Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ESTHÉTIQUE DE LÉONARD DE VINCI
Quiconque a lu les didactismes de Léonard, éprouve une vive difficulté à trouver leur exacte concordance avec ses œuvres.
Celles qui nous sont parvenues, de même que celles si nombreuses de son école, appartiennent à l’art contemplatif, tandis que sa prédilection telle que les manuscrits nous la révèlent, tendait à l’art dramatique de la Bataille d’Anghiari, du Déluge, du Bicouac nocturne, de La Tempête.
Notre Delacroix représente le Léonard des cahiers, peintre des passions et des plus violentes actions, réaliste à la base de son art qui se documente dans la rue, étudie les disputes des joueurs, et stylise ensuite ces éléments réels, par l’opération mentale de l’idéalisation.
Le secret de Léonard, qui est aussi celui de tous les maîtres, consiste dans un double mouvement d’involition dans la réalité la plus littérale et d’évolution subséquente vers l’idéalité la plus subtile.
Les vérités, simples par essence, échappent à notre entendement, au lieu que les paradoxes nous frappent par leur bizarrerie.
Prenons le thème privilégié de l’art chrétien : la Madone. Il résulte d’une combinaison entre les deux impressions primordiales de la vie : la filialité et la puberté.
Tout être a subi le rayonnement chaleureux de l’amour maternel et celui si rêveusement émotif de la vierge. Se souvenir de sa mère, et du premier sourire de jeune fille aperçue, cela suffit pour concevoir la Madone, idéal synthétique de l’éternel féminin et de l’amour sous sa double forme, sacrée et profane.
Ce ne sont pas les mystiques comme Fra Angelico qui ont peint les plus belles vierges, le dogme de l’Immaculée Conception n’a pas influencé une seule œuvre d’art. On ne fait plus de madones, faute de se souvenir de sa mère et de regarder les vierges, et non parce que la vie paroissiale se ralentit.
L’artiste a maintenant, comme autrefois, l’humanité devant les yeux ; il ne la voit pas et le poncif surgit ; ou bien ses yeux deviennent esclaves du réel, et le réalisme apparaît.
La première femme venue qui tient son enfant, fournira un croquis de madone. De cette notation à l’œuvre, quelle distance, presque indéfinie!
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(1) Les numéros renvoient aux paragraphes de l’ouvrage :
LÉONARD DE VINCI, Traité de la peinture. Traduit intégralement pour la première fois en français sur le Codex Vaticanus (Urbinas) 1970, complété par de nombreux fragments tirés des manuscrits du Maître, ordonné méthodiquement et accompagné de commentaires. Librairie Delagrave.
Ouvrage orné de 40 figures démonstratives de l’édition princeps et de 100 dessins esthétiques d’après les clichés d’Alinari, Brogi et Fumagalli.
Un vol. in-8° raisin de 248 pages, broché...
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ESQUISSE POUR LE JUDAS DE LA CÈNE
Musée de Strasbourg.
(Inédit.)
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L'ART DÉCORATIF
275. — Le premier objet de la peinture est de montrer un corps en relief, se détachant sur une surface plane.
Van der Meer, et les petits hollandais sont les plus grands maîtres, si l'art n'a pas pour second objet, de montrer l'âme ou l'esprit en relief, se détachant sur une forme choisie.
Singulières paraissent ces expressions ; elles sont exactes. L'âme de la Joconde se montre en relief et se détache sur sa forme, qui lui sert de champ.
La forme n'est donc que le fond sur lequel se détachera l'âme. Nous voilà à la proposition la plus transcendantale de l'idéalisme. Le vertige va s'emparer de l'artiste, et le livide Greco et le pullulement des rêveurs incapables d'embrasser dans un même regard l'idéal et le réel, au nom de l'âme, négligeront le corps ; et un Taine ne comprendra pas la sublimité de la Vierge à la chaise, qui représente la félicité de la Madone. Humainement, tout bonheur se forme d'une joie animale, faite de jeunesse, de santé et de beauté d'espèce.
