Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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$\mathbf{a} \quad \mathbf{b}$ Un grand Potier d'aujourd'hui $\mathbf{c} \quad \mathbf{d}$
$\mathbf{e} \quad \mathbf{f}$ ANDRÉ MÉTHEY $\mathbf{g} \quad \mathbf{h}$
Je voudrais raconter, très simplement, l’histoire d’un grand potier d’aujourd’hui, — d’un potier qui, à côté de Carriès et dans une autre voie, jouera sans doute le même rôle précurseur, et qui, en tous cas, nous donne déjà les mêmes joies savoureuses, comme on va pouvoir en juger au Musée Galliéra, où la Ville de Paris lui offre une si large hospitalité.
André Méthey n’a pas quarante ans. Il est né d’un père charpentier et métreur-vérificateur, à Laignes, dans la Côte-d’Or, le 4 juin 1871. C’est un Bourguignon. Son enfance fut celle de tous les enfants de sa condition : il la vécut dans une école primaire de Dijon, jusqu’à l’âge de treize ans. Dijon est une ville précieuse aux jeunes gens qui sentent en eux sourdre la source impétueuse de l’art. Elle fut, en tout temps, bienveillante aux
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vocations naissantes. André Méthey suivit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts, cours d'art industriel et d'art pur où il toucha à toutes les branches de l'activité artistique : architecture, perspective, modelage, décoration, etc. Mais il fallait déjà commencer le rude apprentissage de la vie : l'enfant entra, en 1883, chez un marbrier où on lui enseigna à tailler la pierre et à graver des inscriptions lapidaires sur les mausolées. Cela dura trois ans. En 1886, il débarqua à Paris, riche seulement d'espoirance et de courage. Une maison de décoration, à Vaugirard, lui confia le soin d'exécuter des rosaces et des corniches. Quand il le fallait, Méthey tirait la voiture à bras : ce n'est pas la médiocrité des labours mais la médiocrité des caractères qui diminue les hommes. Méthey avait du travail et, en attendant mieux, c'était l'essentiel, d'autant que, le père venant de mourir, il y avait à nourrir cinq bouches : la pauvre maman et les trois frères et sœur qui poussaient derrière lui. Comment y suffire ? André Méthey travaillait le carton pierre et tournait des pots à couver pour des pigeons ; le marbre ne lui était pas étranger puisqu'il l'avait taillé pour des tombeaux ; enfin, n'avait-il pas reçu des éléments de décoration à l'Ecole des Beaux-Arts de Dijon ? Avec tout cela peut-on faire un sculpteur ? L'énergique jeune homme, que rien n'arrêtait, se présenta pour tel dans une maison de modelage de l'Étoile pour la sculpture en plâtre. On l'y accueillit, mais, comme il ne savait rien, il dut dépenser une volonté extraordinaire à faire croire qu'il savait tout et même à le prouver. Il y réussit. Cela le mena
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jusqu'à 1891, époque où il entra au régiment, à Auxerre.
Là, comme Carriès autrefois et comme tant d'autres artistes, il rencontra auprès de ses chefs une bonne volonté qui lui facilita ses études. Le soir, il suivait les cours de l'école de dessin et il fit d'assez rapides progrès pour prendre part à une exposition où il reçut comme premier prix de sculpture, la Céramique, de Edouard Garnier. Retenez le fait, il est d'importance. Jusque-là André Méthey n'avait pas imaginé qu'il put aller quelque jour au delà d'une honorable carrière de sculpteur-ornemaniste. Il s'employait de son mieux à modeler une figure, une plante ou une fleur, mais où aurait-il pris le temps d'apprendre à fond la grammaire de l'art, quand la nécessité d'aider les siens le rivait à la tâche quotidienne en vue d'un gain immédiat ?
Le hasard, une fois de plus, devait ici jouer son rôle. Il suffit, en effet, d'un livre, la Céramique, de Garnier — donc écrit par un homme renseigné, — venu en ses mains, pour révéler Méthey à lui-même. A partir de ce moment, au régiment ou dans la maison de l'Etoile où il était rentré de nouveau, plus tard quand il travaillera à Lyon, à la façade principale de l'Exposition ou à Paris lorsqu'on utilisera sa connaissance du modelage pour le monument des Girondins, André Méthey n'aura plus qu'une hantise : la céramique; il ne fera plus qu'un rêve : celui de devenir un potier dont les mains réalisent des merveilles que le feu va parfaire ou qu'il va détruire, hélas ! suivant l'imprévu des cuissons affolantes.
