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ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION III AVRIL 1932 DEUXIÈME SÉRIE TROISIÈME ANNÉE REVUE PARAISSANT DIX FOIS PAR AN

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710 G. ROYALE ASTURIENNE DES MINES COMPAGNIE ROYA LEASTURIANE AUBY --- 1, RUE DE CIRQUE, PARIS TÉL.: BLYSERS 31-57 et 58, 51-60 - INTER 53

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MARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI COMITE DE PATRONAGE: MM. FRANTZ JOURDAIN, AUGUSTE PERRET, HENRI SAUVAGE, TONY GARNIER, HENRI SELLIER, HECTOR GUIMARD, MICHEL ROUX-SPITZ, JOSEPH VAGO, W. M. DUDOK, LOUIS H. BOILEAU, CHARLES SICLIS, ADOLPHE DERVAUX, D. ALF. AGACHE, MARCEL TEMPORAL, ANDRÉ LURCAT, PIERRE CHAREAU, RAYMOND FISCHER, MARCEL HENNEQUET, G. H. PINCUSSON, JEAN GINSBERG, LUBETKIN, CHARLES MOREUX, VICTOR BOURGEOIS, FRANCIS JOURDAIN, DJO-BOURGEOIS CORRESPONDANTS: - ALLEMAGNE: JULIUS POSENER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: Egon RISS — BELGIQUE: EMANUEL HENVAUX — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ESPAGNE: GUITIERRE SOTO — ÉTATS-UNIS: ANDRÉ J. ROBIN — GRÈCE: GEORGES KALYVAS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — PAYS-BAS: PIET-ZANSTRA — POLOGNE: SZYMÓN SYRKUS — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — TCHÉCO-SLOVAQUIE: MAX URBAN — TURQUIE: FUAT RIZA — U. R. S. S.: MICHEL ILYINE — PORTUGAL: PARDAL MONTEIRO SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: MADAME M. E. CAHEN — RÉDACTEUR: M. PIERRE VAGO ANDRE BLOC: DIRECTEUR ADRESSER TOUTE CORRESPONDANCE: 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) - TÉL.: AUTEUIL 25-28 ABONNEMENTS - FRANCE ET COLONIES: 120 FRS - ÉTRANGER: 200 FRS PRIX DU NUMÉRO: FRANCE: 18 FRS — ÉTRANGER: 25 FRS COMPTE CRÉQUES POSTAUX: PARIS 1519-97 DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L’ARCHITECTURE D’AUJOURD’HUI À L’ÉTRANGER» - BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE À BRUXELLES. - HONGRIE: BUDAI ALADAR ÉS TARSA, AGG-DELEKI UTCA, 17, BUDAPEST 8. - ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE E. CADARA, BUCAREST. - ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. - ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES --- SOMMAIRE 3 L'ÉVOLUTION DE L'ARCHITECTURE ……… Frantz JOURDAIN. SANATORIA ET HOPITAUX: 5 LE SANATORIUM ……………………… Prof. Léon BERNARD. 6 LE SOLEIL DANS L'ARCHITECTURE ……… André MENABRÉA. 9 SANATORIA À PASSY …………………… ABRAHAM et LE MÊME. 20 SANATORIUM À SANCELLEMOZ ………… P. L. DUBUISSON. 32 SANATORIUM POUR AINCOURT ………… H. G. PINCUSSON. 38 SANATORIUM POUR L'AUVÈRGE ………… André LURCAT. 40 PROJET DE SANATORIUM ……………… MICHAU et FAURE. 41 SANATORIA ITALIENS ………………… P. M. BARDI. 44 SANATORIUM À VIENNE ……………… JUDTMANN et RISS. 46 HOPITAL À BUDAPEST ………………… Geza KAPPETER. 50 HOPITAL À BERLIN …………………… Julius POSENER. 55 HOPITAL À BERNE …………………… V. R. SALVISBERG. 56 PROJETS DE SANATORIA ……………… BEUGNET et MAILLARD. 57 PROJET DE SANATORIUM ……………… Jan KARSEWSKI. 58 HOPITAL À SOFIA …………………… Lubain TONEFF. 60 BIBLIOGRAPHIE (SANATORIA) ARCHITECTURE: 61 CONTRE LE NOUVEAU FORMALISME … Michel ROUX-SPITZ. 64 IMMEUBLE DE RAPPORT ……………… GINSBERG et LUBETKIN. 72 IMMEUBLE DE BUREAUX ……………… Louis FAURE-DU JARRIC. 76 LE PALAIS DU DÉSARMEMENT ……… Adolphe GUYONNET. URBANISME: 84 AMÉNAGEMENT DE VICHY …………… R. MOITY-BIZARY. 86 PROJET D'AÉROPORT-RELAI POUR PARIS … André LURCAT. ÉTUDES TECHNIQUES: 90 MAISONS DÉMONTABLES …………… Edouard MENKÈS. 99 ARGUS 105 INFORMATIONS 108 INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE SUR LA SANTÉ — 109 ISOLATION THERMIQUE DES BATIMENTS — 115 LE CHAUFFE-EAU ÉLECTRIQUE À ACCUMULATION — 117 CONTRIBUTION AU PERFECTIONNEMENT DU CONFORT — 119 BIBLIOGRAPHIE. Dans notre numéro IV, nos lecteurs trouveront un important compte-rendu du Salon des Artistes Décorateurs, de longues études sur les Garages, sur le Concours de la Voie Triomphale, un article sur l'Architecture des Grands Magasins (à propos des Trois Quartiers), une étude sur l'architecte Mendelsohn et de nombreux articles sur l'Architecture à l'Etranger.