L'art ne connaît qu'une forme comparative, le superlatif. (Léonard, superiatif de subtilité; Michel Ange, superlatif d'intensité; Raphael, superlatif d'harmonie).
75. — La qualité qui est la beauté des œuvres de la nature et l'ornement du monde.
Il faut renverser les termes pour mieux comprendre : La beauté est la qualité. Ces cinq mots abolissent le réalisme.
86. — Ne sais-tu pas que notre âme est faite d'harmonie, et l'harmonie ne s'engendre que de la simultanéité des rapports. La subtilité aussi, pourrait-on ajouter. Or, le réalisme essentiellement analytique note un aspect, tranche de vie, morceau, impression, sans souci de ses rapports.
Léonard parlant de la proportion simultanée qui compose la divine beauté du visage, suppose un autre travail que celui de Holbein ou de Dürer.
La qualification résulte des relations ; et le réaliste, faute de les saisir, ne qualifie pas. Son œuvre est donc nulle spirituellement.
Ces points, d'ordre philosophique, exposés, je tâcherai de coordonner l'enseignement Léonardien avec précision.
110. — Je dis aux peintres que nul ne doit imiter la manière d'un autre. Voilà qui ne trouvera pas d'opposition. Mais immédiatement le maître blâme : « celui qui traduit la nature par pratique et jugement de l'œil, sans raisonnement », le jugement de l'artiste planera au-dessus de l'œuvre. « Qui ne doute pas ne progresse pas. »
Qu'est-ce que raisonner en art ? C'est appliquer la logique d'Aristote au monde des formes et non pas imiter Pierre de Cornelius ou Chenavard.
Il faut plus d'Aristotélisme pour inventer le rythme d'une gorge ou d'une chevelure que pour illustrer l'Apocalypse ; car l'Apocalypse est pittoresque, offre des scènes, des figures variées ; et le chef d'œuvre se définit : une variante harmonieuse de la forme typique.
Les artistes de ce temps croient étourdiment que l'art change ses lois suivant les époques, et que l'enseignement de Léonard n'a plus d'utilité pratique en 1911. En face de la fameuse table rase de Descartes et fort empêchés de bien faire, ils se figurent qu'on doit faire autrement que les maîtres, ce qui est radicalement impossible.
Prenons le thème le plus ingrat, le plus décrié, le plus stérile, la République.
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ESQUISSE POUR LE SAINT PIERRE DE LA CÈNE
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Chaque mairie en France contient un plâtre innommable. On se figure encore moins Marianne que la Madone. Cependant, l'universalité que Léonard impose à l'artiste s'étend surtout du sujet : ou on doit faire une bonne République ou on n'est point habile. Cette allégorie du pouvoir démocratique n'est pas un problème insoluble, pour qui suit les règles expressives.
Que fera l'élève? Un démarquage d'une Pallas où il coiffera du célèbre bonnet la première venue.
Que doit-il faire? Un théorème, qu'il résoudra ensuite, par le choix des formes.
La République n'a aucun des traits d'Athèna dont le nom signifie aurore et intelligence. C'est la forme décadente du pouvoir (pour nous du moins) une forme anonyme, collective, instinctive. Par conséquent, la figure sera de traits généraux, d'une beauté d'espèce, avec quelque chose à la fois d'animal et de généreux, car il y a autant d'aveuglement et d'imprévoyance que d'illusions et de magnanimité dans cette notion. Nous avons déjà une femme robuste et visionnaire. La liberté est un prétexte d'inquisition, l'égalité est une façon de tyrannie et la fraternité est un songe religieux. Remuant ces idées, on obtiendra une formule aussi loin de Pallas que de la première venue, une formule très précise, impossible à confondre avec une autre allégorie.
466. — Fais la figure en tel acte, qu'il suffise à montrer ce que le personnage a dans l'âme, sinon ton art ne sera pas louable.
