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LILLE SOUS LE JOUG ALLEMAND L'ART ET LES ARTISTES REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES NUMÉRO SPÉCIAL RÉDACTION, ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE, 23 PARIS DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT Copyright by L'Art et les Artistes, 1916
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LILLE SOUS LE JOUG ALLEMAND L'ART ET LES ARTISTES REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES NUMÉRO SPÉCIAL RÉDACTION, ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE, 23 PARIS DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT Copyright by L'Art et les Artistes, 1916
L'ART ET LES ARTISTES ABONNEMENT D'UN AN : - FRANCE .. 20 fr. - ÉTRANGER .. 25 fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire Adolphe Thalaspé --- Seconde Série de Guerre : N° 3 PRIX DU N° SPÉCIAL "LILLE SOUS LE JOUG ALLEMAND": Sans le dessin inédit « Sur la route de Soissons », de PAUL RENOUARD, sur Japon Impérial, 4 fr. pour la France ; 4 fr. 50 pour l’Étranger. Avec le dessin inédit de PAUL RENOUARD, sur Japon Impérial, 9 fr. pour la France ; 9 fr. 50 pour l’Étranger. Tout abonné ancien ou nouveau à L’Art et les Artistes recevra une épreuve de la magnifique composition inédite de PAUL RENOUARD, tirée sur Japon Impérial. De plus, il a été fait de cet ouvrage un tirage de grand luxe de 25 exemplaires numérotés, sur papier des Manufactures Impériales du Japon. Ces exemplaires renferment chacun une épreuve avant la lettre, sur Japon Impérial également, du dessin de PAUL RENOUARD. PRIX DE L’EXEMPLAIRE DE GRAND LUXE : 25 francs pour la France ; 26 francs pour l’Étranger. --- SOMMAIRE DU NUMÉRO SPÉCIAL DE NOVEMBRE 1916 "LILLE, SOUS LE JOUG ALLEMAND" LILLE .. ROBERT HÉNARD. LE MUSÉE DE LILLE .. LÉANDRE VAILLAT. LES CRIMES DES BARBARES .. --- ILLUSTRATIONS CINQUANTE ILLUSTRATIONS, d’après des peintures de THIERRY BOUTS, GÉRARD DAVID, GHIRLANDAJO, J. BELLEGAMBÉ, BREUGHEL, VERSPRONCK, RUBENS, ZUSTRIS, VAN DYCK, F. HALS, CODDE, WATTEAU (de Lille), CHARDIN, Q. LA TOUR, F. GOYA, L.-L. BOILLY, COROT, E. DELACROIX, J.-F. MILLET, JULES BRETON, CH. CAZIN, L.-O. MERSON, CAROLUS-DURAN; d’après des sculptures, gravures et plans des XVIe et XVIIe siècles ; et des photographies des principaux monuments de la ville ayant l’invasion. Couverture en couleurs, spécialement exécutée pour ce numéro par Ch. PEYRARD. --- ÉPREUVE D’ART (En hors texte) L’Après-dinée à Ornans D’après le chef-d’œuvre de COURBET. --- Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays. --- J. ALLARD & Cie o Galerie des Tableaux des Maîtres Modernes o 20, Rue des Capucines, 20. PARIS --- Copyright by L’Art et les Artistes, 1916. L’administrateur-gérant : Ch. PEYRARD.
