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LA CATHÉDRALE DE Rêming 1211 1914 NUMÉRO SPÉCIAL L'ART et les ARTISTES RÉDACTION ET ADMINISTRATION :23, QUAI VOLTAIRE…… PARIS --- REVUE D’ART ANCIEN… ET MODERNE …DES DEUX MONDESPARIS - 1915 --- DIRECTEUR-FONDATEUR :ARMAND DAYOT ---
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LA CATHÉDRALE DE Rêming 1211 1914 NUMÉRO SPÉCIAL L'ART et les ARTISTES RÉDACTION ET ADMINISTRATION :23, QUAI VOLTAIRE…… PARIS --- REVUE D’ART ANCIEN… ET MODERNE …DES DEUX MONDESPARIS - 1915 --- DIRECTEUR-FONDATEUR :ARMAND DAYOT ---
L'ART ET LES ARTISTES --- ABONNEMENT D'UN AN - PRIX : - FRANCE... 20 Fr. - ÉTRANGER... 25 Fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : ADOLPHE THALASSO --- Prix du n° spécial sans le bois original de Dété sur Japon: 3 fr. 50 pour la France; 4 fr. pour l'Étranger. Prix du n° spécial avec le bois original de Dété sur Japon Impérial: 8 fr. 50 pour la France; 9 fr. pour l'Étranger. --- On peut moyennant 5 fr. se procurer à l'Administration de la Revue une épreuve sur Japon Impérial du bois original de M. Dété. --- SOMMAIRE DU NUMÉRO SPÉCIAL "LA CATHÉDRALE DE REIMS" --- AVANT-PROPOS (3 illustrations). Armand Dayot LA CATHÉDRALE DE REIMS (25 illustrations) Camille Enlart EXTRAIT DU RAPPORT OFFICIEL sur le bombardement de la cathédrale (1 illustration). PROTESTATIONS DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS; de M. Adrien Mithouard, Président du Conseil Municipal de Paris; du D’Langlet, Maire de Reims; de la Société des Antiquaires de France; des journaux français: La Presse, Le Figaro, La Guerre Sociale, L’Humanité, La Libre Parole, Le Gaulois, Le Petit Journal, Le Matin, La Patrie, Le Journal des Débats, Le Journal, L’Action Française, Excelsior, L’Eclair, Le Petit Parisien, Le Temps, L’Action, etc., et des journaux étrangers: The Daily Mail, The Daily Telegraph, The Pall Mall Gazette, The Times, The World, The Evening Standard, The New York Herald, The Daily Express, Il Giornale d’Italia, L’Italia, La Tribuna, El Liberal, etc. (22 illustrations). PROTESTATION des Ecrivains, Artistes et Savants suisses (2 illustrations). PROTESTATIONS de la Société de l’Histoire de l’Art français. LES 93 INTELLECTUELS ALLEMANDS (3 illustrations). ÉPREUVE D’ART: Le Crime du 19 Septembre, d’après un dessin original de G. Fraipont. COUVERTURE avec un bois de Dété représentant une Cariatide de la Basilique. --- Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays. --- J. ALLARD & Cie - Galerie des Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 L’ADMINISTRATEUR-GÉRANT : CH. PEYRARD. ---
Ph. des Monuments Historiques. VUE GÉNÉRALE DE LA FAÇADE PRINCIPALE AVANT LE BOMBARDEMENT AVEC LE FAMEUX PORTAIL SUD-OUEST AUJOURD'HUI PRESQUE ENTIÈREMENT DÉTRUIT
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AVANT-PROPOS D u jour de la criminelle violation du territoire belge, du jour des sauvages destructions de Termonde, de Malines, de Louvain, d'Ypres, d'Arras, etc., à l'heure présente, les Allemands ont appliqué avec l'esprit de méthode et de discipline qui constitue le fond de leur nature servile jusqu'à l'avilissement, le système d'atrocités de tous genres préconisé par leurs stratèges et leurs Moralistes. « Et cela pour abréger les horreurs de la guerre et hâter les bienfaits d'une paix réparatrice..... » L'hypocrisie de cette infâme doctrine des soldats du déshonneur ne trompera personne, et, ni les machinations d'une diplomatie à jamais méprisée de l'univers entier, ni les falsifications de l'Histoire dans les officines de la maison Wolf et Cie ne sauront prévaloir contre les déclarations du docteur Reiss (1), contre les affirmations si justifiées de M. Pierre Nothomb (2), contre les récits de M. Joseph Bédier (3), l'éminent professeur au Collège de France, contre tant d'aveux échappés aux prisonniers ennemis ou surpris dans leurs carnets de guerre, contre les conclusions des commissions d'enquête, contre les protestations collectives et indignées des savants et des intellectuels des pays neutres en réponse au monstrueux manifeste des intellectuels allemands, protestations qui se font plus nombreuses et plus véhémentes à mesure que se déchire le voile de mensonges tissé par nos adversaires autour de leurs crimes inouis. L'une de ces protestations mérite d'être citée en tête de ce numéro d'art destiné à perpétuer le souvenir de l'abominable destruction d'une (1) Gazette de Lausanne (24 Décembre 1914). (2) Revue des Deux Mondes (Décembre 1914). (3) Revue de Paris (Décembre 1914).
