUXIEME ANNÉE LE DON ROBERT DE NOUVEAUX COROT AU MUSÉE DU LOUVRE Louis Robert était magistrat à Mantes. Il avait connu Corot vers 1840 dans la famille de très vieux amis du peintre, les Osmond, à Rosny. Bientôt il le reçut dans sa maison du quai de la Seine, ce beau pavillon Louis XVI qui, pour le voyageur venant de l'île toute verdoyante et boisée et s'avancant sur le vieux pont, fait à Mantes une si élégante et si noble entrée de ville, avec les tours de la cathédrale un peu en arrière. Le bon Corot aimait le lieu et les hôtes. Il aimait la ville, dont il peignit la belle cathédrale de près ou de loin sous tous ses aspects. Il aimait aussi la campagne environnante. Il travailla beaucoup pendant ses divers séjours dans la famille Robert. Une abondante parure en résulta, pour cette maison amie, de la main de Corot : portraits d'enfants, vues de la ville et de la campagne, et aussi œuvres d'autres provenances, acquises par M.Robert, compositions avec figures, paysages de Florence, de Rome et de Naples. On y voyait même un souvenir d'une espèce plus inattendue, qui était incorporé au mur. Un jour, Corot arriva tandis qu'on était en train d'aménager dans un petit réduit du rez-de-chaussée, tout près de la porte donnant sur le jardin, une salle de bain. Les peintres commençaient à badigeonner les murs. « Laissez-moi faire » s'écria Corot. « Je suis peintre en bâtiment quand je veux. Mais, au lieu d'étaler sur ces murs un enduit uniforme, je vais vous y représenter quelques sites de la belle Italie. » Ainsi fit-il. Prenant les plus gros de ses pinceaux, du haut en bas, en long et en large, il brossa, à même le mur, des variations sur le golfe de Gênes, la campagne de Naples, le Tyrol italien, Nemi, Rome et Venise. Tout fut couvert, aussi bien les étroits et longs bandeaux au-dessus de la fenêtre et de la porte que cinq panneaux en hauteur, dont quatre, très étroits aussi, encadrant la même fenêtre et la même porte. Seule fut épargnée, avec le plafond, la paroi à laquelle s'adossait la baignoire : une glace y remplaça la peinture que les vapeurs de l'eau chaude auraient vite altérée. Tout cela, pieusement conservé, fut transmis par héritage direct aux deux frères, MM. Christian et Maurice Robert, qui, tout récemment encore, habitaient cette belle demeure. Les visiteurs, quand ils avaient prouvé qu'ils n'étaient pas des spéculateurs conduits par des calculs commerciaux, étaient cordialement accueillis et avaient la douce impression que rien n'avait changé sous ce toit depuis trois quarts de siècle, que les tableaux étaient accrochés aux places mêmes où Corot avait pu les voir et que ce fauteuil, au coin de la cheminée, était bien celui où il avait sans doute plus d'une fois fumé sa « pipette » en causant familièrement avec ses amis. M. Maurice Robert, qui, dans ce même salon, figurait en petit garçon aux bonnes joues roses, une trompette sur les genoux, fier de ses habits neufs, veste et jupe grises bordées de ganse noire à la mode de 1857 (1), mourut le premier. M. Christian, qui était l'aîné, très atteint du départ de son cadet, se préoccupa de réaliser des intentions conçues en plein accord par les deux frères. Dans le précieux patrimoine d'art que lui avait valu une longue amitié entre son père et un grand artiste, il fit deux parts : l'une pour ses héritiers naturels, l'autre pour le Louvre. Il ne manqua pas de tenir compte dans son choix de ce qui pouvait avoir un prix particulier pour nos collections nationales. La salle de bain ne se prêtait pas à la division : elle fut attribuée en surcroît au Louvre, qui devait seulement opérer sous sa responsabilité et à ses frais le découpage et le sciage de la maçonnerie, l'enlèvement et le transfert des peintures. Tous les détails d'une donation sous réserve d'usufruit furent arrêtés dans une entrevue entre les conservateurs du Musée et un malade presque exsangue, émacié à l'extrême : il ne quittait plus son lit ; mais, tandis que son langage et sa volonté restaient nets et clairs, sa parfaite courtoisie n'en