Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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MAI......1908
L'ART
ET LES ARTISTES
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
N° 38
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L'ART ET LES ARTISTES
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HENRI MARTIN — L'ÉTUDE (panneau décoratif pour la Sorbonne)
SALON DES ARTISTES FRANÇAIS
C'est une banalité maintenant de dire que l'impressionnisme a triomphé. Peu à peu, il a pénétré partout, envahissant les citadelles les plus inexpugnables. Après avoir été l'épouvante des artistes timorés, il est devenu leur culte. Comme un rayon de soleil qui, trop tôt venu, offusque le dormeur, il a d'abord choqué les préjugés de gens habitués à voir sombre. Aujourd'hui, il est devenu le plein-jour et tout le monde trouve naturel de vivre au milieu même de sa lumière. Le Salon des Artistes français, autrefois réputé le refuge de l'art d'atelier, est tout empli de ses audaces joyeuses et, après l'impressionnisme, c'est le plus libéralement du monde qu'il a accueilli les influences des intimistes, la noble leçon de Whistler.
Pénétrons avec confiance.
À l'entrée nous accueille la farouche et courageuse armée de la Révolution que mènent Édouard Detaille et la Victoire même aux accents du Chant du Départ. Un vent d'épopée la pousse en avant vers nous qui nous sentons un instant l'âme des aïeux.
Éloquente et douloureuse réplique, voici la Défaite : Mort de Charles le Téméraire, de Baude ; puis le tumultueux : Il est quatre heures : Marengo, de Chartier; le Glorieux Bûcher, de Jacquier, œuvre noble et puissante ; le Mayence, de Lalauze; le Matin calme : Colline Poutiloff, de Robiquet, transposition picturale du terrible Rire rouge de Léonide Andréief ; le fougueux Général Lasalle de Malespina, les scènes militaires de Scott, etc.
Mais la guerre n'est pas toute l'histoire. La Prédestinée de Bussière est une touchante petite Jeanne d'Arc environnée de ses visitations. Le colossal Beethoven de la Musique que rêva Jean-Paul Laurens voit, les yeux fermés, les visions bleues qui émanent de son orchestre. Et les symboles et les rêves dépassent l'histoire. Henri Martin, dont le Portrait de Mme V... est excellent, montre l'Étude, un panneau décoratif pour la Sorbonne, d'une belle méditation et d'une harmonieuse lumière. Mlle Dufau, chez qui les dons d'idéologue ne nuisent pas, au contraire, à la virtuosité, se tire avec maîtrise et beauté du problème de traiter sur des surfaces décoratives des sujets tels que : Astronomie, Mathématiques et Radioactivité, Magnétisme.
Admirons de Guillonnet le talent de luministe délicat et puissant déployé dans son officielle Garden-party et le petit chef-d'œuvre appelé l'Heure des faunes. Saluons Bretagne, la grande figure allégorique de Jean Brunet ; les graves panneaux de Steeck; les Fumées de Paul Antin ; le tryptique la Mer de Moteley et le Retour à la vie par la mer et les champs de Chigot ; et, par une gradation insensible dont le pathétique l'Œuvre de la Bouchée de pain de Gustave Pierre, avec sa force de dessin, ses tonalités sourdes et neutres, marquerait assez bien la transition, passons à la peinture de genre et à ses triomphateurs habituels : Joseph Bail, dont le Repas du soir est d'une belle lumière ; Hoffbauer, du prodigieux talent de qui nous attendions mieux que son trop rapide Bateleur arabe ; Maxence, archaïque et grave, avec le Parc abandonné et Méditation ; Rochegrosse, dont le Miroir et Courtisanes prouvent une fois de plus que la haute culture et l'érudition n'enlèvent aux forts ni leur charme ni leur jeunesse ; Jules Lefebvre, toujours pareil à lui-même avec Abandonnée et Lise ; Adler, qui expose un Trotin et surtout une Chanson de la
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L'ART ET LES ARTISTES
grand'route pleine de vie, d'atmosphère et de sentiment ; Ridel, plus heureux avec Solitude, ce beau nu tendre et doux, qu'avec le Bois d'amour, trop facile et trop mièvre; Paul-Albert Laurens, dont on ne sait lequel est le plus exquis de Pierrot jaloux, cette scène charmante peinte avec les tonalités de la perle, ou de Printemps, vision paradisiaque, aux beaux corps imbus de lumière blonde ; et Saint-Germier, avec ses deux scènes vénitiennes à la fois anecdotiques et mystérieuses.
Retenez les noms de Hubbell, qui témoigne dans Caprice et Feuilles d'automne de l'influence adoucie de Brangwin et, dirait-on, de Morrice ; de Minkowski, qui fait preuve d'un sentiment douloureux, d'une observation cruelle et d'un talent qui sera grand et fort, dans sa toile les Victimes du progrum ; de Gourdault, dont le Déjeuner sur l'herbe est d'un joyeux et vibrant impressionnisme ; de José Malhoa, peintre large et humoriste de race avec son Assez, mon père ! scène populaire du Portugal ; de Jamar, dont le Bénédictité et la Brume du soir attestent le précieux souvenir d'Israëls ; de MacCameron, qui étudie trois verdâtres et déliquescents dégénérés autour de leur absinthe, avec une maîtrise élevant cette anecdote au style (Groupe d'amis) ; de Charles Michel, qui peint la Terrasse du lac et Soie et broderie avec des matières précieuses et beaucoup de rêverie ; d'Ernest Noir, dont j'ai fort goûté Au coin du feu et Près de la fenêtre, si intime, si bien peint, si fort.
Du Gerdier a des tendances à se laisser aller à une trop séduisante manière ; Georges Bergès expose une Conchita la danseuse osée, parmi des accessoires flatteurs ; le Soir d'été de Louis Desbois est mondain à souhait, avec d'exquises lumières ; la Tonte des moutons de Plantey est brossée avec largeur et audace ; le Tournoi de Marcel de Paredès s'agite, somptueux et turbulent, dans une poussière blonde et rose ; les citrons, l'azur, la mer du tableau de Laurent-Gsell rappellent nostalgiquement l'atmosphère unique de la Riviera. Bouquets de jacinthes et de tulipes que les fraîches évocations hollandaises de Mme Cécil Jay ; visions étranges et un peu trop Gustave Moreau que celles de Marcel Beronneau ; un peu La Touche aussi, mais si exquisement blonde et fauve l'atmosphère que Lorieux fait vivre autour du Réveil du petit enfant ; et les chardons, les pins, l'horizon rose, la colline perle composent une bien jolie féerie au Rêve de cigale, de Matignon. Théodore de Palézieux peint moins bien qu'il ne compose, mais il compose à la perfection ses dramatiques Naufrages ; Pascau étudie sans âpreté trois Officiants à la messe ; Zo promène d'aimables Espagnoles, tandis que Tito Salas, dans Jaleo en Andalousie, en fait danser d'enragées et de truculentes. Le Chanteur ambulant d'Horace Richébé disparaît dans une pénombre bistre ; et les adorables nudités blondes de Léty, dans un beau paysage soufre, sont pénétrées de surnaturelles lueurs. N'oublions ni la forte Civilisation de
ERNEST HULIN — DOULEUR (pierre)
LARCHE — FIGURE D'ENFANT
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L'ART ET LES ARTISTES
Gibbs ; ni la Fin de journée de Marchal ; ni les Automnales songeries de François de Marliave ; ni les jolies baignades d'enfants de Mme Demont-Breton; ni les chairs d'argent sous les arbres d'or des paysages de Maurice Chabas ; ni les perverses effigies féminines d'Avy ; ni la scène de sport militaire d'Orange;ni Tattegrain,ni Louis Prat, ni Richemont, ni l'Étude de rabbin, si fouillée, de Junès; ni Guinier, ni Miller au savoureux camelot; ni Paul Joubert; ni les Blanchisseuses et Honfleur de Michel Lévy ; ni les minutieuses et fines Confidences de MacEwen ; ni les Deux Amis d'Édouard d'Otemar. Et citons, trop certain, hélas! d'en oublier encore, de Joncières, Louis Levé, Jean Lefort, Kindon, Geoffroy, Godeby, d'Estienne, Désiré-Lucas, Fursman, Léon Cauvy, Degallain, Clairin,Caputo, Bridgman, Tony Tollet, Maxime Faivre, Paul Chabas, Perlmutter,Dewambey, Mercié, Fougerel, Maignan, Mlle Laure Dharville, Alice Marni et Desch.
Parmi les paysagistes, remarquons des artistes de premier ordre comme Hugues-Stanton dont l'envoi : Camiers (Pas-de-Calais) est d'une austérité et d'une solidité remarquables, et comme Alexandre Jacob, dont la vision est véritablement délicieuse : Vieux Pont à la Vanderie : première neige et Gelée blanche et Soleil à la Vanderie. Ce dernier tableau surtout témoigne d'une étonnante sensibilité de l'œil. C'est une manière de chef-d'œuvre. Niels Lund expose un Londres énorme, sombre, fumeux, massif, terriblement impressionnant. Et n'oublions pas le nom de Nardi dont une petite toile : le Cap Brun, Toulon, une merveille, prouve une observation étonnante et une technique ravissante.Harpignies n'a plus la sûreté et la grandeur de sa belle époque ; Pointelin répète des effets connus, mais sans monotonie ni fatigue ; le Soir de Guillemet est d'une grande mélancolie. D'un très jeune homme, Roger Reboussin,il faut retenir Soir et surtout le Défricheur, grande toile consciencieuse et solide, aux terrains bien établis, aux chevaux bien charpentés et qu'anime un joli sentiment. Les Venises de Franc Lami ne nous changent pas des précédentes et nous ne pouvons nous en plaindre, mais celles d'Ossip Linde, peintes dans une pâte épaisse, rose et nacrée, ont un charme matériel,une densité qui m'a requis; et celles de Duvent sont d'une bien jolie lumière; la décoration de fleurs de Quost est mieux qu'agréable ; le Stamboul sur la Corne d'Or de Person fourmille de lumière et d'agitation ; et j'aime bien la Baie d'Issol (Sanary) de Nozal. Ponchin et Pillot rivalisent de justesse dans la notation des effets lu-
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mineux sur le paysage de Provence. Des deux tableaux de Jean Rémond : Soleil de mars en Bretagne et Crépuscule, c'est le plus petit qui est encore le meilleur, mais tous deux témoignent d'une précieuse émotion devant la nature. N'oublions pas de rappeler que le Paysage de Jacques Simon a quelque chose de la manière et du sentiment de Guigou, et ce n'est pas pour le jeune maître un mince compliment. Et, toujours à la course, encore, hélas! citons Arthur Gué: Vieilles Chaumières bretonnes près la pointe du Raz; Aston Knight, les Lavandières; Jacques Marie, très fin; Lechène, Mouren, froid et correct; Joubert; Matisse-Auguste et sa juste Vague de plomb; la Rêverie d'Antoine Leclercq; Redfield; Marché et ses grandes toiles d'Algérie; l'effet de lune de Louis Jourdan; Numa Gillet; Jarry; Gagliardini; Rouillet; Garand; Quignon; Mailland; Ruffe et sa remarquable Place Bab-Souika à Tunis, etc., etc.
Outre les portraits déjà mentionnés, le Salon des Artistes français en offre quelques-uns de tout premier ordre. Ainsi la Femme au perroquet, d'une si belle allure et d'une technique si savoureuse, de Michel Dupuy, dont il faut aussi admirer le paysage A la Montagne. Ainsi deux portraits de Mme Atteslander, celui de la Baronne Holty et celui de la Comtesse P..., dont on ne sait lequel préférer tant ils rivalisent de distinction, de race, de science et de force pensée. C'est de la très belle peinture. Ainsi Ernest Laurent (Portrait de Mme R...), si délicat, si fin, si rempli de grâce et de morbidesse. Ainsi les deux puissantes effigies de Bonnat. Lazsla est toujours le peintre des élégances que l'on connaît; Lauth montre un bien charmant profil de femme: le Voile gris, et un Portrait du docteur Favre qui ne manque pas d'énergie; le Portrait de Pégyu de Jean-Pierre Laurens est consciencieux et sévère; Mme Vallet-Bisson, Grün, Klotz, Laparra font assaut d'élégance. La jeune fille en velours noir de Muller, assise à côté d'une jonchée de chrysanthèmes, a autant de grâce tendre que d'étrangeté inquiétante le profil que Mlle Kretzinger dessine dans l'Attente. Enfin ne quittons pas les salles de peinture sans avoir regardé les charmantes études d'enfants de Richard Miller, les portraits de Vollon, celui de Mme Morticker-Laverghe, de Lucas-Robi-quet, le sobre Rochefort et le vif Lavedan de Baschet; A l'aube et le portrait de fillette de Patricot; Mme la baronne H... de Lynch: tulle et soie noire; les intéressants envois de Mlle Delasalle, Deovant, Bordes, Mme Le Roy d'Étiolles, etc.
Le placement des œuvres de gravure et de sculpture n'étant pas achevé au moment où nous mettons sous presse, nous ne pouvons donner ici qu'une très brève énumération qui sera complétée dans le numéro suivant.
Bornons-nous donc à mentionner aujourd'hui, à la sculpture, l'imposant Monument à Barbey, et une noble figure de la Nuit de Sicard; un impressionnant Chef de tribu du centre de l'Afrique, sur un socle fleuri d'idoles noires, par Ward; une figure décorative de l'Architecture par Landovsky. J'ai beaucoup aimé l'émotion intense qui se dégage de la figure de pierre de Hulin, Douleur (notons, en passant, l'intérêt que présente la matière dont elle est faite: une sorte de pierre rosâtre); et le groupe pathétique de Verlet, Suprême refuge, deux œuvres que nous reproduisons dans la revue. M. Fremiet expose deux Victoires de grande allure destinées à l'ornementation de la place du Carrousel. Quel gracieux nu enfantin que celui de Larche et comme les statuettes de grès vert et de bronze doré d'Alaphilippe sont intéressantes et d'un aspect nouveau! N'oublions pas le monument en bronze du prince Stirbey par Lecomte de Noüy, et la magnifique réplique en marbre de l'Épave de Auben, déjà remarqué au Salon dernier.
A la gravure en couleur, mentionnons les envois du beau japonisant Marcel Jacquier, de Hugard, d'Auguste Favre et de Rabbe. Citons le bois intéressant d'Eugène Dété d'après Ribot, les lithographies de Léandre, de Belleroche, de Detouche, etc., et rappelons encore une fois que ce texte, forcément incomplet, aura une suite dans le numéro prochain.
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L'ART ET LES ARTISTES
VERLET — LE SUPRÊME REFUGE
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L'ART ET LES ARTISTES
EDGARD MULLER — PORTRAIT DE MADEMOISELLE L...
Cl. Moreau
MADAME MORTICKER-LAVERGHE
PORTRAIT DE MADAME PIERRE L...
Cl. Crevaux.
ADLER
LA CHANSON DE LA GRAND’ROUTE
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L'ART ET LES ARTISTES
MAIGNAN — SOUS LE CÈDRE
MAURICE CHABAS — AUTOMNE
A. DE RICHEMONT — PROCESSION DE LA VIERGE MIRACULEUSE EN BRETAGNE