Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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1re Année - N° 11
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1er Juin 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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SOMMAIRE :
Le musée d’Aix-en-Provence J.-L. Vaudoyer.
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Le paysage Français de Poussin à Corot . . . Marcel Weber.
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Plan de Paris . . . . . . . . . . F. Vanderpyl. Dessins de Demeurisse
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Le Théâtre et le Cinéma . . André Levinson.
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Marcel Gimond . . . . . . . André Mantaigue.
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L’Art moderne au Japon . . V. Forbin.
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Nicolas-Manuel Deutsch . Pierre Courthion.
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Critiques du bon vieux temps André Salmon.
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Les nouveaux Gobelins . . Édouard André.
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Technique picturale . . . . J.-G. Goulinat.
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Le Cabinet de travail et le Bureau . . G. Remon.
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L’Art et la Mode . . . . . Clarisse.
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Clowns . . . . . . . . . . . . Legrand-Chabrier.
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Les Arts de la Femme . . . Edmée.
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Chronique Artistique . . . Léon Werth.
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Ouvrages d’art . . . . . . . J.-G. Goulinat.
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L’Actualité Artistique . . . Illustrations.
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Faits divers.
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Les Expositions . . . . . . . Fels
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Les grandes ventes . . . . . Charles Bourgeat.
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L’humour de l’Art . . . . Touchagues.
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Informations. Calendrier des Expositions.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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Vente et Administration :
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS
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Compagnie Forestière et Commerciale du MARONI
Société Anonyme au Capital de 2.000.000 de francs
49, Rue Laffitte - PARIS (9e)
Registre du Commerce - Seine : 210829 B
Téléphone :
Trudaine | 14-74
| 17-79
Adresse Télégraphique :
FORCOMARO — PARIS
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La Compagnie importe
PAR SA PROPRE FLOTTE
les bois provenant de
SES CONCESSIONS
en Guyane Française
pour la charpente, les constructions
navales, les chemins de fer,
la parquetterie, la menuiserie,
l’ébénisterie.
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BOIS DE LUXE POUR L’AMEUBLEMENT :
Amarante, Satinés, Bois de rose, etc.
Bois d’Amourette.
Échantillons sur demande.
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LES ÉDITIONS G. CRÈS ET CIE
21, RUE HAUTEFEUILLE, PARIS (VIIe) — Reg. Commerce : Seine 100-412
JEAN DE ROTONCHAMP
PAUL GAUGUIN
1848–1903
avec 8 reproductions de tableaux de l’artiste;
un volume in-8 carré sur alfa . . . . . 30 fr.
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PAUL GAUGUIN
NOA-NOA
orné de bois gravés par DANIEL DE MONFREID
d’après les dessins du manuscrit original ;
un volume in-16 soleil . . . . . . . . . . . 25 fr.
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PAUL GAUGUIN
AVANT ET APRÈS
ŒUVRE INÉDITE DE L’ARTISTE
orné de reproductions de nombreux dessins
illustrant le manuscrit original ; un volume
in-8 carré ...
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VENTE AUX ENCHÈRES PUBLIQUES
COLLECTION MAURICE GANGNAT
160 TABLEAUX PAR RENOIR
ŒUVRES IMPORTANTES DE PAUL CÉZANNE
TABLEAUX par E. IVUILLARD
VENTE A PARIS, HOTEL DROUOT.
SALLES N° 9, 10 et 11, les 24 et 25 JUIN 1925
EXPOSITION les 22 et 23 juin
Commissaire-Priseur: Me F. LAIR-DUBREUIL, 6, rue Favart, à Paris.