Est-ce que ce n'est pas, en vérité, l'histoire de Jean Carriès qui se recommence? Est-ce que l'histoire de Carriès n'était pas la suite de celle de Bernard Palissy ? Ainsi la tradition se renoue, à travers le temps, de ces artistes créateurs qui découvrent en eux toute force vitale et, par une volonté qui ne se dément pas, assurent la pérennité du génie de la race.
Que savait André Méthey de la céramique il
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ya quinze ans? Rien. A qui allait-il demander des conseils? A personne. Que dis je? Il relisait le livre de Garnier, il achetait un manuel. — le Manuel Roret — qui devait lui apprendre à construire un four. Et surtout il fréquentait les musées où Bernard Palissy, précisément, lui donnait de bonnes leçons, où les céramistes d’Extrême-Orient, mais surtout les maîtres italiens du xve et du xvi siècles, les hispano-moresques, et nos grands faïen-ciers, à nous, du xvme siècle, lui parlaient un langage qu’il commençait à entendre, jusqu’à ce que, les interrogeant avec avidité et les ayant longuement écoutés, il put enfin saisir clairement le sens de leur enseignement.
Les tâtonnements de André Méthey, céramiste, ne sont pas indifférents : ce sont eux qui, d’étape en étape, le conduisirent à la floraison de l’heure présente. En 1892, — l’année même du grand triomphe de Carriès au Salon du Champ-de-Mars — Méthey fut frappé par la beauté de la matière qu’est le grès. C’est cette année-là qu’il construisit lui-même son premier four, rue Brézin. Deux ans plus tard il en éleva un autre au fond d’un jardinet de la rue Montbrun. Quels fours! Deux creusets s’emboîtant, fermés par un couvercle de lessiveuse qui laissait passer le tuyau. Il ne possédait pas de montres et pas davantage de tour. Les résultats étaient médiocres. Il dut attendre jusqu’à 1898 pour cuire dans de meilleures conditions, grâce à un four qu’on lui prêta à Saint-Denis. Du moins il espérait enfin toucher au but. L’expérience fut aussi désastreuse que possible. Rien ne lui réussit. Il eut beau améliorer son four de Montrouge, s’offrir le luxe d’un moufle : le feu le trahissait toujours et, régulièrement, il retirait des décombres là où il avait espéré voir surgir de la beauté. Combien eussent renoncé à poursuivre d’aussi douloureuses expériences! La misère matérielle et morale s’ajoutait à une détresse physique effrayante. Le pauvre artiste vivait parmi d’atroces hallucinations.
N’importe. Il reprit le dessus et continua, déterminé à ne s’arrêter désormais dans ses recherches que lorsque le feu l’aurait consommé lui-même. On verrait bien lequel des deux, du feu ou de l’artiste, finirait par dominer son redoutable adversaire. Pendant des années cette lutte se poursuivit, âpre et sans merci, le feu ayant le plus souvent raison de l’artiste, jusqu’au jour où celui-ci, devenu très maître
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de son four, — et c'est d'hier — put considérer que, désormais, il aurait presque toujours le dernier mot.
II
C'est donc quinze années de recherches que André Méthey a à son actif. Pour respectables et émouvantes qu'elles soient, elles ne suffiraient pas à donner à l'artiste une place considérable dans l'histoire de la céramique moderne si les résultats n'étaient venus les couronner. Que sont les résultats obtenus par Méthey? Nous allons essayer de le dire.