Ce précepte s'entendrait aisément pour les communes passions, car (465) les figures des hommes ont des actions propres à leur opération. Mais j'ai choisi un sujet abstrait dont l'action propre est presque impossible à spécifier dans une figure isolée : car il serait trop facile de se tirer d'un groupe où Marianne humilierait un riche et couvrirait un humble de son manteau.
467. — Une figure doit être peinte de telle sorte, qu'on puisse connaître par l'attitude, le concept de son âme.
469. — Le bon peintre a à réaliser deux choses : l'homme et le concept de son esprit.
Nous avons vu que la femme dans la République a des formes d'espèce (caractère mitigé par le type national) et que le concept de son esprit est une illusion généreuse.
470. — Le mouvement doit être approprié à la circonstance morale de la figure, de façon qu'elle ne puisse rien signifier d'autre.
473. — Toute action a des expressions différentes suivant l'âge, la qualité, l'espèce et le sexe.
Quelle est la circonstance morale de la République? elle est le nombre et elle se croit le Progrès. D'où ferme conviction et illuminisme. Elle est jeune, vaillante, plébéienne et femme.
476. — Le mouvement mental meut le corps par des actions simples, sans le porter d'aucun côté parce que son objet est dans l'esprit qui ne meut pas les sens tant qu'il se trouve occupé en lui-même
La République sera donc en action simple, piétée dans sa force momentanée, et le visage tendu vers cet avenir dont le mirage la fascine.
Pour ne pas multiplier les états successifs de la figure je prendrai une expression brusque qui réunit l'aspect physique et l'action mentale : la République c'est une
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ESQUISSE POUR LE SAINT ANDRÉ DE LA CÈNE
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virago extatique, une somnambule sanguine. Qu'on la veuille plus noble, on augmentera le caractère extatique, on diminuera la brutalité; au contraire, souhaite-t-on une Démagogie, on tassera les formes et on éteindra l'expression éblouie en hébétude.
480. — Les mains et les bras en toute opération doivent montrer l'intention du personnage. L'intention ici est aussi bien de dominer que de protéger et l'imperiosité d'un geste dur conviendra comme des bras ouverts.
Je ne dépasse pas les textes de Léonard en indiquant une théorie qu'il n'a pas précisée et que j'appellerai les synonymes plastiques. Ainsi Hercule, Saint-Christophe, Siegfried, représentent la même note typique de force musculaire et de brutal héroïsme et répondent à cette règle de Léonard.
484. — La beauté avec la brutalité se font ressortir l'une par l'autre,
Mais il y a une logique dans la beauté, que l'observation nous révèle. La République a les seins haut et le poignet lourd, parce que le contraire impliquerait l'idée de sélection.
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Je n'oublie pas que cette revue s'intitule L'Art Décoratif et je vais tâcher de montrer que les mêmes principes régissent les arts mineurs et qu'ils obéissent, les artistes me le pardonnent... à mon compère Aristote comme la statue et le tableau.
L'art mineur par rapport aux figures s'appellerait bien l'accessoire. Notre République n'en a qu'un : son bonnet Nous n'avons plus qu'un morceau d'étoffe dans la main, la difficulté augmente.
Le Pâris d'Égine porte un bonnet à corne beaucoup plus élevée que celle attribuée dans la suite aux Troyens. Cette forme raidie fournit la corne dogale et souple, le bonnet napolitain, puis celui des galériens ; c'est ce dernier que coiffa Louis XVI. Pour qu'il soit resté le couvre-chef de la République, il faut que la faculté d'oublier soit bien française. Je reprends les alinéas de Léonard.
466. — Fais la coiffure en tel aspect, qu'elle montre ce que le personnage a dans la tête, car (465) la coiffure a des aspects propres à chaque passion et (467) une tête doit être ornée de telle façon qu'on puisse connaître le concept de son esprit.
Qu'on ne croie pas que je force le texte de mon auteur pour y trouver, comme Sganarelle dans Aristote, un chapitre des chapeaux.
