Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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15e ANNÉE Nouvelle Série NUMERO 14 Février 1921 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, MODERNE DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS Revue d'Art des Deux-Mondes

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L'ART ET LES ARTISTES Abonnements : - FRANCE : 60 fr. - ÉTRANGER : 75 fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ SOMMAIRE DU NUMÉRO 14 (Février 1921) - LES FIGURINES DE TERRE CUISE BLANCHE DE LA GAULE ROMAINE (16 illust.) - PAUL GRUYER - HENRI RIVIÈRE (10 illustrations) - JEAN LARAN - LES CARNETS DE VOYAGE DE J. TOUCHET (10 illustrations) - PASCAL FORTHUNY - PIERRE DUMÉNIL (4 illustrations) - EMMANUEL DE THUBERT - ART DÉCORATIF : RENÉ GUINO (6 illustrations) - GEORGES KELLER-DORIAN - L'ACTUALITÉ : LE SALON DES INDÉPENDANTS, LES ŒUVRES DISCUTÉES, ÉCHOS DES ARTS, LES EXPOSITIONS, BIBLIOGRAPHIE (4 illustrations) - EN HORS-TEXTE : PORTRAIT DE FEMME, par GOYA --- PRIX DU NUMÉRO : 8 fr. pour la France, 8 fr. 50 pour l'Étranger Tous droits de reproduction, de traduction et d'interprétation réservés pour tous pays. Les Articles publiés par L'Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue. Nous nous permettons d'aviser nos nombreux correspondants qu'il ne sera plus répondu désormais par l'Administration et la Rédaction de L'Art et les Artistes qu'aux lettres contenant l'affranchissement de retour. --- GALERIE HAUSSMANN G. DANthon TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES 29, Rue de La Boëtie Téléphone : ÉLYSÉES 12-14 --- La grande Liqueur Française Bénédictine Copyright by L'Art et les Artistes, 1930 L'administrateur-gérant : Georges Coutarel

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HOTCHKISS Magasins d'Exposition 136 Av des Champs Elysees Paris AUTOMOBILES 1920-1921 S'Denis / Seine --- Au PRINTEMPS Paris Objets: Art Antiquites

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EDITION E.-F. D'ALIGNAN PARIS --- LIVRES DE LUXE TIRAGES LIMITÉS PAYSAGES DISPARUS de Emile VERHAEREN Illustrations (eaux-fortes) de LUIGINI PROSES & BOIS ORIGINAUX du Graveur Gabriel BELOT Le Vieux Village de Montmartre de Jean FABER Illustrations (eaux-fortes) de DELATRE La Seine à travers Paris de Jean FABER Illustrations (eaux-fortes) de GOR LES EPIS ROUGES de Emile SICARD Illustrat. (bois) d’Elisabeth de GROUX DEBOUT LES MORTS Illustrations de ORAZI --- EN PRÉPARATION Emile VERHAEREN. - Les Douze Mois. Bois gravés par LE MEILLEUR Emile VERHAEREN. - Chair Belle Illustrations de BOURDELLE Emile VERHAEREN. - Les Rythmes souverains Illustrations de Georges TRIBOUT --- MADELEINE cahier manuscrit et illustrations de WILLETTE ETC., ETC., ETC... --- POUR PARAÎTRE INCESSAMMENT Visages de Musiciens : Vuillermoz 24 gloses et 24 bois gravés de DUBRAY Jean LORRAIN. - Monsieur de Bougrelon Illustrations de LE MEILLEUR Paul ARENE. - La Mort de Pan Eaux-fortes de COUSSENS --- PEINTURES STEINLEN - FORNEROD - Henry DE GROUX - J.-G. DOMERGUE - COUSSENS Gabriel BELOT - C. BURNSIDE - TRIBOUT, etc., etc. --- EXCLUSIVITÉ DES ŒUVRES DE FRANK BRANGWYN --- SCULPTURES BOURDELLE - Henry DE GROUX - Edwin BUCHER, etc., etc. --- ANTIQUITÉS GÉNÉRALES --- TAPIS --- PEINTURES ANCIENNES --- GALERIE LA BOËTIE 64bis, Rue La Boëtie, 64bis La plus belle Salle d’Exposition de Paris Location pour Expositions et Manifestations artistiques Maison de Vente (Détail) Galerie des Beaux-Arts 10, Rue Auber, 10 GARDE-MEUBLE D’ALIGNAN, 34, Rue du Colisée Maison de Gros EDITION D’ALIGNAN 61, Avenue Victor-Hugo ---

