Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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FÉVRIER ...1908 L'ART ET LES ARTISTES Directeur - Fondateur : ARMAND DAYOT N° 35 3e ANNÉE LE NUMÉRO - France .. .. 1 50 - Etranger .. 2 » - Amérique.. 2 50 ABONNEMENT - France .. .. 16 » - Etranger .. 20 » - Amérique.. 25 » REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX-MONDES PIERRE LAFITTE & CIE, ÉDITEURS 90, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS. -- TÉLÉPHONE: 528-64, 528-66, 528-68

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L'ART ET LES ARTISTES Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : MAURICE GUILLEMOT. SOMMAIRE DU NUMÉRO 35 - LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE: La Sainte Catherine de Sodoma.................. MAURICE BARRÈS. - LES FRESQUES DE FERRARE, 4 illustrations............................. HENRY ROUJON. - LA SACRADA FAMILIA, 11 illustrations................................... E. MARQUINA. - L'ŒUVRE DE LUCIEN SIMON, 9 illustrations.............................. RAYMOND BOUYER. - PORTRAITS CONTEMPORAINS A propos d'une exposition récente, 9 illustrations........ LOUIS VAUXCELLES. - LE MOIS ARCHÉOLOGIQUE, 1 illustration................................ LÉANDRE VAILLAT. - LE MOIS ARTISTIQUE.................................................... MAURICE GUILLEMOT. Le Mouvement artistique à l'étranger: Allemagne du Sud, par WILLIAM RITTER; Angleterre, 1 illustration, par FRANK RUTTER; Belgique, par GUSTAVE VANZYPE; États-Unis, 1 illustration, par A. SEATON-SCHMIDT; Hollande, par ZILCKEN; Italie, par RICCIOTTO CANUDO; Orient, par ADOLPHE THALASSO; Suisse, par GASPARD VALLETTE. — Échos d'Art. — Bibliographie, 1 illustration. — Revue des Revues: Allemagne. — Chronique de la Curiosité. Épreuve d'Art: Portrait d'enfant, par MARY CASSATT. Les articles publiés par l'Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. Avis. — Nous sommes heureux de pouvoir mettre à la disposition des Abonnés et des Lecteurs un nombre très restreint de quelques-unes de nos épreuves d'art, tirage avant toutes lettres et sur papier de luxe. ABONNEMENTS: France, 16 fr. — Étranger, 20 fr. (Amérique, 25 fr.; le numéro, 2 fr. 50) Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois suivant. --- Toutes les Femmes élégantes lisent FEMINA La Revue idéale de la Femme et de la Jeune Fille Parait le 1er et le 15 de chaque mois. 50 cent. le Numéro. --- TÉLÉPHONE --- J. FÉRAL --- TÉLÉPHONE --- 238.61 --- 238.61 --- PARIS — 7, Rue Saint-Georges, 7 — PARIS --- Galeries KLEINBERGER 9, RUE DE L'ÉCHELLE TABLEAUX ANCIENS Spécialité: ÉCOLES HOLLANDAISE ET FLAMANDE

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LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE Cl. Alinari. Eglise San Domenico, Sienne. SODOMA — L'ÉVANOUISSEMENT DE SAINTE CATHERINE L'évanouissement de sainte Catherine, par Sodoma avec son corps ployé dont de molles étoffes nous révèlent la défaillance, provoque et contente nos forces secrètes. C'est tout notre être qui s'intéresse là. Le plus beau des objets d'amour, voilà ce que le Sodoma a créé à San Domenico de Sienne et, l'installant si mol et trempé de passion parmi ces duretés, il a créé un des contrastes les plus puissants que propose à ses voluptueux le monde de l'art. (MAURICE BARRÈS, Du Sang, de la Volupté et de la Mort. — E. Fasquelle, éditeur.)

