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ART et le BEAU Juillet 1906 N° 7 Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. - Prix net 3 Fr. 50; Étranger, 3 Fr. 75. --- Robert Mastor
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART et le BEAU Juillet 1906 N° 7 Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. - Prix net 3 Fr. 50; Étranger, 3 Fr. 75. --- Robert Mastor
L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 7 JUILLET 1906. Ire Année. SOMMAIRE: Page. --- La vie parisienne (La leçon du Coeur) --- La vie théâtrale et littéraire --- Expositions --- Chronique de la mode --- Page. --- L'utilité de l'art dans l'humanité Par Guy de Tramond --- Salon de 1906 (Société des artistes français). Par Robert Kastor --- La beauté selon la nature par Victorien du Saussay --- Ferments Organiques Duvivier Traitement Radical des Maladies: de Poitrine, Tuberculose, Phthisie Pulmonaire C tarrhes invétérés. LABORATOIRE ET COMMANDES 3, rue Emile Gilbert PARIS GARE DE LYON Téléphone 931-03. Champagne et grands vins mousseux. Maison fondée en 1875. --- BALANDIN FRÈRES & CIE. Medaille d’Or 9 rue d’Aubervilliers 9 PARIS XIXe 1er Prix Exposition de Liège 1915 Diplôme d’Honneur --- GUERISON RADICALE des névralgies, maux de tête, maladies du foie et de l’estomac, constipation, goutte, rhumatismes Par les PILULES DE LONGUE VIE Préparées par J. GARNIER pharén, 45, rue de Boulainvilliers, PARIS Envoi franco contre Mandat-Poste de 2 Francs. --- EAU DE SUEZ Le Seuil DENTIFRICE ANTISEPTIQUE Combina d’après les découvertes de Preston, elle donne le Méconseil de l’a cacie, CONSERVE LES DENTS. Le Seuil Dentifrice garantit les Maux de Dents POUDRE et PATE de SUEZ EN VENTE PARTOUT Machine à écrire „UNDERWOOD“ a Écriture visible La plus rapide La plus solide La plus simple La plus complète La plus pratique École de Dactylographie et de Sténographie Maison principale: 36 Boulevard des Italiens, PARIS Téléph. .95 74 Téléph. 295. 74. --- LA DUTAURINE PEINTURE HYDROFUGE IGNIFUDE SOUS MARINE LA SEULE TENANT SUR LE GOUDRON ET SUR TOUS LES CIMENTS 3 Rue de Chateaudun BOULOGNE (Seine) --- "nuit et jour" on emploie les PLAQUES JOUGLA dans le monde entier --- Institut des nouveaux Formolateurs. Traitement des maladies des voies respiratoires par une méthode spéciale basée sur l’emploi du Formol. Mardi •• Jeudi •• Samedi de 5 heures à 7 heures. 11bis, Rue d’Edimbourg. Téléphone 546-42.
L'ART ET LE BEAU No 7. --- Abonnement et Vente:10, Rue du Mont-Thabor.Téléph.: 156-38. --- Conditions de l’AbonnementParis : 1 an 36 fr.; six mois 18 fr.Départements : 1 an 40 fr.; six mois 20 fr.Etranger (Union Postale) : 1 an 42 fr.; six mois 21 fr. --- PublicitéLibrairie artistique et littéraire10, Rue du Mont-Thabor. --- Juillet 1906. --- LA VIE PARISIENNE. LA LEÇON DU CŒUR. était par une admirable nuit d’été. La lune, voluptueusement, roulait dans un ciel qui avait revêtu sa riche parure d’étoiles. Un peu de brise fraichissait l’atmosphère. Sur l’avenue du Bois, voitures attelées de magnifiques bêtes ou automobiles grondantes emportaient des femmes, des couples de femmes ou d’amants ; assis sur les chaises de fer, en bordure des bosquets et des pelouses, des gens respiraient et causaient tout bas. On eut dit que la Ville reposait et que les êtres qui la peuplaient n’avaient pas le courage de produire plus qu’un murmure. Oh, que toute cette humanité semblait donc heureuse ! M. Le Saurec s’appuyait à mon bras. Nous marchions lentement, ne sachant pas vers quoi nous allions. Comme on va doucement lorsqu’on n’a point de but ! Et comme parlent peu deux individus qui n’ont pas la même âme ! Tout à coup, à la voiture et aux chevaux plutôt qu’à la femme : — Nelly, dis-je ! — Qu’est-ce, Nelly ? fit M. Le Saurec. — Une femme d’amour. — Donc, une esclave ! — Oh ! protestai-je. — Toutes les femmes d’amour sont des esclaves, affirma M. Le