était que plus touchante, et plus touchant encore, quand il vit que le sort de ses chers tableaux était irrévocablement fixé, l'éclair de joie dans des yeux qui semblaient déjà regarder ailleurs. On eût dit en effet que ce fût sa dernière raison de vivre. Deux mois plus tard, il s'éteignait, et c'est ainsi que des œuvres de rare qualité dans tous les genres, qui n'avaient jamais quitté la maison où elles avaient été introduites par les mains de leur auteur, vont évoquer au Louvre, non seulement le génie plein de naturel et de variété, mais la vie même de Corot dans un de ses épisodes d'amicale bonhomie. Corot a peint trois petits ensembles décoratifs pour des maisons dont il fut le familier : à Mantes (vers 1840-42), au château de Gruyère en Suisse (1854-58) et dans la maison paternelle de Ville-d'Avray. La salle de bain de Mantes était le seul qui subsistât. Transporté au Louvre et présenté dans une disposition autant que possible analogue à l'originale, il y fera une espèce de petit monument commémoratif du peintre et de sa peinture. Si un accident, dû probablement à une mauvaise préparation de la toile, n'avait pas fendillé le ciel de mille craquelures, Florence vue des Jardins Boboli, avec le dôme de Sainte-Marie-des-Fleurs s'encadrant entre les cyprès d'une terrasse où s'accoude un moine brun, pourrait être mise en parallèle (1) Date inscrite par le peintre après sa signature. ---

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L'ART VIVANT avec les plus belles études que Corot rapporta de ses voyages en Italie. Elle ne date pourtant pas du premier et du plus fécond de ces pèlerinages, mais du deuxième (1834), et elle n'a peut-être pas été peinte directement sur nature. M. Moreau-Nélaton croit plutôt à un arrangement fait d'après une étude plus petite, d'ailleurs assez différente et à laquelle il est permis de préférer la seconde version, ne fût-ce que pour l'importance et la beauté du grand cyprès qui s'élève dans le ciel. Corot n'a pas beaucoup peint à Florence : c'est un intérêt de plus qui s'attache à la toile de Mantes. Rosny attira souvent Corot. L'église eut l'honneur, longtemps peu apprécié, de posséder un Chemin de croix peint par lui. M. Robert, qui avait connu Corot à Rosny, voulut avoir plusieurs des toiles qui y avaient été exécutées. Le château était un grand bâtiment de briques avec chaînes de pierre, qui appartint à la duchesse de Berry. Corot en fit le portrait, comme d'un visage humain ; il se plaça bien en face, au bout d'une vaste pelouse sans accidents, pour ne perdre aucun détail et « faire ressemblant ». Il eut seulement la fantaisie de mettre parmi les minuscules figures dispersées sur cette pelouse une dame peignant, assise devant son chevalet, dans la même posture où il se trouvait lui-même à quelque distance de là. Le résultat pouvait n'être qu'une image inutilement exacte et sans intérêt sinon pour l'amour-propre du châtelain. Par la grâce du bonhomme Corot, la vérité et l'exactitude deviennent ici, comme chez Vermeer, des sources de mystérieux prestiges. Le village de Rosny est entouré de bonnes terres arables, bien plates ; non loin des maisons se trouvent des arbres fruitiers. Avec ce motif bien modeste : une longue bande horizontale de terre brune nue et la ligne non moins horizontale des murs blancs et des toits rustiques, à peine rompue par deux ou trois arbres sans feuilles, sous un ciel de léger lilas, Corot, un matin de printemps, fit un de ces chefs-d'œuvre de fraîche et vive impression que les doctrinaires de l'impressionnisme ne dépasseront pas. Deux petites effigies d'enfants (Louis et Maurice Robert) enrichiront au Louvre la série des portraits, la dernière venue dans les curiosités de notre temps à l'égard de Corot. En dépit des préjugés, Corot est si portraitiste qu'il l'est même au bénéfice de ses figures de fantaisie, soit celles qu'il nous présente, dans la campagne, lisant ou rêvant, soit celles que, dans ses tableaux d'intérieurs, il habille en Italiennes ou en Orientales, au moyen de