396. — Donne à ces têtes des coiffures suivant le mouvement d'un vent imaginaire autour des visages juvéniles.
La République ne sera donc pas casquée comme Pallas, car elle a le front court, mais il ne faudra pas cependant l'accorder à l'arlésienne. Pour bien poser un bonnet il faut déterminer la passion dominante ; il faudrait plus, que le bonnet, isolé sur une console, eût la signification d'une tête ! Sur les jetons révolutionnaires, il l'a bien ! On n'a pas besoin de voir la couleur, on reconnaît le bonnet rouge, même en noir ! Rien de plus difficile que d'ôter à ce couvre-chef son caractère sinistre; et nous sommes convenus de rechercher les formes de la République prise au sérieux, aimée, vénérée, incarnant l'idéal d'hommes sincères et honnêtes. Il convient donc de laver le dit bonnet, non seulement du sang qui le teint, mais d'effacer le pli canaille que le tape-dur et la tricoteuse lui ont laissé. Pour idéaliser ce morceau de drap : que de peines !
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ESQUISSE POUR LE SAINT JACQUES LE MINEUR DE LA CÈNE
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L'ART DÉCORATIF
Croit-on que les maîtres n'ont pas geint, dépité et presque découragés pour découvrir l'harmonie d'un voile. Il y a bien des têtes casquées dans les musées, d'où vient que le Colleone seul paraît avoir son casque pour véritable crâne ? Parce que Verroccio chercha jusqu'au point où le chef et le couvre-chef se fondaient, en une unité admirable ! Le Colleone ne peut pas plus quitter son casque que cesser d'être le centaure condottiere : il est parfait. L'imagination n'arriverait pas à le concevoir autrement ; et tant que cette définitivité ne se produit pas, le chef-d'œuvre, lui-même, reste incomplet et douteux.
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Laissons Marianne avec son bonnet de Mimi Pinson, lassés d'avoir pétri en vain ce drap, pour penser à sa robe.
708. — Les habits doivent s'accommoder à l'état et à la bienséance des figures, en évitant de reproduire les habits qu'on porte, sinon quand on y est contraint. Comme état, la République est peuple, mais sa bienséance d'allégorie la monte à un plan symbolique.
Même comme déesse, c'est une parvenue et plutôt une Titane. Sa robe ne sera donc pas d'une olympienne. Sans passé elle se tend vers l'avenir, son corps sera comme une proue cinglant vers une vision et l'air plaquera l'étoffe surtout sur son ventre, car le sinistre rieur Rabelais nous a dit que maître Gaster est le plus invincible des dieux. Il n'a point d'oreille et n'entend que son vide (vulgarité qui concorde à la fameuse proposition hindoue : tout être se constitue de son propre vide).
Au domaine des formes, on trouve à chaque expression la menaçante caricature ! L'artiste emporté par l'obsession du symbole donnera-t- un gros ventre à la République :
396. — Que les membres soient proportionnés à l'économie de la figure. Ils doivent concorder entre eux.
429. — Or, il est impossible à aucune mémoire de posséder les aspects et les changements de membres de quelque animal que ce soit.
376. — Il faut faire sa figure d'après la règle d'un corps naturel qui soit de proportion louable dans l'ensemble ; en outre il faut se faire mesurer pour savoir en quelle partie on diffère d'un bon modèle, afin de ne pas reproduire ses défauts.
J'arrêterai ces considérations. Elles démontrent que le Traité de peinture de Léonard doit être lu dans un sens pratique et non comme une curiosité, propre à éclairer l'art de la Renaissance.
J'aurais pu tirer de ce livre précieux des instructions pour le joaillier, l'ébéniste ou la modiste. L'œuvre d'art, le florentin le répète à toute page, est une opération mentale : qui ne prend pas la peine de la faire n'aboutira jamais.