Au Lecteur Pour paraître le 1er Décembre 1916 LES VANDALES 1914-1916 Tel est le titre du magnifique volume d’étrennes que, pour répondre aux pressantes sollicitations qui lui étaient adressées, la Direction de L’Art et les Artistes a décidé de faire paraître, en réunissant en un seul ouvrage, — imprimé et paginé spécialement et d’un tirage limité, — trois des numéros de guerre de la Revue : La Cathédrale de Reims, La Belgique Héroïque et Martyre et Les Vandales en France. Confiee à la plume autorisée de CAMILLE ENLART, l’étude sur la Cathédrale peut être considérée comme la monographie la plus complète qui ait été publiée sur le crime odieux dont se sont rendues coupables les troupes du Général von Heiringen. Cette étude, en effet, s’accompagne du Rapport officiel sur le bombardement, des protestations du Gouvernement français, du Président du Conseil Municipal, du Maire de Reims, de diverses Sociétés d’art et d’histoire, des principaux journaux français et étrangers et de la Liste des 93 Intellectuels Allemands. Les textes de la Belgique sont signés des noms de MAURICE MAETERLINCK, EMILE VERHAEREN, M. WILMOTTE, DUMOND-WILDEN, P. DELANNOY, P. LAMBOTTE, P. NOTHOMB, J. DE MOT et ARMAND DAYOT et ont tous trait aux villes et aux villages belges saccagés par les Allemands. Enfin, AUGUSTE RODIN, PAUL LEON, ARSÈNE ALEXANDRE, CAMILLE ENLART et ARMAND DAYOT nous parlent, dans les Vandales en France, des martyres de Senlis, de Soissons, d’Arras… et des autres villes crucifiées du Nord. Ces textes sont ornés de DEUX CENT VINGT illustrations très finement gravées, d’après des aspects de villes, villages, églises et monuments photographiés avant et après l’invasion et d’après des peintures, aquarelles, eaux-fortes et dessins originaux de G. FRAIPONT, MAURICE BOMPARD, CH. FOUQUERAY et des meilleurs artistes de l’École belge contemporaine : FRANCK BRANGWYN, LEON CASSEL, VICTOR GILSOUL, L. HUYGENS, etc., etc. Superbe volume, grand in-8°, de 210 pages, tiré en partie sur papier vergé, en partie sur papier couché. Présenté sous une reliure très originale en toile encadrant la reproduction en couleurs d’une aquarelle de MATHURIN MÊHEUT, cet ouvrage forme un des recueils les plus émouvants et les plus documentés qui aient paru jusqu’à ce jour sur la grande guerre. Prix de l’ouvrage relié, tête dorée : $\left\{ \begin{array}{l} \text{Fr. 15} \quad \text{» pour la France} \\ \text{Fr. 16} \quad \text{» pour l’Étranger} \end{array} \right.$ (Envoi Franco) On souscrit, dès aujourd’hui, à l’Administration de L’ART ET LES ARTISTES : 23, Quai Voltaire, Paris.
Ph. Bulloz Musée de Lille INCONNU — TÊTE DE JEUNE FILLE MODELÉE EN CIRE
LISLE. LILLE — VUE D'ENSEMBLE, D'APRÈS UNE GRAVURE DU XVIIe SIÈCLE GUICHARDIN — PLAN DE LILLE, A LA FIN DU XVIe SIÈCLE
--- LILLE LILLE! Que de souvenirs tragiques, que d'images de deuil évoque en nous déjà ce nom d'une des cinq plus riches villes de France, d'une ville qu'un glorieux passé et une renommée laborieuse nous rendent particulièrement chère et précieuse! Lille, naguère tant de fois prise et reprise par la France qui voyait en elle, à juste titre, un de ses plus beaux fleurons et qui ne l'acquit définitivement qu'à la fin du règne de Louis XIV, Lille qu'un élan de prospérité extraordinaire, sans précédent dans les fastes de son histoire, avait récemment faite si grande sous tous rapports, Lille, depuis deux ans, est sous le joug détesté d'un odieux envahisseur! Ce joug n'est que temporaire — nous le savons — et l'heure sonnera bientôt où la capitale de la Flandre française redeviendra notre et où nos soins pieux s'efforceront de panser ses plaies et de fermer ses blessures. Mais, dès maintenant, quelles angoisses ne se mêlent pas à la joie que l'espoir de cette libération éveille dans notre cœur! L'Allemagne fera, peut-être, payer cher l'abandon d'une telle conquête. De sinistres et nombreux exemples font redouter pour la noble cité ces effroyables et basses représailles par quoi l'orgueil teuton a pour accoutumé d'assouvir sa rage... Autour de Lille, les ruines s'amassent et s'amoncellent. Ypres, Arras, après avoir assisté à la destruction de ces admirables monuments qui les avaient classées parmi les plus