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ART et le BEAU Octobre 1906 N° 10 Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50; Étranger, 3 Fr. --- Robert KASTOR
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART et le BEAU Octobre 1906 N° 10 Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50; Étranger, 3 Fr. --- Robert KASTOR
L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 10 OCTOBRE 1906. Ire Année. SOMMAIRE: Page --- L'Art de la Richesse par Guy de Téramond --- Les Amusements d'Octave Tassaert par Gustave Kahn --- La Journée de la Courtisane Lamia par Henri Duvernois --- Abonnement et Vente: 10, Rue du Mont-Thabor. Téléph.: 156-38. Conditions de l'Abonnement Paris: 1 an 28 fr.; six mois 14 fr. Départements: 1 an 32 fr.; six mois 16 fr. Etranger (Union Postale): 1 an 34 fr.; six mois 17 fr. Publicité Librairie artistique et littéraire 10, Rue du Mont-Thabor. --- Ferments Organiques Duvivier Traitement Radical des Maladies: de Poitrine, Tuberculose, Phthisie Pulmonaire Catarrhes invétérés. LABORATOIRE ET COMMANDES 3, rue Emile Gilbert PARIS GARE DE LYON Champagne et grands vins mousseux. Maison fondée en 1875. BALANDIN FRÈRES & CIE Medaille d'Or 9 rue d'Aubervilliers 9 PARIS XIXe 1er Prix Exposition de Liège 1905. Diplôme d'Honneur GUERISON RADICALE des névralgies, maux de tête, maladies du foie et de l'estomac, constipation, goutte, rhumatismes Par les PILULES DE LONGUE VIE Préparées par J. GARNIER pharén, 45, rue de Boulainvilliers, PARIS Envoi franco contre Mandat-Poste de 2 Francs. --- EAU DE SUEZ Le Seuil DENTIFRICE ANTISEPTIQUE Combinée d'après les découvertes de Pasteur, elle détruit le Microbe de la carie, CONSERVE LES DENIS POUDRE et PARE de SUEZ EN VENTE RANTOUT Machine à écrire "UNDERWOOD" à Écriture visible La plus rapide La plus solide Téléph. 295. 74. La plus simple La plus complète La plus pratique École de Dactylographie et de Sténographie Maison principale: 36 Boulevard des Italiens, PARIS --- GUY DE TÉRAMOND LA BEAUTÉ DU NU Dans l'antiquité, la religion, la vie moderne. (Etudes physiologiques.) Ouvrage artistique illustré par le nu photographique d'après nature. 100 Etudes. Prix 5 ir. Paris Librairie artistique et littéraire 10, rue du Mont-Thabor.
L'ART ET LE BEAU LA COUPE SACRÉE DES VOLUPTÉS.
L'ART ET LE BEAU L'ART DE LA RICHESSE. Les gazettes du Nouveau-continent, cette terre classique de toutes les abracadabrances et de toutes les surprises, nous ont dernièrement apporté une bien jolie histoire sur les mœurs des américains fortunés, dont on ne peut nous laisser soupçonner l'authenticité, car elle est trop invraisemblable pour ne point être vraie. mecènes, incontestablement louables pour leur générosité, soient d'une ignorance crasse à faire rougir le portier de notre plus pauvre université populaire, où fréquentent les ouvriers des faubourgs et qu'on puisse avec trop de justesse, leur appliquer, toute comparaison gardée, ce vers, sonore comme un coup de fouet, de poète demandant comme une chose impossible qu'une duchesse de France sit aussi bien valser qu'un bouvier allemand ! LA RÉVERIE DEVANT LE FLOT. Elle nous montre que cette éducation artistique que nous ne cessons de réclamer, chez nous, pour la foule, aurait de grands progrès à faire, là-bas, chez beaucoup de ces milliardaires piqués de la tarentule de ce mécénisme, congrûment réclamiste, qui semble avoir ce noble altruisme de penser à l'instruction des autres avant la sienne. Ne médisons point pour cela de ce mécénisme. Il est œuvre utile, car il met de précieux documents à la disposition des classes studieuses, il ouvre d'admirables salles de travail où les fils du peuple peuvent puiser facilement aux sources sacrées de l'Art et de la Science. Mais, il n'en faut pas moins regretter que la plupart de ces LE SOURIRE DE LA NYMPHE. — Et cette histoire ? — La voilà : Un milliardaire dont le nom importe peu à la postérité, tru- steur enrichi de porcs trichinés, de margarine pourrie ou de guanos avariés, venait de se faire construire une de ces villas, comme aujourd'hui en fourmille la 5ème avenue de New-York. Rien n'avait été épargné pour que tout fût grandiose : colonnades de marbres, salons lambrissés d'or, escaliers de porphyre, balcons de jaspe. Bref, des millions avaient été gaspillés à cette coûteuse fantaisie. On pendit, comme de juste, la crémaillère.