Expert: M. JOS. HESSEL, 26, rue de La Boétie, à PARIS
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Visiter le Pavillon "Pomone" art moderne
À L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS
Esplanade des Invalides près du Pont Alexandre III
AU BON MARCHÉ
MAISON A BOUCICAUT NOUVEAUTÉS PARIS
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COUVERTS ET ORFÈVRERIE
CHRISTOFLE
REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER
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L’ART VIVANT
DIRECTION-RÉDACTION
PUBLICITÉ:
6, Rue de Milan (9e)
Téléphone : CENTRAL { 97-16
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Rédacteur en chef:
Florent FELS
Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes
Éditée par les “Nouvelles Littéraires”
DIRECTEURS-FONDATEURS:
Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD
ABONNEMENTS:
Un an, France 58 f. Étranger 75 f.
Six mois: — 50 f. — 58 f.
ÉDITION DE LUXE
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Les abonnements doivent être adressés à la
LIBRAIRIE LAROUSSE
15-17, rue Montparnasse, Paris (Ge)
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Les Musées de Province et de l’Étranger
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LE MUSÉE D’AIX-EN-PROVENCE
Peu de villes, en France, sont plus dignes de posséder un beau et riche musée que la ville d’Aix-en-Provence. Aix est une ville où, on le sait, les témoignages du passé abondent. Mais le passé aixois n’est pas somnolence, léthargie. On n’éprouve pas, à Aix, l’impression assez pesante d’être dans une ville morte. On n’y respire pas non plus l’atmosphère stérilisante de certaines « villes d’art » célèbres, où l’on est entouré d’esthètes comme d’espions et où des « curiosités » sont classées, exhibées comme des bocaux dans une pharmacie. Les Aixois sont de caractère gai, d’esprit vif. Les gens de la rue, ceux des cafés, des boutiques sont accueillants, amusants et amusés. On y voit des étudiants méridionaux mêlés à des étudiants cosmopolites qui vous apportent tout à coup la Grèce et l’Orient. Quant aux visiteurs passagers, ils sont pittoresques, variés, attirés les uns par des vieilles maisons, les autres par l’ombre de Cézanne; certains aussi par les salles de jeux d’un récent casino.
RASPAL, LA PROVENÇALE
Bien que l’art local y soit fort bien représenté, le musée d’Aix n’est pas un musée spécialisé. On y peut voir un peu de tout plutôt que d’entreprendre ici une fastidieuse énumération, qui doublerait bien inutilement les nomenclatures que l’on peut facilement trouver dans les guides, nous nous contenterons de mentionner un certain nombre d’œuvres particulièrement précieuses ou singulières, sans nous attacher aux plus connues.
Voici, par exemple, des peintures primitives. Trois d’entre elles apportent ici l’air délicatement parfumé de l’Italie du Quattrocento. La première est un petit panneau sur bois de l’École Siennoise. C’est sans doute un fragment de prédelle; il représente le Massacre des Innocents. Dessin aigu et grimaçant, colorations douces, pâles et mates, où les bleus et les roses dominent. Ce Massacre provient de la Collection Campana, qui fut si malencontreusement dispersée autrefois, et qu’il serait bon de reconstituer, tout au moins dans un livre consacré à elle. Voici mair-
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tenant une Vierge à l'Enfant, assez bellinesque, et que l'on a donnée à Cima de Conegliano. A côté d'elle, un panneau lombard : une majestueuse Mère de Dieu placide, entre deux anges ; le Christ-enfant est devant elle ; de beaux tons sombres rouges et bruns, veloutés. Une peinture qui, par sa seule qualité matérielle, emplit les yeux, puis l'esprit d'une voluptueuse sécurité.
Les écoles françaises des xvi $^{\text{e}}$ et xvii $^{\text{e}}$ siècles sont représentées par une Allégorie dans le goût de Fontainebleau, la Paix : un grand corps blanc et svelte, d'un aspect aussi fragile et d'un modelé aussi raffiné que la coquille de l'œuf. La belle dame d'aristocratie qui pose docilement ici devant son peintre porte colliers et bracelets, rubans de perles dans les cheveux. Un rameau de laurier, fin comme un filigrane, monte le long du bras gauche. Un pigeon blanc s'est posé sur l'autre main. On voit derrière cette Cassandre un casque, un bouclier, des flèches, puis un précis et doux paysage : le ciel d'un bleu usé, des arceaux et des ruines. Ce tableau délicieux présente l'encombrement sans désordre, scrupuleusement inventorié d'un sonnet de Ronsard. Les beautés de la nature et celles nées de l'industrie de l'homme y semblent reflétées dans un cristal où elles se prétrifient minutieusement.