Saurec avec une certaine violence dans la voix qui ne manqua pas de m’étonner de la part d’un homme aussi doux. — Vous êtes sévère, ce soir, dis-je pourtant. — Je suis juste. Tenez, Lyonne, j’ai le plus profond mépris des femmes qui louent leur chair, qui font commerce de leur chair. Une femme qui s’est vendue n’est plus une femme libre. Elle s’est livrée à un maître. Et ne croyez pas qu’elle reconquière sa liberté le jour où ce maître l’abandonne ; elle subit seulement le mépris blessant d’un mâle qui n’aime plus et qui chasse. Nelly . . . . qu’est-ce que c’est ? D’où vient-elle ? A-t-elle des origines connues seulement ? Et croyez vous qu’elle soit fière du luxe qui la pare ? Au fond de son cœur git un bourbier. Son cerveau n’est qu’une poignée d’ordure. Ce qu’elle avait d’âme s’est effacé en même temps que sa pudeur. Si je me souviens bien, c’est cette même Nelly qui fut l’héroïne de cette étrangeté injure. Une nuit, certain anglais de grande famille, de passage à Paris, par l’entremise d’une proxénète de choix, se trouva dans le lit de la courtisane. Il l’avait payée très généreusement. Or, tandis que ce noble gentleman s’amusait, loyalement, selon le contrat passé et la somme versée, ne crut-il pas remarquer que Nelly avait autant que lui de plaisir et qu’elle ne craignait pas de manifester sa joie par les gestes et les petits cris ordinaires en pareille circonstance. — « Que faites-vous ? » s’écria l’anglais. « Oh ! mon chéri, mon chéri. . . . , je . . . . » — « Taisez-vous et tenez vous tranquille, s’il vous plaît. J’ai payé pour moi et non pas pour vous. Je ne veux pas que vous ayez du plaisir . . . . Car, si vous étiez contente, ce ne serait plus la même chose et il faudrait que vous me rendiez la moitié de l’argent que je vous ai donné ». Il paraît que Nelly cessa immédiatement ses gloussements, qu’elle observa une rigide immobilité, tant fut grande sa crainte de rembourser le cinquante pour cent de la somme reçue, au trop pratique gentleman. Comprenez-vous qu’après de pareilles injures une femme ne peut plus être qu’une esclave ? Tenez, l’autre semaine, je suis allé à Longchamps, cela m’amusait de donner à mes yeux le régal de jolies femmes. Vous y étiez, Lyonne, et vous étiez en très mauvaise compagnie. — En très mauvaise compagnie ! . . . — La comtesse de C.....a une réputation déplorable, ma chère amie, et j’éprouverai toujours un malaise . . . . douleureux lorsque je vous verrai avec des femmes de cette espèce. Mais ce n’est pas de la Comtesse de C..... que je veux vous parler : c’est une déséquilibrée qui pratique le vice comme certaines religieuses pratiquent la vertu. Avez-vous remarqué, au pesage, une grande jeune femme blonde, teinte en blond d’ailleurs, qui portait une merveilleuse robe de dentelle et dont la traîne était ornée de larges iris noirs ? — Oui, c’est une princesse allemande, elle est d’origine russe . . . — Vous connaissez tout le monde, ma chère Lyonne. Et bien, savez-vous comment cette princesse comprend la vie ? — Je sais son nom, j’ignore sa vie, répondis-je. — Il faudra que je vous présente à la princesse, non pas pour que vous l’imitiez, mais afin que vous puissiez l’étudier. Cette femme est fort curieuse. La première année de son mariage, elle mit au monde un fils, ce petit prince est aujourd’hui âgé de dix ans ; il est enfermé depuis sa naissance dans un couvent, il est idiot ; non seulement il est idiot, mais encore c’est un monstre. Laid ? Non. Il est étrange. Pour tout le monde, il est mort. Dans les grandes familles allemandes, lorsqu’un enfant est affligé à sa naissance de tares aussi lamentables, si on ne le supprime pas, on le fait disparaître, on le cloître et le cloître est encore un tombeau. Depuis la naissance de cet enfant abominable, la princesse n’a jamais eu aucune relation charnelle avec son mari ; or, elle a quatre autres fils qui sont beaux et