Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et le BEAU Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique Novembre 1906 No 11 Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net: 2 Fr. 50; Étranger, 3 Fr. --- Robert KASTOR

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L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 11 NOVEMBRE 1906. Ire Année. --- SOMMAIRE: L'Officielle Beauté par Guy de Téramond ... 218 --- Page. --- Les Formes Animales dans l'Art par Gustave Kahn ... 223 --- Une Walkyrie Moderne par Henri Morandes ... 229 --- Page. --- Abonnement et Vente: 10, Rue du Mont-Thabor. Téléph.: 156-38. Conditions de l'Abonnement Paris: 1 an 28 fr.; six mois 14 fr. Départements: 1 an 32 fr.; six mois 16 fr. Etranger (Union Postale): 1 an 31 fr.; six mois 17 fr. Publicité Librairie artistique et littéraire 10, Rue du Mont-Thabor. --- Ferments Organiques Duvivier Traitement Radical des Maladies: de Poitrine, Tuberculose, Phthisie Pulmonaire Catarrhes invétérées. LABORATOIRE ET COMMANDES 3, rue Emile Gilbert PARIS GARE DE LYON Téléphone 934-03. Champagne et grands vins mousseux. Maison fondée en 1875. --- BALANDIN FRÈRES & CIE. Medaille d’Or 9 rue d’Aubervilliers 9 PARIS XIXe 1er Prix Exposition de Liège 1965. Diplôme d’Honneur --- GUERISON RADICALE des névralgies, maux de tête, maladies du foie et de l’estomac, constipation, goutte, rhumatismes Par les PILULES DE LONGUE VIE Préparées par J. GARNIER pharen, 45, rue de Boulainvilliers, PARIS Envoi franco contre Mandat-Poste de 2 Francs. --- EAU...SUEZ Le Seuil DENTIFIQUE ANTISEPTIQUE Combustible d’après les découvertes de Pasteur, elle détruit le Microbe de la carte, CONSERVE LES DENTS. Le Seuil Dentifrice reconstitue Mauve e Denis POUDRE et PATE à SUEZ EN VENTE PARTOUT --- Machine à écrire „UNDERWOOD“ à Écriture visible La plus rapide La plus solide Téléph. 295. 74. La plus simple La plus complète La plus pratique École de Dactylographie et de Sténographie Maison principale: 36 Boulevard des Itallens, PARIS --- "nuis et jour" on emploie les PLAQUES JOUGLA dans le monde entier --- GUY DE TÉRAMOND LA BEAUTÉ DU NU Dans l’antiquité, la religion, la vie moderne. (Etudes physiologiques.) Ouvrage artistique illustré par le nu photographique d’après nature. 100 Etudes. Prix 5 fr. Paris Librairie artistique et littéraire 10, rue du Mont-Thabor. ---

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L'ART ET LE BEAU LA LECTURE ASTRALE.

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L'ART ET LE BEAU L'HYMNE À LA NATURE. L'OFFICIELLE BEAUTÉ. Pour rendre un hommage éclatant à la beauté, Périclès avait coutume d'envoyer un paon aux plus jolies hétaires d'Athènes. Notre civilisation a fait, paraît-il, trop de progrès depuis, pour que nous en soyons demeurés à ce degré primitif de barbarie. Il serait, on le comprend, indigne d'une nation qui a guillotiné un roi et une reine pour donner la liberté à ses fils, que son archonte ou le grand-maître de ses Beaux-Arts (à défaut des vases de Sèvres, symboles traditionnels de sa générosité), priassent l'administration du Jardin des Plantes de tenir à la disposition de la brune Otéro et de la blonde Derval un de ces oiseaux à la queue fleurie des mille yeux d'Argus. Cependant il nous est permis de louer sans réserve les gouvernements qui se suivent en faisant quelque chose — si peu que ce soit, d'ailleurs — pour les artistes qui matérialisent pour la pauvre humanité, l'intangible et resplendissante Beauté que Périclès honorait sous la forme éminemment terrestre du plus magnifique ou tout au moins d'un des plus succulents d'entre les gallinacés. De temps en temps, au Journal Officiel, on voit un nom accouplé à un ruban rouge, à une conservation de Musée ou à une pension de trois ans en Italie, ce qui est loin de ce favoritisme que le doux poète Raoul Ponchon affirme pleuvoir sur l'ART comme une manne bienfaisante et perpétuelle. L'Etat, dit-il non sans ironie aux artistes, vous en flanche des bénéfices, sinécures, fromages gras, où le plus clair de votre office consiste à vous croiser les bras. Tantôt, c'est des bibliothèques où vous êtes chauffés, logés, avec des traitements d'évêques, et de tout impôt soulagés. Et tantôt, c'est des prix de Rome, Académiques, Montyon. Il n'est jusqu'à Sully-Prud'homme qui ne vous offre un galéon. FLÂNERIES D'AUTOMNE.