A côté de ce mystère qui naît d'un excès de clarté, voici les prestiges moelleux de l'ombre. Allégorie encore : Eros et Antéros luttent sous un chêne. L'œuvre est donnée à Dubois et Fréminet, contemporains de Jean Cousin, auquel la Paix dont nous venons de parler est maintenant attribuée.
Le xvii $^{\text{e}}$ siècle d'avant Louis XIV est représenté par un très beau Le Nain : Soldats jouant aux cartes. La jeune recrue (qui perd sa solde) a des cheveux de lin et un visage nordique aux modelés enfantins. Ses manches d'un vermillon nourrissant sortent d'une cuirasse aux luisants d'ablette. Tout le reste du tableau est tenu dans une gamme stricte ou s'allient les chamois, les jaunes mats et les gris blonds de l'argile, de la pierre et de l'écorce. Près de là, le très beau Pomponne de Bellelière, de Philippe de Champagne, et de l'école du même peintre un très vivant Portrait d'inconnu, dont un spécialiste devrait bien s'occuper à percer le secret.
Voici de beaux Rembrandt, Terburg, Keyser, Karel de Mooz, un très bon ensemble de peintres du séicento italien (entre autres un Guerchin, sensuellement tendre, savoureux comme le vin cuit) et un étrange tableau de Michel Van Coxcie (école flamande xvi $^{\text{e}}$ siècle), la Toilette de Vénus. Œuvre d'un maniérisme résolu, d'une combinaison linéaire savamment compliquée (presque de la calligraphie), et où les corps féminins sont traités dans un goût à la fois doucereux et glacé qui fait penser aux nudités spectrales de Bronzino ou aux odalisques en kaolin de M. Ingres. Ce tableau a fait partie de la fameuse galerie du prince de Conti. Il fut acheté pour le Roi en 1777, lors de la vente de cette galerie. Il est présentement exposé dans un cadre du xviii $^{\text{e}}$ siècle, évidemment trop chargé, mais d'une exécution étourdisante.
Nous ne saurions complètement passer sous silence une suite de portraits figurant différents membres de la famille de Gueydan. Ces œuvres très évocatrices (peintes par Rigaud,
INGRES, PORTRAIT DE GRANET
ÉCOLE LOMBARDE, VIERGE ET ENFANT
Largillière) gagneraient à être rassemblées dans quelque beau salon aixois à « gypseries » fluides. On pourrait y joindre un pastel de La Tour (portrait du duc de Villars), le
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type même de la pièce exceptionnelle, à la fois éblouissante et ennuyeuse.
Une autre fois, l'on parlera ici des remarquables et trop artiste arlésien (1738-1811). Son portrait de jeune fille en costume provençal est peint avec la loyauté patiente et indéfectible d'un Holbein. Il fait penser aussi à Liotard. D'autres toiles de ce Raspal sont conservées dans l'attendrissant petit musée Réattu, à Arles. Trouverons-nous l'occasion de revenir à ce peintre si consciencieux, si attentif, si réconfortant ?
Voici maintenant une tête de jeune homme, par David, et qui par sa fraîcheur et sa spontanéité peut être rapprochée de la Mme Récamier. Voici la Mère nourrice, par Marguerite Gérard, ravissante esquisse devant laquelle on pense à la fois à Fragonard et à Bonnigton. Voici des portraits d'Hippolyte Flandrin : des paysages de son frère Paul. Enfin, pour finir, voici des Ingres !