promettent d’être un jour des gentilshommes accomplis. C’est un valet de chambre qui en est le père. — Nous avons cela à Paris également . . . — C’est tout à fait exact ; à Paris nous avons des princesses qui se sont prêtées à des domestiques. Mais, dans le cas de la princesse dont je vous parle ; c’est un peu exceptionnel et vous allez en juger. Par hasard, dans la domesticité du prince allemand, il y avait un valet de très belle structure ; il aurait été digne de servir dans la garde de l’empereur ; on s’empara de lui, on l’enferma dans un pavillon de chasse où il demeura prisonnier. Là, il est surveillé comme un animal de prix ; très bien nourri, très bien soigné, il ressemble à ces beaux chevaux des haras destinés à la reproduction. Cet individu, Lyonne, est, je vous assure, une admirable bête. Eh bien, lorsque la princesse est délivrée d’une grossesse, elle a le loisir d’aller voir son étalon qui en use respectueusement et puissent aussi jusqu’à ce qu’il n’y ait aucun doute qu’elle soit dans une situation intéressante. Le médecin faut son constat. La princesse est libre. Et c’est alors que nous la voyons à Paris où, quelques mois, elle se livre à la pire débauche. La plupart des princesses allemandes ne sont pas riches assez pour doter les princes qui sortent de leurs entrailles ; celle-ci est du nombre, et, pendant ces quatre ou cinq mois durant lesquels elle peut et doit s’amusser, elle recueille une petite fortune qui est destinée à enrichir l’enfant qui s’achève en elle. Et dans les milieux allemands où rien ne s’ignore, on connaît l’histoire de la princesse. Et, cependant, elle est entourée de vénération comme il sied au titre qu’elle porte. On admire sa beauté, on recherche sa compagnie. Dame ! La princesse a des qualités : elle est peut être, parmi toutes les femmes qui se sont vendues de tous les temps modernes celle qui a réalisé les meilleures affaires. Or, ma chère Lyonne, cette princesse est encore une esclave, elle ne vaut ni plus ni moins que Nelly. L’une et l’autre sont les sœurs des pâles filles qui se vendent au premier passant derrière les arbres des boulevards extérieurs, elles sont les sœurs de goules abjectes qui se trainent sous les plus tristes mentalités ; ce sont des femmes qui se vendent. — Et les hommes ? m’écriai-je. Il y a des hommes qui se vendent aussi . . . — Et ces hommes sont aussi des esclaves, mon amie. De tous temps, il y a eu des esclaves des deux sexes. Oh ! s’il fallait nommer
L'ART ET LE BEAU tous les hommes? . . . mais, ma pauvre amie, la moitié des hommes du monde sont des prostitués. Vous apprenez, aujourd'hui, que tel gentilhomme se marie; cherchez les raisons du mariage, s'est toujours une affaire d'argent. Tous vos gentilshommes sont ignobles. Ils sont répugnants! Oh! le dégoût qu'ils inspirent est immense . . .! — Où voulez-vous en venir? demandai-je. — A ceci, tout simplement: Il serait bon pour l'humanité qu'elle se préoccupât moins des viles considérations dans ses amours et qu'elle s'en tint aux jouissances du cœur. Dans le banal monde où nous vivons, on admire trop les êtres qui semblent heureux ou que le succès caresse. On ne voit que le résultat obtenu; on ne recherche pas quels moyens furent employés pour gagner le succès. Oui, tous les moyens sont bons lorsqu'on a réussi. Une canaille habite-t-elle un palais? c'est quand même une gloire. Il faudrait qu'on eût le courage de flétrir publiquement les malhonnêtes gens. Il est vrai qu'il y aurait tant à flétrir! . . . A ce moment, M. Le Saurec se retourna, suivit quelques instants des yeux une automobile blanche qui fuyait vers le Bois de Boulogne, sourit, haussa les épaules, et très bas: — C'est un assassin, le propriétaire de cette voiture. — Est-ce possible? — Il a tué deux personnes à la fois, sa sœur et le fils de sa sœur afin d'hériter de leur fortune. — Vous êtes effrayant! murmurai-je. — Parce