Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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RUSSIE ART MODERNE Numéro Spécial L'ART ET LES ARTISTES REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DIRECTEUR - FONDATEUR ARMAND DAYOT ADMINISTRATION: 23, QUAI VOLTAIRE PARIS --- Copyright by L'Art et les Artistes, 1917 ---

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L'ART ET LES ARTISTES ABONNEMENT D'UN AN : - FRANCE. .. 25 fr. - ÉTRANGER. .. 30 fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire — ADOLPHE THALASSE --- Troisième Série de Guerre : N° 4 PRIX DU N° SPÉCIAL "RUSSIE (ART MODERNE)" Sans le dessin original inédit « Tolstoï », de PAUL DARDE, sur Japon, 5 francs pour la France; 5 fr. 50 pour l’Étranger. Avec le dessin original inédit de PAUL DARDE, 10 fr. pour la France; 10 fr. 50 pour l’Étranger. Tout abonné ancien ou nouveau à L’Art et les Artistes recevra une épreuve du dessin original inédit de PAUL DARDE, exécuté spécialement pour la Revue. De plus, il a été fait de cet ouvrage un tirage de grand luxe de 25 exemplaires numérotés, sur papier des Manufactures Impériales du Japon. Ces exemplaires renferment chacun une épreuve avant LA LETTRE, sur Japon antique, du dessin original inédit. PRIX DE L’EXEMPLAIRE DE GRAND LUXE : 30 francs pour la France; 31 francs pour l’Étranger. --- SOMMAIRE DU NUMÉRO SPÉCIAL DE NOVEMBRE 1917 "RUSSIE (ART MODERNE)" TEXTES de LOUIS RÉAU, Ancien Directeur de l’Institut Français de Petrograd : - L’ARCHITECTURE EN RUSSIE DEPUIS PIERRE LE GRAND, - LA PEINTURE RUSSE MODERNE, - LA SCULPTURE EN RUSSIE. TEXTE de CAMILLE MAUCLAIR : - LES BALLETS RUSSES. ILLUSTRATIONS Soixante-dix-sept illustrations d’après des monuments de RASTRELLI, TCHZAKINSKI, CAMERON, VORONIKHINE, THOMAS DE THOMON, RICARD DE MONTFERRAND; d’après des peintures, aquarellles et eaux-fortes de IVAN NIKITINE, LEVITSKI, BOROVIKOVSKI, K. BRULLOV, TH. ALEXEIEV, KIPRENSKI, ERCHOV, ARGOUNOV, VASSILIEVSKI, VENETSIANOV, STCHOUKINE, RÉPINE, SOURIKOV, SEROV, A. BENOIS, ROERICH, BILIBINE, BAKST, GOLOVINЕ et PESKÉ; d’après des sculptures du Prince TROUBETSKOI, ANTOKOLSKI, LÉOPOLD BERNSTAMM, NAOM ARONSON, L. SOUDININE, et d’après des photographies d’édifices, palais, églises, couvents et d’objets d’art décoratif, etc. Couverture en couleurs, En-Têtes de Chapitres, Lettres ornées et Culs-de-Lampe, spécialement exécutés pour ce numéro, par J. MOSSO. ÉPREUVE D’ART COUVERTURE ORIGINALE DÉCORÉE Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays. --- J. ALLARD & Cie Galerie des Tableaux des Maîtres Modernes 20, Rue des Capucines, 20. PARIS --- Copyright by L’Art et les Artistes, 1917. L’administrateur-gérant : Ch. PEYRARD.

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LES GRANDES EAUX DE PETERHOF. FAÇADE DU PALAIS D'HIVER SUR LA PLACE DU PALAIS. — PETROGRAD.

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LE COUVENT DE SMOLNY, VU DE LA NÉVA. — PETROGRAD. RASTRELLI. — LA CATHÉDRALE DE LA RÉSURRECTION AU COUVENT DE SMOLNY.