DAVID
LE NAIN. SOLDATS JOUANT AUX CARTES
peu connus paysagistes provençaux. D'abord Granet, puis Loubon, Grésy, Guigou, tous fort bien représentés à Aix. Ne nous arrêtons aujourd'hui que devant Antoine Raspal,
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COLE FRANÇAISE. XVIe SIÈCLE. LA PAIX
Ce sont deux œuvres fameuses : le Granet et la Thétis, plus une austère étude de vieillard. Le Granet, peint à Rome par Ingres jeune, est un des plus beaux portraits d'homme qui existent.
Nous n'allons ni le décrire, ni le commenter ici.
Quant à la Thétis, c'est évidemment un tableau qui gagne à être réduit par la reproduction et privé de ses aigres, et discordantes couleurs.
Le geste de la Thétis (pris d'ailleurs dans Flaxman), est naïvement émouvant et le corps tout entier de la jeune suppliante, accroché au monumental Jupiter, est à la fois pur et succulent comme une strophe de Chénier.
Jean-Louis VAUDOYER.
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L'ART VIVANT
PLAN DE PARIS
TROISIÈME ARRONDISSEMENT
PAR
VANDERPYL
Dessins inédits de DEMEURISSE
La plupart des vingt arrondissements parisiens sont comme de petites villes dont chacune possède ses spécialités et son caractère. Le troisième n'a rien de tout cela ; c'est plutôt un antique portefeuille rempli d'eaux-fortes, mais où les démolisseurs ont déjà enlevé des pièces très importantes.
Serré entre le Sébasto et la République, il semble vouloir emprunter aux espaces de la cité moderne un air d'actualité. Pourtant, même là où un coin ancien a disparu, un nom évocateur est resté.
Le quartier des Arts-et-Métiers, est une pépinière d'ingénieurs les plus entreprenants... Cependant les salles où se donne cet enseignement de l'industrie moderne technique neuve se trouvent prises entre une poivrière d'ancien monastère fortifié et une abside romane.
Tirées au cordeau, les importantes rues de Turenne et de Turbigo le traversent. Elles n'ont que faire de l'histoire : on y vend mille articles en gros et en détail dans d'énormes bâtisses anonymes, rava-lées, hautaines. Mais regardez à droite ou à gauche. Ce ne sont que venelles, impasses, courettes, passages, voies étran-glées où les pignons possèdent leur crochet à poulie, où les traiteurs vendent leur Beaujolais derrière des barreaux ouvragés, où tantôt vous arrête une jolie enseigne, tantôt un cadran solaire gravé sur le mur d'une demeure patricienne du XVIIe siècle.
Et ce sont encore, étroites, ventrues, la rue Saint-Martin, au bout de laquelle pointe le gothique Saint-Nicolas-des-Champs avec des restes de cloître, et la rue du Temple qu'en certains endroits une seule voiture lourdement chargée arrive à barrer.
Le troisième arrondissement — vu d'un lourd tramway qui file droit vers la gare de l'Est — a beau sembler, derrière son square propre et précis, le symétrique district des Arts-et-Métiers, de l'école Turgot et de l'école Bernard Palissy... une vingtaine de pas et vous voilà en plein Marais.
Les boutiques, chantiers, échoppes, ateliers, voisinent en empiétant les uns sur les autres. Et l'imagerie au burin de se précipiter devant nos yeux, dans le dédale des rues de Brantôme, des Gravilliers, du Maure, de la rue Quincampoix d'où l'on aperçoit le sommet de la Tour Saint-Jacques, de la rue de Montmorency où dans la maison de Nicolas Flamel « et de Pernelle sa femme », avec sa devan-ture du temps de Charles VI, loge un digne aubergiste, épris de couleur locale... La rue Beaubourg, bien que gravement atteinte, garde encore cette adorable encoi-gnure sous des marronniers, au coin de la rue Rambuteau... et, dans cette dernière,
UN PIGNON RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
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au numéro 49, le romantique buste de Jacques Cœur rappelle aux marchandes des quatre saisons et aux charcutiers sa prudence, sa probité, son désintéressement qui le rendirent magnifique...