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L'ART ET LE BEAU On ne peut donc dire que dans notre démocratique régime, l'art soit traité complètement de quantité négligeable. On l'encourage, on le récompense, on l'honore. C'est à une dose infime, il est vrai, dans ce chaos de places, de subventions, de décorations que se partage la multitude de ceux qui servent, croient servir ou passent pour servir la République, bénévole dispensatrice de toutes ces grasses et glorieuses faveurs. Mais si quelques esprits chagrins trouvent maigre cette part, ceux qui ont quelque souci de la dignité de l'Art imaginent volontiers qu'elle est encore trop considérable, et qu'il n'a pas besoin d'aumône d'aucune sorte. Par ces stimulants factices, on n'arrive qu'à le rabaisser singulièrement. Qu'on envoie des paons à la Beauté, nous n'y voyons aucun inconvénient, au contraire! Cela flattera nombre de jolies filles, floraison gracieuse dont se glorifie à juste titre un pays qui se pique de goût et d'atticisme. Mais que l'on garde autre chose que des hochets et des sinécures pour ceux qui ont, ici-bas, l'admirable rôle de la mettre à notre portée humaine par l'Art, qui en est la synthèse et l'expression. Car chaque fois, sachons-le bien, que l'Etat s'est occupé de l'un ou de l'autre, ça été, sous prétexte de le réglementer et de le bureaucratiser pour l'émasculer et lui couper les ailes. Dire qu'il y a un art officiel et une beauté d'Etat est nier par cela même qu'il y ait un art et une beauté. La Beauté ne peut exister qu'à la condition d'être quelque chose d'irréel, d'indéfinissable, d'immatériel vers lequel nous tendons toujours sans y atteindre jamais, de même que l'ART ne saurait s'élever jusqu'à elle s'il n'est pas indépendant et libre, s'il ne se manifeste pas sans entraves, sans lois, sans digues, avec la seule conscience de sa puissance et de son rayonnement. Toutes ces réflexions viennent aux artistes véritables en voyant qu'on a créé des bourses pour la poésie. — Qu'y mettrez-vous? demande encore Raoul Ponchon, non sans raillerie. LE GRILLON DE LA BRANCHE.