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TÊTES DE FEMMES COIFFÉES À LA ROMAINE (Clermont-Ferrand et Saint-Pourçain) LES FIGURINES DE TERRE CUITE BLANCHE DE LA GAULE ROMAINE CAVALIER ARMÉ (Oppidum de Tronoën, Finistère) TOUT là-bas, aux confins de l'Armorique, s'étendent en arc de cercle, au nord de Penmarc'h et de ses récifs écumeux, les rivages désolés de la Baie d'Audierne. Désert mouvant de sable blanc, que les ouragans du large entassent et promènent en mamelons incertains; muettes solitudes, où gronde seule l'éternelle chevauchée des flots, coupée par les cris stridents des noirs cormorans. Ça et là, dans la campagne rabotée par le vent, se dressent, comme des doigts géants de granit, menhirs et lechs druidiques. Sur une butte, dominant l'océan, la Chapelle Notre-Dame de Tronoën et son vieux Calvaire du xve siècle, aux petits bonshommes effrités, symbolisent, en face de la religion de Teutatès, celle du Christ, venu un jour, jusque là, faire luire la croix du Sauveur et conter l'Evangile. Druidisme et Chrétienté, toute la Bretagne, cette vieille terre de France, tient dans ces deux mots, semble-t-il. Une autre civilisation a passé là, cependant. Près de Notre-Dame de Tronoën, voici quelque trente ans, subsistait encore une sorte d'éminence inviolée, qui marquait l'emplacement d'un ancien « oppidum » romain; poste militaire avancé des hardis conquérants de la Gaule qui, des rives azurées du lac méditerranéen, poussant toujours plus loin

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L'ART ET LES ARTISTES leur trouée en pays barbare, ne s'étaient arrêtés qu'en cette fin de monde, devant le gouffre glauque de la mer infinie. M. P. du Châtellier, le savant président de la Société Archéologique du Finistère, ayant acquis le terrain, à peu près sans valeur, entreprit de fouiller l'oppidum, qui fut éventré. Parmi d'autres débris apparut tout un lot de figurines de terre cuite blanche : de petites Vénus au corps nu, lissant de la main leurs cheveux ; des Déesses-Mères, coiffées à la romaine et tenant un nourrisson suspendu à chacune de leurs mamelles ; de petits Cavaliers portant au bras leur bouclier ; des Bustes mignons d'enfants joyeux, qui riaient à ceux qui, précautionneusement, les sortaient du sable. Témoins étonnés d'un autre âge, qui revoyaient le jour après presque deux mille ans. Les trouvailles de ce genre ne sont pas rares dans l'antique sol gaulois. Il s'en est fait un peu partout en Bretagne. La Normandie a fourni, elle aussi, un important contingent. Citons encore la Mayenne ; la Seine (à Paris même) ; l'Oise (autour de Pierrefonds et dans la forêt de Compiègne) ; les départements du Nord et de l'Est, notamment l'Alsace ; la région de la Loire : Autun, Bourbon-Lancy, Lyon. Mais où la récolte a été surtout abondante, c'est dans le Puy-de-Dôme, l'ancien pays des Arvernes, et dans l'Allier, à Toulon-sur-Allier, à Saint-Pourçain, à Moulins, à Vichy et à Nériss, dont les Romains utilisaient déjà les eaux et où ils avaient établi deux stations thermales, dont les vestiges ont été remis au jour. Le Cantal, la Nièvre, la Creuse, l'Ain, le Gers, la Lozère, le Tarn, l'Isère, le Vaucluse, les Deux-Sèvres, la Vendée, la Haute-Garonne et la Gironde ont, ainsi que les Hautes-Pyrénées, également donné leur tribut. Remarque curieuse, les départements du Midi proprement dits, qui subissaient d'autres influences artistiques et ethniques, n'ont à peu près rien fourni de ces figurines. Celles-ci, dont la taille varie de dix à vingt centimètres, ont été exhumées soit, comme à Tronoën, de quelque ancien oppidum, soit de vieux puits comblés, d'étangs, de fontaines, de sources et de rivières, de bains antiques, de ruines de temples et de villas gallo-romaines, ou bien encore de sépultures. Ajoutons que des figurines analogues, avec diverses différences de style, ont été pareillement retrouvées en Angleterre, en Belgique et dans le Luxembourg, dans différentes parties de l'Allemagne et jusqu'en Autriche. Pour nous en tenir à la France, les premières figurines de terre cuite blanche semblent avoir été mises au jour, au début du xixe siècle, par Rever, qui en découvrit près de Baux (Eure) tout un lot, dans un ancien atelier de céramiste gallo-romain, et qui publia sur elles le premier travail d'ensemble en 1826. La question ne fut reprise ensuite qu'en 1860, par E. Tudot, à la suite des trouvailles faites dans l'Allier, à partir de 1856. Signa-lons, depuis, les travaux de H.-A. Mazard, de Salomon Reinach, et deux remarquables études d'Adrien Blanchet, publiées en 1891 et 1901. Nous trouvons les figurines de terre cuite UNE POUPÉE