que vous savez que je ne dis que des vérités. Le «diable bossu» n'est-ce pas, n'est pas réjouissant, cette nuit? — Vous êtes sinistre . . . — Comme la vie, eh oui! . . . Un matin, le château de X..... fut dévoré par les flammes. C'était l'été, l'eau était rare. Le feu prit dans les escaliers du château, gagna le premier étage, les chambres . . . En quelques minutes, tout l'intérieur de l'immense maison ne fut qu'un foyer ardent. Une femme et son fils périment. La fortune revenait naturellement à l'incendiaire. Il ne fut jamais accusé, pas même soupçonné. Il paya l'héritage d'une année de deuil. Depuis, il se console avec des filles . . . Il est entouré de considération . . . — Son nom? — Dans quelques jours, nous allons à Trouville. Il sera là-bas. Je vous le montrerais. D'ailleurs, sur le champ de courses de Deauville, j'ai l'intention de vous conter bien des histoires que vous ignorez encore, vous qui savez cependant tant de choses . . . Et vous serez effrayée du spectacle d'un monde qui s'effondre dans la boue . . . et que les petites gens envient . . . Si les petites gens savaient apprécier leur bonheur! . . . Malgré la lune si claire dans le ciel scintillant, malgré la bise embaumée, malgré la tièdeur de l'atmosphère, malgré les senteurs qui se trainaient derrière les femmes, malgré le bonheur qui semblait régner sur le monde, près de M. Le Saurec, je continuai ma nocturne promenade . . . et j'étais si triste . . . que, un peu plus tard, lorsque je fus seule, chez moi, je ne pus m'empêcher de pleurer comme un enfant . . . C'était nerveux, c'était bébête . . . Mes larmes en étaient-elles moins des larmes? . . . LYONNE DE LESPINASSE LA VIE THÉÂTRALE ET LITTÉRAIRE. On a un, avec les chaleurs, les théâtres ont fermé leurs portes. Seuls, les intrépides, comme les Folies-Dramatiques, les Nouveautés, l'Athénée, vont continuer à jouer chaque soir. Nous arrivons aux recettes brillantes de 37 francs (location comprise) et les concerts d'été aux Champs-Elysées fleurissent avec leurs vedettes et leur effrayante publicité dans les journaux. Les acteurs partent en tournée, promenant dans les quatre coins de la France les succès parisiens — de l'hiver — et ils ne furent pas nombreux. Ah! . . ces tournées . . . On se demande l'idée que peuvent se faire les bons provinciaux de notre goût et de cet atticisme dont nous sommes fiers, en écoutant ces pièces mutilées, tronquées, émasculées, baclées à cause de l'heure des trains, tronçonnées pour ne pas compliquer la mise en scène, jouées dans des décors quelconques, par des acteurs insuffisants qu'on sifflerait dans la troupe de Concarneau, parce que tout est sacrifié à la Vedette le «Tartemption» ou le «Durand» qui prend la plus grosse part de la recette. Il faut croire cependant que cela suffit au public des casinos des villes d'eaux et des sous-préfectures du centre de la France, puisque tous les impresarios — ou presque tous — font de bonnes affaires: quant à nous, nous irons nous reposer jusqu'à la rentrée, de l'indigestion des répétitions générales que tout Parisien qui se respecte attrape pendant la saison hivernale. Et ce n'est point malheureux . . . , La propriété littéraire fait de grands progrès de jour en jour. La convention de Berne (traité conclu entre quelques pays, pour garantir les droits des auteurs d'une manière efficace et uniforme) tend à s'étendre de plus en plus. Des pourparlers sérieux ont lieu avec la Russie; dans un avenir prochain on ne pourra plus piller sans vergogne comme auparavent, dans le pays ami et allié. Nos œuvres ne seront plus à la merci des industriels qui s'en emparent avec la plus admirable désinvolture. Il y a de si jolies anecdotes à raconter sur ce sujet-là! Et si la place ne nous manquait point, nous donnerions de bien suggestifs détails sur la fortune littéraire, en France, de Quo Vadis? ce roman des dernières années, au