L'ART ET LE BEAU Les milliardaires ont toujours beaucoup d'amis. Contrairement à la petite maison de Socrate, leurs palais sont vastes et très encombrés. Il n'y est de petit coin, si exigu qu'il soit, qui ne contienne un dévouement ou une sympathie. Mais après s'être extasiés à souhait, en long, en large, en hauteur, en profondeur, les amis hochèrent la tête et murmurèrent : — Ça manque un peu d'objets d'art! Ce reproche frappa au cœur le milliardaire. Puis, il écrivit aux musées qui les possédaient pour leur demander à quel prix ils voudraient bien les lui céder. On ne lui répondit point. Il s'étonna. Quand on lui offrait de lui vendre des porcs crevés de la tuberculose, il ne laissait jamais la lettre sur sa table plus d'une heure sans informer son correspondant de ce qu'il pensait de l'affaire. — Pas businessmen pour un dollar, ces hommes d'Europe! LE SERPENT DE CLÉOPÂTRE. LE CYGNE DE LÉDA. Le lendemain, il se procurait chez un libraire, un volume qui venait de paraître à New-York, un quelconque «Cent chefs-d'œuvres artistiques» de Nolhac ou de Lafenestre, traduit en américain, et faisait un choix sur ce catalogue improvisé, marquant d'un crayon bleu: La Vénus de Milo. — La Joconde. — L'Apollon du Belvédère. — L'Assomption de Murillo, et une douzaine d'autres tableaux et statues. Un ami complaisant, qui avait sur la civilisation des idées un peu plus nettes, lui expliqua qu'il existe des choses qui ne se négocient point couramment, car elles font, en quelque sorte partie, de la richesse intellectuelle d'un pays. Puis, il lui conseilla aimablement, puisque malgré sa fortune il ne pouvait s'offrir les originaux qu'il convoitait, de se contenter des copies qui lui donneraient l'illusion de la réalisation de son désir. Deux mois après, de grandes caisses lui apportaient, par le
L'ART ET LE BEAU LA REINE DU MONDE. --- LA NAISSANCE DE LA PERLE. --- paquebot, tout ce qu'il avait commandé. Alors, il invita ses nouveaux amis à assister au déballage de toutes ces merveilles. Soudain, il poussa un cri. La Vénus de Milo qu'on venait de sortir de la paille n'avait point de bras! Qui pouvait avoir causé un pareil dégât? C'était facile à deviner. Les transporteurs, parbleu! Ces hideuses compagnies de chemin de fer, qui, lorsqu'elles voient H-A-U-T écrit sur une boîte confiée à leurs soins, lisent, selon une vieille plaisanterie «à CHAHUTER!» Un quart d'heure après, son automobile s'arrêtait devant un sollicitor de grande marque. Celui-ci n'essaya point de lui démontrer que si la Vénus de Milo avait eu des bras, elle n'aurait point fait passer des nuits blanches à de nombreux archéologues curieux de savoir leur place exacte — sans jamais la trouver, d'ailleurs. Il aurait perdu son temps et une affaire. Il assigna donc... Il assigna à tour de bras.... Il assigna tout le monde.... Et les tribunaux newyorkais vont prochainement dire leur opinion à ce sujet, si toutefois ils arrivent à rendre leur jugement sans éclater de rire au nez du malencontreux plaideur. Cette histoire, qui n'a guère plus d'importance qu'une anecdote rapidement contée pour amuser les lecteurs, contient pour nous un renseignement profond. Elle nous fait comprendre pourquoi il est si facile aux marchands de tableaux peu scrupuleux, de déverser en Amérique leur trop plein de faux Henners, de Fragonards truqués et de Corots mal imités. Ils auraient bien tort de se gêner! Les milliardaires qui ont amassé, en quelques années, des millions dans tous les genres de commerce, s'imagine trop aisément qu'ils suppléent avec ceux-ci à l'instruction