L'ART ET LES ARTISTES des plus pures merveilles du monde, œuvre quasi divine qui était comme l’expression la plus noblement exaltée du génie de l’homme épris à la fois d’idéal et de vérité. Elle est due à la plume du grand architecte américain Whitney Warren. C’est un appel, tout vibrant d’une éloquente indignation, à l’ACADÉMIE AMÉRICAINE DES ARTS ET DES LETTRES, après un douloureux pèlerinage à travers toutes les villes martyres de Belgique et de France…… Avant qu’il soit trop tard, j’attire, par votre entremise, l’attention du peuple américain sur ce que j’ai pu constater, afin, s’il est possible, de sauver quelque chose de sacré et de beau dans le pays encore occupé par les Allemands. La destruction d’Ypres était d’une inutilité absolue. La ville n’avait aucune importance militaire. La seule raison qu’on puisse attribuer à cet acte de vandalisme, c’est la rage des Allemands de n’être pas parvenus à s’y établir. Les vastes quartiers des résidences ont été détruits, et cette merveille, les Halles des drapiers, un des trésors de l’art gothique flamand, un monument grandiose par ses proportions et par ses souvenirs artistiques et historiques, est une ruine qui défie à jamais tout espoir de restauration. La cathédrale, d’une noblesse si majestueuse, est dans les mêmes conditions. Le musée, avec tous ses trésors, a été également brûlé. Il n’y avait pas, je le répète, d’excuse stratégique à ces destructions. Le général Foch, de l’armée française, et le général Douglas-Haig, de l’armée anglaise, sont absolument dans l’impossibilité de trouver une raison pour comprendre la bassesse misérable de cet acte. Arras est dans les mêmes conditions malheureuses. L’ennemi avait occupé la ville pendant quatre jours, et c’est en s’en allant qu’il l’a détruite. La place charmante, construite pendant l’occupation espagnole, et l’hôtel de ville, avec son beffroi, incomparable de beauté et d’harmonie, ne sont plus que des ruines glorieuses. Ce travail des générations, inspiré par l’amour et gardé par les traditions de ses citoyens de tout temps, est annihilé. J’ai constaté personnellement que les troupes françaises n’occupent pas la ville. Néanmoins, le jour où j’étais là, les Allemands ont encore bombardé la cathédra e. Vous êtes au courant du bombardement de Reims et du sort de maints villages, inoffensifs, dans l’Argonne, la Meurthe, l’Aisne et les Vosges, derrière lesquels les Allemands ont été chassés et qu’ils ont dévastés au-delà de toute description et de toute imagination. Le code pratiqué par les Allemands est absolument dépourvu d’honneur, de décence ou de pitié. Je ne dis pas ceci contre le peuple allemand. Tous les généraux avec qui je me suis entre-tenu sont d’avis que probablement le soldat allemand est de la même mentalité que celle des alliés. C’est à la tête, c’est aux chefs du despotisme militaire allemand que je répète ceci : les Allemands ont un code systématique de destruction, de terreur et des instruments fabriqués pour le mettre en vigueur et par ordre, ceci contrairement à tous les traités, conventions, concernant les lois de guerre, signés par nous, Américains, aussi bien que par eux, aux conventions de La Haye et de Genève et strictement suivis par les alliés. Comment les alliés se conduiront-ils en Allemagne, au moment des représailles ? Sur ceci je suis convaincu qu’ils se comporteront comme des hommes, comme des soldats. Galliéni, Castelnau, Foch et autres avec qui j’ai causé, sont absolument catégoriques et se portent garants pour leurs hommes : « Il n’est pas dans nos idées de faire la guerre de cette façon ; nos hommes se conduiront comme ils le doivent. » Ces généraux sont des guerriers et des gentilshommes ; il faut ajouter foi à ce qu’ils disent. N’est-il pas possible, pour notre peuple, de s’organiser et de protester, par notre président, auprès de celui qui inspire toute cette devastation misérable ? Le général Douglas-Haig m’a dit, il y a trois jours : « Il est trop tard pour protester, le malheur est déjà accompli. » Oui, mais il reste