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FERRARE — TRIOMPHE DE MINERVE Les Fresques du Palais Schifanoia de Ferrare Qui se souvient encore du Musée des Copies, créé par Charles Blanc au lendemain de la guerre? L'idée était théoriquement des plus heureuse. L'erreur fut de vouloir improviser une œuvre de haut enseignement dont la réalisation exigeait un demi-siècle. Homme de 1848, Charles Blanc aimait les entreprises hâtives et grandioses. La presse se montra sévère pour cette tentative; en ces temps lointains, il lui arrivait parfois d'agir avec une injuste frivolité. Après avoir occupé pendant quelques semaines une aile du Palais de l'Industrie, le Musée des Copies fut dispersé. Ses débris se retrouvent à tous les étages de l'École des Beaux-Arts. On étonnerait fort la plupart des Parisiens en leur disant qu'on peut admirer là de véritables chefs-d'œuvre d'intelligence et de piété. Des peintres contemporains ont traduit fidèlement les maîtres d'autrefois; d'incomparables copies sont signées de noms illustres. Rembrandt a eu Bonnat pour traducteur; Raphaël, Merson et Baudry; Michel-Ange, Aimé Morot; Tintoret, Machard; André del Sarto, Jules Lefebvre; Holbein, Henner. Nous en passons. Cette tradition, qui remonte à l'administration de Colbert, ne s'est point perdue. Nos jeunes prix de Rome nous envoient toujours leurs copies réglementaires. Ils trouvent parmi les travailleurs libres plus d'un concurrent exemplaire: il est encore des copistes dignes d'interpréter les grands créateurs. L'administration des Beaux-Arts demanda, voici six ans bientôt, à M. Ypermann de se vouer à une tâche d'enthousiasme et d'abnégation. Les peintures murales du palais Schifanoia, de Ferrare, sont condamnées tôt ou tard à périr. Le service italien des monuments historiques en assure de son mieux la conservation; mais le temps est un ennemi implacable, qui continue obstinément son crime. Au jour, heureusement lointain encore, où le chef-d'œuvre de l'école ferraraise ne sera plus qu'un souvenir, nos arrière-neveux devront à un artiste français du xx° siècle la joie d'en posséder une traduction en langue loyale. Le nom de M. Ypermann s'inscrit désormais modestement dans les fastes de la maison d'Este. Aller vivre pendant plusieurs mois à Ferrare, enfermé dans le génie des autres, n'est-ce point là quelque chose de noble et de touchant? Nous rendions visite, ces jours derniers, au bon peintre interprète; il nous accueillait, du haut de son échelle, avec une courtoisie où se mêlait un peu de gratitude. Ypermann voit passer les touristes et néglige de se mêler à leurs entretiens. L'arrivée d'un ami sincère est une des rares joies de sa vie monacale. Hier c'était son maître Léon Bonnat qui venait lui apporter le réconfort précieux de sa louange. Aujourd'hui il veut bien nous faire les honneurs des vieilles murailles auxquelles il dispute pieusement de la beauté condamnée. On dirait, à l'entendre parler de ses chères peintures,