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L'ÉVOLUTION DE L'ARCHITECTURE PAR FRANTZ JOURDAIN De tous les arts, l'Architecture est celui qui ne doit, ni ne peut mentir. Il est le livre muet, imposant, loyal et sincère dans lequel est inscrit l'histoire de l'humanité, avec ses usages, ses besoins, ses évolutions, ses lois, ses croyances, ses aspirations et son idéal propre, idéal jamais satisfait et toujours en éveil dans une soif émotionnante et salutaire d'amélioration, de perfection qu'elle semble ne pouvoir atteindre malgré l'énergie et la ténacité de l'effort. Aussi bien dans l'Inde qu'en Grèce, en Égypte qu'en Italie, aussi bien au Moyen Âge que pendant la Renaissance, aussi bien au XV° qu'au XVIII° siècle, les constructions d'une époque ont enregistré avec une sorte de probité farouche l'état d'âme d'une civilisation. Les cathédrales dont les flèches élancées semblent porter au ciel les prières des fidèles expliquent le mysticisme médiéval aussi bien que le faste du palais de Versailles, si conforme à la peinture de Lebrun, au théâtre de Racine et à la musique de Lulli, souligne la puissance orgueilleuse de Louis XIV et la pompe de l'existence saturée de fêtes et de plaisir du Roi Soleil. A aucune époque, on ne s'est préoccupé du passé ni, quelque magnifique qu'il soit, de le tirer de son tombeau. Ce sentiment d'indifférence et même d'incompréhension a failli parfois tourner au désastre, en supprimant ou en dénaturant des chefs-d'œuvre. Gaston d'Orléans n'avait-il pas commencé à démolir le château de Blois quand la mort est venue heureusement arrêter la main de cet iconoclaste? On connaît le mépris haineux que Voltaire professait pour le gothique et, plus tard, sous Charles X, un membre de l'Institut nommé Petit-Radel proposa à l'État de supprimer tous les monuments du Moyen Âge, en quelques mois et à peu de frais. Percier et Fontaine jetèrent d'ailleurs au tombereau du démolisseur les autels de la basilique de Saint-Denis auxquels ils voulaient substituer des morceaux classiques. Or, sous l'influence néfaste de l'Ecole des Beaux-Arts, il y a près d'un siècle, cette évolution si nécessaire, si vivifiante, si rationnelle, ce besoin instinctif de sincérité s'arrêta brusquement. On interdit la moindre initiative, la plus légère innovation, la plus modeste tentative de chercher à interpréter les besoins de son temps. On arracha brutalement des mains de la France le flambeau qui avait constamment illuminé le monde. Sous la férule de maîtres sans valeur qui ont passé sans laisser même leur ombre sur le mur, comme dit Lamartine, de pauvres êtres tels que Ginain, Pascal, Lesueur, André et quelques autres fantoches amorphes du même genre, défendirent à la jeunesse d'étudier le milieu dans lequel elle évoluait et lui imposèrent de reproduire, de calquer l'architecture de la Rome antique et de la Renaissance italienne, quel que fût le sujet à traiter, que que fût le pays, au Soudan ou au Groenland, où devait s'élever la construction projetée. On chavira en pleine absurdité, en pleine anomalie, en plein contresens, en plein mensonge. Ce fut l'époque où Lebas, grand prêtre des quatre colonnes et du fronton, imposa à une église catholique la copie d'une basilique romaine, où les élèves de Labrouste se voyaient privés de toute récompense rue Bonaparte, parce que leur maître s'était permis de construire en fer apparent la charpente de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et où Viollet-le-Duc, injurié, vilipendé, criblé de gros sous, de pommes cuites et d'œufs pourris, était obligé de renoncer aux cours dont il avait été chargé par Niewerkерque. Les conséquences d'une pareille éducation furent lamentables. Les membres de l'Institut étayèrent leurs théories par des monuments tels que Saint-François-Xavier, Notre-Dame-des-Champs, la Gare du Nord, la Cour des Comptes, le Muséum, l'Ecole de Médecine et autres bâtisses officielles qui déshonorent notre merveilleux Paris, sans parler des maisons particulières qui resteront comme des modèles de laideur, de banalité et de prétention. Il y a environ quarante ans, un petit groupe de novateurs — rari nantes in gurgite vasto — cherchèrent à arrêter le mal, à lutter contre ces doctrines néfastes et à rendre à l'architecture la logique qui demeure la base même de sa vitalité. De Baudot qu'on oublie trop, commença courageusement le bon combat contre une armée qui paraissait invulnérable. En enfant perdu, je tiraillais contre l'ennemi qui, me traitant de malfaiteur, lançait contre moi l'excommunication majeure, adressait des lettres exaspérées à mes clients et chargeait Roujon, alors directeur des Beaux-Arts, de me prévenir que le ministre du Commerce qui m'avait proposé pour le ruban rouge, lors de l'Exposition de Chicago, ne laisserait jamais décorer l'homme dont L'Atelier Chantorel, édité récemment chez Charpentier, attaquait violemment l'Ecole des Beaux-Arts. Cet article a été publié par notre excellent confrère, la revue «Le Mois» dans son numéro d'Avril.