pures merveilles de l'Europe occidentale, voient leurs maisons, stupidement et systématiquement frappées par un ennemi acharné à l'anéantissement d'une proie qu'il ne peut saisir, une à une tomber en poussière. Aux alentours, bourgs et villages, n'offrent plus aux regards que des débris informes et calcinés... Puissent les pressentiments qui nous hantent ne pas se réaliser! Lille a déjà tellement souffert! La ville présente en maints endroits le spectacle d'une désolation et d'une misère affreuses. Les récits que nous avons recueillis de quelques-uns de ses habitants évacués sont faits pour exciter la pitié et plonger dans la tristesse la plus profonde. Le dimanche 4 Octobre, Lille reçut les premiers obus. L'attaque commença le dimanche suivant. Le bombardement, interrompu vers la fin de la matinée, reprit le soir même et dura jusque dans la nuit du mardi. Ses effets furent terribles. A la fin, une bombe incendiaire mit le feu à une maison de la rue du Molinel; les flammes se propagèrent rapidement. C'est à ce moment que la reddition s'accomplit et que les Allemands arrivèrent. Sans doute, pour donner à leur entrée cet éclat
L'ART ET LES ARTISTES sensationnel, ce caractère théâtral de sauvagerie et d’horreur qui, à Louvain et à Dinant, avaient été dans leur manière, ils alimentèrent le feu avec des jets de pétrole et des grenades. La rue Faidherbe, la rue du Molinel, la place Richebé, devinrent un immense brasier : « Ainsi se présenta « la Kultur », écrit M. Legras, professeur de Lettres au Lycée de Lille. Que l’on s’imagine les émotions de ces heures effroyables, l’éclatement des bombes, le fracas des maisons qui s’écroulent, le sifflement de l’incendie, le tocsin, les cris des femmes et des enfants qui se sauvent dans la nuit. Puis, un silence lugubre et, soudain, les clameurs du vainqueur courant dans les rues, brisant les portes à coups de crosse, frappant et tuant les prisonniers... » Après des pourparlers difficiles et la promesse d’une contribution de guerre, la municipalité obtint l’aide des soldats ennemis pour arrêter l’incendie. Les conduites d’eau, qui avaient été coupées, furent rétablies. La dynamite isola le foyer et le fléau put être maitrisé. Douze cents maisons de l’un des quartiers les plus peuplés étaient en cendres. Ce ne fut pas tout. Entre le 14 et le 16 Décembre 1915, le bombardement détruisit une quarantaine de maisons et l’église Saint-Étienne, attenante à l’Hôpital Militaire. Le 11 Janvier suivant, l’explosion de la poudrière du rempart sud provoqua la mort de deux cents prisonniers, brisa les vitres dans toute la ville, et fit effondrer une quantité de toits, mettant ainsi sans abri, en plein hiver, un grand nombre de pauvres familles. Vint ensuite le tour de l’Hôtel de Ville, qui brûla de fond en comble tout ce qu’il renfermait, archives, tableaux, estampes, fut perdu. Une Lilloise, échappée par miracle à ces calamités et à qui nous demandions de nous confirmer la véracité de ces renseignements, nous disait : « La rue Faidherbe, de la gare au Café Jean, n’est plus bordée que de ruines indéfinissables. Ici, on découvre un chaos indescriptible de pierres noircies; là, la place est nette et l’on cherche avec étonnement les restes des anciens bâtiments que le canon a pulvérisés. De la gare à la place de la République, c’est une trouée béante où se remarque la même devastation. Il semble que ce désastre soit l’œuvre d’un cataclysme et non celle des hommes. » En résumé, un quart de Lille a cessé d’exister; et ce quart est la partie comprise entre la porte de Roubaix et la porte de Douai, les remparts et la place de la République, tout le côté de la ville au sud-est, vers Valenciennes et vers Tournai. Mais si, dans sa majeure étendue, la cité flamande est restée à peu près intacte, si les quartiers neufs de l’ouest, si la Préfecture, la citadelle et les quartiers du nord, la Bourse, le Nouveau-Théâtre, le Palais de Justice ont été relativement épargnés, les douleurs physiques et morales ont frappé de toutes parts une population qui, au mois d’août 1915, comptait encore 186,000 habitants ou réfugiés. Le département du Nord ayant été frappé d’une contribution de guerre immédiate de 15 millions et d’une contribution mensuelle de 2 millions, Lille dut en acquitter la moitié et loger en outre une masse de troupes et d’officiers. — Elle fut rationnée sévèrement. Un Comité de ravitaillement Hispano-Américain ne subvint à ses besoins que d’une façon insuffisante et variable; un