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L'ART ET LE BEAU Vos dictionnaires de rimes, Vos lyres et vos baritons, Vos encriers et d'autres frimes, Vos plumes et vos mirlitons? Et dans une salle voisine, Sera-ce vos brouillons morts-nés? Peu nous importe la cuisine, Quand les vers sont bien imprimés! Yverra-t-on à la rescousse, Le sonnet d'Arvers? le réchaud De ce si lamentable Escousse...? Mes enfants, j'en ai déjà chaud! Ou bien encor La Coupe sainte, De Mistral? le vase brisé, De Prud'homme? un restant d'absinthe, Que Verlaine aura repoussé. Allez-vous remuer nos fibres, Avec des Corpus delicti L'églantine d'or des félibres, ou la rose des Rosati? Ce que le poète dit de la poésie doit s'appliquer à l'Art tout entier qui comprend tous les arts. Car il ne faut pas s'imaginer avec la foule, que tout le principe de la Beauté tient dans la peinture ou la sculpture. Evidemment, la perfection de la forme est celle qui frappe davantage le peuple: une impression physique a l'avantage sur les autres d'être perceptible par tous. DANS L'ATTENTE. On parle plus facilement aux yeux qu'à l'âme; matérialiser en un sentiment intime, une sensation extérieure suppose une éducation artistique particulière. C'est cela qui fait que les sommets irradiants de la Beauté sont demeurés encore inaccessibles à la plus grande partie de l'humanité. Mais ce n'est pas en rabaisissant l'Art au niveau de la banalité des choses qu'il apparaîtra moins élevé, moins haut, moins difficile à atteindre! Aussi est-ce le cas de nous écrire avec le poète: Sursum corda! Elevons nos âmes... grandissons-nous... purifions-nous... Délivrons l'Art de ce qu'il a de trop humain, la beauté de ce qu'elle possède de trop terrestre. Tendons les mains vers la divinité, vers le ciel, vers l'infini radieux... Là est le salut. Débarrassons-nous hardiment non seulement de tous les faux principes paralysant la Beauté qui engendre l'Art, mais encore de tous ces préjugés imbéciles et barbares dogmatisant l'Art qui crée la Beauté... Nous aurons ainsi accompli une œuvre qui ne sera peut-être pas comprise par tous, mais qui, intrinsèquement belle, sera utile et grande! Guy de Térandon

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LA JOIE DE VIVRE.

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L'ART ET LE BEAU LES FORMES ANIMALES DANS L'ART. --- A toute époque, pour des besoins divers, de lyrisme ou d’humour, de piété ou de satire, l’artiste a combiné dans les lignes d’une même figure des aspects mixtes, tenant de l’homme et de l’animal. Tantôt c’est à l’animal qu’on emprunte le corps et le masque humain sert à donner la caractéristique passionnée ou satirique qu’a voulu l’artiste, tantôt c’est le contraire et le muffle animal est campé sur les épaules humaines. Il arrive aussi que la mélange est plus complexe. En général deux idées directrices président à ces mélanges, des idées de piété ou des velléités de satire. * Les mythologies d’abord fournissent leurs contingents de figures barbares. On a peu remarqué ce processus dans l’histoire des idolâtries, à savoir que l’homme d’abord taille son Dieu dans le bois ou le grave sur la pierre, selon ses possibilités artistiques, c’est à dire ses talents Comme on sait que les préhistoriques et les primitifs commencent la série des représentations plastiques, qui sont devenues l’art, par des figures d’animaux, plus faciles à tracer parce que de lignes plus simples que la face humaine, on ne s’étonne pas que les premiers dieux humains aient été sculptés à tête d’animaux. C’est par un pieux souvenir de ces vieilles idoles, des vieilles superstitions qu’elles représentent, que plus tard les peuples arrivés à une culture artistique supérieure, et capables de graver ou de modeler le corps humain, conservèrent parmi les images des dieux, les formes animales devenues sacrées. Il y eut là, ce phénomène bizarre que l’homme adora ses balbutiements esthétiques à cause de la source de piété qu’ils représentaient, et sans s’apercevoir qu’ils ne correspondaient plus à son état de culture. Les dieux à tête d’animaux des Egyptiens, des Hindous plongent ainsi dans le lointain des superstitions fétichistes, et ont été conservés, sans doute comme chers au peuple, par les créateurs des religions métaphysiques. N’est-ce point pour supprimer ces vestiges de superstitions grossières et d’élémentaires démonologies que les Sémites monathéistes proscrivirent la représentation quelconque des dieux, les Hébreux au moins, car les Assyriens continuaient à certifier les qualités de leurs rois morts en leur conférant sculpturalement les ailes de l’aigle, le corps du lion en même temps que le rappel des qualités de force et de puissance de ces animaux. Ainsi la sculpture des formes mixtes à lignes animales procède d’une métaphore à base religieuse. Le Minotaure fut créé par une forte race de pasteurs dont les troupeaux étaient célèbres, les Centaures représentent une race de cavaliers; les méfaits nocturnes des grands-ducs, des orfraies, les terreurs que firent éprouver aux primitifs, le vol furtif des oiseaux de proie, a créé le type des harpyes. Le type du faune est déjà plus complexe et plus anthropomorphique Le propre du faune, de l’agypan, c’est surtout de se précipiter parmi la forêt, sur les femmes qui passent, ou les nymphes. Les Faunes ont des pattes de bouc ou de bélier. Il faut imaginer que les tribus humaines soit au temps du refuge dans les grottes, soit des premières villes fortifiées, eurent très peur des bandes, des groupes qui demeurèrent sylvestres, soit que ces bandes relevassent de sortes d’anthropoides qui furent vaincus ou détruits, soit que les prototypes du faune aient été simplement soumis, domestiqués, se soient modifiés. En tous cas, la COSTUMES D'ÉTÉ DE CARLE VERNET.