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Nous nous battions, dans la proportion d’un contre mille, contre des forces formidables, contre l’Etat, contre la Presse, contre le public, mais le tocsin que nous avions sonné furieusement nous amenait des adhésions encourageantes. L’éternel antagonisme entre les Anciens et les Modernes prenait corps. Et en évoquant le souvenir d’une époque héroïque où l’on risquait sa carrière et son pain, il serait suprêmement ingrat de ne pas nommer les ouvriers de la première heure Guimard, Bénouville, Plumet, Bonnier, Guillemont, Herscher et Tony-Garnier, le premier prix de Rome qui nous tendit la main et dont l’Institut refusa d’accrocher le dernier envoi parce qu’il présentait le plan d’une ville moderne, avec gare de chemin de fer, stade de sport, hôpital, lycée et usines. Aujourd’hui la victoire, longtemps hésitante, ne me semble pas douteuse. L’Etat seul conserve son culte fétichiste pour un passé où nous avons l’air de jouer le rôle assez ridicule de figurants de l’ancien Bœuf Gras, sénateurs romains, seigneurs Renaissance, mousquetaires d’Alexandre Dumas ou marquis Louis XV. Les maladroits et informes plagiats des siècles morts disparaissent et toutes les boutiques, toutes sans exception, sont décorées à la moderne. La tradition reprend enfin ses droits et nos contemporains se voient dotés d’un style propre conforme à nos costumes, à nos idées et à nos mœurs. Les thuriféraires du passé qui regrettent le pittoresque, aux relents pestilentiels, des rues de Venise, de Nesles, des Vertus, Quincampoix, tout en habitant le quartier des Champs-Elysées ou de la plaine Monceau, se verront dans la pénible nécessité d’accepter l’eau courante, le tout-à-l’égout, l’électricité, l’ascenseur, l’air et les lois les plus élémentaires de l’hygiène. Ils devront reconnaître la solidité du lumineux aphorisme de Daumier: « Il faut être de son temps ». Si l’on déduisait de mes paroles que les architectes qui communient dans l’Eglise nouvelle sont tous doués de génie ou même de talent, on commettrait une erreur fâcheuse. L’évolution actuelle a gagné à sa cause autant de médiocrités qu’on en comptait dans le camp adverse, et toutes les constructions qui s’élèvent actuellement dans Paris, la banlieue et la province, ne méritent pas des éloges identiques. En passant d’un camp dans l’autre, quelques architectes ont emporté, inconsciemment peut-être, les principes autoritaires et exclusifs qu’ils aimaient et qu’ils appliquent avec un manque de libéralisme intolérable. Par un sentiment bien humain, la réaction s’est manifestée avec une intransigeance et un manque de mesure fort maladroits, et, en sautant le fossé, on a parfois été trop loin. Il serait puéril de s’échapper de la Bastille pour s’emprisonner au donjon de Vincennes et de faire de l’Académisme à l’envers. Le dogmatisme scolaire de Vitruve et de Palladio a annihilé trop de bonnes volontés, a châtré trop de tempéraments, pour s’infeoder à un autre dogmatisme aussi étroit en somme. L’art ne vit que de liberté, et interdire à un architecte l’emploi de tout autre matériau que le ciment armé par exemple me semble attenter gravement à l’indépendance et à la liberté d’un artiste qui a le droit d’utiliser la pierre, le marbre, le bois, le fer suivant son caprice et ses conceptions. La pitoyable décoration dont on a surchargé nos constructions sous le Second Empire, l’abus écœurant des colonnes, des pilastres, des consoles, des frises, des cartouches et de toute la friperie pseudo-classique, a poussé la génération actuelle à adopter une simplicité glacée qui frise parfois la pauvreté et le manque d’imagination. Qu’on renonce à certaines cariatides en suif mal dégrossi, à certains bas-reliefs d’une platitude agressive, à certains motifs d’une nullité déconcertante, rien de mieux, mais que des pontifes du modernisme, méprisant les précurseurs qui ont ouvert une brèche par laquelle ces messieurs ont passé pour s’asseoir devant une table toute servie, décrètent impérieusement qu’il est défendu à Rude de doter un monument d’un chef-d’œuvre comme la « Marseillaise » et à Carpeaux de magnifier le soubassement de l’Opéra par une sculpture géniale telle que la « Danse », c’est là une prétention inadmissible et qui ne mérite même pas la discussion. Les frères Perret ont orné d’harmonieux grès flammés leur demeure de la rue Franklin et de caractéristiques bas-reliefs de Bourdelle la façade du Théâtre des Champs-Elysées; Sauvage a agrémenté de charmantes faïences sa première maison à gradins, innovation que des suiveurs avides se sont adroitement appropriée, et je ne vois pas en quoi ces artistes se sont montrés illogiques et retardataires. Qu’on nous délivre donc une bonne fois des pions, des dogmatistes, des tyranneaux qui nous ont autrefois brimés avec d’autres conventions, mais avec la même étroitesse d’esprit. Après les luttes angoissantes et souvent douloureuses que nous avons soutenues pendant de longues années, nous entendons produire suivant notre tempérament, ne nous inféoder à aucune école, utiliser, comme nous l’entendons, le fer forgé, la mosaïque, la céramique, la sculpture et la polychromie. Le temps de la dictature esthétique est à jamais passé et nous ne voulons adopter les règles d’aucun poncif, pas plus de droite que de gauche. C’est la loi sacrée du véritable modernisme. Frantz JOURDAIN.