Juste là où la rue Rambuteau, extrême limite sud de l’arrondissement, change son nom de préfet contre celui des Francs-Bourgeois qui évoquent libertés et privilèges, juste là se déroule cette fine gravure Louis XV, actuellement intitulée Archives nationales, mais qui — aussi gracieuse que grave, aussi somptueuse que sobre — reste surtout la résidence des Soubise, un des plus délicats joyaux des styles Bourbon...
Un peu plus loin, le pan coupé de la rue Vieille-du-Temple garde sa coquette tourelle octogonale — bout d'image d'un Gustave Doré — le passage Barbette (qui a perdu jusqu'à son
nom) fleure les Mystères de Paris, la rue Elzévir s'égaré avant d'arriver à l'Imprimerie Nationale et « Carnavalet » nous arrête pour de bon : c'est la synthèse de tout ce morceau de métropole... Après avoir été, entre cour et jardin, le nid princier jadis ciselé par Jean Goujon, de Marie Chan-
tal, à qui les Sévigné doivent la gloire de leur nom, c'est aujourd'hui le reliquaire d'une capitale entière.
Le Parc Royal où nous débouchons n'est plus qu'un pauvre square républicain, mais la place de Thorigny et la rue de Thorigny qui suivent, possèdent, bien qu'accaparés par l'industrie, leurs nobles palais. La moindre artère alentour porte les traces des splendeurs passées, et les façades de haut goût y foisonnent en remémorant les Saint-Aignan, les Rohan, les La Ferté, Diane de Poitiers dont nous avons retrouvé les initiales aux grilles d'entrée du musée tout proche, Mlle de Scudéry qui, rue de la Beauce, nous fit pénétrer au pays du tendre... et même la pieuse Maintenon qui, rue Barbette, égaya la vieillesse de Scarron avant d'aller soigner à Versailles celle du Roy-Soleil.
Le troisième possède — noblesse oblige — ses deux grandes églises
jésuitiques. Pourtant, plus belle que Sainte-Elisabeth et Saint-Denis est celle, sans style et toute menu, cachée en un recoin de la rue Charlot. Dédiée à saint Jean et saint François, son autel possède au mois de mai un baldequin bleu ciel de chambre virginale, son humble nef s'orne de tableaux en tapisserie... Elle a plutôt l'air d'un oratoire de château que d'une église paroissiale.
Par la rue de Bretagne, avec son fantastique marché des Enfants Rouges, digne sujet d'une planche de Rembrandt, on approche du Temple.
Sont-ce les fabricants de lunettes de la rue Pastourelle qui nous font voir soudain si clairement les choses?
On a beau répéter : « le Temple, voici le Temple... et dévisager les dernières marchandes à la toilette, sur le devant de l'immense
halle, enfer où Dieu me pardonne, des jeunes filles jouent au tennis, le rêve est fini.
Est-il vraiment utile d'aller jusqu'au bout, de faire letour des classiques mannequins qui, sur les trottoirs, exhibent de mesquins complets d'occasion? Mais où sont les fripiers d'antan?
Vais-je fouiller dans le dernier étalage de brocanteur où un bonnet à poil de Garde française repose entre la photographie d'Hugo et un poussiéreux flacon soufflé?
Eh! C'est une bourguignonne authentique ! Elle est bien belle. On en demande cent sous. Je l'emporte.
Pansue sans symétrie, sale, vide de son noble contenu parflumé et précieux, si sympathique cependant, cette bouteille ressemble au Marais dont il ne reste également que l'enveloppe rare et surannée, motif pour peintres et pour gravures.