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L'ARCHITECTURE EN RUSSIE DEPUIS PIERRE LE GRAND E jour où en 1703 le tsar Pierre le Grand décida de transférer au fond du golfe de Finlande la capitale de son empire, il accomplit un acte aussi décisif pour l'évolution de la civilisation et de l'art russes que son lointain ancêtre le grand kniaz Vladimir lorsqu'en 988 il se fit baptiser à Korsoun par des prêtres grecs. De la fondation de Saint-Pétersbourg date une ère nouvelle dans l'histoire de Russie^(1)^. Pour établir la capitale des Slaves en plein pays finnois, dans un delta marécageux qu'un voyageur français^(2)^ appelle « un désert d'eau encadré par un désert de tourbe », il fallait au tsar des raisons bien puissantes. Il voulait à tout prix que sa résidence fût « une fenêtre ouverte sur l'Europe » et, ne pouvant ouvrir cette fenêtre à Tsargrad, la Ville Impériale du Bosphore, ni même à Azov, il résolut de construire de toutes pièces sur l'autre façade maritime de l'empire une capitale provisoire qu'il baptisa Saint-Pétersbourg. Ce grand acte avait donc une signification bien nette : c'était à la fois le prélude et la condition de l'occidentalisation de la Russie qui, tant que le siège du gouvernement était relégué à l'intérieur des terres, ne pouvait avoir avec l'Europe que des relations difficiles et précaires. Sans doute ce travail d'occidentalisation avait commencé longtemps avant le XVIIIe siècle. Il suffira de rappeler que le Kreml a été construit par des architectes italiens de la Renaissance et qu'à la fin du XVIIe siècle il y avait à Moscou un faubourg allemand (nemetskaia sloboda), véritable ville étrangère accolée à la ville russe, qu'on ne saurait mieux comparer qu'aux concessions européennes des villes chinoises. Mais tandis que la vieille Russie ne faisait que tolérer ces étrangers et les observait --- ^(1)^ Quelques unes des illustrations qui accompagnent cet article sont empruntées à la monographie que M. Louis Réau a consacrée à Saint-Pétersbourg dans la Collection des Villes d'Art célèbres. Paris. 1913. H. Laurens, éditeur. (N. d. I. R.). ^(2)^ Le marquis de Custine : La Russie en 1839.

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L'ART ET LES ARTISTES avec méfiance, la Russie nouvelle va à leur rencontre et, reniant son passé, se met délibérément à leur école. Le Pétersbourg de Pierre le Grand, c'est la slobode allemande de Moscou transplantée sur les bords de la Néva et élevée à la dignité de capitale. Dans cette ville neuve, sans traditions, l'art ne pouvait se nourrir que d'importations étrangères. Les trois quarts des architectes qui ont travaillé à Saint-Pétersbourg sont des Français, des Italiens, des Allemands plus ou moins russifiés. Mais il est juste de dire que la plupart d'entre eux se sont adaptés à leur milieu et ont exécuté des œuvres qu'il n'était guère possible de concevoir ailleurs qu'en Russie. A partir de Pierre le Grand l'architecture russe a marché du même pas et traversé les mêmes phases que le reste de l'Europe. On peut y distinguer quatre périodes : style baroque sous Pierre le Grand — style rococo sous la tsarine Elisabeth — style classique sous Catherine II et Alexandre Ier — et enfin, vers le milieu du règne de Nicolas Ier, tentative de retour au style national. I. LE STYLE BAROQUE SOUS PIERRE LE GRAND Pour faire surgir une ville des marécages inhospitaliers de la Néva, il fallait y amener la main-d'œuvre et les matériaux indispensables. Problème ardu, mais de solution aisée pour un autocrate. Le tsar promulgua en 1714 deux oukazes : le premier interdisait les constructions en pierre dans tout le reste de l'empire, sous peine d'amende et d'exil ; le second prescrivait à tous vaisseaux et charrois se rendant à Pétersbourg d'y transporter des chargements de pierres. Ainsi toute l'activité architecturale du pays se trouva par force concentrée à Pétersbourg. Bien qu'il y eût à Moscou d'excellents architectes russes dont le talent restait sans emploi, Pierre le Grand s'adressa systématiquement à des étrangers. Il voulait que sa nouvelle capitale n'eût rien de commun avec l'ancienne, qu'elle eût une physionomie aussi européenne que son nom qu'il prononçait à la hollandaise : Piterbourkh $^{(1)}$ . L'idéal qu'il se proposait n'était pas de créer, comme ses ancêtres de Kiev et de Vladimir, une nouvelle Byzance, mais une nouvelle Amsterdam. Le premier des architectes qu'il engagea, Domenico Trezzini, était un Italien originaire de Lugano dans le Tessin. Mais, avant de venir en Russie, il avait fait un stage à Copenhague au service du roi de Danemark. Or au XVIIe siècle l'art danois était sous la dépendance absolue de l'art hollandais dont la suprématie s'étendait sur tous les pays riverains de la Baltique. C'est ce qui explique le caractère beaucoup plus hollandais qu'italien des constructions de Trezzini. La flèche aiguë du clocher de la cathédrale Saint-Pierre-et-Paul, poussée à toute hauteur sur l'ordre de Pierre le Grand qui voulait dépasser le fameux campanile moscovite d'Ivan Veliki, dérive de la flèche en spirale de la Bourse de Copenhague. Rien ne caractérise mieux la nouvelle capitale --- $^{(1)}$ Piter est resté le nom populaire de Pétersbourg.