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LE SANATORIUM PAR LE PROFESSEUR LÉON BERNARD DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE Photo Manuel Il paraissait tout à fait opportun de consacrer un numéro de ce beau périodique d’architecture aux établissements connus sous le nom de sanatoriums, dont la valeur est aujourd’hui universellement connue. En effet, sous l’influence des progrès de nos connaissances scientifiques, la conception du Sanatorium se trouve en pleine évolution. Jusqu’ici le Sanatorium est conçu comme un établissement destiné à pourvoir à ce que les médecins appellent la cure hygiéno-diététique de la tuberculose; en outre, il ne vise à recruter sa clientèle, afin de lui apporter une aide véritablement efficace, que dans une certaine catégorie de tuberculeux. La cure hygiéno-diététique consiste dans la mise en œuvre d’une discipline particulière qui assure aux malades une existence réglée au point de vue de l’aération, de l’alimentation et du repos. L’établissement de cette cure, dite sanatoriale, nécessite des dispositifs architecturaux tout à fait spéciaux; c’est ainsi que l’aménagement de galeries de cure, les exigences de l’exposition de celles-ci, ainsi que des chambres de malades dans des conditions appropriées, légèrement variables d’ailleurs suivant la région, entraînent dans la position, dans la construction et dans l’installation des Sanatoriums l’application de règles adéquates. Le caractère spécial de certains services généraux (service médical, cuisine, désinfection, crachoirs), est également l’origine de conséquences qui n’ont pas échappé à l’attention des architectes; enfin les particularités propres à la maladie qui est soignée dans les Sanatoriums, ont fait que, jusqu’ici, le choix non seulement des emplacements mais même des régions où édifier les Sanatoriums obéissait à des règles très rigoureuses: Les Sanatoriums, qu’on distingue en sanatoriums de plaine et en sanatoriums d’altitude, doivent être bâtis non loin des villes, loin des cours d’eau, autant que possible dans des régions boisées, sur un sol sec et en un lieu abrité des vents. Tout ce qui précède montre assez que, dans l’esprit des médecins, le sanatorium naguère suffisait à tout, en ce qui concerne le traitement de la tuberculose. Naturellement, on ne prétendait pas guérir par des moyens empruntés seulement à la nature tous les tuberculeux; les médecins divisaient ceux-ci en deux classes bien séparées: les tuberculeux dits «curables», justiciables de la cure sanatoriale, — et les autres, que l’on désignait sous les termes assez désempérants de «cas avancés» ou «d’incourables»; mais, en réalité, lorsque nous considérons, à la lumière des notions actuelles, les malades étiquetés jadis «curables», nous reconnaissons que nombre d’entre eux n’étaient même pas des tuberculeux, au sens nosologique qu’il faut attacher à ce mot; beaucoup de ces sujets n’étaient que des fatigués, des surmenés, de ceux qu’on appelait parfois des pré tuberculeux; parmi les sujets atteints vraiment de formes évolutives de la maladie, il faut bien avouer que bien peu d’entre eux guérissaient véritablement par le simple effet de la cure sanatoriale; quant aux autres, nous n’en parlerons même pas, puisque l’effort des médecins chargés de sélectionner les malades des sanatoriums consistait à écarter ces malheureux