Nous avons montré le feu rebelle dans les fours rudimentaires que Méthey dut élever avec ses maigres ressources. Les attentes trompées, les rêves déçus, les tout cela laissait l'artiste Quand le feu lui livrait est pire, un amas sans tables et d'in vrais em poteries, le malheureux, chagrins, se demandait, convenait de faire pour sûr. Certes, les grands limité aux grès leurs gnes d'être admirés nus : quoi de plus par- leux, du reste, que les Pourrait-on aller au serait se flatter même d'aller jusque là. Ces réflexions devaient avoir leur heureux aboutissement le jour où Méthey, qui, de plus en plus, étudiait la céramique dans les musées, songea à reprendre la tradition perdue des faïences régionales. Le dix-huitième siècle ne s'était-il pas couvert de gloire qui nous avait donné le Nevers, le Rouen, le Moustiers, le Marseille et même le Paris? Chacun de ces centres de production avait alors ses qualités propres, nées, d'une part, de ses argiles et, d'autre part, de ses décorations. Pourquoi ne pas ressusciter ce qu'on croyait perdu à jamais : l'art régional, l'art local des faïences?
Quand il pénétra dans cette voie, en 1903- 1904, après des déboires qui duraient depuis dix ans, André Méthey entrait sur le chemin du succès. Deux périodes marquent désormais sa
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production : la première période, toute consacrée à la faïence stannifère, la seconde aux terres vernissées.
Dans la faïence stannifère, on le sait, l'émail qui doit recouvrir la terre est rendu opaque par sa combinaison d'étain et de plomb. Malheureusement le plomb atténue un certain nombre de couleurs quand il ne les annihile pas entièrement : une couleur rouge devient terreuse ; les bleus, loin de rester transparents, accusent, eux aussi, de l'opacité. L'émail stannifère limite donc les ambitions du décorateur qui ne dispose que d'un petit nombre de couleurs et, en le mettant dans l'impossibilité de mieux faire que ses devanciers, il empêche le céramiste d'affirmer une forte personnalité.
Dans cette première période, André Méthey eut pour collaborateurs des artistes comme lui épris de nouveauté : Renoir, Odilon Redon, Maurice Denis, Matisse, K.-X. Roussel, Bonnard, Van Dongen, Vuillard, Rouault, Mme Agutte etc.; tous étaient ravis du résultat : certaines surprises même qu'ils devaient à l'émail stannifère, les transformations imprévues de la couleur les intéressaient infiniment. Chaque cuisson, toujours réussie désormais leur apportait des singularités qui les passionnaient. Plus ils multipliaient les tentatives de décoration colorée, plus le feu leur donnait de Joies nouvelles. Il est certain que les faïences de cette période : plats, assiettes, coupes, vases, etc., resteront dans l'œuvre de Méthey comme significatives de tout ce qu'on peut attendre de la poterie à base d'émail stannifère. Les terres de ses faïences stannifères étaient bien locales. Il les tirait de Fresnes : ce sont des terres très argileuses qu'il mélangeait d'une marne prise du côté de Meudon. Sur la
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terre seule l'émail eut glissé. Par l'accord de la terre et de la marne, auxquelles il ajoutait du sable de Fontenay-aux-Roses, Méthey obtenait un produit qui permettait l'application de l'émail stannifère dans les meilleures conditions.
Pourtant, le céramiste n'était satisfait qu'à demi. Surtout il ne pouvait admettre que le feu lui rendit autre chose que ce que la palette portait. Jamais il ne se consolait des transformations que la cuisson faisait subir à la gamme des bleus et des rouges. S'il n'eût été qu'un cuisieur, Méthey eût pu se déclarer enchanté, comme ses collaborateurs, des résultats déjà d'un si vif intérêt. Mais il ne pouvait pas oublier qu'il était lui-même un décorateur, sensible à la logique des formes et des couleurs, se complétant les unes par les autres. Comme Carriès, il y a vingt-cinq ans, Méthey venait de subir le charme de l'église de Brou. Ses études à Dijon et son passage dans la pratique des ateliers avaient développé son goût général. Enfin les vieux maîtres italiens l'avaient confirmé dans son ambition de rendre à la faïence son caractère personnel.