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LES FIGURINES DE TERRE CUITE BLANCHE DE LA GAULE ROMAINE STATUETTE DE VÉNUS D'ALLURE ISIAQUE chez tous les peuples de l'Antiquité, en Égypte et dans l'Afrique du Nord, en Asie-Mineure et dans l'Hellade; celles que nous a léguées, dans ce dernier pays, l'époque tanagréenne, sont d'un art incomparable et justement célèbres. De l'Hellade elles passent à Rome, où convergent tous les produits des civilisations orientales et méditerranéennes, qui se superposent à celles de l'antique Italie. Rome, à son tour, les importa chez les peuples barbares qui couvraient le reste de l'Europe et dont elle entreprit la conquête, chez les Gaulois, en Germanie et jusque chez les Daces, aux rives du Danube. VÉNUS ANADYOMÈNE (Tronoën, Finistère) MOULE DE VÉNUS ANADYOMÈNE Les figurines de terre cuite blanche, en effet, n'apparaissent pas en Gaule avant la conquête de César, un demi-siècle avant Jésus-Christ. Les premières y furent, comme nous venons de le dire, apportées par les Romains eux-mêmes. Puis, à mesure que les conquérants s'établissent sur notre sol, des ouvriers d'art les suivent, mouleurs et céramistes, qui fabriquent sur place. Mais, rapidement, nos ancêtres gaulois s'assimilent la civilisation romaine, à travers laquelle nous deviendrons un jour les Français que nous sommes, et, se formant à cette école, fabriquent à l'imitation de leurs maîtres.

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L'ART ET LES ARTISTES Ainsi naît, dans ce domaine spécial comme dans les autres formes de l'art, ce qu'on a appelé « l'art gallo-romain ». La mode, et un usage à peu près constant, réservent à ces figurines l'emploi de la terre cuite blanche, légèrement ivoirée, qui leur donne un aspect clair et gai. Des gisements d'argile blanche, identique à celle employée par les céramistes gallo-romains, existent encore sur divers points de la France. Dans l'Allier, Tudot a retrouvé, aux Segands (près de Moulins), les puits mêmes, creusés par les fabricants de figurines. Celles en argile rouge sont fort rares et forment l'exception. Quelques-unes offrent des touches colorées, ou sont émaillées en jaune, en brun ou en vert. Les prototypes de ces figurines se sont, en passant par Rome, inspirés des sources les plus diverses. On y retrouve des influences grecques, asiatiques et égyptiennes, des ressouve-nirs étrusques et archaïques, en même temps que la marque de l'art romain proprement dit. Le motif le plus commun figure Vénus, ce qui n'a rien de surprenant, l'amour, qu'elle symbolise, ayant été, de tout temps, la première des adorations humaines. Son culte emplit toute l'Antiquité. C'est elle qui, dans l'enla-cement amoureux, préside à la conception de l'enfant. A l'homme adulte elle offre, dans sa caresse, la joie de la vie et l'oubli de ses maux. Jusque dans la tombe, où son image sera déposée à côté du mort, elle continuera, dans le mystérieux au-delà, sa protection amoureuse et son rôle de consolatrice éternelle. Elle se présente ici sous des formes diverses, dont la principale est celle de la « Vénus Anadyomène », ou Vénus sortant de l'onde. La Déesse, dans une attitude popularisée par le célèbre peintre grec Apelle, émerge des flots, entièrement nue, retenant de sa main gauche, le long de sa cuisse, une légère draperie, et de sa main droite soutenant ses cheveux. Ceux-ci forment sur le front de lourds bandeaux et descendent en nattes de chaque côté de la tête. La taille, très marquée, contraste avec la largeur du bassin et l'ampleur des cuisses. Un autre type de Vénus nous montre la Déesse droite et les bras pendants, en une sorte d'attitude isiaque ; sa chevelure, retombante, est séparée en deux par un bijou, au milieu du front. Le socle, en forme de stèle, où elle s'appuie, est orné de petites rosaces et de cercles concentriques. Une de ces figurines, aux formes fines et élancées, que nous reproduisons, porte au cou un collier (d'autres s'ornent de bracelets autour des bras, des jambes ou des cuisses) et, sur la poitrine, comme un tatouage, le mot IULOS (Jules). C'est, soit le nom du céramiste, soit celui du client pour qui fut faite la statuette et qui désirait ainsi appeler directement sur lui la protection de la Déesse. Après l'amour, la maternité. Après les Vénus, les Déesses-Mères sont les plus nombreuses de ces figurines et n'en sont point les moins bizarres. Plus exactement elles seraient appelées des « Mères Nourrices ». Elles correspondent à cette Déesse romaine Rumina, dont parle Saint Augustin, et qui présidait à l'allaitement des enfants à la mamelle, fonction sacrée que les Egyptiens avaient symbolisée déjà dans Isis allaitant Horus. Ces Déesses-Mères gallo-romaines ont cela de particulier qu'elles se rapportent toutes au même type. Une femme vêtue d'une longue robe, assise profondément dans un grand fauteuil d'osier tressé (eh! mon Dieu, oui, les Gaulois connaissaient les fauteuils), assez semblable à nos fauteuils de jardin et dont le dossier circulaire l'engonce jusqu'aux épaules, allaite un, deux ou même