de ces établissements, dont ils eussent attendu, à tort d’ailleurs, leur guérison. Dans ces dernières années, des progrès considérables ont été accomplis dans le traitement de la tuberculose. Depuis l’invention du pneumothorax artificiel par Forlanini, des perfectionnements successifs de la méthode ont permis de l’appliquer à un nombre sans cesse croissant de tuberculeux; grâce à cela, des horizons nouveaux ont été ouverts à la thérapeutique chirurgicale de la tuberculose et les opérations plastiques pratiquées sur le thorax des tuberculeux voient chaque jour leur danger s’atténuer et leurs succès se multiplier. Par ailleurs, nous devons à la médecine danoise une méthode phthisiothérapeutique nouvelle, basée sur l’emploi d’un composé de soufre et d’or, dont l’efficacité s’impose de plus en plus à l’observation clinique. Aussi bien, il convient désormais de rejeter cette distinction radicale et systématique, qui était vraiment l’opprobre de la phthisiologie, entre curables et incurables; dans la tuberculose comme dans toutes les maladies il est des malades qu’on ne guérit pas, mais il paraît interdit désormais de déclarer à priori incurable une classe de tuberculeux, pas plus qu’on ne le fait pour des sujets atteints d’autres maladies. Les médecins ont le devoir de mettre en œuvre, suivant les indications particulières posées par chaque cas, les différentes méthodes thérapeutiques qui ont fait leurs preuves. On conçoit qu’il résulte de cette transformation de nos idées et de nos connaissances des conséquences très sérieuses pour la conception même du sanatorium. En fait, celui-ci devra comprendre dès maintenant des services médicaux et chirurgicaux bien plus développés et parfaitement appropriés aux conditions spéciales de cure qu’ils ont charge de réaliser; tant au point de vue des installations matérielles qu’à celui du travail médico-chirurgical, le sanatorium doit subir une orientation nouvelle qui se reflète naturellement dans ses dispositifs architecturaux. Il faut savoir que le sanatorium dans l’avenir abriterà, plus que par le passé, de grands malades; et, par certains côtés, il rappellera plus la maison de santé que le sanatorium de jadis, ou du moins ces deux modes d’activité doivent se juxtaposer et se conjuguer dans un ensemble harmonieux, au point de vue de l’architecture, de l’organisation matérielle comme du fonctionnement technique. Enfin, les exigences mentionnées plus haut à l’endroit des situations à choisir pour les sanatoriums doivent se plier à certaines nécessités nouvelles résultant de l’activité médico-chirurgicale plus développée qui y est introduite, en même temps que de la nature des malades qui y sont admis. Sans entrer dans le détail, disons que si les conditions générales d’établissement restent les mêmes (conditions du sol, conditions du régime des vents, de l’altitude, etc.), par contre, l’éloignement des villes, la dilection de l’altitude n’apparaissent plus de manière aussi impérieuse. On voit, par conséquent, combien ces notions nouvelles issues du progrès de nos connaissances, et à l’heure actuelle acceptées quasi unanimement, doivent exercer leur répercussion sur les données de l’architecture, et par suite sur la collaboration que les médecins doivent attendre des architectes, en vue des réalisations techniques répondant aux conditions de l’heure présente.