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L'ART ET LE BEAU figure que la mythologie et l'art tracent du faune, avec son allure, sa souplesse, sa sournoiserie, sa musique simple et ingénue, réunit bien les caractères d'une race inférieure, celui des peu- plades refoulées dans les bois. L'imagination populaire qui créa les cyclopes, créa aussi les faunes. * L'art grec arrivé à sa période de perfection n'utilise plus la sculpture mixte ou ne peint plus sur les vases des formes animales que dans un but satirique Le Moyen âge fit de même. Les illustrations des manuscrits suivent le Roman du Renard dans la classification fablière des animaux; dès longtemps, dès l'antiquité de Bidpai et de Lokman, d'Esope ou de Phèdre, à la période des homériques, lorsque fut chantée la Batrachomyomachie, les animaux furent classés selon un étiage d'éthique humaine. C'est d'après ces traditions que le Moyen Age donne au renard l'astuce, au lion, la force et la souveraineté, au loup la grosse ruse, l'orgueil bête, le félonie facile. Si Renard arrive à séduire Hersent, la louve, c'est qu'elle est coquette et cupide. Des romans écrits sur le modèle de Roman du Renard firent du cheval le prototype de la vanité stupide; ainsi le manuscrit s'emplit d'animaux à corps et à gestes humains. D'un autre côté les cathédrales montraient dans leur floraison de pierre, à côté des belles statues tout un peuple de figures bizarres. Elle sont satiriques toujours, mais satiriques de deux façons. Les unes raillent les travers du prochain, c'est par exemple quelque vieille avare connue dans la ville qui figurera à la cathé- drale, sous les lignes d'un oiseau de proie, avec un masque où les gros yeux ronds, et le bec courbe sont faits pour rappeler ses traits. C'est un dé- bauché connu qui montrera sa lippe simiesque, ou un groin effilé à la façon de la race porcine. Mais il y a une autre manière qui se des- sine, qui juxtapose ses produits aux œuv- res des sculpteurs malicieux et ironi- stes. — On a peur du CARLE VERNET: COSTUMES D'HIVER. diable; on le dit et on le sculpte. Le diable emprunte aux animaux répugnants la plupart de ses attraits physiques. Il a du singe (dans des miniatures) le museau clignotant, ou le museau velu du chat, de même ses yeux s'allument du feu fixe des yeux des matous. Dans l'enluminure comme dans la sculpture, il a les pattes des vautours aussi bien que celles du bouc. Des longues membranes de chauve-souris partent de ses épaules; le mal, c'est la nuit; tout ce qui est effrayant, équivoque, nocturne, convient au diable et on l'en charge en ornementsations infinies. Evidemment, par- fois on en rit, les traditions populaires sont pleines d'histoires où le diable est bafoué; il construit un pont, pour avoir l'âme du premier passant qui s'en servira, et les bourgmestres avisés y jettent tout d'abord un chien ou un cochon; on enferme le diable dans des sacs du cuir et les forgerons tapent dessus. Malgré le conte et le fabliau, on en a une peur énorme, et cela se traduit dans les représentations qu'on en fait. Des Flamands superstitieux sont allés loin dans cette voie, Hemskerke et surtout Jérôme Bosch. Bosch est le maître et le vieux dieu de la Tentation de St-Antoine. C'était un très bizarre cerveau, assurément anormal, Une grande habileté de praticien, une grosse dose d'enfantillage, des velléités de satire, de la piété. l'amour de la ripaille, la peur de l'enfer devaient allumer tour à tour et même simultanément son cerveau de visionnaire. Il con- voque à figurer l'Enfer toutes les formes de la gestation physique, il n'hésitait pas à fendre un fruit à en montrer les graines, à monter ce fruit sur des pattes de faucheux, lui donner une tête de souris et lui communiquer l'allure humaine, pour en créer un dia- blotin. Dans ce gen- re monotone, sa vi- sion est infiniment riche. Il eut deux chimères; bâtir sur la toile des forteres- ses à l'aspect de bé- tes monstrueuses et meubler l'enfer de prodigieuses apparitions; sa grosse gai- été lui peruet parfois de mêler à une dé- marche d'oie grasse, les éléments d'une marmite et d'un bougcoir, pour en