succès si prodigieux. On a vu depuis quelques temps, à la page de garde des volumes, cette mention «y compris la Suède et la Norvège» ce qui prouvait un pas de plus. Un jugement récent vient d'étendre la convention de Berne aux Etats de la Grande-Bretagne, au Canada, dont tous les journaux nous reproduisaient sans nous verser un seul centime. C'est un progrès sérieux dont nous devons nous réjouir. Le livre du jour est la «Rebelle» de Marcelle Tinayre, dont on se rappelle l'admirable Maison de péché, qui assit la réputation de son auteur. J'aime beaucoup moins la Rebelle, histoire d'une créature un peu extraordinaire, que domine son intellectualité et que guident seuls ses sens impérieux. Heureuse- CATULLE MENDES. ABEL FAIVRE. Melle YVONNE DE BRAY. BERR. SEM. DE MORAND. GALIPAUX. PRINCE UNE REPETITION GENERALE Melle GROEN. ment pour l'humanité et pour la société, cette Josianne, héroïne de la Rebelle, n'est point les femmes d'aujourd'hui, comme Marcelle Tinayre voudrait nous le faire croire, et ce type là ne se rencontre pas souvent. Le roman est, malgré cela, des plus intéressants; et ce qui ajoute à son succès, c'est que la plupart de ces personnages sont des portraits, malgré que l'auteur s'en défende, TOURNÉES ODÉNIENNES PAUL GNISTY TOURNÉES COQUELIN AÎNÉ. V. SARDOU. FOLIES-DRAMATIQUES MILO. TOURNÉES ODÉNIENNES PAUL GNISTY TOURNÉES COQUELIN AÎNÉ. V. SARDOU. CATULLE MENDES. ABEL FAIVRE. Melle YVONNE DE BRAY. BERR. SEM. DE MORAND. GALIPAUX. PRINCE UNE REPETITION GENERALE Melle GROEN. ment pour l'humanité et pour la société, cette Josianne, héroïne de la Rebelle, n'est point les femmes d'aujourd'hui, comme Marcelle Tinayre voudrait nous le faire croire, et ce type là ne se rencontre pas souvent. Le roman est, malgré cela, des plus intéressants; et ce qui ajoute à son succès, c'est que la plupart de ces personnages sont des portraits, malgré que l'auteur s'en défende,
L'ART ET LE BEAU LA GRACIEUSE COMPARAISON.
L'ART ET LE BEAU LE RAMAGE ET LE PLUMAGE. L'UTILITÉ DE L'ART DANS L'HUMANITÉ. Tout est beau dans la nature, car elle est l'émanation même de la divinité soumise aux lois éternelles de l'harmonie dont la perfection est l'aspiration directe et permanente. Aussi, de quelque côté qu'on se tourne, la beauté intrinsèque y éclate-t-elle dans toute sa splendeur. A ce point que l'horreur elle-même y est belle et que rien ne paraît plus beau qu'un coucher de soleil dans les flots d'émeraude de l'océan, sinon les vagues déferlant sur les rochers arides, les soirs de tempête. Tout est laid, au contraire, dans ce tissu de préjugés, de conventions et de routines, qu'est l'humanité, vue par les hommes dans le miroir de leurs hideurs, de leurs rancœurs et de leurs tristesses. Elle est complexe, torturée, étouffée par le travail névrosé des cerveaux et des âmes. De quelque façon qu'on la regarde, on aperçoit dans la domination du mal, la base de toutes ses manifestations et de toutes ses appétences malsaines. Ici tout est ombre, là tout est lumière. Plus on s'éloigne de la nature, plus on abandonne donc la beauté véritable pour se rapprocher de sa conception, purement imaginative, comme si on laissait un modèle admirable et unique pour sa reproduction toujours imparfaite dont les défauts apparaissent, un à un, de plus en plus nombreux et visibles à mesure qu'on l'examine de plus près. Non seulement on atténue ainsi sa magnificence radieuse et féconde, mais encore on lui ôte tout ce qu'elle possède de grandiosement simple, tout ce qui constitue en elle cette essence sacrée, ce feu créateur qu'à l'Olympe déroba jadis l'imprudent Prométhée. La nature est donc belle par elle-même et la modifier selon ses passions est la travestir. Cela n'est-il point la meilleure réponse aux sots et aux tartuffes qui nous veulent imposer une compréhension particulière de la beauté selon leur idéologie et leur manière de voir les choses?