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LE SOLEIL DANS L'ARCHITECTURE PAR ANDRÉ MENABREA Le sanatorium, comme son nom l’indique, est une demeure aménagée pour replacer l’homme malade dans les meilleures conditions de la santé. Le remède qu’il dispense, c’est la lumière du soleil. En conséquence, son architecture se distingue de l’architecture ordinaire en ce qu’elle regarde cette lumière comme une source de vie, qu’elle l’appelle comme une collaboratrice et qu’elle l’accueille comme une amie. Après un circuit énorme de siècles, elle ramène donc l’humanité à ses propres origines. Car, si paradoxal que cela puisse paraître, l’architecture du sanatorium, au moins pour les sites qu’elle choisit, remonte à l’apparition de l’homme sur la terre, à l’époque où la vie commençante se voyait interdire par la mort immédiate les contrées où régnaient l’ombre et la froidure. Les seuls emplacements que l’homme pouvait occuper ont été alors nécessairement ceux que le soleil assainissait au-dessus des miasmes des marais et du brouillard de la plaine et qu’il lui indiquait de ses rayons. Les premiers établissements humains semblaient désignés par la Divinité elle-même. Leurs emplacements en ont gardé un caractère solennel et sacré, et sont encore aujourd’hui l’objet de notre culte. Est-il, par exemple, paysages plus émouvants que ceux de Solutré, des Eyzies, de Sainte-Odile, d’Alésia, du Beuvray, où les hommes, sous notre climat, ont construit leurs premières demeures! Le soleil a donc bien été le premier architecte qui ait imposé son ordre à nos habitations. Son pouvoir s’est continué, ensuite, à travers les âges. C’est lui qui rangeait les tentes des pasteurs en caravanes; celles des soldats dans les camps militaires. C’est lui qui a disposé, face au point de l’horizon où chaque matin il se levait, tant de villages sur la pente des collines. Le mot « orienter » porte toujours témoignage de son antique domination. Cependant, nous avons cru pouvoir la secouer. Et nous en sommes arrivés à oublier le soleil dans la construction de nos demeures et à négliger les précautions qu’observent les bêtes des bois quand elles font leur tanières et les oiseaux quand ils construisent leurs nids. Pour des raisons de sécurité, nous avons entassé nos maisons à l’ombre de remparts; pour des raisons de commerce, afin de concentrer la foule des acheteurs, nous avons serré les boutiques des marchands le long de rues et de places exigües. Pour des raisons de travail, nous avons aligné usines et ateliers le long des rivières et des ports dans la brume et les fumées, prolongeant, aggravant les conditions d’existence qu’avait prescrites la peur.