première et aux plus vagues notions d'art qui leur manquent. Ils croient volontiers, dans leur orgueil, qu'en faisant bâtir des bibliothèques, ils sauront tout ce qu'il y a dedans, qu'en subventionnant des musées, ils apprécieront tout ce qu'ils contiennent. Je leur préfère l'ouvrier, qui, le soir venu, feuille dans sa mansarde, à la lumière clignotante de la chandelle, un livre crasseux où il s'éduque lui-même; il deviendra un grand artiste, un grand mathématicien, un grand politicien, un grand astronome. On pourrait citer des noms à l'infini. Banville, dans un accès de lyrisme, comparant la richesse de ses rimes à la fortune de certains financiers, s'écriait: — Rotschild est pauvre! Disons la même chose en regardant tous ces milliardaires, pour qui les trésors immortels de l'Art n'ont qu'une valeur fixée par la mode, le snobisme et le bluff... Guy de Térandon.
LA SORTIE DE L'ONDE.
L'ART ET LE BEAU LES AMUSEMENTS D'OCTAVE TASSAERT PAR GUSTAVE KAHN. LES PRÉLUDES DE LA TOILETTE. --- ctave Tassaert est un de ces artistes que l'injustice d'un temps oublie un instant, et que par la suite, les travaux de la critique et l'admiration de la postérité remettent en leur vraie place; la raison de l'injuste oubli où on les tient pendant les quelques années qui suivent leur mort, c'est souvent la complexité même de leur art. Le jugement des contemporains est souvent simpliste, et quand un artiste a deux gammes où faire jouer son talent, l'une fait tort à l'autre. Pourtant, Tassaert n'était pas sans défenseurs, et le plus illustre de ses admirateurs fut Alexandre Dumas fils, qui lui prouvait de la façon la plus nette et la plus décisive le goût qu'il lui portait, puisqu'il lui acheta de nombreuses toiles. A la mort d'Octave Tassaert, c'est-à-dire en 1874, la collection Alexandre Dumas fils contenait cinquante tableaux de Tassaert. Un court aperçu biographique fera comprendre pourquoi Tassaert, très admiré de juges compétents, goûté du grand public, représenté par des tableaux au Musée du Luxembourg, de son vivant, n'a pas raillé l'unanimité des suffrages des contemporains, de façon assez éclatante pour que sa célébrité ne subisse de par sa mort aucune diminution. C'était un original, fort peu curieux de l'assentiment de ses confrères, et qui jamais ne chercha à faire partie de l'Institut. Il fréquentait un peu chez Dumas, voyait les amis de celui-ci, le peintre Giraud, le docteur Faivre, les meilleurs auteurs dramatiques et ces comédiennes qui assurèrent les succès d'Alexandre Dumas fils, comme Desclée. Mais, aussitôt ses visites presque obligatoires accomplies, il s'en retournait vers son Montmartre, renfermait sa redingote et repassait avec une indicible joie la blouse blanche qui était son costume de travail, et qu'il gardait le plus possible en ses promenades et aux heures de loisirs. Avec cela, il était si modeste et parlait si peu de son art, que les habitués d'un petit restaurant de Montmatre, où il prit ses repas pendant une trentaine d'années de suite, ne l'appelaient que le père Octave. Pour ces braves gens, parmi lesquels se trouvaient tout-de-même quelques peintres, mais qui étaient pour la plupart des maçons et des plâtriers, le père Octave n'était qu'un vieux bonhomme sans importance. Il vivait là, et, après avoir pris son repas, il fumait lentement une forte pipe bien bourrée, se mêlant peu aux conversations, ou plutôt ne parlant guère, mais très prêt à sourire aux saillies des gens du peuple qui se pressaient là. C'était à deux pas de son atelier, jamais il ne leur disait qu'il fut peintre.