L'ART ET LE BEAU FLORAISON DE PÉCHÉ. De quel droit mélangent-ils au divin rayonnement dont la beauté éclate pour l'éducation perpétuelle des masses, l'étroit et stérile obscurantisme de l'humanité misérable! Ont-ils donc le pouvoir de couper les ailes de l'oiseau pour l'empêcher de s'envoler, fendant les nuages sombres, vers l'idéal qui l'attire et l'appelle? Malheur à celui qui tombe entre leurs mains et à qui ils font subir ce supplice infâme! Mais qu'est-ce que cela prouve? Couperont-ils en même temps les ailes de tous les oiseaux comme ce farouche révolutionnaire qui souhaitait que la société n'eut qu'une seule tête pour pouvoir la lui trancher d'un seul coup? Il semble étonnant qu'il faille encore défendre une pareille cause. Mais on ne saurait véritablement trop le faire, car elle est celle de l'art même, c'est-à-dire du secourable trait d'union, du lieu sauveur en quelque sorte qui rattache l'homme à la nature immortelle, l'humanité à la divinité, la décevante réalité à la beauté resplendissante. Si donc l'art n'existait point, eut pu dire un philosophe, il faudrait l'inventer. Sans lui, nous serions toujours arrêtés, dans nos aspirations les plus légitimes, dans nos désirs les plus naturels, par cette laideur de la vie terrestre avec les hideurs, les rancœurs, les tristesses des préjugés, des conventions, des routines sous lesquels nous disions tout à l'heure qu'agonise le genre humain. L'art est cette petite lucarne sur l'infini à travers laquelle filtre le soleil magnifique et vivifiant de l'éternité: pourquoi fermer volontairement cette ouverture de clarté pour nous plonger dans les ténèbres? Ainsi le voudraient, si nous les écoutions, ceux dont l'âme ne souffre point étouffer entre les quatre murs d'une prison, sans horizon, sans lumière, retenue par les chaînes qu'elle se forge elle-même, dans son ignorance voulu de la beauté, et si lourdes qu'elle ne s'en libérera jamais. Aussi, n'est-ce point à ceux-là que nous réclamons la liberté de l'art, c'est-à-dire la possibilité pour l'art de s'éloigner de l'humanité pour s'élever vers la nature. La splendeur de la forme est une des libertés de l'art, la plus noble peut-être, en tous cas la plus complète. N'épiloguons point là-dessus et ne mettons surtout, dans cette constatation, aucune inutile hypocrisie. La Nature, dans ce qu'elle a créé, n'a rien placé qu'une mauvaise intention puisse détourner de son but initial. Qu'avons-nous besoin de nous essayer à cette tâche ingrate? Glorifions donc la forme avant tout puisqu'elle est une émanation de la divinité; glorifions la parce qu'elle tend à la perfection suprême par un effort perpétuel de notre sens
L'ART ET LE BEAU esthétique; glorifions-là pour imposer par notre adoration dévote, par notre claironnante admiration, son respect et son culte aux foules peu à peu éduquées par les inlassables leçons de l'Art. Nous l'avons dit au commencement de cet article: Tout est beau dans la nature, tout est laid dans l'humanité. Comme pour Hercule, se trouvant en face du vice et de la vertu, deux routes sont ouvertes devant nous. C'est à nous de choisir. N'hésitons point: préférons la beauté, c'est-à-dire mettons au dessus de toutes les autres les lois éternelles de l'harmonie qui donnent un rayonnement d'apothéose à tout ce que nous voyons, à tout ce que nous ressentons, à tout ce à quoi nous aspirons, pygmées que notre cerveau peut rendre des géants, comme ces titans qui se crurent si forts qu'ils voulurent un jour escalader le ciel. Ces idées, nous voudrions les voir partager par la foule. Nous ne pensons pas, toutefois, que ce soit un rêve près de se réaliser, malgré tous les efforts qui tendent, sans lassitude, à patiemment les lui inculquer, parce que son éducation n'est point encore faite. Trop de gens ont eu intérêt depuis le commencement des siècles, à ce qu'elle croupit dans l'ignorance et l'obscurité sans que son âme s'ouvrit et que son cerveau comprît. Libérée, elle serait une trop grande force et rien ne lui résisterait plus. Il est certain qu'il est ridicule de parler déjà au peuple d'art pur et de beauté vraie. Il ignorerait ce que cela signifie. Son