Le lecteur n'estimera peut-être pas que l'esthétique de Léonard soit vraiment exposée : huit mots la récapitulent. Techniquement : relief des corps ; esthétiquement : relief des âmes. Ce sont les deux premiers points.
Mais les corps doivent être qualifiés, c'est-à-dire beaux, et les âmes harmonisées, c'est-à-dire aussi riches que possible en rapports simultanés.
Jamais d'imitation ; jamais de copie d'après nature, ni poncif, ni réalisme.
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L'expression par la seule action, sans accessoire ni symbole : le concept exprimé par le seul mouvement.
Ce mouvement pris sur le vif, voire sur le vil, et ensuite repris suivant l'âge, la qualité, l'espèce. Tout doit concourir à l'expression et tout doit aboutir à la beauté, même la brutalité.
Pour l'art décoratif, il ne peut pas être conçu, en lui-même. On doit nécessairement le considérer comme complémentaire de la personnalité humaine et le rattacher à l'individu, puisqu'il s'est détaché du monument, au déclie de la guillotine, ou plutôt à l'abolition des maîtrises par la Convention.
Comme il n'y a plus de société en France, il n'y a donc plus meubles. Il en faut pourtant, appropriés à des catégories ethniques ou sociales.
Une Française trouve sa niche naturelle dans une bergère, une Américaine y paraîtra intruse. Pourquoi ? Parce que le meuble est un geste figé, qui a besoin de se raccorder au geste humain.
Je me propose de commenter pour cette revue le simple paragraphe du Maître qui dit : les objets doivent être accommodés à l'état et à la bienséance des figures. Je ne m'étais proposé qu'un objet, la démonstration que l'enseignement de Léonard n'a pas vieilli et que l'artiste de 1911 peut le lire, avec le même profit, que tirèrent les auditeurs du cours professé à Milan par le maître de la Joconde.
Les incomparables figures qui accompagnent ce discours ont-elles besoin de commentaires ? Faut-il souligner leur incontestable originalité, obtenue dans le cadre rigoureux des règles. Etre soi, selon les lois, c'est la définition du citoyen et de l'artiste, dans leur liberté. Encore les lois de la cité sont-elles souvent insensées ou hasardeuses, tandis que celles de l'art prouvent leur évidence. Depuis qu'il y a des hommes, que les uns créent et que les autres admirent, le double mouvement du génie qui rayonne et de l'enthousiasme qui applaudit, constitue le rite sempiternel d'une universelle religion qui pénètre toutes les autres, et qui prouve elle aussi, l'immortalité de notre essence.
PELADAN.
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L'ÉCOLE NATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS DE PARIS
ANCIEN COLLÈGE DES CHIRURGIENS DU ROI LOUIS XV
Voilà qu'en ces derniers temps, à propos de l'utilisation de l'hôtel Biron, il a été question une fois de plus du transfert de « la Petite Ecole », — plus officiellement Ecole nationale des Arts décoratifs, — si piteusement installée depuis 1767 dans le vieux Collège Saint Cosme, ancien hôtel des Chirurgiens du roi Louis XV. Depuis fort longtemps, chaque année, avec celui du Conservatoire, le transfert de cet établissement occupe très platoniquement un paragraphe dans le rapport du budget des Beaux-Arts.
Pour le Conservatoire, la question a été résolue tout dernièrement, mais pas aussi parfaitement qu'on l'aurait désiré, car je doute fort que les travaux de l'ancien collège religieux de la rue de Madrid se prêtent à l'enseignement de la musique et de l'art théâtral. Il y a vingt-cinq ans, un haut fonctionnaire de l'Administration des Beaux-Arts, qui avait à cette époque plus personnellement entre les mains la direction de ce département, se promettait déjà de donner un asile convenable à l'École des Arts décoratifs, quand, le ministre d'alors ayant quitté le pouvoir, il dut renoncer à son projet. Depuis, quelques rapporteurs, notamment MM. Henry Maret, Symian, Couyba et Macé, ont insisté non sans