L'ART ET LE BEAU Octave Tassaert était, comme son nom l'indique, d'hérédité flamande. Aussi, trouve-t-on dans ses toiles beaucoup de cet amour de la carnation claire et de l'accessoire riche qui caractérise un Rubens, mais ce n'est point Rubens qui était son maître préféré. Flamand par atavisme, il portait ses dilections vers l'Ecole Italienne et notamment vers Le Corrège. La peinture de l'Antiope lui dicta certainement quelques unes des Madeleines dont il ponçait les chairs avec attendrissement. Encore qu'il fut peu révolutionnaire en art, et qu'il ne fit jamais de déclarations esthétiques, les peintres de l'Institut se défiaient de ce bonhomme qui protestait par sa couleur contre celle du père Ingres, qui ne badigeonnait pas les femmes au jus de réglisse ou à l'ocre, mais qui nuançait avec amour la fraîche nacre des carnations. Tassaert peignit nombre de Madeleines, et quand il les penche aux pieds de la croix, il n'oublie jamais de les peigner coquettement et de leur conférer une grâce féminine qui ne diminue point la douleur. Mais la douleur empêche-t-elle la coquetterie et détruit-elle la beauté des traits? Il n'eut jamais su présenter une figure de femme qui ne fut pas extrêmement harmonieuse, et il avait raison, car le premier devoir de l'art pictural c'est d'offrir de la beauté; l'expression vient après, non par surcroît, car elle est nécessaire, mais la beauté est la condition primordiale de l'œuvre d'art. Tassaert ne peignait pas que des Madeleine. Etant très peuple, il ressentait vivement les passions du peuple. C'est une caractéristique et c'est un intérêt de son œuvre, qu'elle reflète fidèlement les engouements des petits bourgeois et ouvriers de Paris pendant les trois premiers quarts du XIXe siècle. En 1830, Tassaert qui a trente ans, est dans la rue, aux barricades, lors des journées de Juillet. Peut-être a-t-il un fusil, en tous cas il a un crayon, et ses instantanés de soldats tués, de barricades prises, sont aussi intéressantes que ceux d'Eugène Lami, qui nous a laissé sur ces troubles journées, de beaux documents. Tassaert n'était pas royaliste, et ne fut pas Philippiste. Encore qu'en 1834 il ait accepté en besogne officielle, de peindre pour St. Denis qu'on restaurait alors, les funérailles de Dagobert, il était, comme beaucoup de gens du peuple, impérialiste. Les lithographies qu'il fit alors sur le duc de Reichstadt furent aussi populaires que les chansons de Béranger. Il y en eut sur tous les murs. Ce sont les portraits mélancoliques du petit roi de Rome, c'est lors de la mort du prince, cette planche intitulée: «Je ne t'attendais pas si tôt» et ainsi conçue: Napoléon est assis dans les cieux, sur un trône analogue à celui que les peintres classiques donnent à Jupiter dans l'Olympe. Comme l'aigle divin, l'aigle impérial est à côté du trône, et, parmi les nuées, le fils monte vers son père. La planche célèbre des Adieux de Fontainebleau, où Napoléon prend congé de sa garde, est de Tassaert. S'il peignait les grandes misères de la famille impériale, c'était autant par pitié envers le malheur que par passion politique, car après 1830, il fit des images à la louange du petit comte de Chambord et de l'énergique duchesse du Barry. C'est à cause de ce goût de la douleur qu'il fut très touché par les paroles d'un croyant de Lamonnais. Il fit des tableaux sur quelques uns des versets du petit pamphlet du tribun catholique. Il vit l'année 1848, et de nombreuses lithographies dirent son émotion devant les misères du peuple. Mais ce n'est point surtout de Tassaert peintre, de l'auteur de la mort du Corrège, des séries sur Napoléon, du peintre des tristesses humaines que nous voulons parler ici. Plus inconnue encore est toute l'œuvre caractériste, épigrammatique et joyeuse d'Octave Tassaert. C'était en quelque sorte ses amusements que ces albums de lithographies, toujours un peu satiriques d'intention, mais où il se peint tout entier en son amour de la ligne et de LES PRÉLUDES DE LA TOILETTE.