intelligence est-elle donc fermée irrévocablement à toute notion de l'un et de l'autre? Ne croyons pas cela: l'aspiration vers les clartés surhumaines sommeille dans tous les cerveaux et dans toutes les âmes à l'état latent. Seulement leur étincelant horizon est inaccessible aux aveugles: Oculos habent et non vident! Comme nous, le peuple a un idéal. Mais cet idéal, de même que chez le savetier d'Apelle, ne saurait s'élever au dessus du cothurne du café-concert. Ne sutor ultra crepidam! La matchiche ou la craquette suffisent pour le moment à son ambition intellectuelle et il ne s'imagine point qu'il y ait autre chose. C'est cela qu'il est utile de lui apprendre. Il faut lui donner le désir de connaître ce qu'il ne sait pas. Le goût lui en viendra plus tard, par cette évolution naturelle qui ne peut pas ne point se produire et ainsi rendra-t-on, peu à peu, la Beauté nécessaire à sa vie, la Beauté, cette chose immortelle qui, comme la poésie, n'est pas à sa portée et dont nous pourrons dire aussi avec le poète: > C'est peut-être un blasphème et je le dis tout bas. > > Mais je l'aime à la rage. Elle a cela pour elle > > Que les sots d'aucun temps n'en ont pu faire cas, > > Qu'elle nous vient de Dieu qu'elle est limpide et belle > > et nous ajouterons, en modifiant un peu le dernier vers, > > Que le monde la voit et ne la comprend pas! Guy de Téramond. JALOUSIE.
LA WALKYRIE.
L'ART ET LE BEAU SALON DE 1906. SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS PAR ROBERT KASTOR. AUGUSTE MAILLARD. FLORE (PORTRAIT). --- ette fois-ci, nous commencerons par les sculpteurs. Pourquoi toujours les peintres d’abord, et les sculpteurs quand il reste de la place? Ces derniers sont d’ailleurs assez bien représentés, tant au point de vue du nombre que de la valeur, et les œuvres dignes d’être retenues ne manquent pas. Tout d’abord, les fils de Cain, de LANDOWSKI; très-simplement, l’artiste les a placés côte à côte, sur le même terrain, et ils marchent droit devant eux, d’un mouvement vrai, sans recherche de gesticulations ou de groupements selon les formules cent mille fois rééditées. Chacune des figures, prise séparément, est très-belle; le pasteur, dans sa simplicité nue, allie la beauté de l’antique à l’animation de la nature. Le groupe se forme de lui-même, comme dans la vie. C’est l’œuvre d’un fort; saluons avec joie son heureux retour de Rome. VERMARE, lui aussi, a regardé la vie, et son groupe, intitulé Vendanges, respire la joie franche, la grosse et bonne gaîté de la campagne. Le mouvement est très-naturel et très-observé de sa robuste paysanne qui se défend faiblement de l’étreinte du vendangeur qui la poursuit. Jehanne d’Arc continue à fournir des sujets aux sculpteurs, mais, traités par un artiste comme Antonin MERCIÉ, les plus rebattus peuvent encore donner naissance à des œuvres d’un haut intérêt. C’est à la littérature contemporaine que Paul ROUSSEL a demandé de l’inspirer, et l’exquise Nonia, Danseuse de Pompei, du romancier Jean Bertheroy, était bien digne de tenter son ciseau. Il a su rendre la jeunesse ingénument belle, la grâce captivante, la sensualité chaste que le délicieux écrivain a si largement répandues dans les pages de son livre. Etienne HACHENBURGER, un nouveau venu, a exposé une très-intéressante Baigneuse que nos lecteurs pourront admirer parmi les illustrations de cet article. Georges BAREAU a choisi le périlleux exercice, de faire, après Rodin, un Victor Hugo demi-nu, la vision du poète, et un michelangesque Réveil de l’Humanité. Notons, en passant, un groupe de PEYRE, Tendresse; le Sommeil de Chloé, de Mme FRANCESCHI-CRANNEY; une Danaide, de HANNAUX; une Nymphé, BONNET-DUPEYRON. DOULEUR.

La Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique "L'Art et le Beau" publie son numéro 7 en juillet 1906. Ce numéro aborde des sujets variés tels que la vie parisienne, la vie théâtrale et littéraire, les expositions, la chronique de la mode, l'utilité de l'art dans l'humanité, la beauté selon la nature, et une analyse du Salon de 1906. Il contient également une étude sur Félicien Rops par Gustave Kahn, accompagnée de nombreuses planches de ses œuvres.