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RASTRELLI. — LE PALAIS STROGANOV. — PETROGRAD. RASTRELLI. — FAÇADE DU PALAIS DE STROGANOV (détail). TCHEVAKINSKI. — CLOCHER DE L’ÉGLISE SAINT-NICOLAS. — PETROGRAD.

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RASTRELLI. — L'ERMITAGE A TSARSKOE SELO. GRAND PALAIS DE TSARSKOE SELO. — GALERIE DE CAMERON.

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L'ARCHITECTURE EN RUSSIE DEPUIS PIERRE LE GRAND que cette aiguille dorée qui jaillit au-dessus des casemates de la citadelle, en face de l'aiguille de l'Amirauté qui lui fait pendant sur l'autre rive de la Néva. Tandis que Moscou s'annonce de loin par la multitude de ses coupoles byzantines (glava) que surmontent des croix grecques haubannées de chaînes, le panorama de Pétersbourg est dominé par ces deux hautes flèches en charpente (Spitz), germaniques de forme comme de nom. Trezzini déploya une très grande activité. Outre l'église de la citadelle, Pétersbourg lui doit le bâtiment des Douze Collèges, sorte de Palais des Ministères affecté depuis Alexandre Ier à l'Université, et les plans du grandiose monastère d'Alexandre Nevski qui devait, dans la pensée du tsar, éclipser les vénérables lavras de Kiev et de la Trinité Saint-Serge près de Moscou. S'il n'avait tenu qu'à lui, Pierre le Grand aurait embauché pour l'embellissement de son « Paradis » tous les architectes de quelque réputation. Il entra en pourparlers avec Nicodème Tessin, l'architecte du Palais royal de Stockholm, qui lui envoya des plans pour une « église cathédrale ». Il s'empressa de profiter de la disgrâce d'Andreas Schlüter, l'architecte du Palais royal de Berlin, pour le faire venir en 1713 à Pétersbourg avec le titre d'Oberbaudirektor ; mais le vieillard usé par les fatigues du voyage et la rigueur du climat mourut dès l'année suivante sans laisser d'autres traces de son passage que les bas-reliefs décoratifs du pavillon du Jardin d'Été. Un autre Allemand, G. Schædel, devint l'architecte en titre du favori de Pierre le Grand, le prince Menchikov, qui se fit construire par ses soins un palais de ville à Pétersbourg et un palais des champs à Oranienbaum. Parmi tant d'étrangers, il n'y a qu'un seul Français : Alexandre Leblond que le tsar engagea en 1716, à la suite de son voyage à Paris, avec les prérogatives d'architecte général. C'est à lui qu'il demanda de tracer le plan idéal de sa capitale. Le centre de la ville devait être fixé dans l'île de Vasili Ostrov, découpée en damier par un réseau de canaux, à l'image d'Amsterdam : mais la malveillance de Menchikov fit échouer ce projet. La mort de Leblond qui survint en 1719 ne lui permit pas de réaliser davantage les plans qu'il avait conçus pour les résidences d'été du tsar sur le golfe de Finlande, à Strêlna et à Peterhof. En somme la prédominance du goût allemand et hollandais s'affirme nettement sous Pierre le Grand et ses successeurs immédiats. C'est seulement sous le règne de sa fille Elisabeth Petrovna que l'art germano-hollandais sera évincé par l'art français et que la nouvelle Amsterdam des bords de la Néva s'efforcera de devenir un nouveau Paris. II. LE STYLE ROCOCO SOUS ELISABETH L'avènement d'Elisabeth (1741) marque la fin du joug allemand que les favoris de la Courlandaise Anna Ivanovna avaient fait peser sur la Russie. Des relations directes s'établissent avec la cour de Versailles qui devient dès lors l'arbitre de toutes les élégances. Sous l'influence de cette impératrice sensuelle et dévote, assoiffée de faste et de toilettes, le style massif et un peu morne du temps de Pierre le Grand se féminise : l'architecture religieuse qui