Alors, Méthey résolut de renoncer à l'émail
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stannifère et de se priver désormais de tout collaborateur. C'est la deuxième période de sa production, la plus belle sans contredit, la plus heureuse et la plus complète, celle qui, en quelques mois, l'aura conduit, non pas seulement au succès mais au triomphe. Si heureux qu'aient été les résultats, en 1903 et 1907 (Salon des Indépendants, Salon d'Automne et Salon des Artistes français), que sont-ils, si on les compare à ceux que les années 1908 et surtout 1909 (Salon des Indépendants et Salon d'Automne) ont donné? Louons M. Dujardin-Beaumetz, Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts, de les avoir sanctionnés par des acquisitions répétées : l'appui spontané qu'il apporta ainsi à André Méthey est à l'honneur de l'État.
Ici, André Méthey est seul dans son atelier et devant ses fours d'Asnières. Il combine les formes de ses pièces, il les tourne, il les décore et il les cuit. Pas une, à sa sortie du four, ne nous laisse indifférents. La monstruosité de la classification de Bron-gniart sur la noble porcelaine et la commune faïence ne nous est jamais mieux apparue qu'en présence des résultats enfin obtenus, après quinze années de tâtonnements et d'expériences, par André Méthey.
C'est toujours à l'argile locale que s'adresse Méthey. Les faïences sont formées d'un mélange de terre de Montereau, en Seine-et-Marne, — une terre réfractaire qui cuit blanche, — de terre verte de Fresnes, qui cuit rouge et de silex, ce qui constitue une terre très homogène et très solide qui cuit rouge.
L'union la plus étroite du céramiste et du décorateur s'est opérée chez le maître potier qui est en train de donner à la rue du Maine, d'Asnières, une gloire dont elle se doute seulement depuis qu'elle a cessé d'être solitaire. De cette union sortent maintenant ces vases aux couleurs séduisantes, ces coupes aux formes harmonieuses et si nouvelles, ces grands plats opulents, ces assiettes fastueuses qui vont orner nos demeures, flamboyer aux parois et, sur la table de la salle à manger, rivaliser avec les fruits pour la saveur du toucher et l'enchantement des couleurs.
André Méthey est devenu en même temps maître de sa technique et maître de sa palette. Il peint sur cru comme le peintre sur sa toile, directement et sans autre préparation que celle de sa terre savamment dégourdie. Jusqu'ici, on s'était borné à orner les faïences de filets légers et de rehauts d'or. Méthey y dépense tout ce que sa fantaisie
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lui suggère. Engobage, tu- bage, craquelage, vernis : c'est un mélange extraor- dinaire qui ne se limite que par le goût impeccable de l'artiste. Le décor floral géométrique ou, si l'on veut, stylisé, a ses préférences et il en a tiré es effets si séduisants et si variés à la fois qu'il a démontré la possibilité de le multiplier à l'infini; le simple déplacement d'une ligne suffit à en changer l'aspect ; on voit tout ce quel ingéniosité bien con- duite peut en retirer. Bien- tôt Méthey était amené à user des métallisations qui confèrent à ses faïences un caractère magnifique. On voit tout à coup surgir à côté d'une fleur verte ou rouge ou bleue, une fleur d'or, d'argent ou de platine. Cela pourrait jurer si le sentiment décorateur de l'artiste n'intervenait à point pour assurer l'harmonie des juxtapositions les plus imprévues. La vérité, c'est que ces métallisations, — appli- quées en vue d'une seconde cuisson — le sont de telle manière qu'elles s'adaptent naturellement, qu'elles s'incrustent, pourrait-on dire, à la place qu'on leur assigne comme la pierre précieuse dans son chaton. Ces métallisations, d'une pureté merveil- leuse, Métheyles obtient par un enfumage du four tel que le pratiquaient les potiers orientaux. Pour donner à la matière de certaines pièces des nuances presque insensibles — mais visibles du moins à tout œil exercé — il utilise un lustre incolore qui laisse transparaître les couleurs qu'il a mission de raffiner encore. Ainsi, par des procédés d'une technique qui s'assouplit aux circonstances, Méthey démontre, avec un incomparable éclat, que la terre vernissée, si dédaignée des grands céra- mistes, peut s'égaliser aux matières aristocratiques telles que le grès et la porcelaine. Les productions des faïenceries anciennes de Rouen, de Nevers, de Moustiers, etc., malgré qu'elles ne soient pas clas- sées dans les grands feux ne s'offrent pas à nous avec un caractère d'infériorité, au contraire. André Méthey, en reprenant les traditions des potiers français du xvième siècle, qui surent obtenir de leurs argiles locales les pièces dont s'enchantent nos
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yeux, et en y ajoutant tout ce que lui dicte le modernisme le plus fermement discipliné, André Méthey donne un nouveau lustre à la faïence. Grâce à lui, le procès de la faïence est désormais revisé et il l'est tout à son honneur.
