Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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Enfée pour Deux Performés.
Le Membre
de la Société du Salon
d'Automne ont l'hon-
neur de vou préfér
de vouloir bien affirmer
au "Vernissage" de
leur 7e Exposition
qui aura lieu le
30 Septembre 1909
be 9 heures à 5 heures
au Grand Palais de
Champ-Elyves.
Le Rép.
Frantz Jourdan
BERNARD NAUDIN.
L'Invitation au vernissage du Salon d'Automne.
LE SALON D'AUTOMNE
D'EXISTENCE d'une Société est en tous points semblable à la destinée humaine. Elle traverse les mêmes crises et subit les mêmes variations atmosphériques; elle connaît des âges critiques; elle a ses fièvres de croissance. Tout comme nous, les groupements n'acquièrent l'expérience qu'à leurs dépens. L'imprudence et l'exagération guettent leurs débuts. Mais lorsqu'ils répondent réellement à un besoin, au milieu même des mouvements désordonnés de leur adolescence, on sent passer la force sacrée de la vie devant laquelle il faut s'incliner, car une heure arrive pour la sagesse. Certains même affirment qu'elle vient toujours trop tôt. Sans que ce soit là mon avis, je pense
MARQUET.
Les Toits.
Phot. Lémery.
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L'ART DÉCORATIF
JEAN-RENÉ CARRIÈRE.
Phot. Lémery.
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L. SUE.
Phot. Druet.
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Cependant qu'il y a moins de mérite à être sage quand on n'a pas été un peu fou. En tout cas, la pondération de ceux qui furent à leur heure extravagants est plus « ressentie » que l'obéissante habitude des « moutonniers ».
Si je me suis permis ce préambule, c'est que le Salon d'Automne me semble parvenu à une de ces heures où l'on se replie sur soi-même pour réfléchir et pour ordonner sa vie. Nous avons vu les années précédentes attacher une importance en disproportion avec leur talent à quelques hystériques de la peinture ou du dessin auxquels on abandonnait, pour y exposer une douzaine de toiles, une salle entière, alors que dans d'autres parties du Palais les cadres s'entassaient dans le plus inesthétique encombrement. Ce n'était pas ce beau désordre qui est encore un effet de l'art. C'était la rébellion pour la rébellion, le défi volontairement jeté à tout, sans cause. La jeune société jetait sa gourme. Quelques
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L'ART DÉCORATIF
JEAN-RENÉ CARRIÈRE.
artistes jusque-là repoussés des Salons officiels, ivres d'avoir enfin des murs, se comportaient comme ces étalons auxquels on ouvre les portes de l'écurie sur la campagne et qui commencent par faire feu des quatre pieds et par se détendre en quelques galopades effrénées. Rien ne grise comme la subite liberté. Depuis les romantiques, les artistes ont toujours considéré comme un plaisir raffiné de pouvoir rire impunément au nez du bourgeois. Mais s'il est des heures où il suffit de hurler pour imposer silence alentour, il en est d'autres où l'opinion unanimement réclame. Les tyranniques influences, les abus de pouvoir, les outrances de toutes sortes ne peuvent durer longtemps. Un moment vient où le troupeau exige de ses bergers du calme et de l'équité. Il faut reconnaître que M. Manguin, auquel étaient échus, cette année, la charge et l'honneur d'organiser le Salon, a parfaitement satisfait au vœu unanime. Son rôle était difficile. Il s'en est tiré à la fois en artiste et en diplomate. Il lui a suffi d'avoir la volonté parfaitement arrêtée d'être juste pour rallier tous les suffrages.
Jamais le Salon d'Automne, depuis la
ALBERT BRAUT.
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FERGUSSON.
Le Chapeau jaune.
Phot. Lémery
Palais est d’un ton extrêmement délicat; elle forme un fond clair et gai, sur lequel les lourdes portières en tapis d’Orient mettent une note à la fois sobre et chaude, l’ensemble seyant à la présentation des œuvres.
Ainsi que chaque année, le Salon d’Automne comprend plusieurs rétrospectives et expositions spéciales, d’un intérêt très divers. Je ne dirai rien de la section italienne. Son organisateur et secrétaire général, mon brillant confrère Sacchetti, vous la présentera plus loin. Je ne parlerai pas davantage de la section du Livre qui doit son existence à notre collaborateur M. Gallimard, bibliophile averti, qui donnera lui-même, dans nos colonnes, comme l’an dernier, la glose de son œuvre. L’art si vivant et si puissant de Steinlein nous a paru digne aussi d’une étude spéciale que nos lecteurs
première année, ne s’était présenté dans une aussi logique ordonnance et dans une semblable harmonie. Nous ne passons plus d’une salle à moitié vide dans une autre archibondée. On sent partout qu’un plan général a été imposé et suivi, abstraction faite des préférences personnelles. Avec un goût subtil, M. Manguin a su équilibrer les masses, marier les tonalités, susciter des contrastes ou des harmonies. J’ajouterai — le fait est trop rare pour que je ne le signale point — qu’il a été aidé matériellement dans sa tâche par la généreuse initiative des Magasins du Printemps qui ont bien voulu renouveler les tentures du Salon. L’étoffe jaune dont furent adornés les murs du Grand
MANGUIN.