$\text{Ph. ND.}$ LILLE — LA PRÉFECTURE $\text{Ph. ND.}$ LILLE — ABSIDE DE L’ÉGLISE SAINT-MAURICE
Pb. ND. LILLE — LA BOURSE Pb. des Monuments Historiques LILLE — HOPITAL SAINT-SAUVÉUR FRAGMENT DE LA FAÇADE (1892) Pb. ND. LILLE — LE PALAIS RIHOUR (XVᵉ SIÈCLE)
LILLE Comité de ravitaillement Hollandais, institué dans le même but, se rendit impossible en vendant à des prix exorbitants. — Les vexations de toutes sortes s'abattaient sur les malheureux Lillois; les espions pullulaient, les amendes pleuvaient et la citadelle, transformée en prison, « regorgeait à ce point de monde que les places y étaient retenues trois semaines à l'avance.» Cependant, la confiance dans une délivrance prochaine, dans la victoire française était telle que ni les malheurs causés par des bombardements renaissants, ni les cruautés de l'oppresseur, ni le péril des épidémies, ni la disette ne purent entamer un instant le courage de Lille. Les encouragements de son maire, M. Delasalle, de Mgr Charost, son évêque, et de nombreux exemples d'héroïsme, des traits de conduite à la fois simples et sublimes eussent au besoin raffermi une foi qui n'avait pas besoin d'être fortifiée. Cette constance altière, cette patience héroïque devaient pourtant être mises à l'épreuve de la façon la plus angoissante. Les Allemands, après avoir enlevé les paysans à leurs terres pour les employer à la réfection des routes et à des travaux militaires, voulurent forcer les citadins de Lille à cultiver les champs. Un premier appel resta sans réponse. Alors vinrent les sommations brutales, les violences, et, après les déchirements d'une séparation peut-être définitive, des jeunes filles, des femmes, des hommes reconnus encore valides, de toutes les conditions de la société, furent arrachés à leurs enfants, à leurs vieux parents et dirigés au loin, mobilisés pour les besognes les plus dures, à la merci du plus honteux esclavage. Qui ne frémirait d'indignation et de colère en songeant que de semblables actes, violant toutes les lois de l'humanité et les prescriptions les plus sacrées des Conventions de Genève et de la Haye, ont pu se produire après vingt siècles d'efforts continuels vers la civilisation! Quels châtiments infamants n'auront pas mérités les auteurs de semblables infamies! Ces tortures nouvelles infligées à nos infortunés compatriotes, ces procédés révoltants, choquant toutes les délicatesses de la pensée et du cœur et jetant dans un abîme de désespoir des êtres déjà si atteints par l'adversité, nous ont incités, au moins autant que les malheurs irréparables causés par les bombardements et les autres excès d'une domination exécutable, après avoir rendu hommage à la Belgique crucifiée, à la Pologne envahie, à l'Alsace-Lorraine prisonnière, après avoir flétri les vandales de Reims, de Soissons et d'Arras, à consacrer un numéro spécial de cette Revue à Lille captive. Ce n'est pas la première fois que Lille subit les horreurs de la guerre. Son histoire est remplie de vicissitudes tragiques. Cité opulente, rivale de ses voisines du Nord, Ypres, Gand et Bruges, Lille fut longtemps l'objet de convoitises adverses. Autrefois, son nom s'écrivait L'Isle ou L'Ile; on relève encore sur les plans du XVIIIe siècle cette ortographe qui semble expliquer l'origine même de la ville, laquelle aurait été tout d'abord une bourgade serrée aux pieds d'un château-fort et entourée par les bras de la Deule. En 1130, Lille comptait déjà parmi les localités les plus importantes de la Flandre. Prise et détruite par Philippe-Auguste en 1213, elle ressuscita

Ce numéro spécial de la revue "L'Art et les Artistes" documente la ville de Lille sous l'occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale. Il décrit les destructions subies par la ville, notamment les bombardements et les incendies, ainsi que l'impact sur ses habitants. L'ouvrage présente également des illustrations d'œuvres d'art et de monuments de Lille.