quelques oripeaux plus au moins authentiques, dont il tire de charmants ou puissants effets de couleur et de style. Les hommes l'inspiraient moins, sauf sous l'habit religieux. Une fois passées les années d'Italie où il s'amusa du pittoresque des petites pifferari, il ne peignit plus guère, en fait de personnages masculins, que des moines. Moines blancs, Moines bruns, lisant ou méditant. Il mettait volontiers à contribution à cet effet ceux de ses amis qui étaient pourvus d'une belle barbe vénérable. Tel le paysagiste lyonnais Ravier dont il appréciait le talent original et qu'il représenta debout sous le capuchon du franciscain. Le Moine blanc lisant, assis de profil, que possédait M. Robert, est à peu près du même temps (1850-55) ; nous ignorons le nom du modèle, mais cet homme chauve, traits accentués et longue barbe noire, a tout de ce qui caractérise un portrait. Corot, on le sait, n'était pas difficile sur le chapitre des accessoires et de la couleur locale. Un jour qu'il était confiné par la pluie dans sa chambre d'auberge, la petite fille de ptse ou huit ans qui lui apportait son café au lait lui parut gentille. Il l'apprivoisa et la fit poser. Mais il lui fallait de l'exotisme ce jour-là. Il eut l'idée bizarre d'affubler cette petite paysanne de son propre gilet, à lui Corot, préalablement retourné. Le gilet, naturellement, tombait jusqu'aux genoux de l'enfant, et la doublure, plus pittoresque que le dessus, faisait un effet singulier et merveilleux. Le bonhomme s'amusait. Ceux qui ont longtemps vu cette petite étude chez un des meilleurs amateurs de notre temps, M. George Viau, savent que Corot avait rendu naturel et charmant ce qui aurait été ridicule et absurde entre les mains d'un autre. La Liseuse de la collection Robert est plus classique. Puisqu'elle a les pieds nus pour se promener en plein air, c'est qu'elle appartient à la race gracieuse et supérieure des créatures idéales. Si même l'imprimerie avait été inventée au temps où il y avait des muses, on pourrait attribuer cette qualité de demi-déesse à la jolie rêveuse qui vient de lever les yeux du livre qu'elle tient sur ses genoux. Alors on qualifierait de tunique sa longue robe bleue, tout unie et sans plis, bien qu'elle ait des manches serrées au poignet et que le bas en soit bordé d'un galon de velours noir. Une muse peut bien avoir de fins cheveux blonds, dénoués et couronnés de fleurs champêtres. Elle peut bien aussi s'asseoir sur la terre nue, même si l'aspect du sol et des arbres font plutôt penser à la forêt de Fontainebleau qu'au bois sacré de l'Hélicon. Les intentions sont peu précises et c'est en partie leur charme. La peinture, au contraire, est nette et ferme dans son dessin comme dans sa couleur. Elle date de 1845. Corot, aux approches de la cinquantaine, semble s'être imposé une sorte de discipline ascétique, plus sévère même que celle qu'il pratiqua dans sa première jeunesse, comme s'il avait appréhendé l'écueil de la facilité et senti la nécessité d'un nouvel apprentissage, avant de se livrer définitivement et sans arrière-pensée à son démon intérieur. Il est à remarquer qu'un autre grand peintre du XIXe siècle qui partage avec Corot le privilège du naturel et du génie instinctif, Renoir, a, sans doute pour de pareilles raisons profondes, subi et volontairement utilisé la même crise : la période dite ingresque de Renoir ressemble beaucoup, toutes proportions gardées, à ce qu'on pourrait appeler le retour en arrière de Corot vers 1840-45. Mais même dans ces années où Corot n'a pas craint d'aller parfois jusqu'à la sécheresse, son aimable fantaisie ne fut jamais enchaînée : la Liseuse de Mantes, à la fois moderne et antique, est un charmant exemple d'une heureuse alliance, celle de la sagesse et de la poésie. Paul JAMOT Conservateur adjoint au Musée du Louvre

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L'ART VIVANT --- DOCUMENT DU SERVICE PHOTOGRAPHIQUE DES BEAUX-ARTS. LA LISEUSE En haut : MOINE BLANC LISANT En bas : PORTRAIT DE M. MAURICE ROBERT --- COROT