Femme en jaune. Phot. Druet.
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L'ART DÉCORATIF
trouveront dans un prochain numéro. M. Quénieux nous expliquera plus tard également les nouvelles méthodes d'en- seignement du dessin aux quelles nous devons une passionnante salle de dessins d'enfants. Je ne m'attarderai donc pas dans la section de l'Art à l'école où je veux citer cependant les meubles de M. Gallerey, les frises compo- sées pour l'Ecole alsacienne par M. Maurice Testard, et les faïences exécutées dans les ateliers d'André Methey, d'après des modèles dessinés par des enfants de dix à qua- torze ans.
L'Allemagne est repré- sentée au Salon d'Automne par deux expositions. Celle qui vise le plus à nous impres- sionner est la rétrospective Hans von Marées (1837-1887). J'avouerai sans ambages ma déception au sujet de cet artiste dont on m'avait trop vanté la maîtrise. Je n'ai ressenti dans le rez-de- chaussée du Grand Palais qui lui donne l'hospitalité aucune sensa- tion nouvelle. Cet étranger ne nous apporte rien que nous ne connaissions. Je dirai même que ses œuvres nous rappellent beaucoup trop de choses. Voilà tout un ensemble de toiles où s'entre-croisent mille influences, sans qu'une vision
H. LEROUX.
Intérieur.
Phot. Lemery.
MANZANNA-PISSARO.
Conte d'Orient.
Phot. Lemery.
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L'ART DÉCORATIF
BERNARD BOUTET DE MONVEL.
L'Heure du repos.
personnelle arrive à les dominer. On perçoit, à travers les efforts trop visibles d'une lourde et ténébreuse facture, l'admiration du peintre pour Rembrandt et pour les Vénitiens. Boeklin, Lenbach et nos romantiques l'ont aussi séduit tour à tour, mais ce qu'il y a de pire dans cette production laborieuse, c'est le mélange insuffisamment accompli de la pensée et de son moyen d'expression. La vague idéologie germanique plane sur tous ces tableaux où le peintre ne s'exprime pas suffisamment. L'auteur semble avoir tâtonné toute sa vie sans s'être trouvé jamais. Je ne voudrais pourtant point porter sur lui un jugement définitif sans avoir vu les décorations de la station zoologique de Naples, qui, peintes directement sur le mur
P.-E VIBERT.
Boîte en buis gravé. Phot Lémery.
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fraîchement enduit, offrent, paraît-il, une résurrection moderne de la fresque. Quelques salles ont été concédées d'autre part à un groupe allemand peu caractéristique dans lequel je ne vois guère à citer que M. von Bulow.
Saluons au passage l'exposition d'un sociétaire décédé, l'excellent Ten Cate, dont la production un peu commercialisée n'a pas toujours été sans saveur, et pénétrons,
A. GONYN DE LURIEUX.
Intérieur au pays Bigouden : Une bonne soupe.
Phot. Scheur.
remplis de respect, dans la salle Corot. Quel enseignement donne ici le vieux maître! M. Braut a pu rassembler sur ces quatre murs, avec un zèle qui a triomphé de bien des difficultés, deux douzaines de tableaux de figures qui suffisent à prouver que Corot savait les peindre avec le même génial amour que les paysages. Je donnerais bien des toiles célèbres pour le petit Buste de femme nu de la collection Viau, que l'on pourrait facilement mettre dans sa poche, mais qui rayonne dans cette salle déjà pleine de chefs-d'œuvre comme le Régent au milieu des joyaux de la couronne. Corot, qui connut surtout l'enthousiasme des amateurs avec ses paysages, est peut-être plus grand dans ses représentations de la forme humaine. Il inscrit un caractère
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L'ART DÉCORATIF
MAURICE BAUD.
Le Jardin de Rodin.