C'est par la volonté que André Méthey a donné à la modeste terre vernissée un lustre inconnu jusqu'à nous, du moins pendant le xixe siècle. Et voilà ce qui sera au crédit de ce grand potier. Les quinze années de recherches, interrompues seulement par l'anxiété des défaites et des découragements subséquents, lui ont permis de pousser si avant son sillon que, désormais, une œuvre quelconque de Méthey se reconnaîtra entre mille. Peut-on même classer ces productions qui tiennent du miracle dans les faïences, parmi les engobages ou les terres vernissées? Dans la technique comme dans le décor, dans la science comme dans l'art, c'est un assemblage si étroitement approprié qu'on ne se demande plus de quel produit minéral cela est sorti. On admire : voilà tout. Et nous n'en sommes encore qu'aux premiers résultats! Les recherches de Méthey ne pourront-elles pas, quelque jour, faire rendre autre chose à cette redoutable matière qu'est le grès ? Pouvoir approprier le décor et la forme au caractère de la matière, quel rêve! Mais la matière rebelle ne se plie pas volontiers à nos exigences. Si on pouvait dominer le feu ! Tout est là et il n'en faudrait pas davantage pour qu'un potier extrêmement sensible au jeu des couleurs et à la variété indéfinie des formes pût alors faire rendre au grès et même à la porcelaine plus que ces matières n'ont jamais fourni. L'erreur de ceux qui cherchent n'est-elle pas dans les formules toutes faites et trop aisément adoptées? Carriés—je parle de sa technique — n'avait rien appris chez les autres : il avait tout tiré de lui-même. On a vu que c'est le cas de André Méthey. C'est l'empirisme qui les a menés tous deux au succès. Mais, après tout, ce que nous appelons empirisme n'est-ce pas la fleur même du talent, et ce quelque chose de plus que le talent et qui s'appelle tout bonnement le génie? L'empirisme d'aujourd'hui c'est la vérité scientifique de demain : science ou empirisme, souhaitons que les recherches actuelles de André Méthey touchant le grès et la porcelaine, le mènent au but avec le même bonheur. En attendant, il a la gloire certaine d'assurer à ce siècle, à son début, une renaissance de la faïence : le nom de André Méthey restera inséparable de ce fait considérable né de sa volonté consciente.
HENRY LAPAUZE.
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ÉDOUARD DOIGNEAU.
En Camargue : Le départ des Cavales. (Aquarelle.)
ÉDOUARD DOIGNEAU
La destinée artistique de M. Edouard Doigneau a ceci de particulier que ce peintre si parfaitement doué, attendit la trentaine pour se produire et entrer dans la lutte. Il s'est d'ailleurs rattrapé depuis en brûlant les étapes.
Les hasards et les nécessités de l'existence avaient fait d'Edouard Doigneau un soldat. L'enfant qui dessinait avec une constante passion, avait accepté de se préparer à l'Ecole Polytechnique, cette école d'où sont sortis Armand Silvestre et Marcel Prévost, pour ne citer que ceux-là parmi ceux qui ont bifurqué.
Avec son intelligence subtile, sa logique et son courage, le jeune Doigneau réussit et le voilà bientôt sous-lieutenant d'artillerie, n'ayant jamais lâché ni ses crayons, ni ses pinceaux, mais travaillant obscurément, utilisant pour son plaisir intime d'artiste tous les moments de liberté que lui laissait la discipline.
Il connut ainsi, durant plusieurs années, cette chose délicieuse de travailler pour soi, pour la seule et réconfortante volupté qu'il trouvait à noter plastiquement au cours des jours, ce qui réjouissait ses yeux ou touchait son cœur. Heures inoubliables et de pure récréation intellectuelle que celles où il œuvrait sans songer à se faire un nom