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LES FIGURINES DE TERRE CUITE BLANCHE DE LA GAULE ROMAINE (Clermont-Ferrand) (Saint-Pourçain) trois enfants, pendus à sa poitrine. Les têtes varient : les unes abritées sous un grand chapeau rond, les autres dont les cheveux en rouleaux encadrent le visage, sous une sorte de petit bonnet phrygien, coquettement posé sur le sommet de la tête. Mais, par une tradition hiératique ancienne, évidemment, tout le reste du personnage est invariablement exécuté dans un art archaïque et naïf, avec de petits bras et de petites mains grêles, soutenant les enfants qui têtent, avec des pieds non moins minuscules, émergeant du bas de la robe, des genoux proéminents et un corps de nabotes, en disproportion complète avec la tête. Si bien qu'au premier abord on croit voir un Terme. Viennent ensuite d'autres Dieux de l'Olympe, dont Minerve, Hercule et une sorte de Mercure barbu, dont le type semble appartenir en propre à la Gaule. C'est encore, sous son opulent chignon, la gentille Déesse gauloise Epona, ou Hippona, assise de côté sur sa jument bridée et harnachée. D'abord elle-même simple jument, elle protégeait ânes et chevaux, et son image était placée dans les écuries. Que si, des Dieux, nous descendons aux simples mortels, nous trouvons des groupes ayant trait à l'amour et au mariage ; des Amants debout, homme et femme, se tenant enlacés et se donnant un baiser ; un Lit Nuptial, sur lequel sont couchés un homme et une femme, un chien à leurs pieds, symbole de la fidélité. Puis des reproductions d'œuvres d'art célèbres, comme le Tireur d'Epine, assis, une jambe repliée sur l'autre, et qui s'extirpe une épine du pied. Ou bien de petits Cavaliers, tenant au bras leur bouclier rond, des Chevaux accouplés et des Chars. C'est ensuite toute une abondante et amusante série de petits Bustes. Voici des Dames romaines ou gallo-romaines, rappelant, avec leurs coiffures variées et leurs perruques compliquées et savantes, l'étonnante série des bustes du Vatican. L'une d'elles porte une sorte de tiare, qui fait penser à une coiffure russe. D'autres, et ce ne sont point pour nous les moins intéressantes, offrent presque, déjà, le type français. Voici d'innombrables Rious, l'enfant joyeux, fruit de l'amour; petite tête UNE LIONNE