L'ART ET LE BEAU LES PRÉLUDES DE LA TOILETTE. trouvant dès le matin des axiomes philosophiques et des propos mordants. Plus tard, Rops eut amené vers la belle fille nue, les astucieuses proxénètes, ses messagères du diable. Satan eut ricané dans les flacons de parfum ou au fond de tel meuble intime. Tassaert ne cherche pas à faire si caricatural, mais à la première planche du Prélude de la toilette (chez Ostervald ainé, quai des Augustins 37, chez Rittner Bd Montmartre 2, chez Hautecœur Martinet, rue du Coq 1828. Ce luxe d’éditeur incline à faire croire que Tassaert publiait son album à ses frais) à la première planche, c’est une belle femme qui s’étire sur son lit en forme de conque. Y a-t-il satire, épigramme? Non. Simplement, c’est une belle fille blanche, dont la chemise tient le moins de place possible! La chemise y est, certes, mais elle n’empêche de voir ni les jambes, ni les bras, ni les seins, ni les épaules; c’est une ligne légère qu’on aperçoit à peine. En revanche, un joli bonnet couvre la chevelure encore cresplée de la veille, et la jeune femme bâille; en montrant tout son corps elle veut encore montrer ses jolies dents. Tassaert tient à montrer tout le corps. Pour représenter une dame dans son bain, il recourt vraiment à une baignoire transparente. Seul le rebord s’indique en ligne noire. Mais, dans la caisse de la baignoire on voit fort bien les jambes de la dame; le haut ducorps est en dehors; elle entre dans son bain. En d’autres planches, pour trouver de gracieux mouvements, il déhanche le corps, il infléchit le dos pour mieux montrer la nuque, mais ce n’est la chair, car il n’est pas un de ces dessins qui ne soit un hymne à la beauté du corps féminin, où Tassaert n’ait chanté la grâce des attitudes et les belles svelteesses de la beauté. Dans ses tableaux, Tassaert, malgré la vivacité de sa vision, est quelquefois conventionnel; il traite le moderne sujet classique, mais c’est toujours un sujet classique qu’il donne, lorsqu’il sort de l’histoire contemporaine et du tableau des misères populaires. Quand il peint une nymphe aux grâces corrégiennes, c’est un modèle vivant et bien de son temps qu’il présente, mais dans l’ordonnance classique, avec l’accessoire et le paysage conventionnel; dans ses dessins, jamais; il est tout moderne, et il vient se placer près eux aux côtés de Gavarni, moins spirituel, mais aussi dessinateur et encore parmi les caractéristes de son temps, il occupe une place à part pour son amour du nu féminin et des belles formes. Il ne grimace jamais; son comique vient uniquement de l’heure où il prend son modèle, de l’acte qu’il lui prête, de la familiarité de la scène qu’il a choisie. Ainsi, un des albums qu’il a donné, il l’appelle: les Préludes de la toilette. Traitant ce sujet, ces préludes de la Toilette, Daumier eut choisi pour personnages une commère débordante, sans lignes; un paquet de chairs cimé d’une tête vulgaire, au nez en pied de marmite, eut cherché sur le meuble de toilette, le tour de faux cheveux, sous les yeux d’un bourgeois en chemise, la tête coiffée d’un mouchoir aux coques en formes de cornes, ou d’un bonnet de coton aux inflexions grotesques. Gavarni eut amené là des manucures aux réflexions amères; il eut dessiné une jolie lorette LES PRÉLUDES DE LA TOILETTE.

Cette revue mensuelle illustrée de la beauté plastique, "L'Art et le Beau", publie dans son numéro d'octobre 1906 des articles sur "L'Art de la Richesse" par Guy de Téramond, "Les Amusements d'Octave Tassaert" par Gustave Kahn, et "La Journée de la Courtisane Lamia" par Henri Duvernois. Le numéro contient également une étude sur Félicien Rops par Gustave Kahn, accompagnée de reproductions de ses œuvres.