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Les raisons de défense, les raisons de commerce, les raisons d'industrie ont prévalu sur les droits de la vie. Malheureusement, la Nature n'admet pas qu'on lui désobéisse et si les châtiments qu'elle prépare à ceux qui lui résistent viennent parfois lentement, ils n'en viennent pas moins sûrement. C'est ainsi que la tuberculose, maladie de l'ombre, s'est abattue sur notre race; qu'elle l'a frappée et décimée si implacablement que nous avons pu craindre que la race entière succombât. Quelles en étaient les causes? Les organes de l'homme, ses poumons, son cerveau, comme les plantes privées de la lumière directe, à la longue dépérissent. Mettez un toit sur une prairie, au-dessous l'herbe blanchit et disparaît. Otez le toit, le sol s'ensemence à nouveau et l'herbe reverdit. Condamnez une population à vivre sur le versant nord d'une montagne; elle devient triste, languissante. Transportez-la sur la pente opposée que l'aube illumine de ses feux et que le couchant dore de ses derniers rayons, elle renaît et reprend sa gaieté et son activité. Or, ces montagnes, ce sont les bâtiments qui bordent les rues étroites de nos cités. Mais ces observations condamnaient les formes de notre propriété. Alors il ne nous a pas semblé qu'elles fussent être retenues. Nous avons allégué que l'homme n'est pas une plante immobile et que l'on ne peut pas établir entre elle et lui d'analogie parfaite. Le fléau maintenu dans ses causes a maintenu, aggravé ses effets. Il a fallu se rendre à l'évidence et reconnaître qu'il prenait croissance dans les taudis de nos grandes villes d'où il se répandait ensuite à travers les campagnes. Le casier sanitaire de Paris, par exemple, nous montre que, rue Mouffetard, à Javel, à Saint-Gervais, à Saint-Avoye, on meurt sept ou huit fois plus qu'aux Champs-Elysées; que l'on est condamné à mort sans espoir de grâce, ni de délai, si l'on s'installe en tel appartement de la rue du Figuier. Au contraire, la maladie est rare, reste guérissable, ses effets suivent une marche plus lente partout où le soleil vient nous visiter. La médecine a alors abdiqué ses pouvoirs aux mains de l'architecture. Elle a reconnu que l'ensoleillement d'une maison agissait sur la constitution de l'être qui l'habite et que par les habitudes qu'elle crée — habitation et habitude sont deux expressions de la même famille — elle était la partie la plus importante du traitement à opposer au fléau. L'architecture du sanatorium est née de la démonstration du taudis. L'architecte qui jusqu'alors, traçant le plan d'un édifice, pour la construction de ses ombres faisait tomber conventionnellement la lumière d'un angle de sa feuille à 45°, s'est préoccupé désormais de la faire venir du ciel où elle réside et d'en calculer l'incidence aux différentes heures de la journée. Des quatre murs de la maison, il en a conservé trois, les trois murs de l'ombre; il a abattu le quatrième afin que le soleil ne cesse de réchauffer le sang de nos veines comme il anime la sève dans les branches de l'arbre. Le « père nourricier des hommes » reprenait son antique fonction. Pour recréer l'humanité fatiguée, on la replaçait dans les conditions de sa propre création. Elle revenait en pélerinage aux lieux où s'est écoulée son enfance, à la forêt, à la montagne, à la mer qui ont protégé ses premiers pas. Elle éprouvait le besoin de s'installer à nouveau sur les terrasses ensoleillées, face aux grands spectacles de la nature. Ceci nous révèle l'avenir promis à cette architecture d'un si lointain passé. Devons-nous, en effet, la réserver au seul usage des malades? N'est-il pas raisonnable de la faire servir à soutenir la vigueur avant qu'elle soit perdue? D'ailleurs, la santé n'est-elle pas un état d'équi-

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libre fort difficile à conserver? Ne passons-nous pas une partie de notre existence en des états fragiles: période de l'enfance, période de la vieillesse, accidents de l'adolescence et de la maternité? N'avons-nous droit à l'air et à la lumière qu'aux approches du tombeau? Si l'aménagement de la maison constitue la plus efficace précaution contre la tuberculose, ne devons-nous pas, à plus forte raison, appliquer l'architecture du sanatorium à la composition des villes, et organiser leurs quartiers en fonction du soleil? L'architecture tout entière est alors restituée à sa naturelle destination. Elle ne construit plus des édifices pour proclamer la grandeur des Etats, mais pour mettre leurs sujets à l'abri de l'irrégularité et de la rigueur extrême des saisons; les laissant cependant jouir pleinement de leurs meilleurs moments. Les constructions de la cité doivent nous protéger du froid, de la pluie, du vent, de l'ardente canicule, mais ils doivent laisser passer la tiédeur du printemps, la douceur de l'automne