AVANT-PROPOS Gand et Bruges, Bruxelles et Anvers, Laon, Noyon et Saint-Quentin, qui contiennent des trésors innombrables et précieux, peut-être surtout pour nous, qui avons tant besoin d'inspirations et de traditions. Pour l'amour de ce que nous avons de beau en nous, pour l'honneur de notre signature, n'est-il pas possible d'insister pour que les conventions et les traités auxquels nous sommes liés soient observés ? Ou alors n'avons-nous donc plus de sang dans les veines ? Croyez-moi votre très obéissant. (20 Décembre 1914). WHITNEY WARREN *** Puisse l'éloquent et généreux appel de M. Whitney Warren être entendu ! Nous voulons espérer encore..... Et cependant, le bombardement persistant de la ville de Reims et de sa malheureuse cathédrale dont chaque jour les fleurs de pierres, les incomparables sculptures, les précieux détails architectoniques volent en éclats sous les coups répétés des brutes allemandes, disent assez la méthodique et implacable application du programme des Barbares, contresigné par le sinistre empe-reur et approuvé par les fameux intellectuels allemands, domestiqués comme des valets, dont nous publions plus loin les noms à jamais maudits : Verser le sang innocent, semer l'effroi, achever les blessés, fusiller et mutiler les vieillards, les femmes et les enfants pour terrifier les hommes et paralyser leur volonté..... détruire les grands monuments du passé afin d'anéantir, jusqu'aux derniers vestiges, les plus hautains souvenirs de gloire qui, jusqu'à ce jour, furent pour l'âme des peuples de France et de Belgique si fidèlement attachés à leurs traditions, des sources d'énergie et de beauté. Rêve monstrueux éclos dans un morbide délire d'orgueil et qui s'écroulera aussi dans les flammes vengeresses, comme le sagittaire de Reims, comme tout ces « gardiens de l'ombre » alignés sous les ogives des portiques autour de la Vierge souriante, sublime et délicieuse image détruite, elle aussi, pour toujours. « Des profondeurs de la nef, du chœur tout entier, on se sent comme repoussé par l'ombre, d'où descendent confusément des paroles terrifiantes. Et je crois entendre une voix irritée qui m’apostrophe : — Qui donc ose empiéter sur ma solitude ? Ne suis-je plus la vierge de la nuit ? Mes ténèbres ne sont-elles plus à moi ? Qui donc ose pénétrer ici ? » Et plus loin : « Elles vivent de la vie des siècles ces figures étranges, ces gardes d’honneur sur trois rangs, par quatre, par dix — on dirait des ressuscités
L'ART ET LES ARTISTES debout dans leurs tombeaux — sont-ce des apparitions? Elles ont une formidable intensité religieuse. Elles se concertent. Peut-être attendent-elles quelque grave événement..... » (1). Rien ne saurait exprimer avec plus de puissance l'impression de trouble et l'admiration dont l'âme était saisie devant la merveilleuse façade, musée aérien de sculptures, comparable en beauté au divin fronton du Parthénon, que ces cris passionnés de Rodin, dans ses rêveries de pèlerin des cathédrales de France, méditations faites d'extase et de terreur. *** Et maintenant que la cathédrale de Reims n'est plus, ou que du moins rien ne subsiste de son élégante et robuste splendeur qu'une sorte de squelette sublime noirci par la flamme, déchiré par les obus, et auquel s'accrochent encore deci, delà, quelques merveilleux débris de sculpture : sourires de vierges et d'anges, méditations d'apôtres, grimaces de démons, grotesques contorsions de monstres branlants penchés sur des abîmes.... souhaitons qu'aucune main profane ne vienne achever l'œuvre des Barbares en cherchant à restaurer ces ruines encore chargées, malgré tant de blessures mortelles, d'accumulations de pensée. Ce serait le suprême sacrilège. Souhaitons que seules quelques mesures préservatrices soient prises. Et tout d'abord qu'on procède, en hâte, lorsque les circonstances le permettront, à la pose d'une toiture protectrice sous laquelle, dans l'espace qui furent les nef's aux ombres mystérieuses, seraient chronologiquement disposés, comme le sont au musée des Thermes, à Rome, les débris de sculpture et d'architecture pieusement recueillis, et aussi les figures et les motifs ornementaux encore aujourd'hui fixés aux murailles par un prodige d'équilibre. La suite des magnifiques tapisseries qui virent défiler tant de cortèges royaux, tant de pompes triomphales, et qui furent heureusement sauvées du désastre avec les anciens Vases sacrés et la Sainte Ampoule, seraient le décor somptueux de tous ces chefs-d'œuvre mutilés, dont les débris inspirateurs, rassemblés à l'ombre des deux grandes tours en ruines et des portiques veufs des « gardiens de l'ombre », conservent encore assez de beauté pour proclamer le rayonnement éternel du génie français devant le stupide orgueil et la sauvage impuissance de l'Allemagne déshonorée. ARMAND DAYOT. (1) RODIN : Les Cathédrales de France. Armand Colin, éditeur.
Ph. des Monuments Historiques. VUE D'ENSEMBLE, PRISE DU NORD-EST Ph. Georges Huart. VUE D'ENSEMBLE APRÈS L'INCENDIE DU TOIT Le bombardement a, depuis lors, aggravé les dégâts.

Ce numéro spécial de la revue "L'Art et les Artistes" est consacré à la cathédrale de Reims, documentant sa destruction lors de la Première Guerre mondiale. Il inclut des témoignages, des protestations d'intellectuels et d'artistes français et étrangers, ainsi que des illustrations de l'édifice avant et après les bombardements.