Ma trouvaille dans la poche, j'approche de la place de la République : sa statue n'est plus de mon domaine, mais bien ses terrasses remplies de consommateurs qui coudoient le boulevard Saint-Martin. Il est six heures.
— Garçon ! Un export-cassis...
VANDERPYT
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PASSAGE BARBETTE
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MARCEL GIMOND
Rien n'est émouvant comme de voir naître, puis prospérer, croître, s'éployer sans cesse, la carrière d'un artiste qui, chaque jour, nous donne de nouvelles raisons de l'aimer. Constater le lent, mais sûr, travail de l'esprit, la conquête patiente, le pas toujours en avant, l'enjambée qui mène infailliblement plus loin, quel digne spectacle. Je ne connais pas de sujet de poème épique qui le vaille.
Marcel Gimond est de ceux qui ne déçoivent jamais. Il peut donner à critiquer, mais il intéresse toujours. A l'âge où nul n'est tenu d'être égal en ses productions, Marcel Gimond connaissait l'art d'attirer à lui, non seulement le public, mais encore les artistes et, chose plus rare, ses maîtres.
J'ai devant moi des photographies. Eparses, elles relatent dix ans d'efforts, dix ans d'ardeur juvénile, et depuis la plus ancienne, jusqu'à cette figure encore vêtue de ses linges humides, un seul et très secret fil relie chaque œuvre, créant de son impalpable lien une famille dont chaque nouveau rejeton ajouterait toujours et toujours à la perfection de l'ensemble.
Cette continuité dans l'effort, la logique de ce processus ne sont pas les moindres qualités de Marcel Gimond. Parti de l'école où il remporta des succès, il reconnut rapidement en Maillol le maître qui devait « accoucher » son talent.
Pendant de longues années il suivit son enseignement, enseignement duquel tout dictatisme étroit était absent et qui ne semble pas avoir été autre chose que conseils paternels, qu'indications puissantes dans un sens où la personnalité de Gimond se connut mieux mais ne s'oublia point.
Renoir, chez qui Gimond fréquenta très assidument, eut également sur son talent une influence importante, et dès lors comment s'étonner de le voir posséder avec une telle intensité, ce sentiment de la grâce tout animale de certains corps féminins qui faisait tant l'orgueil du maître de Cagnes et que ne répudiera jamais celui de Marly, Aristide Maillol.
De ces deux hommes, Gimond parle souvent. Non pas en ce langage ampoulé et laudatif qui marque ostensiblement la distance du maître à l'élève, mais avec les paroles de qui vénère, de qui chérit franchement et sans réticence, avec le mot qui part du cœur et n'offre qu'au cœur.
Evidemment la fécondité d'une telle collaboration ne pouvait manquer d'être heureuse. A cette époque, Gimond, très pris par le côté naturaliste des formes, traduisait en des bustes volontairement travaillés ce qu'il peut y avoir d'assez anecdotique, d'assez passager dans un visage. Le buste de Renoir, qui est la meilleure chose de ce moment, nous montre un souci trop grand de la vérité « petite » et, partant, n'atteint pas au caractère dont seront pourvues, plus tard, des œuvres indiscutablement supérieures. Mais, pour parvenir à ce caractère si recherché, à cette simplification qui est l'aboutissant logique de tout art, Gimond en fut réduit pendant quelque temps à la synthèse, à l'arbitraire dont la nécessité se fait parfois sentir. Ce qu'il fit n'eut plus qu'une valeur purement architecturale, purement statuaire. C'était inacceptable en soi, il le savait mieux que personne, mais cela le devait conduire là où nous le voyons aujourd'hui et le rendre maître de son métier, sachant ce qu'il doit et veut faire, à l'âge où beaucoup de ses confrères jonglent bénévolement avec leurs petites sensations.
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L'ART VIVANT
Avant tout, l’art de Marcel Gimond est un art robuste, est un art de vie, d’expression. Il ne doit rien à l’afféterie et volontairement tranche du commun sur le fond de rocaille ou la statuaire contemporaine — à quelques exceptions près — se complait.