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L'ART ET LES ARTISTES ronde et chauve, aux yeux malins, dont on a fait un Dieu et en qui nous verrons plus simplement le prototype de « Jean qui rit ». D'autres bustes d'enfants se présentent avec des cheveux frisés, ou coiffés du cucullus, le capuchon gaulois, qui les fait ressembler à de petits moinillons. L'esprit ne perd pas ses droits avec une série de Grotesques, observant et raillant les laideurs et les tares de notre pauvre humanité. Un des plus curieux est le Parasite, dont le nez s'est, à force de flairer le fumet des plats, allongé démesurément vers le ciel, tandis qu'un morceau, trop gloutonnement avalé, lui demeure dans le gosier et l'étouffe. Un type similaire a été, d'après Salomon Reinach, retrouvé en Asie-Mineure et semble dérivé d'un bronze grec ou gréco-égyptien. Les céramistes gallo-romains étaient des animaliers passionnés et c'est toute une Arche de Noé qu'ils nous ont léguée : Chevaux, Chats, Chiens aux allures de chacal, Béliers et Moutons, Chèvres et Boucs, Bœufs et Taureaux, d'allure assyrienne, Biches et Cerfs, Lapins et Cochons. Parmi les oiseaux, Cygnes et Canards, Pigeons et Colombes, celles-ci parfois avec un collier, Coqs et Poules, Paons, la queue traînante ou faisant la roue. Les grands fauves, comme le Lion d'Afrique et la Panthère, ne manquent pas à la collection, non plus que les Singes, coiffés parfois, eux aussi, du cucullus. Tous ces petits Animaux sont parfaitement observés et au nombre des meilleurs ouvrages de nos céramistes. Ce sont enfin des Bibelots divers : des Œufs, des Fruits, des Tirelires, de petits Vases décoratifs, tout à fait charmants, affectant la forme d'une pomme de pin. --- BUSTE DE RISUS --- Les usages auxquels étaient destinées ces figurines étaient multiples. Les Divinités étaient placées dans les « Laraires », ou autels domestiques; beaucoup d'entre elles sont accompagnées d'une petite Niche à colonnes. On les descendait dans la tombe avec les morts; on les jetait dans les sources et les fontaines, que l'on mettait ainsi sous la protection de la Divinité représentée. Les animaux, les bibelots et les figurines profanes ornaient la maison. Il y avait aussi des Jouets d'enfants, des Poupées au chignon cocasse, des Oiseaux avec une bille dans le ventre, qui résonnait lorsqu'on les agitait. La fabrication, après avoir débuté, nous l'avons dit, à la conquête romaine, cessa, semble-t-il, vers le v° siècle de notre ère, c'est-à-dire au moment de l'écroulement du monde antique, de l'invasion d'Alaric et de la submersion, par les Barbares, de l'ancienne Europe romanisée. Des ateliers ont été retrouvés dans l'Allier, en Normandie et en Bretagne, souvent avec un lot de statuettes tout préparé pour la cuisson. De nombreux moules en creux, parfaitement conservés, ont permis le tirage de nouveaux exemplaires. Les auteurs de ces figurines ont eu soin de nous transmettre leurs noms. Ils ont signé leurs moules, en lettres énormes, qui étaient comme leur marque de fabrication. D'autres ont signé les statuettes elles-mêmes, en caractères non moins lisibles. Nous avons une cinquantaine de ces noms. L'un des plus répandus est celui de --- BUSTE D'ENFANT COIFFÉ DU CUCULLUS GAULOIS ---

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LES FIGURINES DE TERRE CUITE BLANCHE DE LA GAULE ROMAINE Pistillus, de qui nous rencontrons un peu partout les produits, sans qu'aucune indication nous apprenne, comme pour Nattus, l'Arverne, quel était son pays. Il est à remarquer, en outre, que cette signature se retrouve sur des figurines de valeur artistique fort différente. Il est donc à présumer que nous sommes souvent en face de contrefaçons. Le fait n'a rien de surprenant, puisque, dès l'Hellade, les plus belles statuettes de Tanagra, les plus en vogue, étaient surmoulées à Myrrina et vendues en exemplaires inférieurs. Peut-être aussi y eut-il plusieurs Pistillus. Si, maintenant, nous envisageons la valeur d'art absolue de ces figurines, nous ne pouvons songer évidemment à établir un parallélisme d'égalité entre elles et les parfaits chefs-d'œuvre de terre cuite qu'à son apogée nous a légués l'Hellade. Elles appartiennent, avant tout, à un art populaire. Ceux qui les exécutèrent furent souvent de simples artisans; les mêmes signatures se retrouvent sur certaines de ces petites œuvres et sur des poteries contemporaines. Le but principal était de produire en abondance et à bon marché, le bronze, plus parfait et plus coûteux, étant réservé aux ouvrages de luxe. La plupart des sujets n'exigeaient que des moules très simples, en deux parties seulement, une face et un revers. Pour les sujets plus compliqués, comme les cavaliers, le cheval et l'homme étaient moulés séparément et appliqués ensuite l'un sur l'autre. Ces petites céramiques nous charment cependant, par la gaucherie même, qui souvent est la leur, et par leur grâce naïve. Elles nous apportent une documentation précieuse de types et de costumes d'une époque peu connue de notre histoire. Mais elles nous offrent surtout un intérêt capital en ce qu'elles sont, si l'on fait abstraction des productions barbares de l'époque druidique, les premiers et lointains débuts de la sculpture française. Celle-ci, inspirée dès l'abord de l'Antiquité classique, ne devait plus y revenir un jour, qu'après bien des siècles. PAUL GRUYER. VASE EN FORME DE POMME DE PIN