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L'ART ET LES ARTISTES était toute imprégnée de tristesse protestante se catholicise et tend pour ainsi dire vers un style jésuite orthodoxe. Le grand architecte du règne, le comte Bartolommeo Rastrelli, surnommé le Magnifique, était fils d'un sculpteur d'origine italienne, mais d'éducation française, venu de Paris en 1716 avec Leblond. C'est à l'école des architectes français Robert de Cotte et Boffrand qu'il se forma. Peu d'artistes ont marqué davantage une ville de leur empreinte. Pendant près de 35 ans il n'y a pas un édifice important de Petersbourg dont il n'ait tracé ou contresigné les plans. C'est lui qui construit toutes les résidences impériales : le gigantesque Palais d'Hiver, Peterhof et Tsarskoe-Selo ainsi que la plupart des hôtels de l'aristocratie : le palais Stroganov, le palais Vorontsov. Sa virtuosité s'affirme aussi bien dans l'architecture religieuse que dans l'architecture civile. Son chef-d'œuvre en ce genre aurait été le Couvent Smolny où l'impératrice Elisabeth projetait de se retirer et que Catherine II transforma en maison d'éducation pour jeunes filles nobles sur le type du Saint-Cyr de Madame de Maintenon : la maquette originale conservée à l'Académie des Beaux-Arts fait amèrement regretter que ce projet grandiose qui tient à la fois du Kreml de Rostov et du Zwinger de Dresde n'ait été exécuté qu'en partie. Son activité ne resta pas confinée à Petersbourg. C'est à lui que sont dus les plans de l'Église Saint-André de Kiev qui se dresse dans un site si pittoresque sur une haute terrasse dominant le Dnèpr et qui avec ses airs mondains et son ornementation tarabiscotée fait plutôt l'effet d'une église-boudoir de style jésuite que d'une église grecque orthodoxe. Tous ces monuments qui feraient honneur aux plus grands maîtres français et allemands du XVIIIe siècle se distinguent par l'heureux groupement des masses, un sens décoratif tout à fait rare et une richesse d'ornementation qui va parfois jusqu'à l'exubérance. Malheureusement les badigeonneurs modernes n'ont pas toujours respecté la polychromie savante de ces édifices dont les colonnes ou les pilastres au chapiteau bronzé se détachaient primitivement en blanc sur un fond orange, vert d'eau ou bleu turquoise. III. LE CLASSICISME SOUS CATHERINE II ET ALEXANDRE Ier Vers 1760 l'outrance et l'arbitraire de la décoration, le mouvement et l'agitation des lignes qui caractérisent les styles baroque et rococo provoquent un revirement du goût en faveur de formes plus simples, plus calmes, plus rationnelles. Sous la double influence de l'art français qui s'exerce surtout par l'intermédiaire de l'Académie des Beaux-Arts fondée en 1757 sur le modèle de l'Académie de Paris et de l'engouement pour les monuments grecs et romains qui se manifeste dans l'Europe entière après les fouilles de Pompeï, la silhouette des édifices devient de plus en plus rigide, l'ornementation de plus en plus sobre. Cette évolution du classicisme russe se divise en deux phases : la période de Catherine II qui correspond à notre style Louis XVI et le classicisme plus sévère de l'époque d'Alexandre Ier qui est proprement le style Empire. Catherine II était possédée d'une vraie fureur de bâtir : elle estimait que les grandes constructions parlent de la grandeur d'un règne non moins