Il tient compte d’un élément primordial : la vie, et il devient la vie parce qu’il la connaît, l’aime et la comprend. C’est à ce point de vue que Marcel Gimond proclame tout le plaisir qu’il prend à sculpter des bustes et les raisons qu’il en donne nous paraissent absolument valables. Ce qu’il trouva dans le buste ? Mais une architecture renouvelée avec chaque modèle, une expression toujours vivante, un caractère ayant le caractère définitif, l’intérêt énorme, sans prix, de la psychologie particulière à chaque personnalité Et c’est pourquoi sans viser jamais à la ressemblance, à l’exactitude frigide et sans verser non plus dans l’interprétation excessive, les derniers bustes de Gimond sont des choses achevées et définitives.
J’en veux prendre un, celui de Lotiron, parce que j’imagine qu’il est le meilleur. Voyez comme s’en dégage une sensation de vie intense. Grâce à lui je connais Lotiron, peut-être bien que je l’ai vu peindre. Je devine son corps, sa marche, et si je n’avais crainte d’être taxé d’exagération, je dirais la coupe de ses vêtements.Pourtant, ce n’est point le portrait pour le portrait. Voyez l’intérêt du volume en lui-même, ces indications si précises, si justes, si liées ensemble qu’elles sont belles comme un assemblage, comme une fantaisie de courbes, de lignes, de figures. Et toute la vie dont ces ombres émouvantes témoignent, voyez comme elle agit et communique à la matière cette souplesse, cette richesse épidermique sans laquelle il n’est pas de frissonnante vie. Le front du buste dont je parle, c’est; à n’en pas douter, un os frontal recouvert de chair, et, sous la joue, la présence des maxillaires est flagrante, indéniable.
Marcel Gimond a réalisé là le plus difficile : atteindre au décoratif sans y prétendre, rejoindre la vie sans la vouloir capter. Et la place de ce buste est partout, dans la maison et dans la rue, sur ma table ou devant mon mur. Il possède le poids et la durée de l’objet ; il parle à la vue, mais il parle au toucher. Il est suffisamment portrait pour que mes yeux s’y attardent, mais pas assez pour que mes mains en craignent l’approche.
Pourtant qu’on se rassure , il n’y a là ni système, ni problème. La personnalité, le tempérament de Gimond sont trop francs, trop nettement marqués pour sombrer dans les méthodes abstratives. Le vrai Gimond, c’est celui qui, l’outil en main, tourne autour de sa sellette avec des : « Peut-être bien que… » interrogatifs et angoissés. Aussi bien n’ai-je énoncé qu’une tendance, admirablement mise à jour et qui transparaît dans les figures, jeu de volumes dans l’air, études gracieuses volontairement non poussées qui sont une part non petite du talent de Gimond. Dans la grande figure que l’on peut voir exposée ces jours-ci, le sculpteur a voulu,
comme pour ses bustes, trouver le particulier dans le général animer de vie une œuvre dont la grâce décorative est importante. Ami ou ennemi, indifférent ou non, nul qui se piquera de sincérité ne pourra nier la réussite du dos de la statue, de la tête si simple et si pure.
Mais c’est surtout dans ses dessins qui ne sont pas la moindre de ses préoccupations qu’on peut trouver tout le souci de Gimond à rendre le charme, la délicatesse vivante de femmes dont il n’ignore pas la valeur. Ces créatures somptueuses, aux formes riches, généreuses, il sait trouver en leurs corps des ressources, des possibilités nouvelles. Secret de l’attitude. Mais l’expression heureuse, le geste choisi auxquels il atteint souvent, nous ne lui en serons reconnaissants que dans la mesure où il voudra bien se préoccuper de la terre, et rien que de la terre. En semblable circonstance, qu’il nous pardonne si nous faisons fait de l’esthétique.
André MANTAIGNE.
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