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L'ART ET LES ARTISTES FERRARE — COURSES DE CAVALIERS, D'HOMMES ET D'ANES un de ces cénobites des ateliers franciscains, qui ne maniaient leurs brosses qu’après une oraison. Ypermann commente l’école ferraraise avec la plus vraie et la plus simple éloquence. Les fresques du palais Schifanoïa ont passé deux siècles sous le badigeon. Ce fut seulement en 1840 que le Bolonais Alessandro Compagnoni les délivra de leur prison de plâtre. Depuis soixante-sept ans, l’érudition s’exerce à les commenter. L’exégèse artistique est une science toute moderne et digne de tous les respects, mais l’admiration muette est une joie du cœur. Nous oublions les écrits savants pour jouir naïvement du génie de la haute Renaissance en une de ses plus rares merveilles. Mais hélas ! qu’il en a été saccagé, de ce génie, par l’outrage des hommes et des siècles ! Des douze fresques premières, sept seulement demeurent à peu près visibles. Les humanistes les plus subtils avaient arrêté le programme de cette savante décoration ; leur esprit encyclopédique et raffiné inspirait les peintres dociles ; l’allégorie et le symbole étaient imposés aux artistes par de doctes lettrés, volontiers alchimistes, amoureux des énigmes et un peu sorciers au besoin. Toutefois l’âme italienne demeurait quand même joyeusement éprise de la vie. Sous prétexte de mythologie, c’est le peuple lui-même, dans tous les aspects du travail, que racontent les peintres des princes de Ferrare. De bons princes, en somme, d’une scélératesse avenante et cruels sans l’ombre de morgue. Francesco Cossa, qui fut maître de l’œuvre, peignit de sa main les gestes du duc Borso. Portraitiste d’une précision de médailleur, Cossa indique nettement la psychologie de son prince. Borso d’Este se présente à nous sous une apparence de bonhomie ; le profil, un peu moutonnier, semble paternne et rassurant. Tout au plus pourrait-on se méfier des lèvres minces, qui se serrent en une grimace de ruse. Le bon duc n’était peut-être qu’un habile FERRARE — TRIOMPHE DE VÉNUS

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L'ART ET LES ARTISTES virtuose en popularité. Ici, à Schifanoia, il se repose du pouvoir, comme Marie-Antoinette à Trianon. Ce petit palais d’Esquive-ennui, construit loin du castello farouche, dans la grasse campagne émilienne, fut aussi le Sans-Souci ferrarais. Borso y est représenté dans ses attitudes de repos, d’équité et de plaisir. Il part pour la chasse, il chevauche, il reçoit des placets, il rend la justice, il fait l’aumône. Les fauconniers, les bouffons et les lettrés lui composent un cortège de vacances. Là-haut, dans la partie supérieure de la fresque, les dieux de l’Olympe humaniste voisinent gaie-ment avec les heureux paysans de la banlieue de Ferrare. Mme Vénus, qui trône impartialement entre les figures symboliques de la Félicité maternelle et de la Débauche, préside aux ébats des amoureux. Les amants vivent sous ses yeux indulgents un éternel avril ; il en est parmi eux de délicieusement chastes et discrets. D’autres s’oublient un peu, en toute innocence, sans songer qu’ils figureront un jour sur des cartes postales. La cour de Borso, ingénue, téroce, exquise, si tranquillement païenne, ignorait la honte. Le duc n’était point vergognoso. Il aimait les chevaux de sang et les belles impudiques. Cela ne l’empêchait aucunement d’être un sévère et prompt justicier. Nous savons qu’en 1458 il révoqua publiquement un percepteur des douanes coupable d’exactions. Après cette mesure de gouvernement, il s’en fut à la chasse. Nous le voyons partir sous la protection de Mercure, dieu des commerçants et des malandrins de son duché ; le signe du Cancer le protège, encadré des deux allégories du Vol et de la Faillite. Lettrés et peintres collaboraient à Ferrare dans un esprit d’optimisme qui fait honneur au patronat du duc Borso. On sort du palais Schifanoia le cerveau hanté d’images somptueuses, tout étonné de ne pas trouver un palefroi devant la porte aux tons d’ivoire jauni. Ferrare semble dormir sous un lourd soleil. L’herbe pousse entre les dalles de la rue déserte. La vie moderne a l’air de se cacher. Accoudée à un pilastre aux fins rinceaux, une brune fillette, d’une grâce biblique, nous regarde passer, sans un geste. Elle nous suit de ses yeux profonds et tristes. Elle se sent admirée et veut dédaigner de le remarquer. Sa noblesse native nous console de tout ce que nous venons de regretter de beauté perdue. Cette enfant magnifique et minable, c’est l’âme de Ferrare, où persiste quand même une fierté de seigneurie.... HENRY ROUJON. --- FERRARE — LE BOUFFON CHEZ LE ROI Palais Schifanoia.

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LA SAGRADA FAMILIA --- L A personnalité de Gaudi a besoin d'être soigneusement détaillée pour être saisie en son ensemble. Qu'on nous pardonne, donc, le désordre anecdotique de notre article, car il nous est doublément imposé par le manque d'espace et par la complexité psychologique de l'artiste-architecte de la Sagrada Familia. Gaudi est un mystique méridional, ardent et passionné, qui concevrait aisément, dès nos jours, un Jéhovah, auquel se sacrifier. En pensant à lui, je me suis rappelé souvent ces sombres figures des peintres de l'ascétisme italien, leurs Christs au flanc blessé, et leurs Madeleines se trainant frémissantes, avec des baisers sur les lèvres que la fièvre volatilise. Il accepte toujours les dogmes les plus aigus et les interprétations les plus exaspérées. « La vie est châtiment du péché. Malheur à qui voudrait para-chever sa propre rédemption, ici-bas, dans le monde! Un seul chemin pour être: c'est périr.... » Et si vous lui parlez de la gloire de Dieu dans la chair, du triomphe de l'esprit dans la forme, de tout ce christianisme, enfin, plus aimable, il vous répondra, fermant ses yeux: « La mort ! la mort! », et pas d'autre rédem-pion que la mort; c'est l'Évangile qui parle: « L'ar-bre ne fleurira que lorsque la graine sera pourrie dedans la terre! » Gaudi est un croyant qui ne discute pas: il jette toujours violemment son opinion sans une raison, sans un appui, sans un argument; il ne cherche pas la conviction, mais la foi; jadis, il eût été un de ces moines qui s'en allaient, prêchant aux hommes la sainte cause, en leur mon-trant la croix... et, au besoin, le feu. Ce qui est étonnant, c'est que tout cet apparat de foi dogmatique n'arrive pas à tuer, chez Gaudi, la manifestation abondante d'une puis-sance de vision presque orientale, ni son amour, ni sa conception d'une nature presque mythique, à force d'expression. « Il est capable, m'écrivait jadis un de ses amis, même de prononcer avec une pitié sincère et émue une litanie quelconque, ridicule et banale, du culte idolâtrique, parce qu'il vit en amour et c'est son esprit d'amour qui se répand sur la piteuse lettre.... » Et ce même ami finissait: « Dans tout cela je vois quelque chose qui pourrait nous expliquer aisément la psychologie de la Sagrada Familia, si compliquée et si sincère, si ardente et si ritualiste à la fois! » Mais, dire le feu, dire le rite, n'est-ce pas dire, en deux mots, toute l'Espagne? Notre artiste est, parfois, paradoxal et, s'il ne bâtissait ses fortes œuvres, nous pourrions le prendre pour un illuminé déliquescsent. Un jour, comme il travaillait aux vitraux de la cathédrale de Palma, ses amis apprirent qu'il rêvait à la construction d'un grand monument tout en cristal. « Avec le fer, disait-il, aujourd'hui mon rêve serait bien possible: on fuirait les angles; la matière gonflerait, abondante, en rondeurs d'astre; et le soleil y pénétrant de tous côtés, il deviendrait une image du Paradis. On tirerait parti des contrastes, et mon palais serait encore plus lumineux que la lumière. Dernièrement, l'idée le hantait de construire un grand bateau, à l'allure décorative et fantasque. « Un bateau, nous disait-il, c'est la demeure idéale. Il a, dans la quille, sa personnalité et son indépendance, contrairement aux autres bâtiments, toujours forcés de vivre cloués là où ils sont nés, incapables de mouvement, et privés de variation ». On me dit que cette exaspération

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L'ART ET LES ARTISTES VUE D'ENSEMBLE DE L'ABSIDE ET DE LA FAÇADE LATÉRALE DROITE FAÇADE LATÉRALE DROITE (pendant la construction)