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L'ART ET LE BEAU GARGONILLE (NOTRE DAME DE PARIS) faire un animal d'enfer, mais le second de ses rêves d'art est surtout de mêler les traits de l'homme, du singe, de la chauve souris pour en faire un diable. Il fut très imité et son influence s'exerce encore sur quelques amateurs de diableries peintes ou dessinées. * Callot est peut être le dernier des artistes, en date, qui aient dessiné le diable, en y croyant. Après lui, le mélange de formes animales participe surtout de la raillerie. Ce sont les fables de La Fontaine qui portent leurs fruits dans le cerveau des peintres. A vrai dire, cela ne commence point par la peinture, mais par la tapisserie et c'est peut-être à cause de cela que les formules mixtes, mêlant l'homme et l'animal apparurent sur tout au XVIIIe siècle, dans l'art décoratif. Dans cette recherche, chez Oudry, chez Huet, chez Coypel, la directrice est la même; la bête est traitée en bête de fable; elle a le corps humain, ou à peu près, gardant ses extrémités et sa tête. Les œuvres les plus notoire en ce genre, ne sont-ce point les Singeries de Huet, les chats de Coypel. Parmi les animaux de Huet, qu'on trouve tout de suite GARGONILLE (NOTRE DAME DE PARIS) le singe maître d'école! cela n'a rien d'étonnant, pourtant la tradition, celle que suivirent Traviès, Grandville, et leurs successeurs, sera de confier l'Ecole à l'Ane. « Amenez-moi un âne renforcé, j'en ferai un maître passé, » dit le Magister de Traviès, lequel a la plus belle tête d'Aliboron qui se puisse voir, mais le plan d'Huet était surtout de servir du singe, de ses grimaces, de ses prestesses decor ativement. Il le montre, maître à danser, rémouleur, organiste ambulant, tambour de basque ; il noue ses singes en rondes de danseurs, en fait naturellement des peintres et des sculpteurs, comme plus tard Decamps. Il n'est point de peintre ayant fait un peu de caricature qui ne se soit vivement intéressé à la représentation de ses rivaux et de ses principaux amateurs en leur expression propre, mais inscrite sur un la facies simiesque. Coypel, de son côté, illustre un petit poème de Moncrif, dédié à la gloire des chats. Il y a les estampes les plus amusantes. Le toit où vont se rencontrer les chats, a les plus jolis airs de boudoirs, les cheminées sont comme des colonnes de palais, les tuiles en gondolent harmonieusement, le matou a de jolis airs d'élégant, la chatte est une coquette de belle allure. Le XVIIIe siècle suit Huet et Coypel GARGONILLE (NOTRE DAME DE PARIS)