Phot. Lémery.
profond et éternel dans des personnages quelconques affublés de costumes italiens ou d’accessoires d’atelier. De ces motifs de mascarade, si peu faits pour soutenir l’inspiration, il dégage d’émergentes synthèses. Il n’est plus servi, là, par l’étonnante habileté avec laquelle il traite les arbres, les nuages et les eaux. Il ne s’attaque à la figure humaine qu’avec une certaine timidité, mais il a comme le sens naturel de la noblesse des lignes et de la justesse des volumes. « Je peins, avait-il coutume de dire, sentiment sur sentiment. » Rien n’était plus vrai. Toutes ses figures sont animées d’une vie mystérieuse et volontaire qui est celle de son génie sensible et tenace.
A côté des Corot, les toiles les plus viriles et les plus réfléchies semblent
P.-E. MANGEANT.
Pendentif. Phot. Lémery.
Argent, cornaline, nacre.
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L'ART DÉCORATIF
veules ou vides. Cependant, il y a, dans ce Salon d'Automne, de nombreux efforts et quelques réalisations auxquels il faut rendre hommage. J'ai noté au hasard des promenades les dessins typiques et les peintures rapportées d'Espagne par M. Morerod; les évolutions somptueusement métallisées de M. Manzana-Pissaro, curieux décorateur qui chante des régions tropicales où, parmi les palmes, devant des mers vibrantes,
Mme ORY-ROBIN.
Paravent.
Phot. Lemery.
s'ébattent des beautés bizarrement parées. M. Le Beau, lui aussi, nous transporte dans des pays étranges, à la flore et à la faune exubérantes, exaspérées. Le dessin manque souvent dans tout cela, mais il y flotte un certain rêve équatorial et doux. Avec ses panneaux décoratifs, M. Francis Jourdain donne l'exemple d'un talent qui cherche, se transforme, évolue et sait abandonner une manière à l'heure où elle commencerait à devenir un procédé. M. Guéroult peint lourdement, mais on le sent susceptible de
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L'ART DÉCORATIF
James Vibert.
- Buste de P.-H. Loyson, homme de lettres. Phot. Lemery.
Pourquoi M. Van Dongen, qui n'est point dépourvu de qualités, s'obstine-t-il à vouloir attirer l'attention par toutes sortes de moyens qui n'ont rien à voir avec la peinture? Ce « battage » n'est point digne d'un artiste qui a mieux à faire que de se présenter à nous avec les apparences d'un fumiste. M. Vallotton, lui aussi, provoque les rassemblements, mais du moins ne les a-t-il point recherchés. On ne saurait nier à cet artiste une haute conscience. Il œuvre de tout son désir vers le mieux et lorsqu'il choque notre vision, c'est qu'il y a une réelle antinomie entre sa sensibilité et la nôtre. Et qui sait, c'est peut-être nous qui avons tort. Je ne saurais dire l'œuvre de M. Vallotton sympathique. Elle est plutôt rébarbative. Il émane d'elle, cependant, une force qui est celle d'une sincérité progresser. Il y a beaucoup de grâce dans les attitudes des personnages mis en scène par M. Marinot que sert un délicat œil de peintre. De M. André Mare, de beaux assemblages de tons qui donnent à ses toiles l'aspect de chaudes tapisseries.
L'exposition de M. Fornerod est une des plus remarquables du Salon. De favorables juxtapositions de tons, la franchise de l'indication synthétique, une brutalité qui sait rester harmonieuse, un esprit de sacrifice qui ne va pas jusqu'à l'abandon du détail pittoresque, unissent avec beaucoup de tact dans ces toiles la tradition et le modernisme. M. Dusouchet revient à une formule moins agressive que celle qu'il avait adoptée récemment. Cette note de tendresse et de style convient mieux à son tempérament. Nous sommes heureux de voir sur une vaste muraille une importante réunion de tableaux de M. Georges d'Espagnat qui possède de si réels dons de décorateur. Le Jardin de Rodin est traduit par M. Maurice Baud dans une page d'une ingénieuse présentation.
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opiniâtre. M. Vallotton arrive à pénétrer la nature à force de volonté. Malheureusement il fait songer à M. Ingres dans ce sens qu'on se demande pourquoi il emploie de la couleur pour abîmer une œuvre qui, en blanc et noir, atteindrait sans doute au style. A M. Laprade, qui est poète et charme, je ne reprocherai qu'une chose, c'est d'avoir vu l'Italie de la même façon qu'il avait vu d'autres contrées. Je m'étonne qu'il n'ait point trouvé dans le si particulier climat de Rome matière à renouveler sa palette. Les œuvres bien pénibles de M. Puy ne m'expliquent point l'admiration que
PAUL DE CASTRO :: ::
:: :: Salle à manger.
Phot. Lémery.
VASQUEZ-DIAZ :: ::
:: Un des vantaux du :: :: triptyque :: :: " Sang et Sable "