et, au cours de l'hiver, le fugitif plaisir des heures lumineuses. Les documents que «l'Architecture d'Aujourd'hui» met sous vos yeux vous montrent quelle transformation magnifique nous promet le retour à l'ordre du soleil. Voyez l'extension des façades qui l'attendent; la simplicité des lignes qui n'empruntent plus leur beauté qu'à leurs seules proportions; cet aspect vivant que donnent à nos demeures les ouvertures béantes qui boivent la lumière et la palpitation des toiles, interceptant celle trop vive, et qui semble leur respiration! Cette architecture, cependant, ne peut être le monopole de quelques sites privilégiés, l'économie du soleil est plus nécessaire encore dans le fond des vallées où le travail dispose les ateliers, les usines, les écoles, les maisons ouvrières. Il est la joie de leur labeur. Observez ce que doivent à leur exposition nos plus beaux monuments! Faites tourner d'un quart de cercle Notre-Dame, l'Arc de Triomphe, et vous en éteignez la splendeur! La souveraineté du soleil restaurée, proscrit donc la cohue des maisons qui s'interceptent mutuellement la vie et qui déversent sans retenue, les unes sur les autres, leurs poussières et leurs fumées. Elle proportionne leur hauteur à l'étendue qui les entoure; autorise des tours aussi hautes que l'utilité l'exige à la lisière des grands espaces; mais abat les murailles à l'ombre meurtrière. Enfin le soleil est aussi le père des arbres et des fleurs. Il ne réserve pas aux hommes seuls ses bienfaits. Il les place dans la série des êtres, de telle sorte que la disparition des uns annonce celle des autres. Les villes qui obéissent à sa loi seront alors ornées de jardins, comprendront la nécessité de protéger ce que Forestier appelait «la terre vivante», en opposition à la terre morte que recouvre le revêtement du bitume et du grès. Combien alors elles seront majestueuses et douces lorsque renonçant aux durs décrets arbitraires des hommes, elles se soumettront à la Nature. Cette nature, nous nous flattons tous de l'aimer et nous accomplissons de grands voyages pour aller l'admirer sous les autres climats. Nous ne prenons pas garde qu'elle est partout, qu'elle ne demande qu'à nous protéger, qu'elle nous entoure de merveilles: le ciel qui s'étend sur nos têtes est plus infini que la mer; et il n'est pas de puissance comparable à celle bienfaisante dont le soleil entretient l'existence du monde. André MÉNABRÉA, Secrétaire Général de la Ligue Urbaine.

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SANATORIUM EN HAUTE SAVOIE P. ABRAHAM ET H. LE MÊME, ARCHITECTES 1°. — NATURE DE L'ŒUVRE Le sanatorium du Roc des Fiz est la deuxième réalisation de l’œuvre philanthropique: «Les Villages sanatoriums de Haute-Altitude», 110, rue de la Boétie, à Paris. Cette œuvre a pour but de permettre aux malades de la classe moyenne peu aisée de trouver pour un prix de pension journalier modique les soins les plus éclairés dans les meilleures conditions hygiéniques et climatériques. Cette œuvre a déjà construit et gère avec un plein succès depuis près de cinq ans le Village sanatorium de Praz Coutant, situé dans la même commune et qui abrite 125 malades adultes des deux sexes. Le Sanatorium du Roc des Fiz est actuellement terminé et est en exploitation depuis le 15 février dernier. 2°. — SITE Le sanatorium pour enfants du Roc des Fiz est édifié à 1.300 mètres environ d’altitude sur un plateau présentant une forte déclivité vers le midi. Ce plateau partiellement boisé est dominé au nord par la chaîne des Fiz qui se dresse presque verticalement à environ 900 mètres au-dessus du plateau et le protège complètement contre les vents du Nord. La forêt domaniale l’encercle largement à l’ouest, au sud-ouest et à l’est et le protège aussi très efficacement contre le vent. Par suite de la déclivité et de l’exposition, la température s’élève très rapidement l’hiver lorsqu’il fait du soleil, ce qui est fréquent à cette altitude, la brume se tenant généralement plus bas. Ajoutons que le terrain est à l’abri des avalanches. L’accès se fait assez commodément par une route carrossable et les matériaux et approvisionnements sont amenés à quelques cents mètres par le téléphérique du Village Sanatorium de Praz Coutant. Pendant les travaux ce téléphérique était relié aux bâtiments en construction. 3°. — PROGRAMME La raison sociale de l’œuvre «Les Villages Sanatoriums» a influé sur le programme. On a tenu à avoir des pavillons dispersés, n’excluant pas cette idée de village déjà réalisé à Praz Coutant à l’imitation du «SARANAC LAKE» des Américains. D’un autre côté on a tenu à supprimer les inconvénients résultant à Praz Coutant de l’éloignement des pavillons pour les malades se rendant par tous les temps aux services communs (réfectoires, service médical, chapelle, etc…). Le programme général imposé aux architectes a donc été: