Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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JUIN ..... ...1908
L'ART ET LES ARTISTES
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
N° 39
4e ANNÉE
SOMMAIRE
Les Grands Chefs-d'œuvre-Le Torse de la Vénus de Syracuse.
L'Exposition des Dessins et des Eaux-fortes de Rembrandt. . Léonce Bénédite Gaston Latouche . . . . Léandre Vaillat La Sculpture sur Bois. Georges Lacombe . . . . Jean Vignaud Les Grands Humoristes. Wilhelm Busch . . . . Rudolf Meyer
Chronique du Mois
L'art décoratif. — Les mois artistiques en France et à l'Étranger. — Les Échos des Arts. — Les Expositions. — Les Livres, etc., etc.
REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX-MONDES
LE NUMÉRO
France.. 1 75
Étranger.. 2 25
DIRECTION, RÉDACTION ET ADMINISTRATION :
10, Rue Saint-Joseph, PARIS
ABONNEMENT
France.. 20 fr.
Étranger.. 25 fr.
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L'ART ET LES ARTISTES
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANORE
SOMMAIRE DU NUMÉRO 39
LES GRANDS CHEFS-D’ŒUVRE ; Le Terse de la Vénus de Syracuse, 1 illustration …………………… GUY DE MAUPASSANT
L’EXPOSITION DES DESSINS ET DES EAUX-FORTES DE REMBRANDT À LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, 14 illustrations ………………………………………………………………………………… LÉONCE BÉNÉDITE
GASTON LA TOUCHE, 9 illustrations ……………………………………………………………………… LEANDRE VAILLAT
GEORGES LACOMBE, 6 illustrations ……………………………………………………………………… JEAN VIGNAUD
LES GRANDS HUMORISTES ; WILHELM BUSCH (1832-1908), 22 illustrations ……………………… RUDOLF MEYER
L’ART DÉCORATIF: La Dentelle en France …………………………………………………………… L. V.
Le Mois artistique en France, 1 illustration, par F. M.; Autriche, par WILLIAM RITTER; Belgique, par G. VANZYPE; États-Unis, par A. SEATON-SCHMIDT; Orient, par ADOLPHE THALASSO. — Echos des Arts, 1 illustration. — Bulletin des expositions. — Bibliographie, 1 illustration.
Épreuve d’Art : Le Baisemain, (planche en couleurs), par Gaston La Touche.
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ABONNEMENTS: France, 20 fr. — Étranger, 25 fr.
Le numéro, 1 fr. 75
Les avis de changement d’adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois suivant.
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Les articles publiés par l’Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue.
Tous droits de reproduction et de traduction réservés.
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LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE
LE TORSE DE LA VÉNUS DE SYRACUSE
> "... Les reins, surtout, sont inexprimablement animés et beaux. Elle se déroule avec tout son charme, cette ligne onduleuse et grasse des dos féminins, qui va de la nuque aux talons et qui montre dans le contour des épaules, dans la rondeur décroissante des cuisses et dans la légère courbe du mollet aminci jusqu’aux chevilles, toutes les modulations de la grâce humaine.
>
> Une œuvre d’art n’est supérieure que si elle est en même temps un symbole et l’expression exacte d’une réalité.
>
> La Vénus de Syracuse est une femme, et c’est aussi le symbole de la chair... — (Guy de Maupassant, la Vie errante. Librairie P. Ollendorff.)"
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Cl. Wizzavona.
ÉTUDE DE JEUNE FEMME (dessin original)
Cabinet des Estampes.
L'Exposition des Dessins & des Eaux-fortes de Rembrandt
A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
C'est une belle et grande leçon que l'administration de la Bibliothèque Nationale va donner en offrant au public la réunion des chefs-d'œuvre en eaux-fortes de Rembrandt accompagnés de ses plus beaux dessins provenant des collections privées de Paris et de Londres : Bonnat, Walter Gay, Heseltine, et même, nous dit-on, de l'Albertine de Vienne. L'initiative de M. Henry Marcel complète et amplifie l'enseignement donné par M. Leprieur au Louvre. Déjà entre 1855 et 1860, dans le mouvement réaliste créé par Courbet, Rembrandt avait été le guide par excellence auprès de ces jeunes artistes qui devaient un jour devenir les principaux maîtres de leur siècle : Fantin-Latour, Legros, Bracquemond, Whistler, Seymour Haden, et surtout, dans le domaine de
Nous rappelons que nous interdisons formellement toute reproduction de nos articles et de nos gravures.
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L'ART ET LES ARTISTES
PORTRAIT DE COPPENOL, DIT LE GRAND COPPENOL
(d'après une gravure à l'eau-forte)
la gravure, ce pauvre fou de génie, d'un génie si lucide et si lumineux, ce Méryon dont certaines estampes atteignent aujourd'hui la valeur des pièces du grand maître de Hollande.
Il est vraisemblable que cette forte et salutaire influence s'exercera à son tour sur les artistes de nos dernières générations qui n'ont, d'ailleurs, rien fait pour s'y soustraire. Ils ne pourront méconnaître qu'une occasion exceptionnelle leur aura été offerte de la recevoir pleinement et de s'en pénétrer jusqu'aujourd'hui.
On a tout dit sur Rembrandt et il y a toujours tout à dire, car il y a toujours à découvrir dans ce génie extraordinaire, aussi extraordinaire peut-être par son naturel et sa simplicité que par ses dons de visionnaire miraculeux. Il est un de ces types supérieurs d'humanité qui dépassent les limites de la sphère professionnelle,
TÊTE ORIENTALE
(d'après une gravure à l'eau-forte)
de la patrie et du temps pour appartenir à jamais à toutes les races et à tous les hommes. Il est un de ces élus exceptionnels dont les yeux clairvoyants distinguent la grandeur et la beauté des choses réelles et comme leur signification cachée, pénètrent dans les profondeurs de la vie intérieure, et ouvrent à nos esprits les portes invisibles du Mystère.
De plus, il est le plus proche parmi nos proches. Notre temps l'a aimé et compris comme il n'a jamais été compris et aimé d'aucun de ses contemporains, car le rayonnement de cette grande âme généreuse dépassait la portée de l'intelligence de ces braves négociants pratiques et positifs, enclos dans le cercle régulier de leurs affaires et dans l'étroite certitude d'une religion intolérante, de ces lettrés diserts, bornés à leur pauvre culture académique, ou de ses confrères, entravés par les lisières des routines
JEAN ASSELYN, SURNOMMÉ CRABBETJE
(d'après une gravure à l'eau-forte)
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L'ART ET LES ARTISTES
traditionnelles, qui s'atta- chaient, en imitateurs plus ou moins serviles, à fixer exactement les apparences qui les entouraient. Il a été un des grands initiateurs de notre temps.
Rien n'est admirable, tou- chant et pathétique comme sa vie elle-même. Sa jeunesse s'est écoulée dans l'intimité de la famille, au milieu de l'apprentissage passionné de son métier, qui l'absorbe déjà presque tout entier; puis c'est l'arrivée à Amsterdam, les premiers succès et les premières joies, la faveur des amateurs... et la fortune même vient sourire à ce jeune maître qui a si vite dépassé tous ses rivaux. C'est mieux encore, pour cette âme ai- mante et d'une sensibilité si délicate : c'est le bonheur près de cette exquise jeune femme, fine et distinguée, douce et tendre, qui se mêle si entièrement à sa vie d'ar- tiste, partage tous ses rêves et prend part à tous ses tra- vaux ; cette délicieuse Saskia devenue, depuis l'heure vague de leurs fiançailles, son mo- délè de prédilection et que sa tendresse a tour à tour in- incarnée en mariée juive, en Flore, et même, dans un jour de bonne humeur, en belle ribaude assise sur ses genoux, prenant tous les prétextes pour la parer comme une idole, de brocarts, de bijoux, de plumes et de toute la merveille vivante des fleurs. Son amour indiscret va jusqu'à dévoiler la splen- deur de ce jeune corps ému pour modeler avec délices cette troublante Danaë ou cette pudique Suzanne. Elle occupe tellement sa pensée et elle remplit tellement son rêve qu'à l'heure où cette fragile créature traîne sur un lit ses derniers jours comptés, le pauvre maître, déjà touché par le destin, fixe pieusement cette image douloureuse à laquelle il fera comme une apothéose en la prenant pour motif de la Mort de la Vierge, un de ses chefs-d'œuvre.
La roue du sort a donc tourné. Le malheur est entré dans la maison. Ce deuil en est le coup le plus cruel, mais ce n'est pas le premier. Rembrandt,
Cabinet des Estampes.
peu avant, a perdu sa mère, puis, coup sur coup, trois enfants qu'il a eus de sa chère Saskia. Et, maintenant, voilà qu'aux angoisses profondes du sentiment se mêlent les âpres tiraillements de la réalité, les odieux soucis de la vie matérielle. L'imprévoyant artiste a dépensé sans compter. Que n'aurait-il donné pour faire à la compagne de sa vie un cadre digne d'elle? Il se ruine en mobiliers somptueux, en parures magnifiques, en vêtements de prix. Il achète à crédit la maison dans laquelle il installe son bonheur au milieu du plus riche décor. Car il aime le luxe, il a la passion des belles choses, des bibelots rares, de ces singuliers objets exotiques qu'importaient les compagnies commerciales et qui parlaient à son imagination avec un langage si éloquent en répandant toute la féerie de l'Orient dans la pénombre rousse de son atelier et en lui apportant je ne sais quelle chaleur des soleils
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L'ART ET LES ARTISTES
Cl. Giraudon.
Musée du Louvre.
VIEILLARD ET JEUNE HOMME A GENOUX (croquis original à la plume, signé)
lointains sous ces cieux mornes et bas du Nord.
Il amasse les gravures et les dessins, car ce n'est pas un pur instinctif, un esprit égoïstement renfermé dans sa vison et dans son rêve. Non, certes, il est curieux de toute chose et particulièrement avide de connaître tout ce qui a été dit par ses grands devanciers. Les yeux de sa pensée sont tournés, eux aussi, vers cette prestigieuse Italie,
vers laquelle descendaient tous les artistes septentrionaux. Il n'a, sans doute, point suivi leurs caravanes, qui vont se mettre à la remorque des rhétoriciens bolonais ; il est réfractaire aux déplacements, essentiellement casanier ; son imagination seule voyage, mais, de même qu'il laisse sa pensée errer dans le monde des légendes ou dans les pays du rêve, de même, au fond de son atelier du Rosen-
Cl. Giraudon.
Musée du Louvre.
ÉTUDE DE LION (dessin original à l'encre de Chine)
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L'ART ET LES ARTISTES
Cl. Wizzavona.
Coll. Walter Gay.
PAYSAGE (croquis original à l'encre de Chine)
gracht, il aime à s’entourer de ses grands amis qui sont les maîtres, vivant au milieu de ses cartons dans l’atmosphère morale des Raphaël, des Titien et des Corrège, se plaisant à étudier leurs formes et leurs modelés, à les copier pour lui-même, assimilant à son vaste génie créateur quelque chose de leur génie. Chères et pauvres collections si amoureusement réunies qui vont être jetées aux enchères, confidents du labeur, compagnons de la solitude, fidèles amis qui seront dispersés à jamais.
Car le voilà bientôt poursuivi, saisi, vendu, chassé de maison en maison, ne conservant que son misérable bagage d’artiste. La défaveur est venue en même temps autour de cet artiste prodigue, heureux, insouciant, malhabile à flatter la jalousie féroce des confrères ou à respecter les préjugés de ses modèles. Il n’a aucun respect des traditions, non point qu’il songe à s’insurger contre qui que ce soit ou quoi que ce soit, mais parce qu’il suit simplement son idée sans se préoccuper de celle des autres. Aussi sa sortie de la garde civique, la fameuse Ronde de nuit, fait-elle scandale. Il a vu le tableau en peintre, avec un mouvement et un effet, et il sacrifie la plupart des figurants, oubliant que leur amour-propre individuel attendait de lui une juxtaposition de portraits.
Du coup il s’est fermé la porte des commandes bourgeoises. Brisé, mais non vaincu, il se remet à la besogne, courageusement, sans arrêt, sans se donner le temps de gémir, réfugié dans les coins les plus obscurs des quartiers populaires, avec le petit Titus, dernier enfant qu’il ait conservé de Saskia, et sa servante qui va, à son tour, jouer un rôle providentiel dans sa vie de misère. Car ce bon et ce tendre aura, du moins, été entouré de la tendresse des femmes. Il n’a plus guère pour amis à cette heure que quelques rares fidèles qui restent attachés à son infortune et tout ce monde des petites gens qu’il a toujours aimé fréquenter pour leur simplicité, leur naturel, leurs manières sans emprunt, ou ces parias, parqués dans leurs ghettos, comme des troupeaux galeux, qui, malgré les siècles de persécution et de servitude, portaient, eux aussi, dans leur âme l’orgueil d’un passé d’élection et le rayonnement d’une foi profonde dans l’avenir.
Que l’on compare maintenant, dans notre Louvre, le portrait, daté de 1633, de ce beau cavalier, coiffé crânement d’une toque garnie de perles, un lourd collier d’or ciselé pendu sur son manteau de velours, la chevelure frisée, l’œil grave, mais souriant et assuré, l’air jeune, vaillant, fort et confiant dans l’avenir, à cette pauvre figure de vieux résigné, un serre-tête de linge blanc sur le front dégarni, les cheveux gris ébouriffés, les yeux troubles et l’air bouffi d’un homme qui aurait pleuré, en face de son chevalet, dans la pénombre mystérieuse de sa chambre nue, qu’il peuple encore du monde de