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L'ARCHITECTURE EN RUSSIE DEPUIS PIERRE LE GRAND que les grandes actions. Comme l’Académie n’avait pas encore eu le temps de produire des architectes russes, elle s’adressa comme Pierre le Grand à des étrangers : un Français, Vallin de la Mothe, un Écossais, Cameron et deux Italiens, Rinaldi et Quarenghi. Vallin de la Mothe qui fut le premier professeur d’architecture à l’Aca- démie des Beaux-Arts est reconnu aujourd’hui comme l’auteur du magnifique palais de l’Académie, indûment attribué au Russe Kokorinov (1764). Les projets signés de la façade et du grand escalier de parade ne laissent aucun doute à cet égard et d’ailleurs le style d’une logique sévère a un caractère bien français. Trois avant-corps ornés de colonnades marquent le centre et les extrémités de la façade qui se déploie sur le quai de la Néva; dans le plan carré s’inscrit une cour circulaire, disposition très rare dans l’histoire de l’architecture, que Vallin emprunta à un chef-d’œuvre de Vignole, le palais de Caprarola. Les œuvres de l’Italien Rinaldi se distinguent entre toutes par une grâce raffinée et une simplicité de bon goût qui contrastent avec le luxe un peu tapageur des palais de Rastrelli. C’est par lui que Catherine II fit construire les deux palais qu’elle offrit en témoignage d’amoureuse reconnaissance à son favori Grégoire Orlov : le palais d’été de Gatchina (1766-81) et le Palais de marbre (1768-85), ainsi appelé à cause du revêtement en marbre gris de Sibérie qui, pour la première fois à Pétersbourg (on venait de découvrir des gisements de marbre dans l’Oural), remplaçait les enduits habituels de plâtre peint. La richesse des matériaux ne fait que mieux ressortir l’extrême simplicité des lignes de la façade. Ce style déjà épuré n’était pas encore aux yeux de Catherine II assez près de l’antique. A défaut du Français Clérissseau à qui elle avait commandé le plan d’une « maison antique », elle s’adressa à un de ses meilleurs disciples, l’Écossais Cameron « grand dessinateur nourri d’antiquité », connu par un livre sur les Bains romains, pour décorer en style pompeien ses appartements intimes au palais de Tsarskoe-Selo. Quelques années plus tard, Cameron édifia pour le grand duc héritier Paul Petrovich le château de Pavlovsk (1782-85) : construction massive allégée par des colonnes d’ordre corinthien qui se détachent en blanc sur un fond d’ocre clair. Au centre, sous la coupole surbaissée, est ménagée une vaste salle de forme circulaire, la salle italienne, qui ne reçoit de jour que par en haut, à l’instar du Panthéon de Rome. La salle grecque qui est de forme rectangulaire a un plafond à caissons supporté par des colonnes corinthiennes en faux marbre vert : des moulages de statues peuplent les niches évidées dans l’épaisseur des murs. Partout éclate l’imitation de l’antique. Le représentant le plus génial de ce style néo-romain est Giacomo Quarenghi, Bergamasque de naissance, mais, comme Rastrelli, Russe d’adoption. En vrai disciple de Palladio, il élimine de ses constructions tous les orne- ments superflus, ne voulant tirer ses effets que de l’harmonie des proportions, calculées avec un sens exquis de la beauté. Le Palais anglais de Peterhot (1781-91), le Palais Alexandre à Tsarskoe-Selo (1791-96) que Catherine II fit construire pour son petit-fils Alexandre, l’Institut Catherine qui développe sa majes-